Silent Reading : Chapitre 176 - Edmond Dantès XLVIII
— «
Capitaine Luo, une caméra de surveillance installée près d’une sortie
de la route nationale a filmé une douzaine de véhicules se dirigeant
vers la cible il y a une vingtaine de minutes. Nous pensons qu’il
pourrait s’agir des suspects. »
— « Capitaine Luo, Xiao Haiyang et
Lang Qiao sont dans le secteur. Je leur ai ordonné de rester sur place
et d’attendre les instructions, mais je n’arrive plus à les joindre... »
— « Dans combien de temps arrivons-nous ? » demanda Luo Wenzhou.
— « Nous y serons dans quelques minutes. Le drone est déjà en position... »
—
« Wenzhou », intervint soudain Lu Youliang d’une voix basse au
téléphone, « c’est moi qui ai validé cette opération aujourd’hui.
C’était mon plan. S’il arrive quelque chose, j’en assumerai l’entière
responsabilité... »
— « Capitaine Luo, nous avons découvert des
traces de sang ainsi que des signes évidents d’échanges de tirs près du
moulin. En revanche, aucune trace de Lang Qiao ni de Xiao Haiyang. »
Luo Wenzhou ferma brièvement les yeux avant de couper la parole au Directeur Lu.
— « Ce n’est pas votre faute, Oncle Lu. Je le sais. Tout ça, c’est l’œuvre de ce salaud de Fei Du. Et j’imagine qu’il vous a forcé à me le cacher. »
En repensant à cette étrange phrase d’adieu de Fei Du, lorsqu’il avait parlé de la sincérité capable d’accomplir des miracles, le cœur de Lu Youliang se serra douloureusement. Pendant un long moment, il fut incapable de répondre.
Finalement, il demanda :
— « ... Je lui ai demandé pourquoi, mais il ne m’a jamais donné la véritable raison. Pourquoi ? »
Le sifflement du vent se mêlait au hurlement des sirènes. Les gyrophares découpaient de longues traînées lumineuses dans la nuit noire, dominant les étendues désertes et désolées de Binhai.
La gorge de Luo Wenzhou se contracta imperceptiblement.
— « À cause de Zhu Feng. »
— « Quoi ? »
—
« À cause de Zhu Feng, de Yang Xin, de Fu Jiahui... Ces gens ne
ressemblent pas à des criminels recherchés comme Zhang Chunling. Ils
vivent dans l’ombre. Beaucoup n’ont même jamais commis d’actes relevant
clairement du droit pénal. Ils peuvent disparaître à tout moment et se
fondre dans la foule. En apparence, rien ne les distingue des gens
ordinaires... mais ce sont des mines antipersonnel oubliées après une
guerre. Tant qu’elles ne sont pas désamorcées correctement, elles
finiront tôt ou tard par exploser. Il fallait donc un détonateur. »
Avec l’arrestation de Zhang Chunjiu et la fuite de Zhang Chunling, le conglomérat Chunlai était déjà à l’agonie.
Au cours de l’année écoulée, l’organisation n’avait cessé de s’affaiblir. À présent, elle se désagrégeait complètement. L’identité de Zhang Chunling avait été révélée au grand jour et il était devenu un fugitif traqué. Dans ces conditions, il était extrêmement facile pour les hommes du Récitant d’infiltrer son entourage. Le fait que Fan Siyuan ait pu enlever Fei Du sans rencontrer la moindre difficulté en apportait la preuve. Faire disparaître Zhang Chunling de manière violente n’aurait pas été plus compliqué.
Une fois cela accompli, cette effrayante assemblée de « juges volontaires » aurait pu se retirer en estimant sa mission accomplie, puis disparaître sans laisser la moindre trace derrière elle. Les retrouver ensuite aurait été infiniment plus difficile.
Le « détonateur » devait leur insuffler un sentiment d’urgence plus aigu, combler le vide laissé par une haine qu’ils ne savaient plus où diriger. Dans un moment pareil, quelle meilleure cible pouvait-on leur offrir qu’un prétendu « cerveau caché dans l’ombre » ou qu’une « mante religieuse tapie derrière la cigale » ?
Fei Du n’avait jamais capturé Zhang Donglai dans le seul but d’arrêter Zhang Chunling ou de démasquer le Récitant. Son véritable objectif était d’exacerber rapidement le conflit entre les deux camps afin de les attirer tous dans le même piège. Peu importait lequel tomberait le premier : dès lors qu’ils seraient arrêtés, ils seraient tous considérés comme des membres armés d’une organisation criminelle. Aucun n’aurait la possibilité d’y échapper.
Fei Du...
Ce fou furieux avait tout calculé jusque dans les moindres détails.
Mais avait-il seulement prévu ce qui l’attendait lui-même, au seuil de la mort ?
⸻
Un anneau métallique était verrouillé autour de son cou, relié par une chaîne à celui de Fei Chengyu, toujours plongé dans son état végétatif.
Les coups qu’il avait reçus un peu plus tôt avaient au moins eu un effet : Fei Du était momentanément réduit au silence, incapable de continuer à « tromper les masses avec ses mensonges ».
Trois ou quatre armes pointées sur lui le tenaient immédiatement en joue. Le canon de l’une d’elles était même pressé contre son dos ; au moindre geste suspect, il risquait d’être criblé de balles.
Incapable de se tenir droit, Fei Du se contenta de s’appuyer contre cette arme. La main qui la tenait était d’une stabilité remarquable, suffisamment pour lui servir d’appui sans vaciller, même si le métal glacé n’avait rien de particulièrement confortable.
Puisqu’il ne pouvait plus parler, il se contenta de cligner des yeux en direction de Zhang Chunling, qui venait de « descendre des cieux ». Malgré la sueur qui lui brouillait la vue, une pointe de moquerie persistait encore dans son regard, comme s’il trouvait profondément amusant que Zhang Chunling soit désormais obligé de se pincer le nez pour lui sauver la vie.
Zhang Chunling, lui, ne prit même pas la peine de lui accorder un regard.
Ses yeux glissèrent brièvement sur le « cadavre » grotesque qu’était devenu Fei Chengyu avant de se fixer directement sur Fan Siyuan.
Pour une raison inexplicable, au moment précis où celui-ci aperçut Zhang Chunling, ses mains posées sur les accoudoirs du fauteuil roulant se mirent soudain à trembler.
— « J’ai entendu dire que vous vouliez me voir », déclara froidement Zhang Chunling. « Me voici. »
— « Zhang Chunling... »
Fan Siyuan laissa ce nom rouler sur sa langue, le répétant trois fois.
Dans ses yeux obscurcis par la maladie brillait une lueur étrange, semblable aux derniers rayons du soleil couchant ravivant soudain deux flammes vacillantes.
En observant la scène avec le détachement d’un simple spectateur, Fei Du eut alors la curieuse impression d’entrevoir chez cet homme quelque chose qui ressemblait à de l’humanité.
C’était pourtant absurde.
Après tout, Zhang Chunling n’était plus qu’un chien battu arrivé au bout de sa route. Au premier faux pas, Fei Du l’avait saisi par sa blessure et l’avait entraîné dans sa chute. Il était devenu le grand perdant de cette partie où des monstres s’étaient trahis les uns les autres.
Quel que soit l’angle sous lequel on considérait les choses, du point de vue du Récitant, celui qui aurait dû représenter la plus grande menace était Fei Du, celui qui avait tout raflé, celui dont le poison était le plus virulent.
Et pourtant, même si Fan Siyuan le qualifiait de « terrifiant », il ne semblait jamais avoir véritablement pris la mesure de cette dangerosité. Face à lui, il conservait toujours son calme, son assurance et sa capacité à manipuler les autres avec une aisance déconcertante.
Mais face à Zhang Chunling, qui ne semblait pourtant plus mériter la moindre attention, il perdait le contrôle.
Les dieux et les démons ne perdent pas le contrôle.
Seuls les êtres humains en sont capables.
Le dos émacié de Fan Siyuan se courba lentement, semblable à un arc que l’on tend. Son cou se projeta légèrement vers l’avant tandis qu’il déclarait d’une voix étrange, presque vidée de toute émotion :
— « Il y a quinze ans, sur la route nationale 327, un jeune chômeur nommé Lu Guosheng s’est associé à un homme et une femme pour assassiner trois conducteurs de passage. Après être devenu un criminel recherché, il a disparu sans laisser de traces. C’est vous qui lui avez offert un refuge. »
Un tic agita la joue de Zhang Chunling.
— « Treize ans plus tard, un psychologue criminel devenu fou a assassiné six personnes avant d’être secrètement traqué par la police. Je lui ai également offert un refuge. Je l’ai nourri, je lui ai donné un toit... et aujourd’hui il revient pour me mordre. »
Autour de lui, les fidèles de Fan Siyuan affichèrent une indignation furieuse, comme si l’on venait de profaner leur foi.
Pourtant, l’incarnation même de cette foi ne réagit pas.
Fan Siyuan semblait ne même pas avoir entendu les paroles de Zhang Chunling.
— « Lu Guosheng se cachait au Louvre. Un jour, il y a laissé ses empreintes digitales par inadvertance, attirant l’attention de la police. La récompense pour toute information le concernant fut augmentée et, en l’espace d’une semaine, plus de vingt signalements furent transmis aux autorités. Certains informateurs étaient même persuadés de l’avoir localisé. Pourtant, chaque fois que la police intervenait, elle repartait les mains vides. Vous disposiez d’une paire d’“yeux” au Commissariat Central qui vous transmettait les informations en temps réel. »
Sa voix demeurait calme.
—
« Un policier a fini par nourrir des soupçons. Une fois l’affaire
officiellement classée, il a poursuivi ses recherches de son côté et a
fini par remonter jusqu’au Louvre. Mais au moment crucial de recueillir
des preuves, il a choisi le mauvais partenaire. Il a accordé sa
confiance à la mauvaise personne. »
— « Oui, cela s’est bien passé
ainsi », admit tranquillement Zhang Chunling. « Nous avons été
contraints d’abandonner Le Louvre. Si ma mémoire est bonne, ce policier
fouineur s’appelait... »
À l’extrémité du passage secret, Xiao Haiyang serra les poings si fort que ses jointures blanchirent.
Sans prononcer un mot, il fit soudain un pas en avant.
Prise de court, Lang Qiao se précipita aussitôt derrière lui. Tout en le retenant de toutes ses forces, elle sortit un communicateur dans l’espoir d’appeler des renforts.
Mais lorsqu’elle baissa les yeux sur l’écran, son cœur se serra.
Aucun signal.
Pas étonnant que son téléphone soit resté silencieux aussi longtemps.
Les cheveux de Lang Qiao se dressèrent sur sa nuque.
Profitant d’un instant d’inattention, Xiao Haiyang s’était déjà avancé jusqu’à l’ouverture du passage secret. Mais à peine eut-il aperçu ce qui se trouvait de l’autre côté qu’il recula brusquement et s’accroupit aussitôt.
Intriguée par sa réaction, Lang Qiao risqua à son tour un regard prudent.
Elle plaqua immédiatement une main sur sa bouche.
Personne ne lui avait dit que l’« otage » était Fei Du.
Comment avait-il pu se retrouver mêlé à une affaire pareille ?
Pourquoi était-il ici ?
Qu’était-il en train de faire ?
Et surtout, qu’était-il en train de se passer ?
En l’espace d’un instant, Lang Qiao et Xiao Haiyang échangèrent plusieurs regards. Malheureusement, cet échange ne leur apporta aucune compréhension soudaine. Il leur permit seulement de constater qu’ils étaient aussi perdus l’un que l’autre.
L’instant suivant, un coup de feu retentit en direction de Fei Du.
Le cœur des deux jeunes policiers se serra aussitôt. Lang Qiao manqua même de surgir de sa cachette.
Heureusement, la balle ne fit que l’effleurer.
Plus surprenant encore, Zhang Chunling sembla bien plus nerveux qu’eux.
Au moment où Fan Siyuan ouvrit le feu, ses épaules se raidirent brutalement. Les hommes qui l’accompagnaient levèrent aussitôt leurs armes et les braquèrent sur Fan Siyuan, toujours assis dans son fauteuil roulant.
L’atmosphère se tendit instantanément.
— « Ne prononcez pas son nom. »
La voix de Fan Siyuan semblait remonter du plus profond de sa gorge.
— « Ne parlez pas de lui. »
Lorsqu’il avait averti Fei Du de ne pas mentionner Gu Zhao, son ton était resté froid, solennel, presque cérémoniel. Comme si Gu Zhao n’était qu’une tablette commémorative suspendue au plus haut d’un sanctuaire, un symbole sacré qu’il protégeait par principe.
Mais cette fois, face à Zhang Chunling, c’était différent.
Les nerfs engourdis de Fan Siyuan semblaient soudain reprendre vie. Il donnait l’impression d’émerger d’une longue hibernation. La couche de glace qui l’avait recouvert pendant toutes ces années se fissurait lentement. Le chagrin et l’indignation qu’il avait enfouis au plus profond de lui remontaient à la surface, tandis que les cendres de souvenirs anciens, fanés et presque oubliés, se remettaient à rougeoyer.
Sa voix tremblait.
Lang Qiao donna discrètement un coup de coude à Xiao Haiyang avant d’articuler silencieusement :
« Luo. »
Puis elle lui montra son téléphone privé de signal.
Par le regard, elle lui fit comprendre :
« Je reste ici pour surveiller. Va chercher le Capitaine Luo et les autres. »
Xiao Haiyang secoua immédiatement la tête.
Lang Qiao lui lança un regard noir.
« Ce n’est pas le moment de jouer les héros. »
Mais Xiao Haiyang lui fit signe de la main et secoua de nouveau la tête.
Cette fois, Lang Qiao comprit.
Il voulait dire qu’il s’était contenté de la suivre sans réfléchir. Le terrain était beaucoup trop complexe et, livré à lui-même, il serait incapable de retrouver seul la sortie.
Elle en resta bouche bée.
Xiao Haiyang la désigna alors du doigt, puis se désigna lui-même. Il leva le pouce et hocha la tête avec insistance.
Le message était clair :
« Dépêche-toi. Je reste ici pour surveiller. Je connais mes limites, ne t’inquiète pas. »
Malgré cela, Lang Qiao était incapable de ne pas s’inquiéter.
Elle comprenait cependant qu’à cet instant, chaque seconde comptait. Si elle continuait à hésiter, quelque chose d’irréparable risquait de se produire.
Les dents serrées, elle glissa son amulette porte-bonheur, autrement dit son téléphone à l’écran fracassé, dans la main de Xiao Haiyang. Puis elle se retourna et s’élança dans le tunnel sans perdre une seconde.
— « ... Les informateurs, ces ordures, l’ont trahi. Ils se sont bousculés pour fournir de faux témoignages. Ses amis, ses frères d’armes, ceux qu’il considérait comme les siens... aucun n’a ouvert la bouche. Personne n’a pris sa défense. Personne n’a cherché à rétablir la vérité sur l’injustice qu’il avait subie. Il a suffi d’une misérable somme de cinq millions et d’un simple moule d’empreinte digitale facile à reproduire pour que tout le monde le désigne comme coupable. Son dossier a été scellé. Son nom effacé... »
Zhang Chunling demeura parfaitement impassible.
— « Cela relevait de la police. Vous ne pouvez pas me rendre responsable de cette affaire. »
— « Vous avez raison. »
La voix de Fan Siyuan se fit glaciale.
— « C’était la police. Une police indifférente et inutile. C’est précisément pour cette raison que, si je voulais vous détruire jusqu’à la racine, je n’avais d’autre choix que d’emprunter cette voie. »
Même un psychopathe comme Zhang Chunling sembla décontenancé en entendant ces paroles.
—
« Vous avez tué toutes ces personnes, sacrifié votre propre réputation
et porté seul le poids de ces crimes uniquement pour m’infiltrer et
enquêter sur moi ? »
— « Ceux que j’ai tués méritaient de mourir », répondit Fan Siyuan d’une voix glaciale.
Pour une raison qu’elle ne s’expliquait pas elle-même, la femme aux côtés de Fan Siyuan baissa instinctivement les yeux vers Fei Du.
Elle ne s’attendait pas à croiser son regard.
Les yeux de Fei Du étaient d’un calme troublant, empreints d’une étrange compréhension. On aurait dit un miroir capable de refléter avec une précision dérangeante ce qu’elle cherchait à enfouir au plus profond d’elle-même.
Un agacement instinctif la traversa.
Elle fronça aussitôt les sourcils.
Mais Fei Du se contenta de plisser légèrement les yeux avant de lui adresser un sourire silencieux.
— « Le terrain vague de Binhai est rempli d’âmes enterrées qui sont mortes dans l’injustice. Depuis plus de trente ans, jusqu’à aujourd’hui, les vies que vous avez prises sont innombrables. »
Fan Siyuan releva brusquement la tête.
— « Zhang Chunling, reconnaissez-vous vos crimes ? »
Zhang Chunling eut l’air d’entendre la plaisanterie la plus absurde du monde.
— « Ha ! C’est vous qui avez manipulé ce pauvre imbécile de Dong Qian pour en faire un tueur à gages chargé d’atteindre Zheng Kaifeng à travers Zhou Junmao. C’est encore vous qui avez tout orchestré pour pousser le stupide petit chien de Wei Zhanhong à engager un assassin. Pour faire avancer votre scénario, vous avez même envoyé quelqu’un à l’hôpital afin d’éliminer un informateur devenu inutile, et votre homme a fini par se retrouver coincé face à la police. »
Son regard se fit plus dur.
— « À mes yeux, nous sommes les deux faces d’une même pièce. Alors vous exigeriez que je reconnaisse ma culpabilité ? De quel droit ? »
Fan Siyuan le fixa d’un regard si sombre qu’il en devenait presque terrifiant.
— « J’en ai le droit parce que je suis capable de vous contraindre à faire face à votre châtiment. »
Sa voix résonna dans le silence pesant de l’abri souterrain.
— « Aujourd’hui, vous mourrez de la même manière que ceux que vous avez tués. Le croyez-vous ? »
À ces mots, les cheveux de Xiao Haiyang se hérissèrent et un frisson glacé lui parcourut l’échine.
Bien sûr, il savait comment Gu Zhao était mort.
Et un endroit comme celui-ci, avec ses galeries souterraines, ses passages secrets envahis par la végétation, ses entrepôts abandonnés et ses petites pièces dissimulées un peu partout, constituait l’endroit idéal pour entreposer du kérosène ou des explosifs.
Comme pour confirmer ses craintes, Fan Siyuan reprit aussitôt :
— « Zhang Chunling, osez-vous regarder sous vos pieds ? »
Un sourire glacé étira ses lèvres.
— « Un brasier brûle déjà sous cette terre. Vous ne sortirez pas d’ici vivant. »
⸻
Le drone de la police était déjà sur zone et retransmettait des images confuses, tandis que les premières voitures de patrouille arrivaient à leur tour sur les lieux.
Leur apparition fit s’envoler les corbeaux qui nichaient sur les pentes dénudées de la colline. Les oiseaux noirs, funestes messagers, tournoyèrent dans le ciel en poussant des croassements rauques. Les hommes laissés en faction par Zhang Chunling échangèrent un regard avant de se diriger vers la petite chaumière qui donnait accès aux souterrains afin de faire leur rapport.
Alors qu’elle apercevait déjà la lueur de la sortie, Lang Qiao s’immobilisa brusquement.
Elle venait d’entendre des pas.
Prenant une profonde inspiration, elle tendit l’oreille, se plaqua contre la paroi glacée et humide du passage secret et ferma les yeux.
Deux… trois.
Trois personnes approchaient.
Et elles étaient probablement armées.
Elle ne pouvait pas utiliser son arme à feu. Il fallait régler le problème rapidement, sans quoi Xiao Haiyang et Fei Du risquaient d’être compromis à l’intérieur.
— « Capitaine Luo, quelque chose cloche. C’est beaucoup trop calme ici. »
Luo Wenzhou avait sauté de la voiture avant même qu’elle ne s’arrête complètement et se trouvait déjà devant l’entrée de l’ancien moulin. Il n’entendait ni coups de feu ni voix humaines. Hormis les flaques de sang et les corps disséminés au sol, derniers vestiges de la fusillade qui avait ravagé les lieux, un silence de mort régnait partout.
En voyant le sang répandu sur le sol, son cœur sembla soudain chuter dans le vide. Un goût métallique lui monta jusqu’à la langue.
— « Impossible. »
Il força son esprit à retrouver sa lucidité avant que l’inquiétude ne l’emporte.
— « Impossible. Le sang n’est pas encore sec. Même s’ils ont quitté les lieux, ils ne peuvent pas être allés bien loin. Écoutez-moi : Zhang Chunling utilisait cet endroit pour cacher des criminels recherchés. Il y a forcément autre chose sous la surface. Continuez les recherches. Faites venir les chiens ! »
Pendant ce temps, Lang Qiao demeurait tapie dans l’ombre d’un virage du passage secret, le dos collé à la paroi.
Au moment où le premier homme passa devant elle, elle tendit brusquement la jambe.
Pris au dépourvu, il n’eut même pas le temps de réagir. Un juron lui échappa tandis qu’il basculait en avant.
À l’instant même où il tombait, Lang Qiao lui asséna un violent coup à la nuque.
Le deuxième homme ne comprit pas immédiatement ce qui venait de se produire. Lorsqu’il se pencha pour regarder son compagnon, une silhouette jaillit de l’obscurité et lui enfonça un genou dans l’abdomen sans le moindre avertissement.
L’air quitta ses poumons d’un coup.
Une main se referma sur sa gorge.
Sa vision se troubla.
Il s’effondra à son tour.
Lang Qiao récupéra aussitôt son arme ainsi que le long bâton fixé à sa ceinture.
Mais le troisième homme avait déjà compris qu’une embuscade l’attendait dans l’obscurité. Au moment où il ouvrait la bouche pour donner l’alerte, il se jeta sur elle.
Habituée depuis longtemps à l’obscurité du tunnel, Lang Qiao réagit immédiatement. Son bâton fusa et heurta sa gorge, étouffant son cri avant qu’il ne puisse sortir. L’homme lui attrapa le bras. Elle se ramassa sur elle-même, lui écrasa violemment le cou-de-pied puis lui asséna un coup sec sous le menton avec l’extrémité du bâton.
L’homme chancela.
Lang Qiao pressa aussitôt le canon de son arme contre sa poitrine.
Ruisselant de sueur, il leva les mains et recula sous la menace.
Pas à pas, l’un avançant, l’autre reculant, ils émergèrent du passage secret.
— « Retourne-toi », ordonna-t-elle à voix basse.
L’homme n’osa pas désobéir.
Les mains levées bien haut, il se retourna lentement.
Avant même d’avoir retrouvé son équilibre, un coup sec s’abattit sur sa nuque.
Il s’effondra sans un bruit.
Lang Qiao fouilla rapidement ses poches, y trouva une corde et l’attacha avec efficacité. Puis elle retira sa propre veste, lui fourra une manche dans la bouche et laissa enfin échapper un soupir de soulagement.
Cette fois, elle s’était véritablement surpassée.
Heureusement qu’elle n’avait pas laissé cette mission à Xiao Haiyang.
Totalement inconscient de ce qui venait de se passer derrière lui, celui-ci demeurait tendu de tout son corps. Fei Du se trouvait beaucoup trop loin. Depuis sa position actuelle, il lui faudrait neutraliser au moins cinq ou six personnes avant de pouvoir l’atteindre.
Avant même qu’il ait eu le temps d’élaborer le moindre plan, il entendit Fan Siyuan déclarer :
— « Allumez. »
L’esprit de Xiao Haiyang se vida instantanément.
Il dégaina son arme.
Mais l’embrasement qu’il redoutait ne vint jamais.
Un silence étrange s’abattit sur toute la salle souterraine.
Puis Zhang Chunling éclata de rire.
Son visage demeurait légèrement crispé, ce qui rendait ce rire particulièrement sinistre.
— « Vous pensiez vraiment pouvoir jouer à ce petit jeu sous mon nez sans que je m’en aperçoive ? Fan Siyuan, c’est mon territoire. J’ai construit cet endroit de mes propres mains, brique après brique, tuile après tuile, avec mon sang et ma sueur. Vous vous surestimez beaucoup trop. »
Xiao Haiyang n’avait absolument pas prévu un tel retournement de situation.
Ses jambes se dérobèrent presque sous lui.
Mais avant même qu’il ait pu pousser un soupir de soulagement, il vit Fan Siyuan lever son arme et la pointer sur Fei Du.
Acculé dans une impasse, celui-ci affichait pourtant un sourire inattendu.
— « Votre territoire ? C’est vrai. Tuer et incendier sont vos spécialités. Comment pourrais-je rivaliser avec vous ? »
Sa gorge irritée donnait à sa voix une sonorité rauque, semblable au cri d’un hibou.
— « Mais la vie de votre fils est entre ses mains. »
L’homme qui maintenait son arme contre le dos de Fei Du arracha alors le ruban adhésif qui lui scellait la bouche.
Fan Siyuan ne se retourna même pas.
— « Président Fei, c’est à votre tour. »
Je suis la seule à me dire que Fan Siyuan était amoureux (obsédé par) de Gu Zhao ?
Oui ? Bon, ok.
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