My Adorable Pregnant Husband - Chapitre 35

 

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Iwamoto ne va plus travailler.

Peu après avoir découvert qu’il attendait un bébé, Iwamoto en a parlé sur son lieu de travail. Même s’ils semblaient en plein sur un gros chantier, le patron a été assez gentil pour lui donner un poste de bureau. Quand je lui ai demandé si ce nouveau poste lui convenait, Iwamoto a dit que ça allait, que ça lui permettrait d’acquérir des compétences utiles pour l’avenir. Mais ensuite, ses nausées matinales ont empiré au point qu’il ne soit plus approprié qu’il vomisse sans arrêt sur son lieu de travail.

— C’est bon, ça me dérange vraiment pas. Ça m’aurait mis trop de pression, de toute façon, dit-il en riant, se grattant la tête, mais le visage hurlant qu’il est au bord d’éclater en sanglots.

Il a des sueurs froides.

Encore une fois, je ne connais rien à la charpente ni au bâtiment, donc je ne sais pas à quel point ce chantier est important, ni à quel point il compte pour Iwamoto.

Je m’approche de lui, l’emmène dans le salon, et lui demande de tout me raconter en détail : ce qui se passe, pourquoi il aime cet endroit, et si c’est vrai que ça ne le dérange pas de partir.

— Ce nouveau poste peut améliorer mes compétences pour l’avenir, mais ils m’ont dit que je pouvais plus… et je suis désolé, je sais pas… je sais pas pourquoi je continue à pleurer comme ça ! Je suis vraiment désolé…

Iwamoto pleure pendant un bon moment. Et tandis qu’il fait ça, il s’essuie le visage rudement, encore et encore, puis dit avec fureur qu’il n’aurait jamais dû tomber enceint, qu’il déteste tellement ça, qu’il ne peut plus le supporter. Il est frustré. De grosses larmes coulent sur ses joues, des sanglots terribles, comme si toute sa vie venait vraiment d’être ruinée.

Je sais que c’est normal, pour une personne enceinte, de réagir comme ça, mais je me sens quand même dégoûtamment coupable. J’ai envie de lui demander : « Tu regrettes vraiment tout ça ? », parce que je ne peux pas user de magie pour remonter le temps et lui permettre de retrouver son travail comme avant, ou le faire se sentir mieux. Je pense qu’il n’y a qu’une seule solution, et que s’il ne veut pas continuer, on peut encore faire quelque chose.

Mais ce n’est pas un sujet que je peux aborder avec un homme aux hormones à fleur de peau, en pleine crise.

Et même si Iwamoto décidait ça, j’ai l’impression que quelque chose d’important se briserait entre nous, si je le disais en premier.

Iwamoto m’avait dit tant de fois qu’il voulait donner naissance à mon enfant. Qu’il voulait continuer.

Qu’il était très heureux…

C’est juste que, parfois, ça semble vraiment difficile.

Après ça, le temps de sommeil d’Iwamoto s’allonge considérablement. Sans doute à cause d’une fatigue physique en hausse, ou de la croissance visible du fœtus.

Cependant, un jour en rentrant du travail, je le vois assis à la table de la salle à manger, avec de gros livres et de vieux cahiers de lycée éparpillés devant lui. Je lui demande ce qu’il étudie, et pourquoi il s’est soudain mis à faire ça. L’air un peu gêné, il me dit qu’il compte s’inscrire à l’université.

— Je crois que je devrais… penser à un meilleur avenir, maintenant. Alors je vais faire de mon mieux pour réviser le concours national tant que j’en ai encore le temps, dit-il. Je vais sûrement être occupé une fois que le bébé sera né, mais j’ai envie de reprendre le travail après le congé maternité… Ça peut jamais faire de mal d’avoir un petit plus, non ?

Iwamoto regarde vers l’avenir.

Je dois faire pareil.

J’ai envie de prendre un congé paternité, moi aussi, pour qu’on puisse s’occuper du bébé ensemble. Mais nos revenus seront inévitablement plus faibles pendant cette période. J’ai des économies, mais c’est seulement parce que je n’ai jamais vraiment ressenti le besoin d’en dépenser. Ça ne suffira pas. En ajoutant le fait qu’Iwamoto ira à l’université plus tard, on va sûrement échouer et s’effondrer, comme les amateurs qu’on est encore.

Il y a tellement de choses auxquelles penser.

Un hôpital privé, c’est cher, mais ça m’est égal, tant qu’Iwamoto se sent bien et que le bébé peut naître en toute sécurité. J’aimerais acheter une voiture avec des sièges enfant, quelque chose de plus spacieux, de plus sûr. Finalement, je pense qu’il faudra aussi qu’on quitte cet appartement pour en chercher un autre, bien plus grand. Dans un beau quartier, si possible près d’une crèche ou d’une école…

J’ai envie d’accomplir beaucoup de choses.

J’ai envie de créer de bons souvenirs. Pour Iwamoto, et pour mon futur bébé.

La joie face à ce nouveau chapitre de ma vie me pousse à travailler dur, encore plus dur. Détournant désespérément mon esprit de l’anxiété qui me hante.

Mon corps pousse, et continue à pousser. Sacrifiant tout pour le travail. Renonçant au repos pour plus d’argent. Et, alors que j’ai déjà un travail normal, je fais aussi tout le ménage à la maison pour réduire le fardeau d’Iwamoto. J’ai des opérations le matin, des consultations l’après-midi, je fais quelques courses au marché, je rentre pour cuisiner, puis je m’occupe de mon mari et de tous ses changements. Si tout se passe bien, je retourne à l’hôpital le soir pour couvrir des gardes.

Cependant, en rentrant du travail un vendredi soir, je découvre que je n’ai plus du tout d’appétit.

Est-ce que je suis trop épuisé, moi aussi ?

Je ne peux pas me reposer maintenant, parce que je m’inquiète toujours pour Iwamoto.

Le lendemain matin, je n’arrive pas à me lever. J’ai une douleur atroce dans le haut de l’abdomen, quelque chose que je n’avais jamais ressenti de toute ma vie. Je suis fiévreux, crampé, mais j’ai peur d’appeler le service des urgences de mon propre lieu de travail. Je ne veux pas déranger le personnel de l’hôpital, ni augmenter leur charge de travail, pour des symptômes plutôt mineurs. Mais c’est vraiment difficile, j’en viens à me tordre de douleur, et ça finit par inquiéter Iwamoto.

Au final, c’est lui qui appelle l’hôpital.

Shimabukuro, en tournée aux urgences, me surprend avec un visage plutôt inquiet.

— Qu’est-ce qui se passe, Yuge-sensei, ça va ?
— Je sais pas…
— T’es plus pâle que d’habitude !!! T’es en train de mourir, ou quoi ?!

Son cri, incroyablement fort pour lui, me fait finalement réaliser à quel point je vais vraiment mal. Shimabukuro me prend en charge sur-le-champ, par pure gentillesse, ou peut-être parce qu’il a en fait beaucoup trop de temps libre, en ce moment. Qui sait.

— Je m’occupe vraiment bien de toi, là. Alors prends soin de moi aussi, si jamais je tombe malade, d’accord ? Gratuitement, évidemment.

L’examen révèle une inflammation sévère des voies respiratoires supérieures et un énorme ulcère à l’estomac. C’est la première fois qu’on me fait une endoscopie, parce que jusqu’à maintenant, je n’avais jamais eu le moindre problème digestif.

Est-ce que c’est à cause du stress ?

— Ulcère sur ulcère à l’estomac. C’est clairement le surmenage, ici… Qu’est-ce qui se passe avec toi, ces derniers temps, idiot de médecin ?
— Bah, je sais pas trop…

Peut-être que tout ce travail acharné était en fait juste pour mon propre intérêt égoïste.

Pourquoi ai-je cru que je pouvais aider ma famille, malgré ma propre faiblesse ? Là, par exemple, pourquoi est-ce que je dois tomber malade, bon sang, juste au moment où Iwamoto a le plus besoin de moi ?

Quand je rentre à la maison, Iwamoto, le visage inquiet, encore en pyjama, me demande ce qui s’est passé. Les draps et les taies d’oreiller de mon lit, devenus humides après avoir absorbé ma sueur nocturne à cause de la fièvre, ont été changés. L’air semble aussi plus frais, parce que mon cher mari a mis un humidificateur sur la table de chevet. Il a aussi nettoyé la maison, le sol, la table, et s’est même adonné à la cuisine, pour moi.

— Désolé…
— De quoi tu parles ? Pourquoi tu t’excuses ? Ça va, toi ?
— C’était juste un ulcère. Shimabukuro m’a déjà donné une ordonnance. J’ai aussi une sorte d’infection respiratoire assez sévère, donc c’est mieux si tu restes loin de moi, en attendant. Je pourrais te contaminer, et ce serait vraiment embêtant, alors… désolé, vraiment désolé.

Mais même dans cette situation, Iwamoto s’approche de moi et prend mes mains.

— C’est bon, t’as pas besoin de t’excuser, dit-il, posant doucement ses doigts sur ma joue. Tu veux aller te coucher, maintenant ? Ou tu veux que je t’apporte quelque chose à manger d’abord ?

Puis, même si je porte maintenant un masque chirurgical, Iwamoto se penche et m’embrasse juste au-dessus du nez. Mes larmes menacent de couler.

Je dis oui.

Il faut que je guérisse vite… je n’arrête pas de me le répéter.

Cependant, je n’arrive pas à bien dormir, à cause de la fièvre, et parce que, comme d’habitude, je m’inquiète plus pour mon mari que pour moi-même.

La porte de la chambre censée être la nôtre grince en s’ouvrant. C’est Iwamoto. Je remets précipitamment mon masque.

—Taka-san, regarde, j’ai fait un patch pour la fièvre. C’est vraiment froid… Haruka m’a dit de le mettre sur ton cou et sous tes aisselles aussi.

— Merci…

Je suis honnêtement très reconnaissant.

Iwamoto sèche doucement ma sueur avec une serviette propre, lave mon corps avec un bol d’eau, puis pose le patch qu’il a préparé sur mon cou et mon aisselle. Il a bien écrasé la glace, alors ça ne semble ni dur ni inconfortable. J’apprécie tellement ce toucher plein d’attention, le sien…

D’une certaine manière, au milieu de tout ça, mes yeux commencent à couler de larmes. Je pleure…

J’essaie de me retenir, mais je n’y arrive pas. Je ne peux pas m’arrêter, même si je sais que si je pleure encore plus, ça va sûrement inquiéter Iwamoto.

Mon Dieu, comme c’est pathétique.

Je détourne le visage d’Iwamoto. Pourtant, je sens sa paume caresser doucement mon dos et ma tête. Il faudrait que je lui dise qu’il ne devrait pas rester près de moi, maintenant…

— Takashi ?

Je retourne mon visage vers Iwamoto. Ses yeux noirs et profonds, ses longs cils, et ce regard chargé de regret me font vraiment mal.

— Ça va, t’en fais pas… c’est juste que je crois que j’en ai eu trop, pour aujourd’hui.
— T’as travaillé trop dur à cause de moi, hein ?
— C’est pas ta faute…
— L’ulcère, c’est à cause du stress ?

Tout est bien trop évident, le tromper ne marche plus.

— Oui.
— Ça coûte vraiment beaucoup d’argent, tout ça ?
— Non… c’est juste… Le problème, c’est que je suis plutôt gourmand.
— Gourmand ?
— Oui, de plein de façons différentes.

Je saisis la main d’Iwamoto, qui vient de remonter jusqu’à mon front.

— Avant, j’avais toujours pensé qu’il n’y avait aucun intérêt à dépenser de l’argent pour des choses futiles. Je n’avais jamais pensé à sortir en voiture avec un amant. Aller au centre-ville pour Noël, voir les illuminations, acheter des vêtements, manger au port… J’étais pas ce genre de personne, j’ai jamais fait ça sur un coup de tête.

Iwamoto écoute en silence.

— Mais après, je t’ai rencontré, Taichi-kun… Et soudain, j’ai voulu tout ça. J’ai envie de faire tellement de choses. Tu m’as donné envie de marcher main dans la main dans un parc qui brille dans le noir. Tu m’as donné envie d’aller au centre-ville juste pour voir les illuminations de Noël. T’habiller avec des vêtements élégants… Après, j’ai envie qu’on vive dans une belle grande maison, qu’on achète une autre voiture pour nos sorties en amoureux, parce que l’autre servira pour le bébé… J’ai envie de prendre plein de jours de congé pour qu’on puisse passer beaucoup de temps ensemble, tous les trois…

Je remarque que mes tremblements semblent s’être calmés, à force de parler.

— Et donc, tu vois… au final, j’ai failli me tuer à essayer.

Iwamoto rit, puis secoue la tête.

— Tu sais, moi, je suis allé dans un lycée public tout à fait normal, mais… j’ai jamais saisi ma chance pour vraiment étudier. J’étais plutôt gâté, à l’époque, alors je me disais, pourquoi je devrais faire ça ? J’avais des amis avec qui je traînais ; on rencontrait des filles, on buvait, on avait des motos, de l’argent, on jouait, on se battait. Mais après, mes parents sont morts… Et soudain, je me suis retrouvé charpentier, à jouer au mahjong et au pachinko dans la rue. C’était pas si mal, je l’avais accepté. Tout mon avenir je l’avait accepté. Ma sœur, elle, allait étudier comme j’avais jamais fait, et… j’aurais fini par épouser une femme, un jour.

Je ressens du dégoût, même si ce n’est qu’un futur hypothétique tiré d’une histoire du passé. Je n’aime pas imaginer Iwamoto marié à quelqu’un d’autre que moi !

— J’ai jamais pensé qu’un jour, je me mettrais à saigner, ni que je finirais soudain à vivre avec Takashi-san. À dire que j’ai faim, que j’ai mal, et que c’est bon qu’il me masse le ventre. Je n’ai aussi jamais imaginé devenir ton petit ami ! Encore moins me marier, et avoir des enfants. J’en aurai un… dans quelques mois, si tout se passe bien. Je savais déjà que ce serait dur, mais j’ai soudain eu l’impression que c’était plus que ce que je pouvais gérer. C’était vraiment lourd.

Iwamoto glousse encore, mais a l’air vraiment désolé.

— Désolé, j’ai pas pu contrôler mes pensées, ni mon humeur…
— Oh, ne t’excuse pas. Je ne te reproche rien. Je t’ai déjà dit que j’ai fait ce que j’ai fait parce que je le voulais…
— Je sais…
— J’ai un peu exagéré.

Iwamoto sourit, tapote légèrement ma joue du doigt.

— Takashi-san n'est pas le seul à avoir complètement changé. Moi aussi, je suis très heureux, parce que j’adore être marié avec toi.

Iwamoto rougit en détournant le regard.

— Mais Taka-san, on va bien, maintenant, non ? Malgré tout, ça va, entre nous ? Je ferai ce que je peux, je te soutiendrai, quoi qu’il arrive, alors…

Iwamoto marque une pause en se grattant de nouveau la tête, il a l’air gêné par cette conversation, devenant tout rouge.

— Si jamais tu retombes malade, je vais être vraiment en colère. Genre vraiment, vraiment en colère. Alors essaie de prendre mieux soin de toi, d’accord ?

Iwamoto se lève brusquement, marmonnant encore des trucs que je n’arrive pas à comprendre. Il a fini, là ? Il va sortir, maintenant ?

Pourtant, je saisis précipitamment ses vêtements et l’arrête, finissant par le serrer par la taille.

— Je t’aime, dis-je.
— Ah, espèce d’idiot de médecin pervers ! Va te coucher, t’es malade !
— Je t’aime, j’insiste.
— Hé, hé, tes mains vont où, là ? T’es malade, tu peux pas me toucher, maintenant !

Mais Iwamoto finit par s’allonger sur le lit, me serrant contre lui tandis que je le serre doucement en retour. Sa tête s’enfonce dans ma poitrine, ses mains posées sur mon dos.

Pendant un instant, j’oublie la douleur dans mon corps… parce qu’Iwamoto est parfait.

Bien trop parfait, pour mon propre bien.

L’avoir à mes côtés est la meilleure chose qui me soit arrivée.

 

 

 

 

 

 

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