My Adorable Pregnant Husband - Chapitre 25
— Elle appelle toujours pas…
Iwamoto et moi sommes tous les deux assis sur le canapé, à attendre l’appel de sa sœur. Ça fait maintenant un an qu’on vit ensemble, et aujourd’hui, c’est le jour de l’annonce des résultats du concours national de médecine.
Iwamoto n’arrête pas de fixer le téléphone à clapet posé sur la table devant le canapé. Un beau rose fluo. Il a choisi cette couleur uniquement parce qu’il était gratuit, et étrangement, ça lui va bien, dans ses grandes mains musclées et hâlées.
—
Hier, on était au téléphone et elle n’arrêtait pas de râler, si elle
avait raté, sur sa note, tout ça, et maintenant elle est… en retard !
— D’accord, d’accord. Calme-toi. Laisse-lui plus de temps.
Iwamoto grogne et se gratte la tête, frustré. Hier, lui et sa sœur étaient effectivement au téléphone jusqu’à minuit. À un moment, il a crié : « Je suis en repos demain, tu peux m’appeler direct que tu aies raté ou réussi ! Bon, va te coucher, maintenant ! » Étrangement, Shimabukuro m’avait aussi proposé de prendre un peu de repos. Alors j’ai suivi le mouvement et posé un jour de congé.
Je pense que la sœur d’Iwamoto va s’en sortir, mais je suis quand même resté à la maison pour lui tenir compagnie. Au cas où.
En y repensant, je me souviens que je n’avais pas été particulièrement anxieux avant l’annonce de mon propre concours national. En dehors du fait que j’avais pas mal confiance en moi, je ne me souciais en réalité pas vraiment de savoir si je réussirais ou non.
Les choses n’ont pas changé depuis. L’annonce a lieu avant fin mars, après la cérémonie de fin de lycée. Ce qui veut dire que la rentrée universitaire commence le premier avril. Et ceux qui ont raté devront repasser l’examen dans une autre filière, sur un autre campus.
Fais qu’elle réussisse ! S’il te plaît, s’il te plaît, s’il te plaît, fais qu’elle réussisse ce fichu examen !
Mais est-ce que Dieu répondra à cette prière, vu mes intentions pas si pures ?
Si la sœur d’Iwamoto réussit son concours national, je veux demander à son frère de m’épouser.
Ces derniers mois, j’ai savouré chaque jour en tant que petit ami d’Iwamoto. Noël, le Nouvel An, la Saint-Valentin, le White Day…
Avant de rencontrer Iwamoto, j’avoue que j’ai souvent ressenti de l’envie et du ressentiment face au bonheur des autres. Ah, comme ils pouvaient passer du temps joyeusement avec les gens qu’ils aimaient. Ils avaient l’air si écœurants de bonheur, pendant que moi, je souffrais en silence.
Cette année, je suis complètement libéré de cette souffrance-là.
J’ai vécu, pour la première fois de ma vie, plein de moments un peu ringards mais adorables. Tomber amoureux d’Iwamoto. Terriblement amoureux d’Iwamoto. Presque comme un mari complètement gaga de sa jeune épouse. J’avais envie de le toucher tout le temps, de lui parler, de manger avec lui, de regarder des émissions débiles et d’écouter de vieilles chansons à côté de lui. En gros, il n’y avait pas une seule seconde où je n’avais pas envie de l’avoir près de moi. Et lui aussi me manifestait beaucoup d’intérêt ! Un intérêt sincère, comme s’il pouvait lire dans mes pensées.
Un jour, il m’a dit qu’il n’était jamais allé au centre-ville pour Noël. Il n’avait jamais eu de temps libre depuis la fin du lycée.
— Et même si j’en avais, j’ai pas envie d’y aller seul, m’a-t-il dit en se retournant, une étincelle dans les yeux. Mais on dit que les illuminations, là-bas, sont magnifiques. C’est vrai… ?
Alors on a réservé des billets de train. Ça faisait longtemps que je n’avais pas pris le train, et je n’avais pas vérifié les dernières mises à jour à l’avance. On a failli rater notre arrêt. Heureusement, je m’en suis rendu compte à temps et j’ai attrapé Iwamoto pour descendre juste avant la fermeture des portes. On a bien ri.
Noël était encore à une semaine, mais le centre-ville était déjà en effervescence. Il restait du temps avant la nuit, alors on est entrés dans un centre commercial qui semblait avoir été conçu par un architecte célèbre. J’avais eu l’intention de profiter uniquement de la structure originale du bâtiment, qui s’élevait en spirale, mais mon reflet dans une vitrine a attiré mon attention : Iwamoto était frappant. Grand, une belle posture. Son simple manteau militaire et son sous-pull, achetés dans une brocante, avaient l’air d’être tout autre chose.
En comparaison, j’avais l’air d’un sauvage.
J’avais toujours pensé que c’était inévitable, que j’aurais cette allure quoi que je porte. J’étais toujours un peu nerveux en entrant dans un magasin de vêtements. Je ne voulais pas que les gens me regardent en se demandant pourquoi quelqu’un comme moi se trouvait dans une boutique aussi chic. Mais me voir avoir l’air d’un clochard juste à côté d’Iwamoto m’a fait réaliser quelque chose. Je devais lui montrer que je me souciais aussi de mon apparence. Ce n’était pas vraiment que je voulais avoir l’air séduisant. Je voulais que les gens pensent que je faisais des efforts.
Alors j’ai osé demander à Iwamoto s’il pouvait m’aider à choisir des vêtements. Ça l’a un peu surpris, parce qu’il n’avait lui-même jamais acheté de vêtements dans ce genre d’endroit non plus.
Iwamoto était réticent au début, mais une fois qu’il a commencé à choisir, il a eu l’air d’y prendre goût. Sa capacité à apprécier n’importe quoi fait partie de ce qui le rend beau. Le personnel a été très aidant aussi. Ils ne m’ont pas regardé de haut, moi qui étais mal habillé. Était-ce parce que c’était une bonne boutique avec un personnel bien formé, ou parce qu’Iwamoto était avec moi ? Sans doute les deux.
Parce que je pensais qu’une telle occasion était rare, j’ai fini par acheter tous les vêtements qu’Iwamoto avait trouvés bien. Il en était tout gêné. Pour lui, c’était impensable d’acheter autant de vêtements en une seule sortie, mais pour moi, c’était un honneur de porter les vêtements qu’Iwamoto avait choisis pour moi.
Au final, on est arrivés trop tard pour voir la plupart des illuminations. Je me suis demandé pourquoi on était même venus, au départ. Mais j’étais soulagé de voir qu’Iwamoto était de bonne humeur.
— C’est marrant, non ? On devrait ressortir quelque part, avec les vêtements qu’on a achetés aujourd’hui, m’a dit Iwamoto.
Après ça, on est ressortis plusieurs fois.
On est allés dans une ville côtière manger des fruits de mer. On a marché le long de la plage en hiver. On est allés à un salon d’essai de voitures et on a discuté de la prochaine qu’on devrait acheter. On est allés voir un film d’action. On a fait un buffet à volonté dans un restaurant de yakiniku près de chez nous. Tout, avec Iwamoto, était terriblement amusant.
Pour être honnête, ça fait un moment que j’ai envie de le demander en mariage. En particulier depuis l’apparition des HMFU, le mariage entre personnes de même sexe est devenu très courant. Leur existence a démoli l’idée reçue selon laquelle les couples de même sexe ne peuvent pas se reproduire naturellement. Cette réalité inébranlable a fait taire l’opposition. Et à cause de ce miracle-là aussi, il semble qu’on ne puisse plus se fier uniquement à la science telle qu’on la connaissait. Le jour pourrait venir où on verrait apparaître une femme parfaitement capable de développer un pénis et de féconder une autre femme. Certains chercheurs l’affirment.
Alors maintenant, où que tu vives dans ce pays, tu peux te marier avec une personne du même sexe. Ils bénéficient des mêmes droits que les mariages entre hommes et femmes. Iwamoto est adulte, et tant qu’il est d’accord, on peut se marier.
Mais j’ai trouvé que ce serait aller trop vite, alors j’ai ajouté trois semaines de plus à mon plan initial et j’ai attendu l’annonce du résultat de sa sœur.
Maintenant, la grande question, c’est : est-ce qu’Iwamoto voudra bien m’épouser ? Tout peut mal tourner.
Je le demande en mariage, s’il refuse, je dirai que c’est ok.
Ça fera mal, mais je suis prêt à l’accepter.
Je remarque qu’Iwamoto n’a pas encore parlé de moi à sa sœur. Même si je comprends la situation : son frère semble vivre soudainement avec un homme plus âgé qu’il vient tout juste de rencontrer, dit que ce vieil homme est son médecin, qu’ils sont amants et qu’ils vont devenir mari et mari. Ce serait une situation étrange. À la place de la sœur d’Iwamoto, je serais forcément suspicieux. Je ne pourrais pas garder mon calme en soupçonnant que ce vieil homme profite en réalité de mon frère aîné. En plus, elle a un examen important qui approche. Iwamoto ne veut sans doute pas lui causer de stress inutile.
Franchement, je suis bien trop impatient de me marier avec Iwamoto au plus vite. Il est tellement populaire, c’en est dangereux. J’ai envie de déclarer au monde entier qu’Iwamoto est mon époux. Mais je sais aussi que je ne peux pas franchir certaines limites. Je dois le respecter.
Le téléphone sonne.
Iwamoto décroche à toute vitesse, avant même la deuxième sonnerie.
— Haruka !
Est-ce qu’elle a réussi ?
— Je vois, je vois, je suis content, vraiment content. T’as fait du super boulot, idiote ! T’inquiète pas pour ça ! Je suis sûr que t’as fait de ton mieux ! Félicitations !
On dirait que tout va bien de son côté. Mes épaules se relâchent d’un immense soulagement. J’ai complètement oublié mon propre concours national d’il y a des années, mais je suis sûr à mille pour cent que je n’avais pas été aussi heureux qu’en cet instant.
— Oui, oh… Enfin, tu peux prendre ton temps, tu sais ?
Iwamoto est toujours au téléphone. Il parle toujours d’un tas de choses avec sa sœur, donc ça va être long. Et comme j’ai peur de faire un bruit étrange qui trahirait son petit mensonge, je me lève pour me retirer dans ma chambre.
— Haruka, il faut que je te dise quelque chose.
Je m’arrête net.
— Ça fait un moment que je ne vis plus chez mon patron.
J’écarquille les yeux.
— Je vis avec le très bon médecin qui s’est occupé de moi quand j’ai découvert que j’étais HMFU. Ah oui, oui, tu te souviens bien de lui, oui, Yuge-sensei. Grâce à lui, j’ai plus besoin de montrer mon pantalon plein de sang à mes cadets et tout ça.
Iwamoto me lance un bref regard et pouffe de rire.
— La ferme ! J’allais te le dire une fois que t’aurais réussi. J’étais sûr que tu réussirais, idiote ! Je ne m'inquiétais pas du tout !
Puis Iwamoto s’interrompt et baisse la tête. Ses joues sont rouges.
Mon visage devient rouge aussi.
— Je suis en couple avec sensei. Je sors avec lui.
Quelques secondes de silence. Puis vient la voix aiguë et excitée d’une fille. C’est si fort que je l’entends depuis où je me tiens.
— Oh, arrête de crier, tais-toi ! Oh, euh, je pensais que tu réagirais autrement. Haha, c’est quoi cette question ? Oui, il est beau. Il est gentil, fort et classe. C’est un putain de bel homme. Non, non, il n’aime pas se faire prendre en photo. Demande autre chose.
Je ne suis pas beau, je ne suis vraiment pas beau. C’est toi qui corresponds à cette définition-là !
— Oui ? Oh, non, pas encore.
Encore un cri, dans le téléphone. Iwamoto me regarde, les yeux plissés de joie.
— Non, une prochaine fois. J’ai dit non. Je te rappelle plus tard.
Ignorant les braillements qui continuent, Iwamoto raccroche.
— Hé hé, glousse-t-il, les sourcils baissés, l’air malicieux. Je l’ai dit.
Je titube jusqu’au canapé.
— Mais comment t’as fait ? Il est pas génial ? Comment t’as réussi à attraper un aussi bon parti ! dit Iwamoto en imitant, taquin, le ton de sa sœur.
Il est vraiment de bonne humeur.
Avec un sourire, Iwamoto rapproche ses mains de mon visage et caresse doucement ma joue. Non, il essuie mes larmes ! Oh, je ne m’étais pas rendu compte que je pleurais, en ce moment même.
— Désolé, sensei. J’avais vraiment envie de lui dire plus tôt. J’ai attendu qu’elle réussisse son examen. J’avais tellement peur qu’elle s’y oppose et me dise de rompre avec toi. Enfin, je ne l’aurais jamais fait, même si elle me l’avait demandé…
Je renifle.
— J’attendais ce jour-là aussi. J’attendais que Haruka-san réussisse son concours national.
— Quoi ? Pourquoi ?
Je saisis la main d’Iwamoto posée sur ma joue.
— Iwamoto.
C’est tellement gênant de dire ça en pleurant. Mais quel est l’intérêt de me soucier de mon apparence, maintenant ?
— Épouse-moi, s’il te plaît.
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