Silent Reading : Extra de 2025

 

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Partie 1 : Rédigez votre premier vrai journal de voyage

Fei Du niait farouchement être difficile à table. Selon lui, il n'existait aucun aliment qu'il refusait catégoriquement de manger ; il avait simplement ses préférences. Après tout, tout le monde en avait, non ? Il était donc parfaitement normal qu'il en ait lui aussi. Quant à la plaisanterie qu'il avait faite à la cafétéria du Commissariat Central, ce n'était rien de plus qu'une simple farce.

Luo Wenzhou en resta stupéfait.

— « Tu m'as vu rire ? »
— « Je suis désolé. » Fei Du servait toujours ses excuses au rabais, mais il savait les emballer avec tant d'élégance qu'on aurait cru recevoir un présent d'une valeur inestimable. « Je n'étais peut-être pas le plus rationnel à l'époque, mais je savais déjà, instinctivement, avec qui j'étais destiné à finir. Si je me comportais de façon aussi puérile, c'était simplement pour attirer ton attention, non ? »

Face à tant de mauvaise foi habillée de tant de charme, Luo Wenzhou resta sans voix.

Parfois, il se désespérait lui-même. Il savait parfaitement quel genre de canaille était Fei Du et, malgré cela, il tombait dans chacun de ses pièges.

En termes plus crus, il était un pigeon consentant.

Quelle honte.

Et quelle véritable honte.

Mais, d'un autre côté, Fei Du ne mentait pas complètement. Il ne souffrait d'aucune allergie et aucun aliment ne lui était réellement interdit. Il semblait même prendre plaisir à tout goûter au moins une fois. Il arrivait que, sachant pertinemment qu'un plat ne lui plairait pas, il en prélève tout de même une bouchée dans l'assiette de Luo Wenzhou, uniquement pour comprendre ce que les autres pouvaient bien lui trouver.

À la maison, tout ce que préparait le Capitaine Luo passait systématiquement par deux « contrôles de sécurité » : d'abord l'inspection olfactive du Président Guo, puis la dégustation du Président Fei. Même les empereurs d'autrefois ne bénéficiaient sans doute pas d'un protocole de prévention contre les empoisonnements aussi sophistiqué. Quel privilège.

Mais revenons à Fei Du.

Impossible de deviner, à son attitude, si un plat lui plaisait ou non ; le seul indice était la vitesse à laquelle son assiette se vidait. Lorsqu'il aimait quelque chose, il mangeait comme n'importe quel jeune homme de son âge. Dans le cas contraire, les prétextes ne tardaient jamais : « J'ai un déjeuner d'affaires », « Un collègue m'a déjà offert une part de gâteau d'anniversaire »... À certains égards, il ressemblait de plus en plus à un second Luo Yiguo.

Sans vouloir offenser le Président Guo.

À son âge, Feishir n'allait plus changer.

Luo Wenzhou n'avait donc d'autre choix que de mémoriser discrètement chacune de ses préférences, tout en se creusant la tête pour composer des repas qui lui plaisent malgré tout, sans jamais sacrifier l'équilibre nutritionnel.

On comprend donc son immense surprise lorsqu'il vit Fei Du attraper un ravioli vapeur dans son assiette, le contempler un instant après une première bouchée... avant de demander au serveur de lui en rapporter une autre portion.

Même pendant le Nouvel An chinois, ce vaurien ne mangeait jamais plus de deux raviolis !

Ils se trouvaient alors dans un minuscule boui-boui bondé. L'établissement était si plein qu'une bonne partie de la clientèle devait s'installer dehors, sur de petits tabourets pliants.

La spécialité de la maison était le malatang. Le restaurant avait acquis une telle réputation que certains clients parcouraient plus de cent kilomètres pour venir y faire la queue. Fort de son succès, le patron avait commencé à vendre sans le moindre scrupule des menus imposés : vous vouliez manger son malatang ? Très bien. Mais il fallait obligatoirement commander un autre plat moins populaire avec, comme cette assiette de raviolis posée devant Luo Wenzhou.

La farce associait de la saucisse cantonaise hachée à du bacon émincé. Un mariage improbable qui semblait tout droit sorti d'un moment d'égarement du chef. Contre toute attente, cette étrange invention semblait parfaitement accordée aux goûts, eux aussi très particuliers, du Président Fei.

— « Attends, attends une seconde ! »

Luo Wenzhou repoussa aussitôt l'assiette vers lui, avec une telle précipitation qu'on devinait sa peur de le voir changer d'avis.

— « Pas la peine d'en recommander. Ceux-là sont tous pour toi. »

Il tenait à préserver Fei Du de la tentation de commander une seconde assiette de cette hérésie culinaire aux influences beaucoup trop occidentales.

Même si, au cours de ce voyage, ils allaient encore croiser bien d'autres formes de corruption.

 

Partie 2 : Le journal de voyage se poursuit

Tout était parti d'une idée du Capitaine Luo : prendre enfin ses congés annuels.

Dans la plupart des entreprises, chacun partait à tour de rôle pendant les périodes creuses. Pour Luo Wenzhou et les siens, en revanche, l'existence même d'une période creuse dépendait entièrement du bon vouloir des criminels. Cela faisait des années qu'il n'avait pas pris de vacances. Après tout, quel intérêt y avait-il à partir seul ? Traverser le pays d'un bout à l'autre ne faisait pas de vous un loup solitaire, seulement un chien errant. En plus, il fallait encore trouver quelqu'un pour venir nourrir le chat. Autant rester chez soi à paresser.

Fei Du, lui, voyageait souvent. Mais ses déplacements avaient presque toujours un motif professionnel. Même lorsqu'il partait officiellement en vacances, c'était généralement pour entretenir son réseau. Au fond, cela restait une forme de travail déguisée.

Aussi, lorsque Luo Wenzhou lui demanda où ils pourraient partir ensemble, les deux hommes se regardèrent un long moment, complètement désemparés. Chacun lisait sur le visage de l'autre une perplexité qui aurait parfaitement convenu à deux êtres venant tout juste d'apprendre à marcher sur leurs deux jambes.

L'étranger était exclu. Les policiers devaient déclarer tout voyage personnel hors du territoire, une procédure bien trop fastidieuse. Quant à la brillante idée du Président Fei de « louer une île entière », elle allait manifestement à l'encontre de toutes les valeurs auxquelles tenait Luo Wenzhou.

Les destinations nationales trop reculées furent également écartées : si une urgence survenait, ne pas pouvoir rentrer rapidement poserait problème.

Restaient les sites touristiques les plus populaires.

Mais après quelques recherches sur Internet, Luo Wenzhou découvrit que les hôtels de presque toutes les destinations intéressantes appartenaient, directement ou indirectement, à un certain « Fei ». Y séjourner reviendrait inévitablement à voir son compagnon enfiler sa casquette de président pour inspecter les lieux ou mener une étude de marché.

Ce n'est qu'à cet instant que Luo Wenzhou comprit qu'avoir un petit ami milliardaire comportait aussi son lot d'inconvénients.

— « Ce n'est pas normal. Tu me dois réparation. »

Il lança cette demande d'indemnisation avec le plus grand sérieux, comme s'il remplissait un dossier de fraude à l'assurance.

— « Fais donc fonctionner un peu ton cerveau, Président Fei, et trouve-moi une compensation pour m'avoir privé du plaisir de voyager. »

En règle générale, le Président Fei laissait son cerveau au bureau. Le transporter chaque soir jusqu'à la maison lui paraissait bien trop fatigant.

Face à cette réclamation, il commença donc par évaluer avec prudence la difficulté de la mission.

— « Quel genre de plaisir recherches-tu exactement ? »

Dans sa bouche, le mot plaisir prenait immédiatement une tout autre saveur.

Luo Wenzhou, vieux conservateur jusqu'au bout des ongles, resta figé un instant, bouche entrouverte, avant de retrouver tant bien que mal sa contenance.

— « Il suffit que ce soit un endroit où nous ne sommes jamais allés. Quelque chose de nouveau. Et puis, tu te remets à peine de ta blessure. Tu pourrais arrêter de penser à ce genre de choses deux minutes ? »

Magnanime, Fei Du décida de ne pas poursuivre cette tentative manifeste d'escroquerie à l'assurance. Il réfléchit quelques secondes, puis conclut qu'une demande aussi simple ne nécessitait pas un organe aussi complexe qu'un cerveau.

Deux ou trois bonnes idées suffiraient largement.

— « Dans ce cas, viens avec moi. Je te garantis du dépaysement. »

Luo Wenzhou ne posa pas la moindre question.

Il prépara simplement assez d'affaires pour tenir toute la durée des vacances, monta dans la voiture et boucla sa ceinture.

— « Un road trip ? » demanda-t-il sans la moindre méfiance.

À vrai dire, il ne voyait pas bien ce qu'un voyage en voiture avait de particulièrement original. Mais il ne s'en plaignait pas : passer plusieurs jours seuls, sans aucun importun pour les déranger, lui paraissait déjà une excellente perspective.

Il demanda donc avec enthousiasme :

— « On va où ? »
— « Aucune idée », répondit Fei Du.

Tout en parlant, il lui tendit un dé ainsi qu'un petit livret de règles.

Luo Wenzhou le regarda, interloqué.

— « Le chiffre que tu obtiendras décidera de la direction que nous prendrons. »

Dans le rétroviseur, Fei Du lui adressa un sourire malicieux.

— « Toi, tu t'en remets au hasard. Moi, je m'en remets à toi. »

Luo Wenzhou resta un long moment sans voix.

Comment pouvait-on être paresseux à ce point ?

Et surtout...

Comment réussir à flirter en étant paresseux ?

C'était absurde.

— « Tu as déjà fait ce genre de voyage ? »
— « ... Non. »

Après tout, la Guilde des Mendiants1 était interdite depuis bien longtemps ; il n'avait jamais eu l'occasion d'en faire partie.

Parfaitement satisfait de son propre raisonnement, Fei Du conclut :

— « Alors ? C'est bien une expérience inédite, non ? »

 

 

 

 


Cette fois-ci, c'est bien le tout dernier bonus. Mais comme celui-ci était pour les 10 ans de ce bijou, peut-être que Priest nous en offrira d'autres. *mode délulu*


 

 

La Guilde des Mendiants (丐帮, Gàibāng) est l'une des organisations les plus célèbres du wuxia, notamment grâce aux romans de Jin Yong (Louis Cha), en particulier La Légende du héros chasseur d'aigles (The Legend of the Condor Heroes) et Le Demi-Dieu et Semi-Démon (Demi-Gods and Semi-Devils).

Dans ces romans, il ne s'agit pas d'une bande de véritables mendiants, mais d'une immense confrérie de jianghu composée de vagabonds, d'errants et de marginaux. Elle est réputée pour :

  • son vaste réseau d'informations (ses membres sont partout et savent tout) ;
  • ses déplacements constants à travers le pays ;
  • son mode de vie itinérant ;
  • ses techniques martiales légendaires, comme les Dix-huit Paumes pour soumettre le dragon.

En Chine, la Guilde des Mendiants est devenue une référence populaire. Dire de quelqu'un qu'il « rejoint la Guilde des Mendiants » évoque souvent quelqu'un qui part sur les routes, vit à l'aventure, sans destination fixe, avec un côté un peu vagabond. Le ton est humoristique.

 

 

 

 

 

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