Silent Reading : Chapitre 154 - Edmond Dantès XXVI

 

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— « Qu'est-ce qui se passe encore ? » Une fine pellicule de sueur froide envahit soudain le dos de Luo Wenzhou. « Attends ! Où vas-tu ? »
— « Me changer », répondit Fei Du en se tournant pour monter à l'étage.

Il fut si durement ébranlé par la portée de ces paroles que sa vue s'en trouva obscurcie.

Avant même qu'il ne puisse lui emboîter le pas, le téléphone qu’il avait négligemment laissé en mode silencieux se remit à clignoter de plus belle.

— « Wenzhou, c’est moi. »

C’était Tao Ran, qui venait enfin de réussir à le joindre.

Il enchaîna d'une voix pressante :

— « Shiniang est toujours en salle de déchocage, mais les membres de l’équipe d'inspection viennent de débarquer. Qu'est-ce qui se passe ? Et avec Yang Xin ? Tu as du nouveau ? »
— « Je… »

À peine Luo Wenzhou ouvrait-il la bouche que son écran lui signala un double appel.

Voyant s’afficher le nom de Lang Qiao, il dut couper court :

— « Attends. »

Il bascula immédiatement sur l’autre ligne.

— « Xiao-Qiao ? »
— « Dieu soit loué, tu décroches enfin ! » s'exclama l’inspectrice d'une voix tremblante. « Le binoclard essayait de te joindre sans succès. »

Elle inspira.

— « Boss, il y a du très lourd. On peut pratiquement confirmer l’identité de tous ces imposteurs. Des proches des victimes d’affaires non résolues du Projet Album Photos. »

Elle enchaîna sans même respirer :

— « Et ce n'est pas tout… Ils viennent d’embarquer le Directeur Ceng. Il y a un problème avec l'atelier qui s’est occupé des caméras de sécurité. Ils affirment que c'est lui qui a donné son feu vert… Ils m’ont ordonné de rédiger un rapport détaillant l'état d'avancement de notre enquête. Boss, je leur écris quoi ? »
— « Tout va bien, ne panique pas », temporisa Luo Wenzhou en relâchant lentement la pression. « Attends que je rentre, je te dirai quoi… »

Ses instructions furent interrompues une seconde fois par un nouveau signal d'appel entrant.

Il laissa échapper un soupir en constatant qu’il s'agissait encore d'une communication impossible à ignorer, regrettant aussitôt de ne pas être né avec une tête de rechange.

Malheureusement, les cerveaux et les membres ne se louaient pas à court terme.

— « Wenzhou. »

Ce troisième appel provenait de l’enquêteur qui l’avait discrètement introduit pour assister à l’intégralité de l’interrogatoire du Directeur Zhang. En raison des liens qui l'unissaient à son père, on pouvait dire qu’ils entretenaient une certaine forme de camaraderie ; rien de très profond, mais suffisamment pour justifier un avertissement téléphonique.

— « J'ai une question à te poser. Quelle est exactement la nature de tes relations avec ce Fei Du ? »

Luo Wenzhou leva les yeux vers la chambre silencieuse du premier étage.

Sa gorge se serra.

— « Exactement le genre de relation que tu t'imagines », répondit-il d’une voix feutrée.

L’enquêteur ne s’attendait visiblement pas à ce que la jeunesse d’aujourd’hui ait dévié du droit chemin au point d'avouer une telle chose avec autant de détachement et sans chercher le moins du monde à se couvrir. Il resta un instant interdit, puis laissa échapper un soupir.

D'un ton nettement plus froid et rigide, il déclara :

— « Dans ce cas, je vais aller droit au but. Prépare-toi à passer la main sur l'affaire dont tu es chargé et retire-toi afin d’éviter tout conflit d’intérêts. »

Luo Wenzhou s'obligea à ravaler la réplique cinglante qui lui brûlait les lèvres :

« Vous ne voulez pas enquêter sur moi aussi, pendant que vous y êtes ? »

Après tout, il n'était plus ce gamin impétueux d’autrefois qui insultait les vieilles dames dans la rue et balançait sa carte professionnelle au nez des gens.

— « C'est bien naturel », répondit-il après une profonde inspiration, s’efforçant de rester poli. « Je me conformerai aux directives. Si je ne peux pas vous être d'une quelconque utilité, je ferai de mon mieux pour ne pas me mettre en travers de votre chemin… Seulement… pourrais-tu me donner un tout petit indice, histoire que je sache au moins où je mets les pieds ? »

L’enquêteur marqua un temps d'hésitation, pesant le pour et le contre au bout du fil.

— « Est-ce que cela a un rapport avec les événements survenus il y a quinze ans ? » s’enquit Luo Wenzhou en veillant à conserver un ton aussi calme et posé que possible. « Il n’avait que sept ou huit ans à l’époque, il ne savait rien de tout cela. Comment cela pourrait-il avoir le moindre… »
— « Je le sais bien. Nous avons simplement demandé au Président Fei de venir coopérer avec nos services afin d’éclaircir certains points précis. »

L’enquêteur marqua une brève hésitation avant d’ajouter :

— « Nous disposons désormais d'éléments laissant penser qu’une seule et même organisation criminelle se dissimule derrière l’Album Photos et les fuites de données qui ont touché votre commissariat. Le projet a été interrompu il y a plus de dix ans, et pourtant quelqu’un vient de le remettre sur le devant de la scène. Dans quel but ? Je ne peux pas entrer dans les détails, mais je peux te dire que cet individu est issu de l’Université de Sécurité de Yancheng et qu'il entretient des liens étroits avec Fei Du. Par ailleurs, l'entreprise qui assurait la maintenance des caméras de surveillance du commissariat, aujourd'hui soupçonnée d'avoir participé aux fuites de données, possède elle aussi des liens avec le conglomérat du clan Fei. Même si tout cela n'était qu'une suite de coïncidences, Fei Du demeure malgré tout au cœur de cette affaire. J’espère que tu le comprends. »

Luo Wenzhou décortiqua à toute vitesse les propos de son interlocuteur et en extirpa immédiatement deux informations capitales.

Premièrement, au sein de l’Université de Sécurité de Yancheng, la seule personne étroitement liée à Fei Du ne pouvait être que son directeur de recherche, Pan Yunteng. L'enquêteur sous-entendait que, si la relance du Projet Album Photos semblait en apparence pilotée par le Directeur Zhang, elle avait en réalité été orchestrée dans l’ombre par Pan Yunteng.

Dans quel but ? Était-il lui aussi de mèche avec Le Récitant ?

Deuxièmement, il s’avérait que les fuites de données provenant du système de vidéosurveillance du Commissariat Central remontaient, par de subtils détours, jusqu'à la famille Fei. S'agissait-il de vieux dossiers compromettants que Fei Chengyu n’avait pas pris la peine de faire disparaître à l'époque, ou bien quelqu’un était-il en train de monter une mise en scène de toutes pièces ?

— « J'ai une confiance absolue dans la probité de Lao-Luo et dans les valeurs de votre famille, mais la jeunesse d'aujourd'hui n'est plus du tout faite du même bois que nous. Elle a ses propres idées, ses propres manières de faire, et les tentations qui l'entourent sont innombrables », déclara l’enquêteur avec cette politesse détournée propre à sa génération. « Tu m’appelais "mon oncle" autrefois, alors je vais me permettre de te donner un conseil supplémentaire. Wenzhou, tu n’es plus un enfant désormais. Certaines choses doivent être regardées en face. »

Les hommes d'âge mûr se montraient souvent d’une réserve extrême lorsqu’ils s'adressaient aux nouvelles générations. Même pour formuler un reproche, ils se croyaient obligés d'emprunter des chemins détournés et diplomatiques, se gardant bien d'employer des termes grossiers afin de préserver les codes de la courtoisie orientale.

Pourtant, malgré toute cette politesse et cette délicatesse de façade, ces paroles écorchèrent cruellement les oreilles de Luo Wenzhou, lui causant une douleur presque physique, comme si ses tympans venaient d’être taillés en pièces.

Pareil à une plante vénéneuse, Fei Du avait enfoncé ses racines au plus profond de son cœur. Le moindre souffle de vent suffisait à lui déchirer les chairs.

Il brûlait d'envie de hurler dans le combiné :

« C'est des conneries ! Pour qui vous le prenez, bordel de merde ? »

Mais la colère n’avait jamais rien résolu, pas plus que les rugissements ou les coups de poing. D’innombrables aînés le lui avaient enseigné au prix de leur sang, de leurs larmes et parfois même de leur propre vie.

Luo Wenzhou contint la rage volcanique qui bouillonnait en lui, prononça quelques mots de remerciement et raccrocha.

Fei Du descendit au même moment.

Les lignes de son manteau gris foncé étaient nettes, presque rigides, et l'étoffe accrochait discrètement la lumière. L'écharpe avait disparu, emportant avec elle les dernières traces de douceur. Une montre en acier ceignait désormais son poignet. Derrière ses lunettes sans monture, son regard avait retrouvé son immobilité habituelle. Loin d'avoir simplement changé de tenue, il semblait avoir réendossé cette froideur distante qui lui servait d'armure.

Il lui adressa un léger signe de tête.

— « Je vais y aller. »

Sans un mot, Luo Wenzhou lui saisit le poignet.

— « Ne sois pas nerveux. La situation est bien plus favorable que je ne l'avais imaginée. Il n'y a qu'un souffle de vie entre Fei Chengyu et un cadavre, et je suis certain à cent vingt pour cent qu'il ne s'est pas volatilisé tout seul. Sa disparition joue même en ma faveur : elle prouve que quelqu’un veille sur moi », expliqua calmement Fei Du. « Si Fei Chengyu était resté cloué sur son lit, je serais aujourd'hui le suspect idéal. Mais puisque personne ne sait où il se trouve, je vais simplement coopérer avec l'enquête, pas attendre sagement qu'on vienne m'arrêter. »

Luo Wenzhou le dévisagea, les yeux injectés de sang.

— « Fei Chengyu et Fan Siyuan ont uni leurs forces il y a treize ans, posant les jalons de la crise actuelle. Fei Chengyu est hors d'état de nuire, mais Fan Siyuan, pour une raison qui nous échappe encore, continue de faire avancer ce plan. Il a acculé l'organisation, la forçant à sacrifier d'abord Zheng Kaifeng, puis Wei Zhanhong. Or, ces deux hommes constituaient les piliers de sa survie. Aujourd'hui, elle ressemble à quelqu'un qu'on a dépouillé de toutes ses protections. Le prochain coup frappera directement la chair. Ils n'ont plus d'autre choix que de riposter. Mais au-delà de cette contre-offensive, il leur faut un dernier bouclier derrière lequel disparaître. Et ce bouclier, c'est moi. »
— « Je ne pense pas que la personne qui cherche à t'impliquer appartienne au Récitant », objecta Luo Wenzhou d'une voix tendue. « L'accident de Fei Chengyu remonte à trois ans, et Lao-Yang est mort dans des circonstances suspectes peu après. Alors est-il possible... Est-il possible que les membres du Récitant infiltrés au sein de l'organisation aient été démasqués ? »
— « C'est une hypothèse. Mais les hommes du Récitant avaient enraciné leur influence bien trop profondément. Les arracher n'aurait pas été chose facile. »

Le regard de Fei Du traversa ses verres pour s'ancrer dans celui de son amant.

Face aux manœuvres orchestrées par Le Récitant, l'organisation ne pouvait décemment pas se résigner à attendre la mort sans réagir.

Et si la relance du Projet Album Photos et le piratage du système de vidéosurveillance n'avaient été, en réalité, que des pièges tendus de concert à ce moment précis ?

Le seul individu capable de monter un tel coup…

Luo Wenzhou aspira une bouffée d'air, le souffle coupé.

Fei Du extirpa un téléphone portable de sa poche et le lui tendit.

— « Je te prête mes hommes. Tu connais Lu Jia. Si tu as besoin de quelque chose, passe par lui. Même s'il ne le montre pas, il t'est profondément reconnaissant. »
— « Où se trouve-t-il en ce moment ? »
— « Avec Zhou Huaijin. C’est une pièce essentielle de l'échiquier. Le clan Zhou n'a rien à voir avec Fei Chengyu ou Wei Zhanhong. Le cœur de leur empire se trouve à l'étranger. Zheng Kaifeng et Zhou Junmao sont morts, mais ni l'organisation ni la police n'ont les moyens d'aller fouiller au-delà des frontières. Personne ne sait ce qu'il reste du clan Zhou, ni quels secrets il pourrait encore receler. Et Zhou Huaijin en est désormais l'unique héritier. Ébranlé par le meurtre de son frère cadet, il coopérera avec les autorités sans la moindre réserve. À leur place, je ferais donc tout pour l'éliminer », conclut froidement Fei Du. « Tu dois le protéger à tout prix. Il ne doit rien lui arriver. »

Luo Wenzhou referma fermement sa main sur la sienne, l'écrasant presque contre le téléphone.

— « Ce chauffeur a déclaré que je détiens un indice crucial. Mon hypothèse est que cet "indice" ne concerne pas la collusion entre Fei Chengyu et Fan Siyuan. J’ai passé au crible les souvenirs de leur conversation. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, Fei Chengyu a prononcé une phrase particulièrement étrange. »
— « Laquelle ? »
— « Il a dit à Fan Siyuan : "Tes six opérations de justice privée ont été menées avec brio. Je ne peux que t'admirer." »

Luo Wenzhou s'efforça de contenir son irritation.

— « Et où est le problème ? »
— « Le problème, c’est le chiffre "six" », rectifia Fei Du. « Dans les documents que tu as discrètement récupérés l'autre jour, Fan Siyuan était soupçonné d'être impliqué dans sept affaires. À ton avis, qu'est-ce qui est le plus probable : que Fei Chengyu ne sache pas compter, ou qu'il y ait quelque chose qui cloche dans l'une de ces sept affaires ? »
— « Pourtant, il y en avait bien sept », répliqua gravement Luo Wenzhou. « J’ai vérifié ce point auprès du Directeur Lu. »
— « Je suggère simplement qu'une de ces sept affaires n'est pas à sa place », reprit lentement Fei Du. « Shixiong, l'objectif initial du projet était de rassembler des dossiers existants afin d'étudier les profils criminels et de dégager de nouvelles pistes pour résoudre des affaires restées sans réponse. Dans ce cas, pourquoi y avoir intégré le dossier du tueur atteint de déficience mentale ? Les preuves étaient accablantes, le coupable a été identifié et traduit en justice. Ce n'était pas une affaire non résolue. Elle n'offrait aucune valeur d'étude particulière. »

Luo Wenzhou resta bouche bée.

Fei Du se dégagea de sa poigne.

Alors qu'il s'apprêtait à sortir, il se demanda s'il avait omis quoi que ce soit.

Il ajouta alors :

— « Oh, le code de verrouillage de mon téléphone est… »
— « Je le connais », répondit le capitaine, l'esprit ailleurs. « Le jour où tu as découvert le suicide de ta mère. »

Les pas de Fei Du s’immobilisèrent à quelques enjambées de lui.

— « Non. »

Luo Wenzhou leva les yeux, surpris.

Son amant l'observait.

Soudain, il esquissa un sourire indistinct. Comme il tournait le dos à la lumière, les traits de son visage demeuraient noyés dans l'ombre.

— « C’est le jour où je t’ai rencontré »

— « Directeur Zhang, les circonstances sont exceptionnelles. J’espère que vous saurez faire preuve de compréhension. Nous avons besoin de votre coopération afin de maintenir une ligne de communication claire. Par ailleurs, je vous prie de ne pas quitter la ville dans un avenir proche. »

Il ne s'agissait là que des formalités d'usage. Zhang Chunjiu opina du chef avec beaucoup de compréhension.

À cet instant, une voiture s'arrêta devant l'entrée.

Son regard fut attiré par le véhicule et il vit en descendre un jeune homme au visage vaguement familier. Son regard, dissimulé derrière ses verres, était indéchiffrable. Il sembla lui jeter un coup d'œil, ses lèvres se courbant en un sourire équivoque tandis qu'il passait près de lui.

— « Directeur Zhang ? Directeur Zhang, je vous en prie, par ici. Souhaitez-vous que nous vous envoyions une voiture pour vous raccompagner chez vous ? »
— « Hein ? »

Zhang Chunjiu se ressaisit et détourna prestement le regard.

— « Oh, ce n’est pas nécessaire. Quelqu’un de ma famille est venu me chercher. »

L’enquêteur qui l’escortait leva les yeux et aperçut une petite berline stationnée de l’autre côté de la rue. Il n’y avait pas de chauffeur : un homme d’une soixantaine d’années, aux cheveux blancs, descendit lui-même de la place conducteur et lui adressa un signe de la main. Vêtu avec un raffinement exquis, il dégageait, dans chacun de ses gestes, une impression de richesse et de respectabilité. Le sourire qu’il arborait était si parfaitement maîtrisé qu’il en paraissait presque artificiel, comme s’il posait pour la couverture d’un magazine.

— « C’est mon frère aîné », précisa Zhang Chunjiu.

L’enquêteur lâcha un « ah » de compréhension.

Il se souvint soudain que cet actionnaire majoritaire du conglomérat Chunlai avait fait la couverture de nombreuses revues financières et économiques. Toutefois, sans doute en raison de l'éclairage et du maquillage, l'homme en chair et en os paraissait plus âgé et plus réservé que sur ses photographies.

Les deux frères ne se ressemblaient absolument pas.

Sans cet événement, il aurait été difficile pour quiconque d'établir un lien entre le frêle et méfiant Directeur Zhang et ce puissant patron à l'embonpoint marqué.

Zhang Chunjiu serra la main de l’enquêteur et lui fit ses adieux avec une politesse irréprochable, avant de prendre le volant. Une fois qu'ils eurent parcouru une bonne distance, il jeta un coup d'œil dans le rétroviseur, croisant le regard de son frère, assis sur la banquette arrière.

— « Tout va bien », déclara-t-il. « Je ne peux pas quitter la région pour l'instant et je dois rester joignable, mais c’est la procédure habituelle. Normalement, ils ne m’interrogeront pas à nouveau. S'ils étaient certains de mon implication dans cette affaire, ils ne m'auraient pas laissé partir avec autant de courtoisie. »

Économe de ses mots comme à son habitude, Zhang Chunling acquiesça d'un signe de tête.

— « Oui. »

Zhang Chunjiu reprit :

— « Je viens de voir… Ce gamin, c’est bien celui de la famille Fei ? »
— « Le fils de Fei Chengyu », confirma Zhang Chunling.
— « Je croyais que tu avais l'intention de le… » Zhang Chunjiu jeta un regard à l'extérieur et plissa les yeux.

Une lueur meurtrière traversa son regard.

— « C’était mon plan initial », répondit Zhang Chunling, « mais ce gosse est trop rusé. Mes hommes ont pris en filature la mauvaise voiture en sortant de la villa. Lorsqu'ils s'en sont rendu compte, il avait déjà rejoint la police. Tenter quoi que ce soit à ce stade aurait été trop voyant. Et puis, on a perdu la trace de son père. Que le petit morveux vive ou meure, cela n'a plus guère d'importance. »
— « Fei Chengyu ? » L'expression de Zhang Chunjiu changea instantanément. « Impossible, je me suis assuré qu'il était… »
— « Moi aussi », l'interrompit Zhang Chunling d'un air sombre. « Mais où se trouve-t-il à présent ? »

Le chauffage de la voiture saturait l'habitacle d'une chaleur étouffante, rendant l'atmosphère oppressante.

Zhang Chunjiu garda le silence un moment.

— « Je suis certain de n'avoir commis aucune erreur. J'ai suivi le plan à la lettre, étape après étape. Ge, maintenant que les hommes de Fan Siyuan se sont découverts, il ne pourra plus s'échapper. Et s'il tombe, les jours de Fei Chengyu sont comptés. Peu importe qu'il soit réellement en état de mort cérébrale ou qu'il le simule. »

Zhang Chunling se renversa contre son siège. Sa carrure imposante semblait alourdir chacun de ses souffles.

— « Une dernière fois. »
— « Ce jour devait forcément arriver », dit doucement Zhang Chunjiu. « Ge, ce n’est pas une affaire que l'on peut transmettre à la génération suivante. Il n'y a personne pour prendre la relève. Tu as vieilli, et je ne vais pas tarder à prendre ma retraite moi aussi. Les temps ont changé. À l’avenir, les choses ne feront que se compliquer. Ne finissons pas comme Zhou Junmao. Sans Fan, nous ne nous en serions pas sortis aussi facilement... Nous lui devons au moins cela. Tout est réglé de ton côté ? »

Zhang Chunling répondit par l’affirmative.

— « Une fois que cette tempête sera passée, je les enverrai à l'étranger. »
— « Nous avons été chanceux toutes ces années », observa Zhang Chunjiu.
— « Chanceux ? » Zhang Chunling laissa échapper un rire silencieux, découvrant ses dents dans un rictus sinistre, semblable à celui d’un requin venant de dévorer sa proie. « Je suis né sans rien. Je n’ai jamais connu la chance. Mais qu’importe ? Je ne suis pas arrivé jusque-là grâce à elle. »

Après une courte pause, il ajouta :

— « Ce bon à rien de Zhou Huaijin est rentré dans le pays. Tu sais où il se cache ? »
— « J’ai une petite idée », répondit Zhang Chunjiu. « Il s’est trahi lui-même. »
— « Par mesure de sécurité, élimine-le. »

Zhang Chunjiu acquiesça d'un signe de tête et s'éloigna au volant, s'enfonçant dans le vent glacial du nord.

 

 

 

 

 

 

 

 C'est le jour où je t'ai rencontré. 😭​💘

Bon, eh bien, là je crois que le doute n'est plus permis concernant le Directeur Zhang... 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

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