Silent Reading : Chapitre 167 - Edmond Dantès XXXIX
Dans une petite ville de la province de C.
Le canon du fusil du tireur d’élite embusqué balaya successivement Lu Jia et Zhou Huaijin avant de s’immobiliser sur le vieil homme, Zhou Chao, que l’on venait de faire entrer dans la cour.
Le tireur lança un regard vers la voiture où attendaient ses complices.
D’abord éliminer ce vieux croulant qui aurait dû être mort depuis longtemps.
Ensuite, supprimer cette bombe à retardement qu’était Zhou Huaijin.
Le reste pourrait être réglé plus tard.
Dans la cour, Zhou Chao, terrifié, criait quelque chose à tue-tête.
Lu Jia tourna vers Zhou Huaijin un regard absent.
— « Qu’est-ce qu’il raconte, ce faux diable occidental ? »
— « Il est en train de vous traiter de bandit », répondit Zhou Huaijin avec le plus grand sérieux.
— « Ah bon ? »
À ces mots, Lu Jia redressa son col et se mit presque au garde-à-vous.
— « Je vais finir par être gêné s’il continue à me couvrir d’éloges comme ça. »
Puis il se tourna vers le vieil homme.
— « Monsieur, si vous refusez de coopérer, c’est votre droit. Bien que… »
Son regard se fixa soudain sur un minuscule point rouge qui dansait sur le visage de Zhou Chao.
— « À terre ! »
Le jeune homme qui retenait le vieillard était déjà sur ses gardes. Sa réaction fut instantanée.
Il plaqua brutalement la tête de Zhou Chao vers le sol, l’arrachant à la ligne de tir. L’instant suivant, une balle fendit l’air en sifflant, effleura les cheveux blancs du vieillard et alla exploser la fenêtre derrière lui dans un bruit strident.
Les hurlements de la gouvernante se mêlèrent aussitôt aux cris incohérents de Zhou Chao.
— « Bordel ! Même pas un coup de semonce. Ces types quittent le pays et se croient tout permis ! »
D’une main, Lu Jia attrapa Zhou Huaijin. De l’autre, la gouvernante.
Il envoya la porte valser d’un coup de pied et fonça à l’intérieur de la maison de Zhou Chao.
Traîné malgré lui par le col, Zhou Huaijin eut soudain une pensée parfaitement déplacée.
Une vieille chanson lui revint en mémoire :
« Un poulet dans la main gauche, un canard dans la main droite. »1
À cet instant précis, trois coups de klaxon retentirent dans la cour arrière.
Lu Jia siffla.
— « J’arrive ! »
Chargé comme une mule, il contourna la maison de Zhou Chao en profitant de sa couverture.
Derrière, un camion équipé d’une remorque-conteneur les attendait.
— « Lao-Lu ! »
Lu Jia poussa un soupir.
— « Désolé. Petite erreur de planification. On va devoir demander au vieux monsieur de repasser la haie. »
Il n’avait même pas terminé sa phrase que Zhou Chao, Zhou Huaijin et la petite gouvernante poussèrent un cri à l’unisson en se retrouvant projetés par-dessus l’obstacle.
Après l’échec de leur attaque surprise, les hommes armés avaient rapidement encerclé les lieux. Les détonations rapprochées se faisaient de plus en plus proches.
Dans ces circonstances, même Zhou Chao n’avait plus le luxe de faire le difficile.
Il grimpa précipitamment dans l’infernal camion de Lu Jia.
— « Où est Da-Zhao ? »
Lu Jia referma la marche et claqua derrière lui la lourde porte métallique du conteneur.
Une balle après l’autre vint frapper la tôle avec violence, y laissant des impacts creusés.
Il hurla à quelqu’un :
— « Qu’est-ce que vous attendez pour esquiver et vous mettre à couvert ? Si vous continuez à traîner, on va tous finir en passoires ! »
Avant même qu’il ait terminé sa phrase, le rugissement des moteurs éclata de toutes parts.
Plusieurs véhicules avaient déjà contourné la cour de Zhou Chao.
Le camion, massif et robuste, manquait cruellement de maniabilité. Il n’avait pratiquement plus aucune marge de manœuvre, ni pour avancer ni pour reculer.
Ils avaient manifestement compris que Lu Jia s’était préparé.
Désireux d’en finir au plus vite, ils devenaient de plus en plus agressifs.
Deux SUV compacts, armés, surgirent simultanément de chaque côté.
Au milieu des balles qui sifflaient de toutes parts, le chauffeur du camion donna un violent coup de volant. À l’intérieur du conteneur, tous les passagers eurent aussitôt l’impression d’être entraînés dans le cycle d’essorage d’une machine à laver. Ils roulèrent les uns sur les autres, formant un amas humain totalement indistinct.
Dehors, ce n’était plus qu’un vacarme de coups de feu, de pneus qui crissaient et de carrosseries qui s’entrechoquaient. Ajoutés aux cris et aux gémissements qui résonnaient à l’intérieur du conteneur, ces bruits suffisaient à évoquer, même les yeux fermés, une scène chaotique où plusieurs vies ne tenaient plus qu’à un fil.
Le camion était parvenu à éviter l’adversaire le plus dangereux qui lui barrait la route, mais pas ceux qui le poursuivaient.
Dans un fracas assourdissant, le poids lourd chargé à bloc fut percuté à l’arrière. Terrifié, Zhou Chao perdit tous ses moyens. Recroquevillé sur lui-même, les bras sur la tête, il n’était plus qu’un amas tremblant.
Zhou Huaijin n’était guère dans un meilleur état. Les secousses lui retournaient l’estomac. Les doigts crispés sur la paroi métallique du conteneur, il serrait les dents et gardait les bras levés devant lui dans une posture défensive empruntée aux films et aux séries, comme s’il comptait arrêter les balles à mains nues.
Pourtant, alors que son cœur battait à tout rompre, le second impact qu’il redoutait tant ne vint jamais.
Après la collision, le camion ne ralentit pas. Il accéléra au contraire pour s’extirper de l’encerclement.
Puis, comme par miracle, les chocs extérieurs cessèrent.
Pendant un long moment, seuls résonnèrent dans le conteneur les souffles saccadés des occupants et les sanglots étouffés de Zhou Chao.
Personne ne parla.
Finalement, quelqu’un alluma l’éclairage intérieur.
Zhou Huaijin essuya la sueur froide qui coulait le long de ses tempes et échangea avec les autres survivants des regards incrédules, comme s’ils peinaient encore à croire qu’ils venaient d’échapper au pire.
Lu Jia, lui, demeurait d’un calme absolu.
Aucune trace de panique, aucune tension.
Il observa Zhou Huaijin avec son flegme habituel.
— « Vous tenez le coup ? »
—
« Plus ou moins. » Il esquissa un sourire amer. « Je crois que je vais
finir par m’habituer à ce genre de situation... Qu’est-ce qui se passe
maintenant ? »
— « C’est sécurisé. Ne vous inquiétez pas. Ils n’oseront plus nous poursuivre. »
Tout en parlant, Lu Jia retroussa négligemment ses manches avant de relever Zhou Chao d’une main, avec un mépris à peine dissimulé.
— « Vieillard, votre santé est impressionnante, mais votre résistance psychologique laisse franchement à désirer. »
— « Pourquoi n’oseraient-ils plus nous poursuivre ? »
Le conteneur était totalement fermé. Impossible de voir ce qui se passait à l’extérieur.
En repensant au « Da-Zhao » que Lu Jia avait appelé un peu plus tôt, l’imagination de Zhou Huaijin se mit à galoper.
— « Qu’avez-vous préparé à l’hôtel la nuit dernière ? » demanda-t-il malgré lui. « Le chauffeur possède une sorte d’arme secrète ou quelque chose dans ce genre ? »
Il s’emballa :
— « Un canon ? Un lance-roquettes ? Des explosifs ? »
Malgré lui, Zhou Huaijin sentit une profonde inquiétude l’envahir.
—
« Il ne faut pas que ce soit trop voyant. Si vous attirez l’attention
de la police locale, cela risque de nous attirer des ennuis. »
— «
Rien d’aussi occidentalisé », répondit Lu Jia après un instant de
silence, en agitant la main avec une modestie affectée. « Une méthode
locale. »
L’intérêt de Zhou Huaijin fut immédiatement piqué.
— « Quelle méthode locale ? »
Lu Jia lui adressa un sourire.
Puis, avec un accent épouvantable, il imita une caricature de méchant :
« La vie de votre fils est entre mes mains. »
⸻
Dans la villa où résidaient Zhang Donglai et sa sœur, Zhang Ting restait immobile devant la fenêtre, le regard perdu dans le vide.
Elle trouvait toujours toute cette situation profondément irréelle.
Une inquiétude diffuse ne cessait de grandir en elle. Chaque fois qu’elle réalisait qu’elle se trouvait à des milliers de kilomètres de chez elle, dans un pays étranger où elle ne connaissait personne, un sentiment d’oppression lui serrait la poitrine.
C’est alors que des pas précipités retentirent dans le couloir.
Quelqu’un frappa deux fois à la porte avant de l’ouvrir presque brutalement, sans attendre de réponse.
Surprise, Zhang Ting se retourna.
Elle vit le « majordome » qui les avait accompagnés durant tout le voyage.
Son visage était livide.
— « Mademoiselle Zhang, savez-vous où votre frère est passé ? »
Les rideaux de la chambre de Zhang Donglai étaient tirés, et la porte était restée fermée depuis la veille.
Avant de s’enfermer, il avait emporté deux bouteilles de vin avec lui, donnant clairement l’impression qu’il comptait boire jusqu’à perdre connaissance puis dormir vingt-quatre heures d’affilée afin de récupérer du décalage horaire.
Tout le monde connaissait le tempérament de Zhang Donglai, l’un des fils à papa les plus inutiles de Yancheng, ainsi que son goût immodéré pour les grasses matinées.
Personne n’avait osé aller le déranger ce matin-là.
Personne ne savait donc à quel moment il s’était volatilisé.
La sécurité des lieux était pourtant irréprochable. Il aurait été pratiquement impossible pour quelqu’un de s’introduire ici afin d’enlever un homme aussi imposant que Zhang Donglai sans éveiller le moindre soupçon.
Cela signifiait qu’il était forcément parti de son plein gré.
— « Où a-t-il bien pu aller ? Qui pourrait-il contacter ? »
Dans ce pays étranger, Zhang Donglai était aussi perdu qu’un poisson échoué sur la terre ferme.
Parler une langue étrangère ? Après neuf années d’éducation obligatoire, parvenir à réciter correctement l’alphabet relevait déjà du miracle.
Dans ces conditions, le laisser sortir seul acheter un paquet de cigarettes aurait sans doute été considéré comme une tentative d’abandon.
Alors, où pouvait-il bien s’être enfui ?
Les enfants Zhang avaient été envoyés à l’étranger pour leur sécurité. Tandis que leur famille traversait une tempête sans précédent, ils étaient censés rester à l’écart du danger, loin du tumulte et des regards.
Et pourtant, à peine arrivés dans cet endroit supposément sûr, tout avait basculé.
L’un d’eux avait disparu.
Zhang Ting était pétrifiée.
La peur lui serrait la gorge au point qu’elle était incapable de prononcer le moindre mot.
Le « majordome », chargé de veiller sur eux, baissa les yeux vers son téléphone.
Une nouvelle photographie venait d’arriver.
Sur l’image, Zhang Donglai était recroquevillé sur lui-même. À ses côtés reposait l’une des bouteilles de vin qu’il avait emportées la veille. Les yeux fermés, il semblait inconscient.
Impossible de savoir s’il dormait...
Ou s’il ne se réveillerait jamais.
Sous la photographie figurait un unique message :
« Si vous continuez à nous poursuivre, nous serons obligés de le mettre en pièces avant de vous le rendre. »
La main du « majordome » se mit à trembler.
Zhang Chunling n’avait qu’un seul fils chéri.
Son seul héritier, pratiquement sa raison de vivre.
Avant leur départ, les instructions avaient été sans équivoque : quoi qu’il arrive, la sécurité des enfants passait avant tout le reste.
Et si quelque chose leur arrivait sous sa responsabilité...
— « Donglai connaît-il Zhou Huaijin ? »
— « Qui ? »
Zhang Ting cligna des yeux, visiblement déconcertée.
Après un instant, elle sembla enfin remettre le nom.
— « Je... je ne l’ai jamais entendu parler de lui. Il ne connaissait qu’une seule personne portant le nom de Zhou. Celui qui est mort il y a quelque temps. Et ils n’étaient pas particulièrement proches. »
Elle hésita brièvement avant d’ajouter :
— « Mon frère disait toujours que c’était un idiot... un idiot de première catégorie. »
À l’époque où Zheng Kaifeng dirigeait les activités chinoises du clan Zhou, Zhou Huaijin, contrairement à son insouciant petit frère, ne se serait jamais aventuré sur son territoire sans raison impérieuse.
Il rentrait très rarement au pays.
De plus, il appartenait à un tout autre monde : diplômé d’une université prestigieuse, il n’avait rien en commun avec Zhang Donglai et les autres fuerdai.
Ils n’évoluaient tout simplement pas dans les mêmes cercles.
Aucune intersection n’aurait dû exister entre eux.
Le « majordome » était incapable de comprendre comment Zhou Huaijin avait pu mettre la main sur Zhang Donglai.
— « Qu’est-ce qui se passe ? »
Le regard de Zhang Ting se posa par inadvertance sur la photographie affichée à l’écran.
Elle agrippa aussitôt le bras de l’homme.
— « Est-il arrivé quelque chose à mon frère ? Il… il allait très bien hier. Il a été enlevé ? »
Le « majordome » sentit une sueur froide lui parcourir le dos.
Complètement désorientée, Zhang Ting poursuivit :
—
« Mais… mais j’étais dans la chambre d’à côté. Je n’ai rien entendu du
tout. Et il y a tellement de monde ici… Si j’avais su que la sécurité à
l’étranger était aussi mauvaise, je n’aurais jamais insisté pour partir.
Monsieur, qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? Combien veulent-ils ?
Je vais appeler Papa. »
— « Non, attendez ! »
Il se força à afficher un sourire.
— « D’où vous vient cette idée d’enlèvement ? Votre frère est peut-être simplement allé retrouver un ami. Vous savez bien qu’il aime sortir. Tout va bien. Il porte un traceur sur lui, alors soyez rassurée… »
Une autre photographie arriva avant même que le « majordome » ait terminé sa phrase.
Cette fois, il lui fut impossible de conserver plus longtemps son sourire forcé.
Les dispositifs de localisation dissimulés dans le bouton de chemise de Zhang Donglai, dans sa ceinture et dans l’inutile téléphone qu’il transportait avaient tous été découverts, puis soigneusement alignés côte à côte.
Il n’en manquait pas un seul.
Un nouveau message s’afficha :
« Voulez-vous venir nous retrouver ? »
Le visage du « majordome » s’assombrit.
Les doigts tremblants, il tapa une réponse :
« Que voulez-vous ? »
Un « ding » retentit presque aussitôt.
Une photo d’identité.
Le « majordome » se figea, puis il releva lentement la tête. Tous les regards convergèrent vers l’une des personnes présentes dans la villa.
« Je veux l’échanger contre cette personne. »
Le « majordome » sentit son cœur se contracter.
Cet homme avait été spécialement transféré par Zhang Chunling et envoyé à l’étranger avec les enfants afin d’échapper à toute enquête.
C’était lui qui avait été en contact avec Su Cheng.
Un second message suivit immédiatement.
Une heure.
Une adresse.
Puis :
« Nous le voulons vivant. S’il n’est pas livré à l’heure indiquée, nous couperons un membre au jeune maître et nous vous l’enverrons. Pas de ruse. Le jeune maître vaut plus que cette ordure. »
Sous le regard embué de larmes de Zhang Ting, le « majordome » lança son téléphone contre le sol dans un accès de rage.
⸻
À Yancheng...
Alors que l’équipe d’enquête avait discrètement reporté ses soupçons sur Zhang Chunjiu, Luo Wenzhou était retourné dans un Commissariat Central désormais privé de son directeur.
— « Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda-t-il à Fei Du.
— « Ça. »
Son amant sortit son téléphone portable, encombré d’une foule d’informations disparates, puis lui montra une publication sur les réseaux sociaux.
Un ami surnommé « Le Philosophe » venait de publier deux photographies accompagnées d’une unique légende :
« Ennui. »
L’une des images était un selfie. L’autre montrait un salon où plusieurs personnes entourées de bagages semblaient avoir terminé de s’installer pour un séjour de longue durée.
— « C’est Zhang Donglai ? »
Luo Wenzhou examina attentivement les clichés, les scrutant sous tous les angles, sans parvenir à en tirer quoi que ce soit.
— « Pourquoi est-ce qu’il poste des photos maintenant ? Et pourquoi une de ces personnes serait importante ? »
—
« Bien sûr, tu ne le reconnais pas. Mais Su Cheng, lui, le reconnaîtra
certainement. Non seulement il le connaît, mais ils ont forcément été en
contact très étroit. Après tout, ils ont conspiré ensemble pour me
renverser pendant que je venais pour être interrogé... »
— « Quoi ?! »
— « Chut... »
Fei Du posa un doigt contre les lèvres de Luo Wenzhou.
Sans la moindre cérémonie, celui-ci lui administra une claque derrière la tête.
Les cheveux impeccablement coiffés du Président Fei ayant été ébouriffés, le sourire vaguement mystérieux qui flottait sur son visage se fissura aussitôt.
—
« Espèce de salaud, ne m’avais-tu pas juré que tout était sous contrôle
? Et moi qui pensais que je pouvais te faire confiance ! »
— « Tout était sous contrôle. »
Fei Du recula discrètement de quelques pas, en cas de nouvelle agression.
— « Su Cheng est lâche et réfléchit beaucoup trop. Dès qu’il a compris que je me méfiais de lui, il a su que le piège avait été découvert et s’est enfui sans attendre. Un homme comme lui n’a d’autre valeur que celle d’une bouche à faire taire. Pourtant, il a disparu avant que cela n’arrive. Avec la façon dont Zhang Chunling gère ses affaires, il était certain qu’il préparerait immédiatement sa propre retraite. Les personnes liées à Su Cheng ne pouvaient pas être les criminels recherchés qu’il protège. Dans un moment aussi critique, il n’aurait pas exposé ses fidèles. L’hypothèse la plus probable était donc qu’il fasse partir à l’étranger tous ceux ayant été en contact avec Su Cheng, en même temps que son propre point faible, vers l’endroit qu’il estimait le plus sûr. »
Luo Wenzhou attrapa le col de sa veste et le ramena vers lui.
— « Zhang Donglai a mis son père dans le pétrin de façon beaucoup trop opportune. »
— « Ce n’est pas opportun. Il me fait confiance », répondit Fei Du.
Pour une raison quelconque, il ne souriait plus.
Il n’utilisait pas non plus cette voix désinvolte et provocatrice qu’il réservait habituellement à son amant.
—
« Zhang Donglai est impatient et incapable de supporter la solitude.
Après avoir été envoyé brusquement dans un pays étranger, sa première
réaction a été de se plaindre auprès de quelqu’un qu’il considérait
digne de confiance. Je l’ai piégé pour le faire sortir. La photographie a
été prise par quelqu’un que j’ai fait passer pour une jolie femme afin
de l’attirer. »
— « Quand as-tu préparé tout ça ? »
— « Pendant le
trajet qui m’amenait au commissariat pour l’interrogatoire », répondit
Fei Du. « J’ai délibérément laissé Su Cheng servir d’appât. »
— « Où est-il maintenant ? » demanda Luo Wenzhou.
Fei Du sortit de la poche intérieure de la veste de son amant le téléphone portable qu’il y avait lui-même glissé auparavant, puis composa un numéro.
Comme si la personne à l’autre bout attendait son appel, la communication fut établie dès la première sonnerie.
— « Weiwei », dit-il d’une voix très douce, « c’est moi. »
— « Président Fei, Dieu merci, vous appelez enfin ! »
La jeune fille parlait si vite que ses mots semblaient presque se bousculer.
— « J’ai attendu tellement longtemps ! J’étais morte d’inquiétude. Est-ce que tout va bien pour Lu-dage et les autres ? Comme vous ne me contactiez pas, je ne savais plus quoi faire ! »
Fei Du sourit.
— « Tout sera bientôt terminé. Ta grande sœur est là ? »
— « Oui, attendez une seconde. »
Quelques instants plus tard, une voix féminine légèrement rauque retentit à travers le téléphone.
— « Wei Lan à l’appareil. »
Le père biologique de Weiwei était mort depuis longtemps. Quant à sa mère, alcoolique et irresponsable, elle traînait dans tout le voisinage une réputation déplorable.
Enfant, Weiwei était la cible des moqueries et du harcèlement des autres enfants, qui la traitaient de « bâtarde de prostituée ». Elle avait une sœur de sept ans son aînée. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, cette dernière l’avait toujours protégée.
Arrogante, obstinée, incapable de courber l’échine, elle avait quitté l’école très jeune avant de partir loin de chez elle. Elle voulait briser les chaînes qui les retenaient prisonnières et emmener sa petite sœur loin de cet enfer.
Mais certaines circonstances ressemblent à une prison.
Et les prisons ne s’ouvrent pas si facilement.
Après le départ de sa sœur, la mère de Weiwei s’était remariée. Pourtant, sa vie ne s’était pas améliorée. Bien au contraire. Ce nouveau mariage avait été une seconde condamnation.
Son beau-père était une véritable bête.
Pendant des années, il transforma son existence en cauchemar, jusqu’au jour où, grâce à l’aide du fonds de Fei Du, elle trouva enfin le courage de s’enfuir de ce foyer terrifiant.
Au départ, le fonds l’avait aidée à rechercher sa sœur disparue tout en cherchant un moyen de lui obtenir justice. Mais lorsque les preuves furent finalement réunies et que la police se présenta pour arrêter son beau-père, celui-ci avait déjà disparu.
Quelque temps plus tard, son corps fut découvert dans une petite mare située à environ trois kilomètres de son domicile.
Il avait été poignardé à mort.
Entièrement nu, mutilé, certains de ses organes sectionnés, il avait été abandonné la tête la première dans la boue. Après avoir disposé le cadavre, le meurtrier était reparti avec un calme presque effrayant, couvert de sang.
Sur son chemin, il avait même croisé un témoin.
Et il lui avait souri.
L’arme du crime était restée fichée dans la poitrine de la victime, les empreintes du meurtrier ostensiblement laissées sur le manche.
Grâce au portrait-robot établi à partir du témoignage recueilli et aux empreintes relevées sur l’arme, la police locale avait rapidement orienté ses soupçons vers Wei Lan, la sœur de Weiwei, avant de lancer un avis de recherche régional à son encontre.
Pendant toutes ces années, le fonds avait tenté de la retrouver.
Mais elle s’était évaporée sans laisser la moindre trace.
Elle était devenue l’une des criminelles recherchées placées sous protection.
Jusqu’au jour où la personne chargée par Fei Du de surveiller cet imbécile de Su Cheng rapporta que celui-ci avait recruté une assistante aux origines particulièrement obscures.
— « Je suppose que je peux enfin me débarrasser de ce vieux débris ? » lança Wei Lan avec un léger rire.
— « Sois prudente », dit Fei Du d’un ton grave.
Elle renifla avec désinvolture.
— « Épargne-moi ça, bébé. Je descendais déjà des types pendant que tu vidais ton biberon. »
Fei Du ne releva même pas son insolence.
— « Tu es prête ? » demanda-t-il simplement.
Wei Lan avait commis un meurtre.
C’était une fugitive.
Si elle se montrait maintenant au grand jour, elle passerait probablement le reste de son existence derrière les barreaux.
— « Tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour moi », répondit-elle. « Fei Du, souviens-toi simplement de ce que tu m’as promis. »
Bébé, tu vas vraiment finir par avoir la peau de ton chéri à te mettre en danger avec une telle nonchalance ! En plus tu lui annonce toujours de façon décontractée ! 😂😭
- Huí Niángjiā (回娘家, « Retour chez les parents ») :
Chanson populaire chinoise rendue célèbre dans les années 1980 par les
interprétations de Teresa Teng puis de Zhu Mingying. Elle dépeint avec
humour le retour d'une jeune mariée dans sa famille d'origine, chargée
d'offrandes traditionnelles (« un poulet dans la main gauche, un canard
dans la droite »). Ce refrain est un classique de la nostalgie populaire
: il évoque la simplicité, la joie domestique et les liens filiaux,
tout en jouant sur les codes rigides de la vie de « bru »
Pour celles et ceux qui souhaitent découvrir cette mélodie emblématique, une recherche sur les plateformes vidéo avec le titre « Huí Niángjiā » (回娘家) permet d'écouter les interprétations classiques de Zhu Mingying ou de Teresa Teng.
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