Silent Reading : Chapitre 168 - Edmond Dantès XL

 

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Cover du tome 5 vietnamien

 

 

 

 

 

 

Luo Wenzhou n’avait nul besoin d’en entendre davantage.

À sa manière de parler, dénuée du moindre souci des convenances ou de la plus élémentaire décence, il se faisait déjà une idée assez précise du genre de personne qu’était Wei Lan.

Lorsqu’il tourna les yeux vers Fei Du, son regard s’assombrit.

Pourtant, il ne laissa rien paraître immédiatement. Il attendit que Wei Lan ait raccroché avant de demander d’une voix grave :

— « Que lui as-tu promis ? »
— « De prendre soin de Weiwei. »

À peine eut-il répondu que Luo Wenzhou enchaîna :

— « Depuis quand es-tu en contact avec elle ? »

Le regard de Fei Du se déroba un instant.

L’affaire était compliquée. Une longue histoire qui ne pouvait pas se résumer en quelques mots.

— « Alors ? » insista Luo Wenzhou.
— « À ma sortie de l’hôpital. »

Chaque mot semblait lui coûter.

Puis, comme si ses lunettes étaient soudain devenues d’une importance capitale, ou peut-être simplement pour éviter ce regard posé sur lui, Fei Du les retira et entreprit de les essuyer avec un soin excessif avant de changer brusquement de sujet :

— « Su Cheng va se rendre et témoigner. Nous avons une photographie de Zhang Donglai. Avec un peu de chance, nous pourrons attirer la personne qui a été en contact avec lui et la faire revenir au pays. Avec tout cela, penses-tu pouvoir obtenir un mandat d’arrêt contre Zhang Chunling ? »

Luo Wenzhou le fixa longuement.

Son visage demeurait parfaitement impassible, mais son silence était lourd de sens.

Fei Du fit mine de ne pas le remarquer.

Il tendit la main pour refermer la veste de Luo Wenzhou, restée ouverte. Son regard s’attarda brièvement sur la ligne de sa taille dessinée sous le tissu, et le coin de ses yeux se plissa d’un sourire presque imperceptible.

— « Zhang Donglai a publié cette mise à jour il y a cinq minutes. Je l’ai vue, et Zhang Chunling ainsi que son frère l’ont certainement vue eux aussi. Si tu tardes davantage, il sera trop tard. »

— « Je réglerai nos comptes à mon retour. »

Luo Wenzhou lui lança un dernier regard, attrapa son téléphone et pivota sur ses talons.

Il n’avait encore aperçu que la partie émergée de l’iceberg. Quelque chose sonnait faux. Il en était certain. Fei Du lui cachait bien plus que ce qu’il acceptait de dire. Mais l’urgence de la situation ne lui laissait ni le temps ni le loisir de pousser plus loin ses questions.

Il s’éloigna d’un pas rapide.

Fei Du le suivit du regard jusqu’à ce que sa silhouette disparaisse.

Puis il posa les mains sur le rebord de la fenêtre voisine et laissa échapper un long soupir.

Minuit venait de passer.

Le dernier jour de l’année lunaire avait commencé. Les signes du zodiaque changeaient de place, et l’interdiction des pétards venait tout juste d’être levée.

Après avoir appris « accidentellement », par l’intermédiaire de Fei Du, que Zhang Donglai et sa sœur avaient quitté le pays en secret, l’équipe d’enquête avait considérablement renforcé la surveillance autour du Conglomérat Chunlai et des frères Zhang.

La demeure familiale faisait l’objet d’une observation permanente. Jour et nuit, chaque véhicule entrant ou sortant était soigneusement contrôlé afin de s’assurer que Zhang Chunjiu et Zhang Chunling demeurent constamment sous les yeux des enquêteurs.

À une heure trente du matin, heure de Yancheng, un fracas assourdissant déchira soudain la nuit.

Quelque chose venait d’exploser dans la résidence des Zhang.

En un instant, les vitres éclatèrent en milliers d’éclats tandis que des langues de feu jaillissaient de toutes parts, se propageant avec une violence terrifiante et dévorant tout ce qui se trouvait sur leur passage.

Les agents chargés de la surveillance restèrent figés de stupeur.

Mais avant même qu’ils n’aient le temps de comprendre ce qui se passait ou de donner l’alerte, un ordre tomba : ils devaient immédiatement coopérer à l’arrestation des frères Zhang.

Dans une ville comme Yancheng, même les propriétés les plus isolées ont des voisins. Or, cette nuit-là, le vent s’était levé.

Un vent sec et puissant.

Sous son souffle, l’incendie se répandit à une vitesse effrayante, gagnant les bâtiments voisins et échappant rapidement à tout contrôle.

Les appels au secours se mêlèrent bientôt aux hurlements des alarmes incendie.

La police et l’équipe d’enquête arrivèrent presque simultanément sur les lieux et établirent un périmètre de sécurité autour de la propriété. Pourtant, malgré tous leurs efforts, le brasier continuait de gagner du terrain.

Un accélérant avait manifestement été utilisé.

Plus les pompiers tentaient de contenir les flammes, plus celles-ci semblaient redoubler de fureur. La chaleur qu’elles dégageaient était telle qu’elle parvenait presque à dissiper le froid mordant de cette nuit d’hiver.

Les demandes de renforts se succédaient sans interruption tandis que les services d’incendie mobilisaient toutes les ressources disponibles pour lutter contre le feu.

Au milieu de cette agitation, un camion de pompiers d’un réalisme irréprochable s’arrêta discrètement à l’extérieur du périmètre.

Des « pompiers », équipés de pied en cap, allèrent et vinrent parmi les secours sans attirer la moindre attention.

Personne ne remarqua à quel moment le véhicule repartit.

Ce ne fut qu’une demi-heure plus tard que l’incendie fut enfin maîtrisé.

À peine les dernières flammes furent-elles contenues que la police se précipita dans les ruines pour fouiller les décombres.

Elle n’y trouva qu’un chaos indescriptible.

Les frères Zhang avaient disparu.

Et au même instant, Zhang Chunjiu, à qui il avait été expressément ordonné de rester joignable, cessait lui aussi de répondre.

Les voitures de police démarrèrent aussitôt dans un hurlement de sirènes.

Les aéroports, les gares, le réseau routier et même les provinces voisines furent immédiatement alertés afin de participer à la traque des deux frères.

Au même moment, quelque part sur sa route de fuite, Zhang Chunling fixait la photographie prétendument publiée par son fils.

Son visage était d’une noirceur effrayante.

Il contacta aussitôt les hommes chargés de surveiller ses enfants.

— « Cet imbécile de ... Quoi ?! »

La disparition de Zhang Donglai ne pouvait désormais plus être dissimulée.

La confirmation arriva finalement de l’étranger.

À deux heures quinze du matin, un camion de pompiers abandonné fut découvert près de la rivière Dongba. Grâce à l’immense réseau de surveillance déployé dans la zone, les enquêteurs parvinrent enfin à obtenir une piste exploitable.

Les images des caméras de sécurité montrèrent plusieurs individus soupçonnés d’être Zhang Chunjiu et Zhang Chunling à bord d’un véhicule utilitaire noir. Après avoir franchi la Dongba, ils avaient poursuivi leur route vers le sud-est, en direction de la sortie de la ville.

L’information se répandit aussitôt au sein des forces mobilisées.

Des barrages routiers furent installés en urgence sur les principaux axes, tandis que des drones étaient immédiatement déployés pour étendre le périmètre des recherches.

Dans le même temps, l’équipe chargée de surveiller le Conglomérat Chunlai remarqua qu’un membre de la haute direction, resté sur place pour gérer les affaires courantes, avait discrètement changé d’apparence.

Déguisé en livreur de repas, il quitta les lieux à vélo, un grand sac de livraison sur le dos. Comme les frères Zhang avant lui, il prit la direction du sud-est et s’éloigna rapidement de la ville.

Convaincu d’agir dans le plus grand secret, il ignorait que plusieurs enquêteurs avaient déjà été lancés à ses trousses afin de le suivre et de l’intercepter.

— « Poursuivez-les ! Immédiatement ! »

— « Attendez. »

À peine ces mots avaient-ils été prononcés que Luo Wenzhou, arrivé en toute hâte avec ses hommes, sentit quelque chose le déranger.

Il n’avait aucune preuve concrète.

Pourtant, connaissant l’expérience de Zhang Chunjiu et ses compétences en matière de contre-surveillance, il lui paraissait difficilement concevable que ses traces aient été découvertes aussi rapidement.

— « Attendez un instant », dit-il. « Je vous conseille d’examiner très attentivement toutes les images de surveillance prises autour de la résidence des Zhang ces derniers jours... »

— « Capitaine Luo, les empreintes digitales de Zhang Chunjiu ont été retrouvées dans le camion de pompiers. »

— « Capitaine Luo, regardez plutôt ceci. C’est l’enregistrement d’une caméra embarquée appartenant à un véhicule stationné à proximité. »

La police avait minutieusement ratissé les environs du camion abandonné et, par chance, l’une des voitures garées dans le secteur disposait d’une caméra offrant un angle particulièrement favorable.

L’appareil avait enregistré le moment précis où les occupants du faux camion de pompiers abandonnaient le véhicule.

Sur les images, l’un des hommes retirait son déguisement tout en marchant.

Sa silhouette.

Sa démarche.

La moindre de ses habitudes gestuelles.

Puis, comme saisi par une réflexion soudaine, il tourna la tête et balaya les alentours du regard.

La caméra captura alors son visage avec une netteté parfaite.

C’était Zhang Chunjiu.

Lui-même.

— « C’est bien lui, n’est-ce pas ? » lança un enquêteur en se tournant vers Luo Wenzhou. « Vraiment lui ? Tu travailles au Commissariat Central depuis des années. Tu ne peux pas te tromper. Cette fois, il faut le ramener coûte que coûte. »

Au même moment, dans le sud-est paisible de la ville, la traque achevait de déployer ses mailles.

Invisible mais implacable, elle s’étendait comme une immense toile tendue dans l’obscurité, attendant que les insectes venimeux s’y jettent d’eux-mêmes.

Fei Du se tenait devant une fenêtre ouverte, laissant le vent nocturne caresser distraitement son visage.

Au bout d’un moment, le léger grincement d’un fauteuil roulant retentit derrière lui.

Sans même se retourner, il demanda :

— « Pourquoi les blessés ne sont-ils pas déjà couchés ? »
— « Je n’arrive pas à dormir. »

Tao Ran poussa lentement son fauteuil jusqu’à sa hauteur.

Fei Du posa une main sur l’accoudoir pour l’immobiliser, referma la fenêtre afin de couper le courant d’air, puis retira sa veste pour la déposer sur ses épaules.

Transformé en véritable momie ambulante, Tao Ran n’avait plus l’énergie nécessaire pour protester.

— « Quand Shiniang m’a confié la relique de Shifu, je n’ai pas dormi non plus. Je pourrais encore réciter aujourd’hui chaque mot et chaque signe de ponctuation de ce testament. À l’époque, je le trouvais plus terrifiant que n’importe quel criminel. J’ai passé la nuit entière à le lire et, au matin, je pensais être prêt... »

Un sourire amer effleura ses lèvres.

— « Je n’aurais jamais imaginé m’être préparé dans la mauvaise direction. »

« Il y a des gens là-bas qui ont changé. »

Cette phrase résonnait presque comme une ironie cruelle.

Car il apparaissait désormais que le principal coupable, contrairement à tout ce qu’ils avaient cru pendant des années, n’avait jamais été corrompu par l’argent.

Il était resté inébranlable comme un roc.

Mauvais du début à la fin.

Celui qui avait réellement changé était l’homme qui avait conservé ce testament. Lentement, au fil des années et des vents glacés qu’il avait traversés, quelque chose en lui s’était transformé jusqu’à faire de lui une personne différente.

Tao Ran baissa les yeux vers ses mains bandées.

— « Pourquoi le Directeur Zhang a-t-il fait ça ? »

Sa voix était rauque de fatigue.

— « Est-ce qu’il manquait d’argent ? De pouvoir ? »

Fei Du resta silencieux quelques secondes avant de répondre :

— « Je pense que cela a peut-être un rapport avec ceci. »

Fei Du sortit son téléphone et lui montra une vieille photographie en noir et blanc.

C’était un cliché de groupe pris plusieurs décennies auparavant.

Une douzaine d’enfants y apparaissaient, du tout jeune bambin à l’adolescent presque adulte, rangés sur deux files comme pour une photo officielle. Aucun ne souriait.

Au centre se tenaient deux hommes.

L’un portait un costume occidental impeccablement ajusté et gardait le menton légèrement relevé. L’autre avait le visage luisant et le crâne déjà clairsemé. Tous deux tenaient les extrémités d’une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Don du conglomérat du clan Zhou, patriotes chinois d’outre-mer », suivi d’autres slogans du même genre.

Le contraste entre la satisfaction affichée par les deux adultes et les regards éteints des enfants était saisissant.

À mesure qu’on observait la photographie, un malaise difficile à définir semblait s’en dégager.

Dans un coin du cliché figuraient quelques mots : « Orphelinat Heng’an de la ville de Yancheng », accompagnés d’une date remontant à plus de quarante ans.

— « Lu Jia vient de m’envoyer ça », dit Fei Du. « Ils ont retrouvé l’ancien assistant de Zhou Yahou. »

Au début, le vieux Zhou Chao ne s’était guère montré coopératif. Mais la tentative de meurtre dont il venait tout juste de réchapper l’avait profondément ébranlé. Comprenant que sa cachette avait été découverte et que son silence ne lui offrirait aucune protection supplémentaire, il avait fini par tout raconter sans grande résistance.

Malgré son âge avancé, il tenait encore beaucoup à sa peau.

Et l’homme qui posait sur cette photographie, lors de la cérémonie de donation, n’était autre que Zhou Chao lui-même.

— « L’orphelinat Heng’an... »

Tao Ran garda les yeux fixés sur l’image pendant un long moment.

— « C’est là que vivait Su Hui, n’est-ce pas ? Je crois même pouvoir la reconnaître. »
— « Regarde mieux », répondit Fei Du. « Il y a d’autres visages familiers sur cette photo. »

Il désigna l’image du doigt.

— « Le petit garçon recroquevillé dans le coin... et l’adolescent debout à côté du directeur de l’orphelinat. »

Le petit garçon devait avoir cinq ou six ans.

Maigre comme un radis desséché, agrippé aux vêtements de l’adolescent, il fixait l’objectif d’un regard sombre qui semblait traverser la photographie elle-même. À ses côtés, son petit poing était serré avec une violence presque disproportionnée pour un enfant de cet âge.

Au premier regard, Tao Ran eut l’impression de l’avoir déjà vu quelque part.

Les sourcils froncés, il étudia longuement le vieux cliché en noir et blanc, fouillant sa mémoire sans parvenir à mettre un nom sur ce visage. Puis un détail surgit soudain à la surface de ses souvenirs.

Il releva brusquement la tête vers Fei Du.

— « Ce... c’est... »

Le visage de l’enfant, à peine plus grand qu’une paume, semblait entièrement occupé par deux yeux immenses. Cinquante années d’aisance matérielle n’avaient jamais réussi à effacer la maigreur gravée dans ses os pendant l’enfance. Dans ces traits encore juvéniles apparaissait déjà l’ébauche du visage qu’il porterait plus tard.

Alors seulement, Tao Ran repensa à une photographie qu’il avait vue d’innombrables fois sur le bureau du Directeur Lu, celle de leur bande lorsqu’ils étaient jeunes.

— « Le Directeur Zhang ? »
— « Le grand patron du Conglomérat Chunlai apparaît rarement en public, mais il existe encore quelques photographies prises lors d’événements officiels. »

Fei Du effectua rapidement une recherche sur son téléphone, trouva un cliché de Zhang Chunling et l’afficha à côté de celui de l’adolescent debout près du directeur de l’orphelinat.

— « Tu trouves qu’ils se ressemblent ? »

Tao Ran observa les deux images côte à côte avant de relever les yeux.

— « Le Directeur Zhang... Zhang Chunjiu et Zhang Chunling venaient de l’orphelinat Heng’an ? Ils étaient orphelins ? »

Il changea péniblement de position dans son fauteuil.

— « Non, attends... Je me souviens de ce que tu m’as raconté. Cet orphelinat servait de couverture à un réseau de trafic d’êtres humains, donc... »
— « Lu Jia m’a appris que le directeur qui a reçu ce don s’appelait Hao Zhenhua. Originaire de Yancheng, né en mai 19**. Avec un nom complet, un lieu de naissance et un mois de naissance, est-ce que tu peux découvrir ce qu’il est devenu ? »
— « Attends une minute. »

L’abattement qui l’avait envahi quelques instants plus tôt sembla disparaître aussitôt.

Tao Ran fit signe à Fei Du de pousser son fauteuil jusqu’au bureau, puis se remit immédiatement au travail. Téléphone à la main, il recommença à passer des appels et à lancer des recherches. Avec des informations aussi précises, la tâche devenait beaucoup plus simple.

Non sans présenter ses excuses, il réveilla successivement plusieurs collègues de permanence qui dormaient encore à moitié. Après quelques vérifications et plusieurs coups de fil échangés au milieu de la nuit, ils finirent effectivement par retrouver une personne dont le nom et l’âge correspondaient.

— « Il y a bien eu une affaire. La victime s’appelait Hao Zhenhua, quarante-six ans. Il est mort poignardé. Le meurtrier s’est présenté à sa porte et lui a porté trois coups à la poitrine et à l’abdomen. Grièvement blessé et victime d’une importante hémorragie interne, Hao Zhenhua a tenté de se réfugier à l’intérieur de sa maison. Les traces de sang s’étendaient de l’entrée jusqu’à la chambre. Le tueur l’a poursuivi jusque-là avant de s’emparer d’un pot de fleurs en cuivre qui se trouvait sur place et de lui fracasser la tête à plusieurs reprises. »

Tao Ran entendit Fei Du bouger dans son dos.

— « Le rapport est assez explicite : le crâne de la victime avait été réduit en miettes, comme une pastèque éclatée. Quant à l’argent liquide et aux objets de valeur présents dans la maison, ils avaient tous disparu. À l’époque, la police a conclu à un cambriolage ayant dégénéré en meurtre. »
— « Et ensuite ? »

Pendant qu’il parlait, Fei Du avait trouvé un sachet de lait en poudre instantané. Il le mélangea à de l’eau tiède, y ajouta une quantité de sucre manifestement excessive, puis déposa la tasse devant Tao Ran.

— « À quelle époque ce cambriolage suivi d’un meurtre a-t-il eu lieu ? »
— « Et ensuite rien du tout. L’affaire a fini par être classée. Quelques années plus tard, la ville a lancé une vaste campagne de répression contre le crime organisé et plusieurs bandes particulièrement violentes ont été démantelées. Certains de leurs membres avaient commis tellement de crimes qu’ils étaient probablement incapables eux-mêmes d’en tenir le compte. Dans la confusion, ils ont fini par avouer ce meurtre parmi beaucoup d’autres. »

Tao Ran porta la tasse à ses lèvres et en but une gorgée.

Il faillit aussitôt la recracher.

Pendant une seconde, il soupçonna sérieusement Fei Du d’avoir vidé le sucrier entier dans son lait.

C’était tellement sucré que cela en devenait amer.

— « Le meurtre a eu lieu deux ans après la mort de Zhou Yahou », poursuivit-il malgré tout. « Ce que le Capitaine Luo et les autres ont dit ce jour-là commence enfin à prendre sens. L’orphelinat Heng’an n’a pas fermé à cause de la mort de Zhou Yahou... »

Il jeta un regard à sa tasse.

— « Camarade Fei Du, il y a plus de sucre là-dedans que dans un fruit confit. »
— « Trop sucré ? »

Fei Du haussa les sourcils avec une innocence soigneusement calculée avant de lui tendre la main.

— « Alors donne-la-moi. Je vais la boire. »

Depuis l’âge de trois ans, Tao Ran avait développé un principe auquel il ne dérogeait jamais : ce qu’il avait commencé lui appartenait jusqu’au bout.

Il agita précipitamment la main pour signifier qu’il pouvait parfaitement s’en charger lui-même, puis avala une nouvelle gorgée, suivie d’une autre, jusqu’à vider près de la moitié de la tasse.

— « Autrement dit, il est très probable que le directeur de l’orphelinat ait été leur première victime. Les orphelins ont préparé leur vengeance, puis maquillé son assassinat en simple cambriolage. À l’époque, les techniques d’investigation criminelle étaient encore limitées et, comme les proches du défunt n’ont pas cherché à approfondir l’affaire, celle-ci a été réglée de manière assez expéditive. »
— « Les proches de Hao Zhenhua savaient probablement très bien dans quel genre d’activités il trempait », répondit Fei Du. « Même s’ils avaient découvert l’identité du meurtrier, ils n’auraient peut-être pas osé aller plus loin. On peut susciter la compassion pour quelqu’un tué lors d’un cambriolage, mais si toute la vérité avait éclaté, ils risquaient non seulement la honte publique, mais aussi leur propre ruine. »

Il s'interrompit un instant avant d'ajouter :

— « C’est sans doute à ce moment-là qu’ils ont pris goût au sang et commencé à suivre cette voie. »

Puis il leva les yeux vers Tao Ran.

— « Ge, tu es fatigué ? »

Peut-être le chauffage était-il réglé trop fort.

Ou peut-être la voix basse et tranquille de Fei Du possédait-elle quelque chose d’étrangement soporifique.

Après une révélation aussi bouleversante, Tao Ran aurait dû se sentir électrisé, incapable de penser à autre chose. Pourtant, sans qu’il comprenne vraiment pourquoi, une lourdeur diffuse s’installait peu à peu dans ses membres, tandis que ses paupières devenaient de plus en plus difficiles à maintenir ouvertes.

— « Non. »

Il se frotta les yeux d’un geste distrait.

— « Continue. »

Fei Du augmenta le volume de son téléphone, puis lança l’enregistrement vocal que Lu Jia lui avait envoyé.

— « La plupart des enfants recueillis par l’institution étaient des filles », expliquait la voix de Lu Jia. « Chaque année, à Noël, les orphelinats bénéficiant des dons de Zhou Yahou lui envoyaient des photographies de jeunes filles âgées de douze à quinze ans afin qu’il fasse son choix. Celles qu’il sélectionnait étaient expédiées à l’étranger, tandis que le directeur de l’établissement recevait une somme présentée comme un don, calculée en fonction du nombre de têtes. »

Sa voix demeurait calme, presque détachée.

— « Les filles ainsi envoyées étaient généralement gardées dans la villa de Zhou Yahou. Il lui arrivait aussi d’y recevoir quelques amis aussi répugnants que lui. »

Quant aux autres, elles étaient revendues à des trafiquants une fois plus âgées.

À cette époque, les garçons étaient plus facilement adoptés lorsqu’ils étaient en bonne santé. Peu nombreux étaient donc ceux qui restaient longtemps dans les orphelinats.

— « Les filles devaient être préservées pour les commanditaires. Elles devaient rester présentables, si bien que l’orphelinat évitait généralement de les maltraiter de façon trop visible. Les garçons dont personne ne voulait, en revanche, n’avaient pas cette chance. »

La voix de Lu Jia marqua une légère pause avant de reprendre.

— « Tant qu’ils tenaient debout, ils n’avaient pas le droit de rester inactifs. »

Dès l’âge de sept ou huit ans, ils devaient rapporter suffisamment d’argent pour couvrir leur propre entretien, que ce soit en travaillant comme main-d’œuvre enfantine ou en survivant grâce aux vols et aux petits larcins.

Et lorsqu’ils n’y parvenaient pas, ce qui les attendait était pire encore.

— « Les coups et les insultes faisaient simplement partie du quotidien. Et ensuite... »

L’enregistrement s’interrompit brusquement.

Comme si Lu Jia avait envoyé le message avant d’avoir terminé son récit.

Quelques secondes plus tard, sa voix réapparut.

Cette fois, elle semblait légèrement plus sèche.

— « Les filles destinées à être vendues devaient rester "intactes". Pour les autres, cette contrainte n’existait pas. Alors... »

Il s'interrompit un instant.

— « Président Fei, vous comprenez. »

 

 

 

 

 

 


Bébé, qu'est-ce que tu prépares comme connerie ? 😭​
















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