My Adorable Pregnant Husband - Chapitre 33

 

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— Félicitations pour ton mariage précipité !
— Je t’ai déjà dit que c’était pas ça !
— Trop mignon, un gynécologue qui met son patient en cloque et l’épouse ensuite ? On dirait un scénario de film porno.
— La ferme, Shimabukuro ! On est de garde, là !

Le ton bien trop vif de Shimabukuro me déstabilise. Je sais que ce n’est pas une mauvaise chose. De nos jours, l’expression « mariage doublement heureux » ou « mariage fécond » est souvent vue d’un bon œil.

Mais moi, je suis gynécologue. Un vétéran, en plus. Je suis censé promouvoir une planification familiale sérieuse. J’ai des sueurs froides à l’idée que mes patientes entendent ça. Enfin, on est dans le bureau du médecin, là, mais la voix de Shimabukuro était bien trop forte. Il s’amuse complètement à mes dépends.

— Lui et moi, on avait déjà prévu de se marier… on est ensemble depuis presque deux ans, je te l’ai juste jamais dit.
— C’est encore trop suspect. J’aurais cru ça si t’étais pas médecin, mais tu vis avec lui, et il était enceint de trois mois quand tu l’as découvert, pas vrai ? Et après ? Tu l’as épousé ! On dirait carrément un chantage.
— Il était enceint de six semaines quand je l’ai découvert. Je te l’ai déjà dit. On a enregistré notre mariage au début de l’année. Je t’en avais juste pas parlé.

Et trois mois se sont écoulés depuis qu’Iwamoto et moi nous sommes mariés. C’était une journée éblouissante. Un mariage express, sans lune de miel, même si chaque jour ressemble un peu à ça.

À part le travail et les courses, on n’est presque jamais sortis. On a eu une cérémonie, juste pour les photos, tous les deux en kimono à blason (il n’y avait pas de kimono blanc ni de robe de mariée à la taille d’Iwamoto), un dîner avec ma mère et ma grand-mère, et un voyage dans la préfecture du nord pour voir la sœur d’Iwamoto. On a passé tous nos jours de repos à la maison.

Enfin, au lit.

— La lune de miel, c’est une perte de temps, non ?, m’a taquiné Iwamoto en caressant ma joue. On transpirait tous les deux.

Et ainsi, par une belle journée d’été, deux corps nus et robustes dansaient sur un drap blanc et lumineux.

— Pas besoin d’être aussi nerveux… je vais bien m’occuper de toi.

Je ne pouvais rien dire pour le contredire, tant j’aime Iwamoto, trop fort.

Existe-t-il une créature capable de me faire me sentir aussi bien, et aussi totalement perdu, que cet homme ? Impossible.

— Je t’aime…, dis-je en me léchant la lèvre supérieure, avide.

Je pose mes mains sur la taille musclée et puissante d’Iwamoto, puis referme mon sexe entre ses cuisses. Le frottant de haut en bas.

— Hmm… Oh…

Je laisse échapper un gémissement, dominé par la faiblesse d’Iwamoto.

— Taka… S’il te plaît, encore… Takashi… Takashi !

Quelques jours avant ça, Iwamoto m’avait montré le résultat d’un test de grossesse acheté dans le commerce, et il était positif.

Sur le moment, honnêtement, j’avais été terrifié, au-delà de tout. J’étais paranoïaque.

Alors, aussitôt après, j’avais emmené Iwamoto à l’hôpital pour un test urinaire. Là-bas, pour vérifier le résultat, on l’avait aussi envoyé faire une prise de sang et bien d’autres examens dont je ne savais même pas s’ils étaient nécessaires.

Ils l’avaient confirmé immédiatement. Iwamoto était enceint de six semaines. Et c’est pour ça qu’on s’est mariés plus tôt, et maintenant, sous les yeux de Shimabukuro, je suis en train d’écrire une lettre pour un hôpital privé de la capitale.

Le nombre de cas d’HMFU reste faible, dans cette région du Japon, quand ce n’est pas carrément inconnu. Toutes les brochures sur internet disent que les HMFU peuvent avoir un accouchement parfaitement normal, mais Iwamoto a de petits fibromes utérins qui, même s’ils sont traités, peuvent toujours provoquer toutes sortes d’autres problèmes.

Aussi bien cet hôpital universitaire que d’autres hôpitaux ont refusé d’admettre Iwamoto plus tard, pour l’accouchement, pour aucune autre raison que le fait qu’il soit un homme. Certains disent que la présence d’Iwamoto pourrait perturber les femmes enceintes du service, d’autres prétendent ne pas pouvoir traiter Iwamoto parce qu’ils ne comprennent pas sa condition.

Enfin, qui leur a demandé de s’occuper de lui, de toute façon ? Mon mari a juste besoin d’un hôpital ! Un foutu hôpital ! Un truc avec une chambre individuelle et des installations bien équipées.

En plus, comme ça demande énormément de paperasse, il faut qu’on porte le même nom de famille au plus vite. Il faut bien que quelque chose de bon sorte de tout ça !

— C’est quand même surprenant.

Shimabukuro soupire en jetant un œil à l’adresse que j’ai écrite sur mon enveloppe.

— Je dois avouer que j’aimais bien enquêter un peu sur ta vie amoureuse, avant, mais même après toutes ces années, y’avait rien. Pas la moindre rumeur. Absolument rien.

Il ne peut pas y avoir de rumeurs sur quelque chose qui n’a jamais existé.

— J’avais demandé une fois à Mizuta-chan si vous sortiez ensemble, peu après avoir rejoint votre service, mais tu sais quoi ? Elle avait plutôt soupçonné que t’étais gay. C’est marrant, son hypothèse s’est finalement révélée vraie.

Mizuta était une gynécologue qui avait travaillé dans notre hôpital jusqu’à il y a peu. On était amis, et je n’avais jamais tenté quoi que ce soit avec elle, mais comment est-ce qu’elle avait bien pu arriver à cette conclusion ? Comment ? Je ne savais même pas moi-même que je l’étais. J’étais toujours occupé à courir partout. C’était difficile pour n’importe qui d’attirer mon attention.

— Enfin, en vrai, je m’en étais douté aussi quand t’as examiné Iwamoto-san. Tu te souviens de ça, hein ? J’avais débarqué dans ta salle d’examen et je vous avais surpris tous les deux à vous tenir la main en vous regardant comme si vous alliez vous embrasser, rit Shimabukuro. Et maintenant, vous êtes en couple ? Un HMFU, avec un bébé. Enfin, ça me rend heureux que tu amènes ton mari ici pour se faire examiner.
— Il n’est pas venu ici pour divertir les médecins.
— Bien sûr, je sais bien. C’est juste que je suis encore très surpris ! Quand j’ai appris que t’étais marié à un homme, et que j’ai découvert qui était cet homme, j’ai honnêtement pensé que ce serait toi le passif… mais il s’avère que non. C’est assez dur à imaginer.
— Shimabukuro…

Mon visage devient tout rouge et mes lèvres se mettent à trembler. C’est clairement un abus de pouvoir !

— Ma femme est stérile, tu sais. On a dû trouver d’autres moyens pour avoir un enfant, et c’est la meilleure chose qui pouvait nous arriver.

Shimabukuro a l’air un peu ému.

— Yuge-sensei, t’es un bel homme, mais t’es vraiment un drôle de type. T’es pas cool, ni particulièrement drôle. Tu chantes des tubes de l’âge des dinosaures, et parfois t’as l’air à moitié endormi. Mais t’es quelqu’un de bien. Tu mérites tout ce qui t’arrive de bon en ce moment, tomber amoureux, te marier, fonder une famille. Je te respecte assez pour m’inquiéter pour toi, la plupart du temps. Je venais vérifier comment t’allais quand tu partais en chirurgie ou quand t’étais de garde, parce que tu dégageais toujours une aura négative : le visage pâle, les cheveux ébouriffés, un café à la main. Je me suis dit qu’un jour, tu finirais par mourir d’une crise cardiaque dans le couloir…

Je suis surpris d’entendre cette confession. Je m’apprête à ouvrir la bouche, mais Shimabukuro sourit et continue.

— Mais là, ton teint s’est amélioré. Tu souris, tu parles, t’as un peu plus de chair sur les os et t’as plus l’air d’un fichu squelette ambulant. D’ailleurs, fais attention à ne pas trop grossir ! Quand j’ai pris mon congé paternité pour passer plus de temps avec ma femme et mon fils, j’ai pris beaucoup trop de poids. J’étais rond comme une balle ! Enfin bref, j’espère que t’es aussi heureux que je l’étais à cette époque-là. C’est un beau moment.
— Merci… vraiment.

J’avais mené une vie faite de creux et de bosses plutôt violents, mais il y a beaucoup, beaucoup de choses, sur une si courte période, qui m’ont fait sentir que tout allait absolument bien, pour moi, maintenant.

Shimabukuro est généralement un sauvage, et je ne peux pas dire qu’on ait une relation formidable, ni qu’on soit les meilleurs amis du monde. Mais l’entendre parler comme ça, comme si on se faisait confiance, ne me rend pas difficile de lui parler de mon mariage et de la grossesse d’Iwamoto.

Il a raison. Je crois qu’après avoir rencontré Iwamoto, je suis devenu quelqu’un de différent. Bien plus ouvert et raisonnable. Un homme que j’apprécie davantage.

— Tu devrais pas te préparer, ou un truc du genre ? T’avais dit que tu l’emmenais pour un contrôle cet après-midi.

Zut. Je suis nerveux à nouveau. J’avais presque oublié que j’avais promis d’emmener Iwamoto à l’hôpital ! Non, arrête. Je n’ai pas besoin d’avoir aussi peur de ça. Il m’attend, il me fait confiance, il croit en moi, exactement comme la première fois qu’on s’est rencontrés.

Je dois faire mieux que jamais.

Quand j’ai rencontré Iwamoto pour la première fois, je me souviens à quel point il avait peur de tout, et à quel point il avait été difficile de le convaincre de se soumettre à un examen anal. Mais désormais, il va devoir traverser une expérience similaire, encore et encore, dans une salle médicale semblable. Je suis stressé. Est-ce qu’il ira bien ? Surtout qu’il risque d’être exposé au regard sans ménagement de mes collègues.

— Hé, ça va ?

Ce n’est pas moi. C’est Iwamoto qui me pose plutôt la question. Il a étrangement l’air heureux, assis sur le siège passager de ma vieille voiture cabossée. Souriant.

— Je sais pas. Je suis vraiment inquiet. Mes collègues risquent de te traiter différemment, maintenant qu’ils savent que…
— Qu’ils savent qu’on se marie ? Qu’ils savent que je suis HMFU ? Eh bien, sensei… quelle déception. Tu es en train de dire que tu veux pas qu’ils voient ton mari ? Ça me fait vraiment de la peine.
— C’est pas ça…

Au contraire, j’ai vraiment envie de montrer Iwamoto à tout le monde, j’en serais même plus que fier. Mais j’ai peur de la jalousie qui commence à couler en moi, rien qu’en imaginant les scénarios futurs. Après tout, j’ai un partenaire merveilleusement parfait ! Je n’ai pas envie de le montrer à qui que ce soit, femme ou homme.

Malheureusement, Iwamoto ne remarque pas mon conflit intérieur et, pour une raison étrange, a décidé de porter une chemise presque transparente.

C’est vraiment n’importe quoi !

— Sérieusement, ça va ?
— Bon, je suis pas vraiment calme, en fait… mais c’est plus juste une question qui me concerne, moi. Maintenant, c’est aussi pour notre bébé. Je vais pas m’enfuir, cette fois. T’en fais pas.
— Taichi…

Ah, je suis à nouveau complètement ivre de lui.

— Regarde devant toi !!!
— Oups…

Le contrôle est beaucoup plus « paisible » que ce à quoi je m’attendais. Mes collègues ne débarquent pas en courant, ne s’entassent pas non plus devant la porte pour poser un tas de questions sur Iwamoto ou sur moi.

Je suis honnêtement plutôt impressionné.

J’ai choisi mon ancien professeur de faculté, Ohara-san, pour examiner Iwamoto, parce qu’il a déjà eu affaire à un HMFU dans un hôpital du Kansai.

— Comme Yuge-sensei a dû déjà vous le dire, les risques et précautions liés à votre grossesse et à votre accouchement sont essentiellement les mêmes que pour une femme. Tout semble bien se passer, dit Ohara-sensei d’un ton calme, avec un sourire agréable, remontant ses lunettes sur son nez. Mais il reste encore plusieurs problèmes à aborder ; votre corps a effectivement évolué naturellement, mais la société, elle, n’est pas encore prête pour une grossesse masculine.

Iwamoto hoche la tête.

— Même si votre ventre va grossir plus tard, les gens ne penseront pas d’emblée que vous attendez un enfant. C’est dangereux. En plus, vous m’avez dit que vous êtes charpentier, sur des chantiers. Ce n'est pas un métier que vous pourrez continuer à faire, donc je ne peux que vous conseiller d’arrêter.

Ça aussi, ça m’inquiète beaucoup… Qu’il ne puisse plus travailler comme charpentier, sur les chantiers. Iwamoto n’a pas l’air de s’en plaindre, mais je l’ai toujours vu se dévouer entièrement à ce métier, l’adorer complètement. Est-ce que ça va le frustrer ?

— Mais si vous voulez continuer à travailler, il faudra changer de poste. Rien de lourd. Si vous avez besoin d’un certificat médical ou d’une brochure pour expliquer ce qu’est un HMFU, dites-le-moi, je vous en donnerai volontiers un.

— Merci… mais ça ira.

Iwamoto s’incline profondément devant Ohara-sensei.

Le patron du chantier était déjà au courant, et, heureusement, il semble faire preuve d’une grande compréhension face à la situation actuelle d’Iwamoto. Cependant, si ses tâches devaient être fortement restreintes à partir de maintenant, ses collègues pourraient devenir curieux et commencer à poser des questions. Comme ce sera étrange, ce jeune homme puissant qui pouvait autrefois se déplacer partout en portant des kilos de bois dans les mains, et qui reste maintenant assis à un seul endroit.

— Ces fibromes que vous avez compliquent un peu les choses, mais on va y arriver. Ce que j’aimerais que vous compreniez, c’est que dès maintenant, et même après l’accouchement, il est très possible que vous soyez regardé d’une façon inconfortable. Certains disent même que vous ne pourrez pas entrer dans la salle de maternité. Vous le saviez ?
— Oui, je le sais.
— Même si vous êtes un homme qui remplit toutes les conditions pour utiliser cette salle, ils estiment que les femmes seraient assez mal à l’aise avec vous. Vous voyez, il y aura des désagréments de toutes tailles et de toutes formes, des choses auxquelles vous n’auriez jamais pensé, mais qui arriveront quand même. Il va falloir être fort.

Ohara lève les yeux, nous regardant, moi et Iwamoto.

— C’est difficile d'attendre un bébé, mais la seule chose dont vous devriez vous inquiéter, c’est de tout l’aspect social. Votre bébé va parfaitement bien.
— Merci beaucoup.

Ohara sourit.

— Bon, on a passé le plus dur… Yuge-sensei, félicitations pour votre mariage.

Il se tourne vers Iwamoto et s’incline devant lui.

— Félicitations à vous aussi. Yuge-sensei est quelqu’un de bien, vous devez vous sentir en sécurité avec lui.
— Oui, c’est le cas. Tout le temps.

 

 

 

 

 

 

 

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