My Adorable Pregnant Husband - Chapitre 36
— Je retourne pas au travail, d’accord ? Parce que je suis malade… Non, qu’est-ce que tu racontes ? Sois pas stupide, m’appelle plus.
Je me réveille en entendant la voix d’Iwamoto.
En me frottant les yeux et en m’asseyant sur le lit, je remarque qu’Iwamoto me regarde déjà, de l’autre côté de la porte.
— Bonjour.
— Bonjour…
On est lundi, aujourd’hui.
Hier, je me suis senti mal de m’être endormi à côté de mon mari enceint. Mais ce matin, je suis plus qu’heureux, parce que je me souviens avoir pu le sentir dans mes bras, entendre sa respiration, et j’ai aimé la façon dont il bougeait contre moi, les yeux fermés.
Mon ulcère me brûle et je n’ai aucun appétit. Iwamoto m’a quand même coupé des pêches en boîte en tout petits morceaux. Il me les donne à la cuillère. Je mâche en silence, incapable de distinguer le goût sucré à cause de la fièvre, mais leur fraîcheur et leur douceur apaisent ma gorge.
J’avais dit à Iwamoto que, quand j’étais enfant et malade, ma grand-mère faisait pareil, alors il avait ri et dit qu’il voulait essayer, au moins une fois. Le coin de ses yeux se plisse légèrement quand il sourit, je trouve toujours ça mignon à voir.
Ensuite, Iwamoto essuie mon corps brûlant avec une serviette chaude, caresse doucement ma tête, et s’allonge à côté de moi.
Le ventre d’Iwamoto est gonflé.
Je ne l’avais pas remarqué jusqu’à maintenant, à cause des vêtements qu’il porte, ces derniers temps. Mais là, allongé sur le côté, tout près de moi, la réalité de sa grossesse me semble assez écrasante.
Je touche doucement son ventre de toute ma paume. Je le caresse… un cercle parfait.
Iwamoto semble un peu gêné, mais reste comme il est.
— Il a bien grandi.
— … Tu l’avais pas remarqué ?
En réalité, je fuyais ça depuis un moment.
C’est un moment important, important mais assez effrayant. Exactement comme je le redoutais.
Dans l’après-midi, je vais beaucoup, beaucoup mieux. Peut-être parce que le médicament a enfin fait effet, une fois que je me suis reposé comme recommandé. J’ai encore mal au ventre, mais ma fièvre n’est plus aussi haute. Et même si je ne peux pas manger beaucoup, je me force à avaler quelque chose.
— Hé… Je pense que je ne vais pas retourner dans l'entreprise après la grossesse, dit soudain Iwamoto.
— Hein ?
Est-ce que c’est à cause de son appel de tout à l’heure ? Il avait l’air troublé, alors. Est-ce qu’il va bien ? Est-ce qu’il y a quelque chose dont je devrais m’inquiéter ?
Iwamoto sourit en voyant mon visage inquiet.
—
Oh, t’en fais pas, c’est rien d’important. Je pense juste que ce serait
mieux d’aller quelque part où c’est mieux payé. De toute façon, la
femme du patron peut me trouver autre chose.
— … Je vois.
Mais juste au moment où je m’apprête à en dire plus, mon estomac gargouille.
— T’as faim ?
— Je crois que oui.
—
Bien. J’ai fait de la bouillie de riz hier, et des poires au miel. Y’a
aussi du poisson bouilli… Tu veux manger au lit, ou tu peux venir à
table ?
— Je viens à table.
Une fois arrivé dans la cuisine, je remarque que la bouillie contient des prunes dénoyautées, et du riz. On dirait que mon cher mari a fait des recherches approfondies sur les aliments qui aident à guérir.
— Je pense que c’est pas bon pour toi de tout manger d’un coup. J’ai aussi préparé du hojicha1, il est sur la cuisinière.
— Merci beaucoup.
J’adore le hojicha. Je crois que c’est quelque chose que je pourrais boire tout le temps, pour le reste de ma vie. Mon estomac me fait encore un peu mal, mais c’est bien mieux que vendredi, et clairement plus supportable que les douleurs infernales que j’ai eues pendant le week-end. On dirait que je pourrai retourner travailler demain, parce qu’heureusement, aucune opération n’est prévue.
— Ton teint s’améliore.
Iwamoto me regarde et souffle profondément, l’air assez inquiet pour moi.
Alors, intérieurement, je jure de ne plus jamais retravailler comme ça, sans pause. Si possible, faire aussi un peu de sport, pour être un peu plus en forme. Pas aussi en forme qu’Iwamoto, bien sûr, mais au moins assez pour ne pas avoir l’air aussi inutile.
Après avoir mangé, je prends mon médicament et me rallonge sur le lit. Bientôt, sans que je m’en rende compte, le sommeil me frappe fort. Assez fort pour me faire penser que je suis encore vraiment malade, finalement.
Vraiment malade.
Je me réveille avec une sensation de silence écrasant. C’est plus calme que d’habitude. Il fait déjà noir dehors, mais aucune trace d’Iwamoto dans le salon ou la cuisine. Il est parti faire des courses… ?
Comme il me l’avait conseillé plus tôt dans la journée, j’enfile un pull en maille par-dessus mon pyjama et mets le hojicha à réchauffer avant de me diriger vers la salle de bain. Je suis en train de me laver les mains quand j’entends une voix, dehors, dans la rue, qui crie.
— Je t’ai dit de dégager d’ici !
— Alors parle-moi !
Un mauvais pressentiment me traverse le corps.
Je me précipite vers l’entrée aussi vite que possible. Je n’ai que des sandales aux pieds, mais je ne m’en rends même pas compte. J’oublie aussi la clé, et le plastique sous mon pied se plie brusquement. Je retourne mettre des chaussures, attrape la clé, et finis par ouvrir la porte d’entrée. Mes jambes flageolantes s’emmêlent, et plusieurs fois j’ai l’impression que je vais tomber la tête la première. Je réussis à descendre les escaliers de l’immeuble d’une façon plutôt désespérée, maladroite. Je sors sur le parking et regarde autour de moi.
Où est Iwamoto ?
— Et qui t’a donné l’adresse ?
Iwamoto se tient près de la benne à ordures, à l’entrée du parking. Il semble se disputer avec un homme à la carrure assez similaire à la sienne. Musclé, une serviette nouée autour de la tête, des chaussures de sécurité comme celles d’Iwamoto. Il est un peu plus petit, avec des sourcils fiers, de grands yeux à double paupière, des traits agréables. Est-ce un collègue ? Est-ce qu’il travaille sur le même chantier ?
— J’ai demandé au patron… Je lui ai dit que je voulais te parler, à propos de ça.
L’homme tend à Iwamoto un sac plein de papiers, mais celui-ci ne le prend pas. Je me contente de fixer l’homme.
— Aizawa, s’il te plaît…
Au moment où j’entends ce nom, mon corps se fige, de la pire des façons. Alors c’est lui, le type qui donnait à manger à mon mari, lui a appris à cuisiner, et a même osé poser ses doigts sur sa peau nue.
— Le patron n'avait aucun droit de te dire ça. Et t’avais pas besoin de venir.
Aizawa ne recule même pas d’un pas, malgré l’aura terrible qu’Iwamoto dégage. Ses yeux sont impatients.
— Pourquoi t’as pris une pause, tout d’un coup ?
— … Parce que j’attends un bébé.
— Q-quoi… ? Hé, attends une seconde.
Aizawa se rapproche d’Iwamoto.
— Enfin… c’est ridicule que tu prennes une pause juste parce que t’as mis une femme enceinte.
Iwamoto ne répond pas, mais relève les sourcils et porte l’une de ses mains tremblantes droit à son front.
Il est assez en colère. Je le sais. J’ai appris à connaître cette nature chez lui. Il s’énerve vite, et a toujours l’air sur le point de frapper celui qui l’a mis en colère. Certains de mes collègues pensent qu’Iwamoto ne ferait jamais ça imprudemment, pour protéger le bébé, mais je pense qu’ils ont tort.
Qu’est-ce que je devrais faire ? Est-ce que ma présence va empirer les choses ?
— T’étais tellement content de pouvoir devenir chef de chantier, et là, d’un coup, tu vas tout refuser. Je… j’aimerais savoir ce qui s’est passé.
En entendant ça, les yeux d’Iwamoto, qui auraient dû fixer Aizawa droit dans les yeux, se ferment un instant.
Oh…
Voilà, encore, cette maudite expression frustrée. Celle qui dit qu’il regrette infiniment de ne pas pouvoir continuer à faire ce qu’il aime.
Mais en même temps, il a hâte de rencontrer le bébé. Il me l’a dit tant de fois. Il est heureux de tout ce qui se passe, et a même semblé terriblement excité en apprenant qu’il attend une fille.
Je ne pense pas que sa joie soit feinte, mais je sens quand même sa tristesse.
Iwamoto est encore jeune, un HMFU qui adore être charpentier. Pourtant, même si c’est dur, et même s’il a pleuré contre moi, il a décidé de tout avaler et de ne plus jamais s’en plaindre.
Quel contrôle de soi il a.
Bien sûr, Iwamoto souffre énormément.
Maintenant, peu importe ce qui se passe, j’ai envie de me précipiter là-bas pour demander à Iwamoto s’il va bien. J’ai envie de le serrer dans mes bras et de lui dire que je comprends, qu’il peut me faire entièrement confiance. J’espère qu’il pourra juste me parler, et me redire tout ce qu’il trouve encore difficile.
Si tu as l’impression de tomber, viens juste te serrer contre moi.
— J’avais vraiment hâte de travailler avec toi ! C’est pas exagéré, j’y pensais tous les jours…
—
J’aime bien travailler avec toi aussi. Iwamoto ne perd pas le contrôle.
Il répète, d’une voix calme : Je peux juste plus, c’est tout.
Je veux l’arrêter maintenant, avant qu’il finisse par trop y réfléchir. Alors je m’approche lentement d’eux et j’attends.
— S’il te plaît, s’il te plaît, retourne au travail…
—
Aizawa, interrompt Iwamoto, le ton dur ayant disparu de ses yeux. Je te
l’ai déjà dit plein de fois, mais je vais le redire une fois de plus.
T’es un bon ami, et je te vois que comme ça, d’accord ? C’est pas bon pour toi de te faire des illusions.
Aizawa détourne le regard, pris au dépourvu par les mots d’Iwamoto.
Oh…
Il s’avère que ma jalousie sauvage était étonnamment fiable ! Mon instinct de danger fonctionnait parfaitement ! Je n’exagérais pas !
— Iwa…
—
Écoute, je suis HMFU, d’accord ? Je suis un homme, mais j’ai un utérus.
C’est moi qui vais avoir le bébé, y’a pas de femme là-dedans. Je suis
enceinte de cinq mois, non, presque six.
Aizawa ne regarde pas Iwamoto.
— C’est une blague, tout ça, juste pour te débarrasser de moi…
— C’est pas une blague. Pourquoi je plaisanterais avec un truc pareil ? C’est pas vraiment drôle.
— Ouais, bon… si c’est vrai, tu…
La voix d’Aizawa est tellement faible. Ses doigts tremblent.
— Je me suis marié avec un homme.
— Je te crois pas. C’est… impossible.
Aizawa relève enfin les yeux, sa voix se brise presque.
— C’est complètement stupide !
—
Je suis pas stupide… je comprends même pas pourquoi t’arrives pas à
comprendre ! J’aime un homme, et je l’ai épousé. C’est simple.
— Le dis pas ! Arrête ça !
Iwamoto a l’air mal à l’aise, mais reste immobile. Même quand Aizawa l’attrape et le secoue fort par les épaules.
J’ai de la peine pour ce type. Ça doit être douloureux d’aimer quelqu’un qui ne ressent pas la même chose pour toi. Comme se faire arracher la poitrine.
Puis Iwamoto réalise que je suis là.
—
… Takashi, qu’est-ce que tu fais ? Tu devrais dormir. Il fait froid,
pourquoi tu rentres pas ? J-je te promets que je te rejoins tout de
suite.
— Je me suis réveillé et j’ai été surpris que tu sois pas là. T’en fais pas, ça va, je peux t’attendre.
Aizawa me regarde, lui aussi. Son visage a une expression étrange, presque moqueuse. Ça dégage un air de supériorité, plus que de rancune. Peut-être qu’il est surpris par mon apparence peu impressionnante. Il n’arrive pas à croire qu’un type comme moi puisse être le partenaire de quelqu’un comme Iwamoto.
Aizawa me pointe du doigt et s’écrie :
— T’as sérieusement épousé celui-là ?
Enfin, ça va sans dire.
— C’est mon mari.
— Une vraie chochotte.
— La ferme.
Iwamoto parle d’une voix basse. Furieux.
— Bon, c’est juste qu’il est bizarre ! Toi, t’es bien plus viril !
Je ne le nie pas…
— Sérieusement, la ferme !
La voix d’Iwamoto ressemble presque à un rugissement.
— Alors pourquoi t’es avec lui ? T’as pitié de lui ? Ou… c’est lui qui a pitié de toi ? T’as déjà pensé à ça ? Qu’il t’a choisi comme mari pour te sortir de la pauvreté, en échange de sexe ?
Iwamoto atteint sa limite. Je ne l’ai jamais vu aussi furieux.
— Qu’est-ce que tu sais de Takashi-san ?! Qu’est-ce que tu sais de moi, ou de tout ce qui me concerne ?! On est même pas des grands amis, et t’es même pas un bon employé ! Pourquoi tu voudrais que je te supervise ? La plupart du temps, t’es tellement idiot et inutile que je pense que c’est toi, le pathétique.
Non. Arrête.
C’est faux. Ce sont des mots qu’Iwamoto n’aurait jamais dû dire à Aizawa.
Les lèvres d’Aizawa tremblent. Ses mains… on dirait qu’il n’arrive même plus à respirer.
Au moment où je me précipite en avant et me place entre les deux, c’est exactement l’instant où Aizawa se jette pour frapper Iwamoto.
- Le Hōjicha (ほうじ茶) («thé grillé») est un thé vert torréfié japonais.
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