My Adorable Pregnant Husband - Chapitre 10

 

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— Je venais souvent ici. Désolé… Ce n’est pas très joli comme endroit…

Nous sommes dans un restaurant chinois bruyant, entre le cliquetis des pichets et le crépitement des poêles. Le sol est gras, il faut faire attention à ne pas glisser.

Derrière le comptoir, la cuisine est étonnamment bien organisée, malgré la vapeur et le tumulte.

Tout à l’heure, quand Iwamoto m’a demandé ce que je voulais manger, aucun mot n’est sorti. Rien que le fait d’être là avec lui avait rempli ma poitrine au point de faire disparaître mon appétit.

Alors je lui ai demandé de m’emmener dans un endroit qu’il aimait.

Et il m’a conduit ici, sans hésiter.

Je dois reconnaître que ça sent incroyablement bon.

— Ce n’est pas cher ici, et leur riz frit à la viande est vraiment bon.

Iwamoto a l’air heureux.

Moi aussi.

Le restaurant est plein. Des ouvriers du bâtiment, des femmes, des membres de clubs sportifs, des familles. Une lycéenne apporte des milkshakes à ses amies, aidée par un employé.

L’ambiance est… vivante.

— Vous êtes sûr que c’est un bon endroit pour une discussion privée ?
— Oui. Avec le bruit, personne n’écoutera. Haha.

Nous nous installons et Iwamoto commence enfin.

— Ce n’est pas compliqué. On dort tous ensemble, dans l’entreprise. On partage aussi la salle de bain.
— Je vois.

Je comprends immédiatement.

Iwamoto est un HMFU. Donc forcément… c’est compliqué.

Pendant ses règles, il y a les regards et les contraintes. Se laver en dernier, éviter le bain, se changer devant tout le monde avec des sous-vêtements qui trahissent quelque chose de différent.

— Vous en avez parlé à quelqu’un ? À vos collègues ?
— … Au patron. Et à sa femme aussi.

Sa femme connaissait déjà les HMFU, elle a proposé de l’aider et de lui acheter des protections.

— Mais… Pour mes collègues… Je ne sais pas quoi dire. Je ne pense pas leur dire.

Il parle vite, bas. Remue son riz frit.

Je hoche la tête, absorbé par la pâte miso qu’il m’a conseillée.

— Quand j’ai appris le diagnostic… J’ai cru à une blague. Un homme qui a ses règles… Avec un utérus… C’est compliqué à expliquer à d’autres hommes… et franchement, c’est embarrassant.

Je comprends.

Même moi, la première fois, j’ai cru à une absurdité.

— Je suis adulte maintenant. Alors je me suis dit que c’était peut-être le moment de vivre seul.

Voilà pourquoi il était à l’agence.

— Il m’a renvoyé, sensei… Il m’a dit que je pouvais rester autant que je voulais… Mais… le patron… même s’il comprend grâce à sa femme… Je suis sûr qu’il me voit comme inutile. Un type bizarre. Ni homme, ni femme.
— … Pardon ?

Mon appétit disparaît instantanément.

Une tension monte.

Iwamoto est fort, compétent. Il a bossé des années.

Et on le jette comme ça ?

Putain de…

— J’ai une sœur… On n’a plus de parents. On vivait dans une zone touchée par le séisme de 2011.

Le ton change brutalement.

Plus lourd.

— On a survécu parce qu’on était à l’école. Mes parents étaient à la maison quand le tsunami est arrivé. Beaucoup de nos proches vivaient à côté… Ils sont morts.

Il sourit en voyant mon visage se fermer.

— Mon patron était notre voisin. Il m’a embauché après le lycée. Je lui suis reconnaissant.
— Je suis désolé…
— Il m’a appris le métier. Construire des maisons… C’est grâce à lui que je suis devenu charpentier. Ma sœur, elle, est plus intelligente. Elle sera médecin. Elle vise l’université d’Okayama.

A cet instant, en parlant de sa seule famille, il exprime une fierté pure.

Donc il travaille pour elle. Pour son avenir.

Et on lui annonce qu’il a un utérus.

— Je lui ai dit au téléphone. Je lui ai dit de ne pas s’inquiéter… Que j’avais trouvé un excellent médecin.
— Non… je…

Je suis mal à l’aise.

Ce n’est pas le sujet.

Qu’est-ce qu’il va devenir ?

— Je ne veux pas dépenser trop. Elle est en dernière année bientôt… Encore un an, et je pourrai payer ses études.

Un an.

Il doit tenir encore un an.

— J’ai des économies, mais…

Il baisse la tête.

— … Je n’ai plus de travail.

Son assiette est encore pleine.

Son poing se serre.

— Je dois d’abord trouver un endroit où vivre… ensuite, je verrai.

Ses options sont limitées.

Évidemment.

— Vous devriez contacter votre famille. Même éloignée. Demander de l’aide. Vous ne pouvez pas tout porter seul.

Il sourit, mais ça fait mal.

— Compter sur les autres pour survivre…

Il rit presque en pleurant.

— J’ai toujours tout fait seul. Travaillé plus dur chaque jour en attendant que ma sœur devienne médecin. Et maintenant, mon corps devient bizarre… et je dois accepter ça. C’est horrible. J’ai l’impression de perdre tout ce pour quoi j’ai travaillé. C’est mon corps… mais ce n’est plus le mien…

Il essuie ses yeux.

— Désolé, sensei, de vous montrer ce côté pathétique.

Pathétique ?

Non.

Il est juste épuisé.

Il a encaissé trop de choses. Trop longtemps.

— Sensei… Vous ne mangez pas ? Prenez ça.

Ses yeux sont rouges, mais il continue.

Toujours.

— J’ai lu que les HMFU pouvaient avoir des troubles émotionnels… peut-être que c’est ça. Je pleure souvent, ces temps-ci. Désolé.

Encore un “désolé”.

— Vous n'avez pas à vous excuser.
— Hein ?
— C’est étrange… mais je vous attendais. À l’hôpital.

Il me regarde.

— Pendant ces semaines, je me suis dit que je devais être meilleur la prochaine fois que je vous verrais. Plus approprié. Alors… je suis content que vous soyez là. Que vous me fassiez confiance.

Je respire.

— Vous êtes plus forts que moi. Plus mature. Plus courageux. À votre place… je ne m’en sortirais pas. Je serais probablement déjà mort.

Il rit.

— Mais qu’est-ce que vous racontez, sensei ?

Il se penche, me tape l’épaule.

Son sourire revient.

Aveuglant.

— Vous parlez comme si j’étais incroyable, mais…. Vous avez oublié que je vous ai frappé ?

Il se recule.

— Enfin… Je cherche un appartement. On m’a dit qu’il y aurait peut-être quelque chose bientôt. J’essaie d’être patient.

Je pense à lui.

À sa vie. À ces hommes autour de lui. À ce qu’ils voient, ce qu’ils connaissent de lui. Et ça me dérange beaucoup trop.

Je ne devrais pas penser ça.

Nous sommes médecin et patient, rien de plus.

Et pourtant…

Je comprends ce que c’est.

Parfaitement.

— Iwamoto !
— Oui ?

Je fouille dans mon sac et sors la brochure.

— C’est quoi ? Un appartement ?
— J’ai l’argent pour le prendre.

Qu’est-ce que je fais ?

Mon cœur s’emballe.

Une voix me dit d’arrêter, mais elle est faible.

Une autre, plus forte, plus brute…Hurle.

— Vous voulez vivre avec moi ?

Voilà.

Je l’ai dit.

 

 

 

 

 

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