My Adorable Pregnant Husband - Chapitre 34
On vient tout juste de régler la note et on marche dans le couloir quand on tombe, par hasard, sur quelqu’un que je connais. Quelqu’un qui n’est pas censé être là en ce moment, et pourtant, il y est, en blouse blanche, comme n’importe quel autre médecin ici.
Kawagoe est gynécologue, c'est un collègue qui aimait bien me charrier, à l’époque. La rumeur dit qu’il vit maintenant dans une zone rurale, travaillant dans un hôpital plutôt modeste. Mais pourquoi est-il là, maintenant ? Quand est-il revenu ? Notre échange de regard est complètement accidentel, on est en fait assez loin l’un de l’autre.
Peut-être à cause de la présence, à côté de moi, d’un jeune homme à l’allure imposante, il a un mouvement de recul. Mais il finit par renifler de mépris.
— Alors, tu t’es enfin trouvé un garde du corps, ou quoi, Yuge-sensei ?
— … Pardon ?
Iwamoto semble particulièrement sensible à l’hostilité de Kawagoe.
Pour une raison ou une autre, il met ses bras en garde. Exactement comme ces types qui finissent souvent par se battre dans la rue. Je le retiens précipitamment.
— Hé, Iwamoto…
—
Oh, laisse-le faire, Yuge-sensei. Je trouve ça amusant de voir
quelqu’un qui a assez de courage pour se défendre lui-même. C’est bien
que tu traînes avec des gens comme lui, maintenant, tu peux apprendre
des choses, non ?
— Bon, et toi, tu te prends pour qui, exactement ?!
Iwamoto est généralement calme, mais une fois qu’il prend cette expression-là, il devient féroce. Son visage digne, son physique impressionnant, et cet air qui donne l’impression qu’il pourrait vous frapper à mort dégagent une aura étrange, terrifiante. Une sensualité dangereuse, différente de celle, envoûtante, qu’il dégage habituellement au lit. Je sais que ce n’est pas vraiment le moment de l’admirer tranquillement, et pourtant, me voilà, fasciné par lui.
Iwamoto est un bel homme, quoi qu’il fasse.
— Calme-toi, mon grand. On était collègues, avant, mais je viens tout juste de reprendre le travail ici.
—
Je m’en fous ! Je m’en fous que tu sois son ancien collègue, un
médecin, ou même le patron de cet endroit. Je vais pas te laisser dire
du mal de mon mari !
— Mari…
Ça sonne tellement bien que je ne peux pas m’empêcher de le répéter, malgré moi, à voix basse.
Iwamoto tourne la tête vers moi, les yeux écarquillés, un peu rouges, réalisant ce qu’il vient de laisser échapper.
— Enfin, c’est ce que t’es, non ? Et je peux t’appeler comme ça n’importe quand ! Je peux t’appeler chéri, mari, mon cœur, sensei… Bref, toi, son ancien collègue, tu peux pas dire de la merde sur mon mari. Fais attention à ce que tu dis !
Kawagoe répond quelque chose, mais je n’arrive pas à comprendre quoi, parce que toute mon attention est fixée sur le visage adorablement furieux d’Iwamoto.
Pour être honnête, j’avais toujours pensé que je serais traumatisé à vie si je revoyais un jour l’homme qui m’avait forcé à chanter au karaoké devant tant de monde, mais là, alors qu’Iwamoto prend ma défense, je ne ressens absolument rien. Le corps de cet ancien joueur de rugby, qui me semblait tellement menaçant il y a des années, ne me paraît plus grand-chose, maintenant. Je ris même, parce que mon mari et moi sommes tellement plus grands que lui, il ne nous arrive même pas à la poitrine ! Vraiment, c’est quoi son problème, à ce type ? Qu’est-ce qu’il pensait pouvoir faire ?
— On y va, maintenant, on aurait même pas dû s’arrêter ici.
Après ça, j’ai bien l’intention de gronder Iwamoto pour s’être fâché à ma place, mais bon, il y a des choses bien plus intéressantes à discuter maintenant. Comme ce qu’on va faire pour le reste de la journée. On n’a plus besoin d’aller travailler, alors on pourrait s’arrêter au supermarché et faire les courses plus longtemps que d’habitude, commander à manger dans un drive, et finalement, rentrer à la maison. Parler de Kawagoe ne m’intéresse vraiment pas.
— Restons-en là, dis-je en arrivant au parking de l’hôpital.
C’est l’été, maintenant. Le parking est chaud comme si on était en enfer. L’intérieur de la voiture semble encore plus chaud que dehors. Je n’arrive pas à toucher la poignée de la fenêtre sans avoir l’impression que mes doigts fondent.
J’allume la climatisation, comme Iwamoto me le demande.
— J’ai vraiment envie de frapper, ce type.
— Quelqu’un semble avoir oublié qu’il venait tout juste de sortir d’une échographie. C’était mon devoir de te retenir.
Iwamoto rit doucement.
— L’échographie, c’est beaucoup plus facile que le truc avec la sonde. Mille fois plus facile ! J’en suis sorti en pleine forme, alors je pense que j’aurais pu lui botter les fesses sans le moindre souci. Ou t’es pas d’accord ?
Iwamoto est à ce stade où sa bonne humeur ne s’arrête jamais. Et c’est pour ça qu’il a l’air terriblement sexy. Son cœur bat vite sous son T-shirt, et ses cheveux humides de sueur collent à ses joues empourprées. Je ne sais pas si c’est normal, mais sa libido a considérablement augmenté depuis le début de cette histoire de grossesse.
La main droite d’Iwamoto, large et hâlée, se pose sur ma main gauche, pâle et osseuse. Je l’accepte avec joie et trace doucement le contour de son annulaire, là où se trouve son alliance.
Les lèvres d’Iwamoto frôlent presque mon oreille tandis qu’il se penche pour dire :
— J’ai demandé à Ohara-sensei si on pouvait avoir des rapports…
Même dans cette voiture déjà chaude, mon corps s’enflamme encore plus. Il est sérieux, là ? Pas étonnant qu’Ohara riait quand on a quitté son bureau.
— Il a dit qu’il comprenait mon inquiétude, mais que c’était bon de le faire, Iwamoto joue avec ma main, caressant très lentement entre mes doigts. Le sexe, c’est aussi une forme de communication. Si t’es trop patient et que t’arrêtes de me toucher, ça va sérieusement devenir un poids pour moi. Tu l’as entendu tout à l’heure, j’ai aucun risque de fausse couche.
Iwamoto garde ma main, mais rapproche son corps du mien.
— Confirmer notre amour, c’est la clé d’une grossesse réussie.
Je n’en peux plus, et je me penche en avant, moi aussi. Devant moi, un beau visage débordant de gourmandise et de désir.
— Alors… ? Une fois qu’on est à la maison, on pourra faire plein de choses érotiques ?
Iwamoto lèche mes lèvres. Je relève un coin de ma bouche.
— S’il te plaît…, supplie-t-il, la main glissant entre mes cuisses.
Je ne réponds pas. À la place, je tourne silencieusement la tête vers l’avant, mets ma ceinture, lève le frein et sors du parking à toute vitesse.
Je suis à cran.
— Takashi, c’est prudent de conduire comme ça ? Rappelle-toi que tu transportes ton mari et ton bébé, là-dedans ! Fais attention !
Iwamoto rit nerveusement. Ugh, sérieusement, je n’en peux plus.
Je lave quelques pommes de terre à l’eau du robinet, puis fais une petite incision dans la peau, un tour complet avec le couteau économe, exactement comme Iwamoto me l’a appris. Je place les pommes de terre dans une casserole d’une main, verse juste assez d’eau pour les recouvrir, avant d’allumer le feu à intensité moyenne.
Manier un couteau n’est pas si difficile, mais je suis vraiment mauvais pour le minutage.
Quand ça commence à bouillir, je baisse le feu et règle le minuteur sur quinze minutes. Quand la sonnerie retentit, je dois faire reposer les pommes de terre dans l’eau froide pendant une minute, puis commencer à les éplucher.
Je répète la procédure dans ma tête, systématiquement. Encore et encore, jusqu’à finalement réussir à le faire correctement.
Je surveille l’eau chaude dans la casserole. Rien ne s’est encore passé. De petites bulles d’air sont censées commencer à apparaître, qui vont ensuite se coller aux parois de la casserole, et finalement, la surface de l’eau va se mettre à trembler vigoureusement.
J’ai appris que si j’attends trop longtemps, tout devient une véritable catastrophe.
Au début, Iwamoto venait toujours à ma rescousse. J’oubliais les étapes et je criais : « Aide-moi ! », et il accourait, tout pâle, les doigts tremblants.
Je sais qu’Iwamoto ne s’est jamais fâché pour ça, mais j’ai compris que je ne devais plus faire ça.
Alors je lui ai demandé de me donner des instructions précises, avec des chiffres et des minutages exacts. Tout, très précis. Et maintenant, je peux fièrement dire que je comprends la mécanique de la cuisson des pommes de terre sans avoir eu à appeler Iwamoto une seule fois.
Je sais que je n’ai pas assez de passion pour la cuisine, mais je veux pouvoir aider Iwamoto, au moins pour ça, pour qu’il n’ait plus ce fardeau supplémentaire.
— Takashi-san, t’as bien mis le minuteur ?
Demande Iwamoto, allongé sur le canapé, regardant les infos du matin.
— Ouais.
— Alors on a quinze minutes à attendre, viens là, dit-il en faisant signe avec les mains.
Je cours joyeusement vers lui, comme un chien appelé par son maître, et le rejoins sur le canapé. Iwamoto me serre dans ses bras et laisse échapper un profond soupir.
Je regarde son visage fatigué, puis l’embrasse sur le front, les joues, et aussi le nez.
— Ça va ? je demande.
Aujourd’hui, heureusement, Iwamoto n’a pas l’air de détester le contact physique, ni mon odeur corporelle, même si les odeurs de nourriture semblent beaucoup le déranger, ces derniers temps.
Sauf les bons jours, où Iwamoto peut manger la même chose que moi, je lui donne surtout des pommes de terre bouillies, efficaces contre les nausées, même s’il n’aime généralement pas ça. Je lui donne aussi du jus de fruits, du pamplemousse, des fraises, et beaucoup de tofu.
Je comprends que les sautes d’humeur soient terriblement épuisantes à gérer. Mon mari ne supporte plus l’odeur de l’huile, de la sauce ou de la soupe, il déteste le café le matin, et aussi l’odeur de mon eau de Cologne, de l’adoucissant et des produits d’entretien.
Alors, ces derniers temps aussi, je mange dehors et je fais bouillir ses pommes de terre habituelles et son thé une fois rentré à la maison.
Je sais qu’Iwamoto me serre dans ses bras, là, maintenant, mais craignant qu’il soit en fait gêné par mon odeur corporelle, je me lève pour prendre une douche. Mais il m’arrête. Il dit que mon odeur va très bien, et me serre encore plus fort.
— Je me sens vraiment mal, Taka-san…, dit-il.
— Je sais… mais ça ne va pas durer.
— Merci de m’aider.
Entendre mon mari me dire ça me déstabilise. Je suis heureux.
— Je t’aime.
Je caresse ses cheveux avec tendresse, et il me rend un magnifique sourire sur son visage pâle. Il pose sa tête contre ma poitrine, laisse échapper une grande respiration, et se détend. Je continue à le regarder respirer, lentement, avant que ses cils finissent par tomber.
Ce serait mentir de dire que je ne suis pas fatigué, mais tous mes fardeaux semblent disparaître quand je le tiens comme ça.
Le bout des doigts d’Iwamoto glisse sur mon bras, et moi, je me sens assez bien pour ne plus bouger. Il s’endort, je remets la couverture sur son corps, mais il rouvre les yeux et resserre son étreinte, disant :
— Bouge pas…
— C’est vraiment bon que je reste là ?
— Ouais… enfin, ça va, là. Mais je risque de me sentir mal d’un coup et de vomir…
— Tu peux vomir sur moi, si ça arrive.
Iwamoto glousse. Il s’enfonce encore plus profondément contre ma poitrine. Tout ça me donne soudain terriblement sommeil, parce que je n’avais pas non plus réussi à bien dormir depuis plusieurs nuits.
Ma main continue de courir dans les cheveux d’Iwamoto. Puis je l’embrasse sur les paupières, et dépose un baiser sur ses lèvres.
— Je t’aime aussi.
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