My Adorable Pregnant Husband - Chapitre 11

 

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Après m’être occupé d’une patiente en salle d’examen, je remonte le couloir d’un pas plutôt rapide. Les jours chargés comme celui-ci, il est difficile de trouver le temps de faire quoi que ce soit.

Dans ma main, un formulaire administratif pour mon déménagement.

Beaucoup de membres du personnel ont eu l’air surpris quand je leur ai annoncé que j’allais quitter mon appartement.

Le responsable administratif, chargé de modifier mes coordonnées dans le dossier de l’hôpital, a réagi exactement de la même façon. C’est un vieil homme aux lunettes cerclées, avec une tête couverte de cheveux blancs. D’ordinaire, il parle peu. Mais aujourd’hui, il s’intéresse visiblement à moi.

— Alors comme ça, vous déménagez, sensei ?
— Oui. Les circonstances sont un peu particulières, alors je vais partager un appartement avec quelqu’un.
— Je ne pensais pas qu’à votre âge, on faisait encore ce genre de chose. Une colocation, donc ?

Il me regarde avec un bon sourire au-dessus de sa bouche ridée. Ses yeux brillent d’un éclat vif sous ses sourcils gris.

— C’est votre fiancée ? Ou votre maîtresse ?
— Ni l’une ni l’autre.
— Une parente ?
— Non. Un ami.
— Yuge-sensei en colocation…

On dirait qu’il a du mal à concilier ma personnalité et l’idée de vivre avec quelqu’un.

Je sais bien que la colocation évoque surtout quelque chose de jeune, de presque étudiant. Mais pourquoi même ce vieillard sait-il que je suis absolument incapable de vivre normalement avec autrui ? Est-ce que ça se lit simplement sur ma tête ?

Il remonte ses lunettes du bout des doigts et se penche vers moi avec curiosité.

— Un ami de l’école ?
— Non.
— Un médecin ?
— Non.
— Une femme ?
— Un homme. Et nous ne serons que tous les deux.

Là, il fait une grimace légère.

Je regarde son visage et me rappelle que c’est une manie chez lui. Malgré tout, je me demande à quel point ça lui a paru bizarre.

— Puis-je vous demander quelles sont ces circonstances ?

On raconte qu’il est impossible de lui cacher quoi que ce soit. Ce n’est pas juste un employé, il a de l’influence, une présence intimidante, et on le voit souvent parler avec le directeur. Ils sont probablement amis.

Qu’est-ce que vous voulez que j’avoue exactement, vieux démon ? Vous ne pourriez pas juste arrêter de poser des questions ?

— Enfin, peu importe. Vous avez toujours été irréprochable : papiers remis à temps, aucun incident, loyer payé sans retard, déplacements déclarés, impôts maîtrisés. Jusqu’à présent, vous avez toujours vécu selon le contrat. Je n’ai rien de plus à dire, si ce n’est vous souhaiter bonne chance.

— Merci beaucoup.

Mais je rougis, alors je me remets à marcher encore plus vite dans le couloir.

C’est absurde.

Rougir à l’idée d’un déménagement.

C’est absurde d’être aussi excité.

Ces derniers temps, tout est devenu absurde.

Je vais vivre avec Iwamoto.

Quand je lui ai parlé de l’appartement, au restaurant chinois, il a tellement été surpris que ses yeux en sont devenus parfaitement ronds. Il avait l’air incapable d’assimiler ce que je venais de dire, alors même que je l’avais annoncé d’un ton très calme. Iwamoto, avec un morceau de poulet frit encore entre les doigts, avait soudain paru beaucoup plus jeune.

— Vivre ensemble…

Finalement, après avoir avalé son morceau, il avait répété la phrase avec une stupeur presque douloureuse.

Je m’en étais pas mieux sorti que lui, cela dit. J’avais bien failli avaler mon poulet sans le mâcher.

— Habiter avec mon médecin ?

Sa voix s’était faite plus basse, mais son front restait plissé. Il venait enfin de comprendre la portée de ce que je proposais.

J’ai cru avoir tout gâché.

Je venais d’apprendre son histoire. C’est quelqu’un qui n’aime pas dépendre des autres. Il pense d’abord à sa sœur, ravale tout ce qu’il peut, et reste bien trop fier, bien trop méfiant pour s’en remettre facilement à quelqu’un.

Une aide trop facile le blesse.

À ce moment-là, j’ai pensé qu’il fallait absolument que je dise quelque chose.

— Je voulais vivre dans un endroit beau et spacieux, mais je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Cet appartement me plaît, mais il est trop grand. Beaucoup trop grand.

Je me suis appliqué à expliquer le plus posément possible.

— Ce n’est pas pratique d’avoir des pièces inutilisées, et pourtant je tiens vraiment à cet appartement.

Iwamoto gardait le silence, les sourcils toujours froncés. Le vacarme du restaurant semblait loin, presque étouffé.

— C’est un deux-pièces avec salon, salle à manger et une grande salle de bain avec douche et toilettes. Je comprends que votre corps fonctionne un peu différemment maintenant, mais désolé, il faudra quand même partager ces pièces.

Iwamoto avait rougi, ce qui m’avait aussitôt fait penser que je venais de sortir une énormité.

Pourtant, je ne cherchais pas à lui faire comprendre ma compassion d’une manière maladroite. Je voulais seulement qu’il voie que je réfléchissais sérieusement à sa situation.

— On pourra s’organiser.

Même si, à vrai dire, je n’avais aucune idée de comment.

Je n’avais jamais, de toute ma vie, imaginé faire quelque chose comme ça.

Je me suis dit que s’il y avait simplement un signe d’une autre présence autour de moi, si quelqu’un me disait bonjour le matin et bonne nuit le soir, alors même mes jours de repos deviendraient plus vivants. Je cesserais peut-être de dormir jusqu’en milieu d’après-midi. Si je vivais avec quelqu’un d’actif, qui sort souvent, je pourrais même avoir envie de l’accompagner…

Évidemment, il y aurait aussi davantage de contraintes.

Peut-être que ça ne me plairait pas autant que je l’imagine.

Mais je suis fatigué.

Fatigué d’une vie de déprime, seul dans une petite voiture coincée au milieu des embouteillages.

Si Iwamoto vivait avec moi, je jure que je changerais beaucoup de choses en moi. Je devrais apprendre à renverser entièrement ma façon de penser, ma manière de vivre.

Pourtant, j’avais le sentiment que ces changements radicaux ne me déplairaient pas s’ils venaient entièrement de lui.

Mon imagination était trop douce.

Beaucoup trop douce pour mon propre bien.

— Sensei, je ne sais pas quoi vous dire… Je n’ai pas l’argent pour vous aider avec un appartement pareil.
— Hein ?

Iwamoto me regardait avec inquiétude. Il n’avait pas l’air vexé.

— Je viens de vous dire que je n’ai plus de travail, et vous me proposez de vivre avec vous dans un appartement aussi grand ? Vous pensez que je mens ? Ou que j’ai plus d’économies que je ne veux bien l’admettre ?

Il souriait, mais j’ai secoué la tête immédiatement.

— Non. Je n’ai jamais pensé ça.

Parce que, quel que soit leur statut, les gens comme Iwamoto ne profitent pas des autres.

— Alors pourquoi ne pas demander à un autre médecin ?
— Parce que j’ai l’impression que ça doit être vous.

Je l’ai dit franchement.

Très sérieusement.

Iwamoto a rougi de nouveau.

Il a détourné le regard.

Les yeux fixés sur le sol, il a murmuré :

— Désolé, sensei… Mais je crois que je vais devoir dire non. J’aurais l’impression de faire quelque chose de mal. Et puis… si j’étais là, ça ne poserait pas problème ?

Peut-être que cette proposition l’embêtait encore plus que je ne l’avais pensé.

— Je ne suis presque jamais chez moi, de toute façon.

Iwamoto a ri, mais il se tordait presque de gêne. Son cou épais était entièrement rouge.

— Bon sang… C’est plus l’embarras qu’autre chose, en fait… Qu’est-ce que je suis censé dire ?

Il a attrapé son T-shirt des deux mains et l’a tordu. Peut-être que c’est son habitude quand il angoisse, ou quand il a vraiment, vraiment peur.

Je me suis souvenu du moment où je l’avais installé sur la table gynécologique.

J’ai eu envie de le toucher encore, de reprendre cette grande main chaude.

Oui… Pourquoi tordre ton T-shirt, Iwamoto ? J’aimerais tellement que tu attrapes ma main à la place.

Ça me rendrait très heureux.

— Vous pouvez dire ce que vous voulez. Je ne vais pas me vexer.
— Je… je vous suis vraiment reconnaissant. Vraiment, vraiment reconnaissant !

J’ai un peu sursauté. Iwamoto venait soudain de parler très fort.

— Donc… C’est oui ?
— Je vais forcément retrouver un travail bientôt, alors… Combien de loyer est-ce que je devrai payer ?
— On en parlera plus tard.
— Non, il vaut mieux le faire maintenant ! Comme ça, je saurai de combien j’ai besoin et je pourrai retrouver un travail au plus vite !
— Alors on en reparlera quand vous aurez déjà un travail.

Mais Iwamoto a attrapé la brochure et s’est rué sur la ligne du prix.

— Putain ! C’est beaucoup trop cher !
— Ce n’est pas grave, je peux me le permettre. Ça fait des années que je travaille.
— N’importe quoi.
— Je suis sérieux, je suis plus vieux que vous ne le croyez.
— Plus vieux de combien ?
— J’ai trente-sept ans.
— Quoi ? Sérieusement ? Je vous aurais donné autour de trente ans.

Il avait paru surpris, mais s’était vite reconcentré sur l’essentiel.

— Ça n’a rien à voir avec votre âge ou votre salaire. Il faut au moins qu’on estime combien je devrais vous donner au départ.

— Si ça compte tant, remboursez-moi en faisant le ménage.

Iwamoto a soupiré, puis s’est enfin laissé tomber contre le dossier de sa chaise.

— Ah, ça oui. J’ai toujours vécu seul, alors je suis bon pour le ménage.
— Parfait.
— Je… Je sais aussi cuisiner. Ma spécialité, c’est les nouilles et le riz.
— Encore mieux. Merci beaucoup.

Mon alimentation a toujours été désastreuse, alors l’idée que quelqu’un cuisine pour moi me rend terriblement heureux.

— Et ensuite, je vous rembourserai vraiment.
— Arrêtez avec ça.
— … Dites-moi si je deviens trop encombrant.
— Vous aussi. Dites-le-moi dès que je commence à trop vous stresser.
— Et… euh…

Iwamoto regardait partout autour de lui.

Tu essaies de demander quelque chose que tu n’arrives pas à formuler ?

J’avais l’impression de pouvoir tout accepter, à partir du moment où il venait chez moi.

— Merci.

Iwamoto s’est incliné.

— Non. Merci à vous d’avoir accepté.

Et maintenant, ma journée terminée, je rentre enfin chez moi.

J’ai déjà signé le contrat et déjà la clé.

Iwamoto et moi allons emménager ce week-end.

Je prends tellement de plaisir à cette idée que je crois bien que je vais acheter quelques objets neufs pour la maison. Des choses que nous utiliserons tous les deux.

Peut-être qu’en dépit de ma peur constante du changement, au fond de moi, j’en ai toujours voulu un.

J’ai la sensation que le changement que j’attendais approche enfin, d’un pas régulier, droit vers moi.

Et celui qui l’incarne le plus clairement, c’est Iwamoto.

C’est toujours lui qui apparaît dès que je commence à penser.

 

 

 

 

 

 

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