Silent Reading : Chapitre 173 - Edmond Dantès XLV
Fei Du inclina légèrement la tête et repoussa de ses yeux quelques mèches collées par le sang, comme s'il souhaitait les effacer de son champ de vision. Puis il adressa au nouvel arrivant un discret signe de tête.
— Vous ne vous sentez pas bien ?
L'homme assis dans le fauteuil roulant l'observa avec un intérêt manifeste avant de faire un léger geste de la main à la femme placée derrière lui pour qu'elle le rapproche davantage.
Aussitôt, le chauffeur au tempérament brutal vint se poster à ses côtés. Il ressemblait à un chien de garde d'une fidélité absolue, prêt à se faire tuer pour son maître. Son regard, chargé d'hostilité, ne quittait pas Fei Du.
Celui-ci ne put que lui adresser un sourire résigné, comme pour lui rappeler qu'il n'était plus, dans son état actuel, qu'un invalide couvert de bleus, incapable de bondir sur qui que ce soit, encore moins de le mordre.
Ils se trouvaient dans ce qui semblait être un parking souterrain abandonné depuis des années. Peut-être les sous-sols d'un immeuble jamais achevé, peut-être une usine désertée depuis longtemps. Avec le champ de vision limité dont il disposait, Fei Du était incapable de l'affirmer avec certitude.
Le plafond suspendu et le béton brut des murs étaient recouverts d'une épaisse couche de poussière accumulée au fil du temps. Quelques câbles électriques avaient été tirés à la hâte depuis une source inconnue et serpentaient dans l'obscurité avant de se perdre au-dessus de leurs têtes. Deux ampoules nues, simplement suspendues à leurs fils de cuivre, diffusaient une lumière jaunâtre et vacillante. Au moindre courant d'air, elles oscillaient lentement, projetant des ombres mouvantes qui donnaient presque le vertige lorsqu'on les regardait trop longtemps.
Sous cet éclairage instable, des silhouettes apparaissaient puis disparaissaient sans cesse dans la pénombre. Des ombres humaines glissaient entre les piliers, traversaient les zones éclairées avant de se fondre de nouveau dans l'obscurité. L'écho des pas se répercutait dans l'immense espace vide puis mourait lentement contre les murs.
Dans ces recoins invisibles se cachaient probablement Wang Jian, le faux agent de sécurité du Centre Longyun, le faux patrouilleur de la Tour du Tambour et bien d'autres encore. La plupart du temps, ils demeuraient dissimulés dans les angles morts du monde, semblables à des figurants silencieux dont personne ne remarquait l'existence. Pourtant, il suffisait d'imaginer ce qui sommeillait derrière leurs visages ordinaires pour mesurer la quantité de haine et de ressentiment accumulés au fil des années.
Fei Du pouvait presque sentir leurs regards converger vers lui.
Ils étaient froids.
Le froid implacable d'un tribunal ayant déjà rendu son verdict.
S'il ne leur avait pas encore été utile, ils auraient sans doute volontiers dressé un bûcher comme au temps des chasses aux sorcières et l'y auraient jeté sans la moindre hésitation.
— « Maître Fan », lança Fei Du, « je vous ai aperçu une fois chez moi il y a treize ans. Cela remonte à si longtemps que mes souvenirs sont un peu flous, mais je suppose que je ne me trompe pas de personne ? »
L'homme assis dans le fauteuil roulant l'observa longuement avant de répondre :
— « Tu es plus pondéré que Fei Chengyu. Plus patient, plus réfléchi. Et surtout, tu sais infiniment mieux te dissimuler. »
Sa voix était lente et faible, chargée de fatigue et de maladie, comme si chaque phrase lui coûtait un effort.
— « À ton âge, c'est presque effrayant. »
Fei Du parut sincèrement surpris par un compliment aussi généreux.
Il tenta de changer légèrement de position, mais une douleur aiguë lui traversa aussitôt les côtes. Le coup de pied du chauffeur lui avait probablement laissé davantage qu'un simple hématome. Réprimant une grimace, il ralentit sa respiration et chercha une position un peu moins douloureuse.
— « Je suis attaché, désarmé et entouré par vos hommes. Dans ces conditions, j'ai du mal à voir ce qui pourrait être effrayant chez moi. »
Fan Siyuan leva tranquillement la main.
Quelques silhouettes surgirent alors de l'obscurité en poussant un lit médicalisé équipé d'appareils de survie rudimentaires. Allongé dessus se trouvait un vieil homme qui n'avait plus quitté son lit depuis trois ans.
Fei Chengyu.
Son corps demeurait parfaitement immobile. L'atrophie avait réduit ses membres à de maigres assemblages d'os et de peau. Ses bras reposaient le long de son corps comme des branches mortes, tandis que son teint cireux évoquait davantage celui d'un cadavre conservé que celui d'un être encore vivant.
Fei Du posa sur lui un regard distrait avant de détourner presque aussitôt les yeux.
Le trouver ici ne l'étonnait pas le moins du monde.
— « Tu étais inconscient pendant tout le trajet, tu ignores donc où nous sommes. Nous avons retiré tous les dispositifs de localisation que tu portais. Tu es seul, entouré de gens qui te sont hostiles et entièrement à ma merci. Pourtant, tu ne sembles ni inquiet ni effrayé. »
Fan Siyuan désigna Fei Chengyu d'un léger mouvement du menton.
— « Cet homme est pourtant la personne avec laquelle tu partages le lien du sang le plus étroit. Il t'a façonné par la violence, la peur et la souffrance. Malgré cela, lorsque tu le regardes, je n'y vois aucune haine. Pour être honnête, je n'y vois même rien du tout. Tu le contemples comme on regarderait un morceau de viande avariée. »
Son regard demeura posé sur Fei Du.
— « Tu ne connais ni la peur ni la douleur. C'est précisément ce qui te permet d'être aussi méthodique et aussi impitoyable. Fei Chengyu n'a probablement jamais rien accompli de remarquable dans sa vie. Mais t'avoir élevé est peut-être son unique acte de rédemption. »
Un sourire presque imperceptible traversa son visage.
— « Tu es un monstre remarquablement réussi. »
Fei Du laissa échapper un rire discret qui ressemblait dangereusement à une acceptation polie du compliment.
—
« Nous devons encore attendre quelqu'un d'important », reprit Fan
Siyuan. « D'ici là, nous pouvons discuter. Que souhaites-tu savoir ? »
— « Dans ce cas, je vais commencer par une question simple. »
Fei Du leva les yeux vers l'obscurité environnante.
— « Où sommes-nous exactement ? »
Un sourire passa sur les lèvres de Fan Siyuan.
Il ne répondit pas.
— « Je comprends. Certaines questions sont interdites. »
Fei Du réfléchit quelques secondes avant de poursuivre :
— « Dans ce cas, permettez-moi de m'enquérir de votre santé. Qu'avez-vous exactement ? »
—
« Un cancer. Au départ, c'était aux poumons. Puis les métastases ont
fait leur travail. Les médecins n'ont plus grand-chose à proposer en
dehors de la chimiothérapie, et je n'ai aucune envie de terminer mes
jours en m'infligeant ce genre de traitement. »
Son ton demeurait étonnamment paisible.
— « Considère cela comme le conseil d'un vieil homme : le tabac est mauvais pour la santé. »
— « Heureusement, je n'ai jamais développé cette mauvaise habitude. »
Fei Du lui adressa un léger sourire.
—
« Si tous vos subordonnés étaient aussi agréables que vous, Maître Fan,
j'aurais peut-être une chance de rester en bonne santé encore quelque
temps. » Puis il poussa un soupir presque mélancolique. « Zhang Chunling
est décidément très décevant. Il n'est même pas mort et pourtant il a
réussi à laisser derrière lui une faille aussi énorme. »
— « Sans
cette faille, je n'aurais probablement jamais découvert que le
respectable Président Fei était le véritable prédateur tapi au centre de
la toile. »
Fan Siyuan secoua légèrement la tête.
—
« Nous autres vieillards, nous nous sommes tous laissé tromper par toi. Mais
plus j'y pense, moins cela me surprend. Après tout, tu es le fils de Fei
Chengyu. Tu avais déjà du poison dans les os en venant au monde. »
—
« Maître Fan, voilà qui est profondément injuste. » Fei Du prit un air
presque offensé. « Sans mon intervention pour pousser les frères Zhang
dans leurs derniers retranchements, vos hommes auraient-ils eu autant de
facilité à infiltrer leur entourage ? Au fond, nous sommes des alliés
naturels. Je trouve peu amical de me traiter de cette manière. »
— «
Tais-toi ! » Le chauffeur explosa avant même que Fan Siyuan ait pu
répondre. « Qui est ton allié, espèce de déchet ? Pécheur ! »
Fei Du se contenta de hausser les épaules.
Une lueur insaisissable dansait toujours dans son sourire.
— « Pourtant, votre maître et mon père ont travaillé main dans la main il y a plus de dix ans. Aujourd'hui, Zhang Chunling et toute sa bande sont enfin tombés. Certes, ma contribution reste modeste, mais tout de même... Il me semble que cela mérite au moins une certaine reconnaissance. »
Son regard revint vers Fan Siyuan.
— « Vous êtes l'aîné ici. Si vous le souhaitez, je vous remettrai personnellement ce vieux chien de Zhang Chunling sur un plateau d'argent. »
En voyant Fei Du tenter avec un aplomb extraordinaire de s'attribuer une part du mérite, le chauffeur devint livide de rage.
On aurait dit que la simple présence de Fei Du offensait tout ce en quoi il croyait.
— « Le Professeur a fait tout cela pour... »
Fan Siyuan leva une main.
La phrase mourut aussitôt.
— « Cela suffit. »
Son regard demeura posé sur Fei Du.
— « Je n'ai jamais eu le moindre intérêt pour l'idée de contrôler qui que ce soit. Je n'ai jamais voulu faire de Zhang Chunling mon chien. »
Sa voix resta calme, mais quelque chose de glacial traversa soudain ses paroles.
— « Depuis le premier jour, mon seul objectif a toujours été de les détruire. »
Fei Du arqua légèrement un sourcil, feignant la surprise.
—
« Maître Fan, n'allez tout de même pas me dire que vous étiez un
policier infiltré ? Tuer six personnes d'affilée, cela me paraît être un
niveau d'engagement un peu excessif pour une opération sous couverture.
»
— « Ces ordures méritaient leur punition ! »
L'exclamation jaillit de la bouche de l'un des fidèles.
Dans le parking souterrain désert, ces mots résonnèrent longuement contre les murs de béton. L'expression « méritaient leur punition » avait quelque chose de particulièrement lugubre lorsqu'elle était prononcée avec une conviction aussi absolue.
— « Même si je n'étais pas policier, la plupart de ceux qui se formaient pour le devenir à cette époque étaient mes étudiants. Je les comprends », répondit Fan Siyuan. « D'une certaine manière, la police n'est qu'un rouage parmi d'autres au sein d'une immense machine. Elle obéit à des règles rigides, suit des procédures rigides, et la majorité de ceux qui la composent considèrent simplement cela comme un métier destiné à nourrir leur famille. Ils sont impuissants. Quant à l'équité, à la justice... »
Arrivé là, il laissa échapper un rire glacé.
Derrière lui, ses fidèles arboraient tous la même expression de colère vertueuse, presque caricaturale. Leur indignation avait quelque chose d'étrangement dévot. À les observer, Fei Du eut soudain l'impression d'avoir pénétré par erreur dans le sanctuaire d'une secte.
— « À l'époque, je ne savais pas encore où se trouvait ce colosse, ni même à quoi il ressemblait réellement. Je n'étais pas en mesure de l'étudier. Ils avaient des yeux partout, y compris au sein du Commissariat Central. Si j'avais seulement effleuré l'une de leurs extrémités, j'aurais fini comme... »
Sa voix s'interrompit brusquement.
Un long silence s'installa.
Lorsqu'il reprit enfin la parole, son ton était devenu plus grave.
— « Je n'avais pas le choix. Si je voulais m'approcher d'eux, je devais moi-même descendre dans les ténèbres, m'enfoncer dans l'abîme et devenir l'un des leurs. Il n'existait aucune autre voie. Détruire une personne ou une famille est facile. Bien trop facile. Tu regardes ces déchets nuisibles et tu te dis qu'ils devraient mourir, mais ils trouvent toujours un moyen d'échapper à la rétribution. Et même lorsqu'une victime a la chance d'assister à leur chute, qu'est-ce que cela change réellement ? La plupart des meurtriers ne paient pas de leur vie. La plupart de ceux qui mériteraient de mourir passent simplement quelques années à manger et à dormir aux frais de l'État. Le prix qu'ils paient est dérisoire comparé à leurs crimes. »
Cette fois, Fei Du n'eut même pas besoin de jouer la comédie.
Une expression parfaitement authentique traversa son visage.
Il avait l'air de penser : « Êtes-vous complètement fou ? »
— « Je vois... Vous êtes donc une sorte de juge bénévole non rémunéré ? »
Fan Siyuan ignora la remarque.
Son regard passa au-dessus de la tête de Fei Du, traversa les murs de béton et les plafonds délabrés pour se perdre quelque part dans un passé inaccessible.
— « Étudier la psychologie criminelle est souvent une activité profondément malheureuse. Plus on comprend ces individus, plus on réalise que ceux qui ont commis les crimes les plus atroces, les plus monstrueux, n'éprouvent aucun regret, même lorsqu'ils sont arrêtés et traduits en justice. Certains tirent même une forme de satisfaction du contrôle qu'ils exercent sur la vie des autres. Comme toi, Président Fei. »
Estimant préférable de ne pas répondre, Fei Du se contenta de sourire.
—
« Mais parfois, certaines personnes apparaissent. Elles vous apportent
un peu de réconfort. Elles vous donnent le sentiment qu'il reste encore
de l'espoir dans ce monde. Elles vous rappellent qu'au sein même de ce
système subsistent des choses auxquelles il vaut la peine de croire et
que tout ce que vous avez entrepris n'est pas complètement vain. »
— « Vous ne seriez pas en train de parler de Gu... »
Une balle lui effleura aussitôt la joue.
Fan Siyuan releva lentement les paupières.
— « Je n'ai pas particulièrement envie d'entendre ce nom sortir de ta bouche. »
Fei Du haussa les épaules avec désinvolture et choisit de se taire.
— « Après l'incendie d'il y a quatorze ans, il ne restait plus qu'une seule chose à accomplir dans ma vie : veiller à ce que tous ceux qui méritaient de mourir reçoivent enfin le sort qui leur était destiné. »
Fei Du demeura silencieux quelques instants, comme s'il réfléchissait sérieusement à ces paroles.
— « Donc, puisque Zhang Chunling et les autres hébergeaient des criminels recherchés, vous êtes devenu vous-même un criminel recherché afin de vous infiltrer parmi eux. Mais une fois à l'intérieur, vous avez découvert que cette organisation était bien plus vaste que vous ne l'imaginiez et que vous n'en occupiez que la périphérie. Alors Fei Chengyu et vous, chacun poursuivant ses propres objectifs, vous êtes entendus comme larrons en foire et vous êtes servis l'un de l'autre. Lui voulait affaiblir l'organisation pour mieux la contrôler, tandis que vous souhaitiez simplement les voir mourir jusqu'au dernier. »
Il marqua une pause avant de conclure avec un sourire.
— « Maître Fan, je dois reconnaître que votre forme particulière de psychopathie force l'admiration. »
—
« Professeur », la femme qui poussait le fauteuil roulant fixait Fei Du
avec une hostilité à peine contenue. « Une ordure comme lui ne mérite
pas que vous dépensiez autant d'énergie à lui parler. »
Fei Du tourna vers elle un regard légèrement amusé.
— « Une ordure ? Voilà qui est blessant. Mademoiselle, aurais-je eu l'audace de vous offenser ? »
Le regard qu'elle lui lança était aussi tranchant qu'une lame.
— « Un déchet endetté devrait être condamné immédiatement. »
— « Endetté ? »
Fei Du lui adressa un sourire éclatant. Ses yeux en amande se plissèrent légèrement, accentuant naturellement la courbe de ses paupières inférieures.
— « À qui puis-je bien devoir de l'argent ? Je ne dois jamais rien aux jolies jeunes femmes. À moins que... »
Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase.
Une détonation retentit dans les hauteurs.
L'instant suivant, une balle traversa sa cheville de part en part.
Une douleur fulgurante lui traversa la cheville de part en part.
Fei Du laissa échapper un faible gémissement tandis qu'une vague de sueur glacée semblait jaillir de chacun de ses pores. Toute la chaleur de son corps se retira d'un seul coup. Pris d'un spasme incontrôlable, il replia instinctivement les jambes, traçant derrière lui une longue traînée écarlate. Ce mouvement brutal tira aussitôt sur ses côtes blessées. Sa respiration se dérégla, devenant chaotique, et la souffrance se répercuta dans tout son thorax.
Il ne parvint pas à conserver plus longtemps sa position assise.
Son corps bascula sur le côté et s'affaissa lourdement contre le sol de béton.
Fan Siyuan releva alors la tête.
Sur une passerelle en hauteur se tenait un homme au visage avenant, un pistolet encore pointé dans leur direction.
— « Professeur, vous le voyez bien. Ce genre de personne ne verse des larmes qu'une fois le cercueil refermé. »
Ces paroles eurent l'effet d'une étincelle jetée dans une poudrière.
Autour d'eux, les voix s'élevèrent aussitôt, se mêlant en une clameur de plus en plus violente.
— « Ils ne connaissent aucun remords ! »
—
« À quoi sert la loi ? Elle est incapable de distinguer le bien du mal !
Un type comme lui paiera peut-être une amende ridicule, continuera à
vivre dans le luxe et recommencera comme si de rien n'était ! »
— « Il ne mérite même pas d'être appelé un être humain ! »
— « Je crache sur lui ! »
— « Une balle est bien trop clémente ! Il devrait être écartelé ! »
Fei Du n'aurait jamais cru qu'un jour une foule entière concentrerait sur lui un tel mépris.
Lorsque la douleur la plus aiguë commença enfin à refluer, il se mit pourtant à rire.
Un rire faible, entrecoupé par son souffle court.
— « Ne pleure que lorsqu'il voit le cercueil... »
Il laissa échapper un rire étouffé.
— « Hahaha... Mesdames et messieurs, je préfère vous prévenir : même devant mon propre cercueil, je ne suis pas certain de verser une larme. »
Les disciples de Fan Siyuan semblaient être devenus l'incarnation vivante de la loi du talion. Plus rien d'autre ne paraissait exister dans leur univers. En l'entendant plaisanter dans une situation pareille, plusieurs d'entre eux blanchirent de rage. À voir leurs visages, ils n'étaient plus très loin de se jeter sur lui pour l'écraser sous leurs pieds.
— « Maître Fan. »
Au milieu de cette colère collective, Fei Du se retourna légèrement, déplaçant sans ménagement sa cheville transpercée.
Allongé dans son sang, les paupières à demi closes, il conservait pourtant cette étrange nonchalance qui semblait ne jamais le quitter.
— « Pourriez-vous demander à vos fidèles de faire un peu attention ? Je suis extrêmement fragile. Si quelqu'un me touche encore, je risque de ne plus être en état d'assister à votre grand procès moral. »
À peine avait-il terminé que le brouhaha se calma.
Comme si chacun attendait instinctivement la réaction de Fan Siyuan.
Fei Du poursuivit alors d'une voix tranquille :
— « Vous passez vos journées à vous imaginer en juges incorruptibles. Le moment que vous attendez tous, c'est celui où le coupable s'effondre devant vous, en larmes, consumé par le regret, tandis que vous prononcez votre sentence avec une gravité majestueuse. »
Son regard balaya lentement les silhouettes qui l'entouraient.
— « Alors comment pourriez-vous accepter qu'un pécheur meure simplement ? Qu'il meure paisiblement ? Qu'il quitte ce monde sans avoir été soumis à votre jugement, sans avoir entendu votre verdict ? »
Il tourna la tête sur le côté et cracha un peu de sang provenant de l'intérieur de sa joue qu'il s'était mordue.
Le sourire qui étirait ses lèvres ne disparut pourtant pas.
Au contraire.
— « Une fois mort, on ne ressent plus rien. Plus de honte. Plus de remords. Plus de souffrance. Vous trouvez cela injuste, n'est-ce pas ? »
Son regard revint sur Fan Siyuan.
— « Après tout, seul un sadique peut réellement comprendre un autre sadique. Alors dites-moi... est-ce que je me trompe ? Ou est-ce que je vous comprends parfaitement ? »
Fan Siyuan demeura immobile.
Aucune émotion ne traversa son visage.
Le silence qui suivit sembla s'étirer indéfiniment.
Puis des pas précipités résonnèrent soudain dans le parking souterrain.
Un homme d'âge mûr surgit de l'obscurité, se pencha aussitôt vers Fan Siyuan et lui murmura quelques mots à l'oreille.
Au même instant, des coups de feu éclatèrent à l'extérieur.
Les détonations résonnèrent dans les profondeurs du bâtiment.
Fei Du arqua légèrement un sourcil.
— « Tiens... » Son sourire s'élargit imperceptiblement. « Il semblerait que l'invité d'honneur soit enfin arrivé. »
Il inclina la tête.
— « À votre avis, Maître Fan... lorsqu'il entrera ici, me tuera-t-il en premier ? Ou est-ce vous qu'il choisira d'abattre avant tout le reste ? »
Deux hommes s'approchèrent alors sans attendre.
Ils le saisirent brutalement sous les bras et le relevèrent de force.
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Centre-ville de Yancheng
Les sirènes de police hurlaient de toutes parts autour de l'ancien site du Louvre.
Au fil des années, l'établissement avait changé plusieurs fois de propriétaire. Les rénovations s'étaient succédé, effaçant peu à peu les traces du passé, jusqu'à transformer l'endroit en un vaste complexe commercial réunissant cinéma, supermarché, restaurants et espaces de loisirs.
Pourtant, dès qu'il posa les yeux sur les lieux, Lu Youliang sentit naître en lui un malaise diffus.
Quelque chose clochait.
Le responsable de permanence, réquisitionné au milieu de la nuit, suivait les policiers d'un pas hésitant, l'air complètement dépassé par les événements.
— « Officier, nous n'ouvrons qu'à dix heures. Il n'y a personne ici à cette heure-ci. Les seuls présents sont les agents de sécurité de nuit, et ils sont tous là. Qu'est-ce que vous cherchez exactement ? »
— « Les caméras de surveillance. Toutes les caméras du secteur. »
Les enregistrements du centre commercial furent immédiatement saisis, tout comme ceux du parking souterrain, des caméras de circulation et de l'ensemble des dispositifs de surveillance situés dans un rayon d'un kilomètre.
Les écrans s'allumèrent les uns après les autres.
Des dizaines de personnes se mirent à éplucher les images en parallèle.
L'atmosphère se chargea rapidement d'une tension étouffante.
Les minutes défilaient.
Puis les dizaines de minutes.
Les vidéos furent examinées, recoupées, repassées encore et encore à vitesse accélérée.
Rien.
Absolument rien.
La nuit paraissait aussi tranquille qu'une étendue d'eau stagnante.
Aucun véhicule suspect.
Aucun mouvement anormal.
Aucune trace de Fan Siyuan.
Aucune trace de ses hommes.
Aucune trace de quoi que ce soit.
À mesure que les recherches s'enlisaient, Lu Youliang sentit une sensation désagréable lui remonter le long de l'échine. Son cuir chevelu se mit à le picoter.
Depuis le début de cette affaire, il avait souvent entendu parler de Fei Du.
Tous ceux qui le connaissaient semblaient s'accorder sur un point : malgré son caractère insaisissable et ses détours parfois exaspérants, c'était quelqu'un sur qui l'on pouvait compter.
Au fil de leurs échanges, Lu Youliang avait fini par partager cet avis.
Certes, le jeune homme possédait un esprit terriblement tortueux, capable de transformer le moindre plan en labyrinthe. Mais lorsqu'une situation devenait réellement critique, il conservait toujours son sang-froid. À côté de certains jeunes enquêteurs qui perdaient tous leurs moyens au premier imprévu, il paraissait presque excessivement fiable.
C'était précisément pour cette raison que Lu Youliang ne s'était jamais méfié.
Et c'était aussi pour cette raison qu'il éprouva soudain une envie irrépressible de jurer.
Après toutes ces années passées dans la police, après avoir vu défiler d'innombrables criminels, témoins et suspects, il ne s'était absolument pas attendu à devenir le premier imbécile que Fei Du réussirait à promener par le bout du nez.
Arrêtez de parler de mon chaton comme d’un monstre ! 😡
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