Silent Reading : Chapitre 153 - Edmond Dantès XXV

 

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Lorsque l’épais brouillard de l’auto-illusion se dissipa enfin, la poussière retomba sur la vérité et ce visage cyanosé apparut, dépouillé de tout secret.

Fei Chengyu referma l’autre extrémité du carcan de métal autour du cou frêle de la femme. Puis il s’accroupit devant elle et demanda d’une voix d’une douceur effroyable :

— « Mon chéri, qui t’a donné le code ? »

Le visage d’une blancheur mortelle du petit garçon lui donnait l’apparence d’une poupée de porcelaine spectrale. Il semblait avoir perdu l’usage de la parole.

Il avait été si lâche, si impuissant. Ses membres n’étaient que de vains ornements. Il était incapable de prendre son propre destin en main, tout comme il était incapable de s’évader de la prison d’un autre.

— « Qu’est-ce que tu as entendu ? » La main de Fei Chengyu, imprégnée d’une odeur de sang, se glissa dans les cheveux du garçon. « Les enfants sages ne doivent pas écouter les conversations des adultes. Je sais que tu ne l’as pas fait exprès… Tu ne l’as pas fait exprès, n’est-ce pas ? »

Fei Du revit ce garçon stupide secouer instinctivement la tête.

Pourquoi avait-il nié de la sorte ?

Il songea que si les hommes pouvaient remonter le temps et faire face à leur double du passé, sa première action serait de briser le cou de cet enfant.

De tous les sentiments négatifs que recèle ce monde, la haine de sa propre lâcheté et de son impuissance était sans doute la plus profonde, la plus lancinante. Elle s’avérait souvent si intolérable qu’il devenait vital de lui trouver un exutoire, quitte à rejeter la faute sur d’autres personnes ou d’autres circonstances.

Fei Chengyu remarqua ce léger mouvement de tête et esquissa un sourire.

Puis, désignant la femme couverte d’éclats de porcelaine, il déclara :

— « L’enfant n’a pas mal agi intentionnellement. S’il a commis une faute, c’est forcément qu’un adulte malintentionné l’y a poussé. Dans ce cas, penses-tu que nous devions la punir, elle ? »

Fei Du n’osait pas croiser son regard, mais on le força à poser les yeux sur elle.

Ses pupilles étaient aussi ternes qu’à l’accoutumée, aussi apathiques que celles d’un cadavre. Cette femme au pas léger qui l’avait embrassé ce jour-là ne semblait plus être qu’un produit de son imagination.

Fei Chengyu lui fit signe d’approcher, mais Fei Du continua de reculer jusqu’à ce que l’homme perde patience et verrouille le collier de métal autour du cou du garçon.

Deux anneaux enserraient désormais deux cous différents. L’un ne se relâchait que lorsque l’autre se resserrait, et les commandes de ce supplice reposaient entre les mains pâles et impuissantes du petit Fei Du.

Il lui suffisait de serrer les poings pour échapper à cette sensation de suffocation insupportable. À force d’innombrables entraînements forcés, ce geste était presque devenu un réflexe pavlovien.

Pourquoi avait-il oublié la façon dont il s’était introduit dans le sous-sol ?

Pourquoi avait-il occulté tous les souvenirs liés à sa mère ?

Pourquoi la femme de ses cauchemars semblait-elle toujours animée d’un ressentiment aussi profond ?

Pourquoi ce visage asphyxié, transposé sur n’importe quelle autre personne, parvenait-il invariablement à hanter ses nuits ?

— « Fei Du ! Fei Du ! »

Le corps de Fei Du était agité de tremblements convulsifs. Luo Wenzhou le secoua vigoureusement et il reprit brusquement ses esprits.

À cet instant, il eut l’impression qu’une main invisible lui broyait la gorge. Une quinte de toux si violente le saisit qu’il lui fut impossible de reprendre son souffle.

Luo Wenzhou ne s’était pas attendu à ce que ses questions provoquent une réaction d’une telle violence. Pendant un instant, la terreur le figea sur place. En entendant cette quinte de toux déchirante, il craignit que le jeune homme ne finisse par recracher ses poumons.

Il ne put s’empêcher d’effleurer sa gorge.

Mais à ce simple contact, Fei Du sursauta et le repoussa. Il chancela de quelques pas avant de s’effondrer à genoux au milieu des débris de porcelaine.

L’espace d’un instant, Luo Wenzhou crut apercevoir une ombre dans ces yeux clairs, comme un monstre tapi depuis trop longtemps dans l’obscurité qui, ayant flairé l’odeur du sang, s’apprêtait à surgir.

Retenant son souffle, il s’accroupit prudemment à la hauteur de Fei Du. Tremblant de peur, il tendit une main vers lui et l’agita doucement devant ses yeux.

— « Mon trésor, c’est moi. »

Les cils de Fei Du, plus longs aux commissures de ses yeux, étaient légèrement humides de sueur froide.

Ils accentuaient encore la finesse sombre de son regard, comme si ses traits avaient été ciselés au couteau. Ses yeux eux-mêmes semblaient avoir été façonnés par une lame.

Il fixa la main de Luo Wenzhou pendant quelques secondes, puis son âme sembla enfin regagner son corps.

Lentement, il baissa les yeux et laissa son amant poser ses mains sur ses épaules.

Celui-ci lui caressa les bras avec précaution, sentant les muscles que le jeune homme ne prenait jamais la peine de solliciter se tendre avec une raideur extrême.

— « Parle-moi. »

Fei Du ouvrit la bouche.

Il sentit un goût de sang lui remonter dans la gorge, mais ne parvint pas à émettre le moindre son.

— « Je vais... »

Luo Wenzhou se sentit complètement désemparé.

Son regard glissa sur les lèvres exsangues de Fei Du et il lâcha, dans un élan irréfléchi :

— « Je vais t’embrasser, ça te va ? »

À peine ces mots franchirent-ils ses lèvres qu’il les trouva lui-même assez pathétiques. Mais il n’était plus temps de revenir en arrière.

Prenant les devants, il saisit simplement les bras de Fei Du pour l’attirer vers lui. Lorsqu’ils ne furent plus séparés que par quelques centimètres, il s’immobilisa et plongea son regard dans le sien.

Les pupilles du jeune homme étaient légèrement dilatées.

Puis il sembla enfin le reconnaître et s’efforça aussitôt de reprendre son calme.

Luo Wenzhou poussa un soupir avant de déposer une pluie de baisers sur son front, son nez et ses lèvres.

Fei Du ferma les yeux et força sa respiration saccadée à devenir extrêmement silencieuse, extrêmement lente. C’était sa manière habituelle de faire. Il se montrait toujours réservé, toujours maître de lui-même ; il ne se préoccupait jamais de ce qu’il ressentait, mais déterminait la façon dont il devait se comporter uniquement en fonction des réactions d’autrui.

Il tenta même d’adresser un sourire à Luo Wenzhou.

Ce sourire effraya davantage encore son compagnon.

— « Fei… Fei Chengyu était accompagné de quelqu’un », expliqua-t-il d’une voix rauque. « Dès qu’il est entré, il s’est dirigé droit vers le sous-sol. Il a été trop rapide. Ma mère a essayé de lui barrer la route, mais elle a échoué. En entendant du mouvement, j’ai rapidement tout remis en place avant d’aller me cacher dans ce meuble. Je pensais m’en sortir une fois de plus, mais j’avais négligé un détail. »

— « Lequel ? »
— « J’avais touché à son ordinateur. Fei Chengyu l’a vérifié et s’est aperçu que la machine était encore chaude. »

Luo Wenzhou trouva que tout cela ressemblait étrangement à un film d’espionnage.

Tout en lui massant doucement le poignet, il demanda à voix basse :

— « Qu’est-ce qui te revient en mémoire ? »
— « Je n’avais que dix ans. Fei Chengyu refusait de croire que j’aurais pu déduire le code par mes propres moyens. Comme ma mère avait tenté de le retenir à l’extérieur du sous-sol, il en a conclu que c’était elle qui m’avait poussé à m’y introduire, qu’elle “désobéissait”. »

Fei Du porta une main à sa gorge.

Il semblait sur le point de tousser de nouveau, mais se força à réprimer sa quinte.

— « Son animal de compagnie se rebellait sous les yeux d’un étranger. Fei Chengyu était hors de lui ce jour-là. Il a failli la tuer. »
— « Sous les yeux d’un étranger… et sous les tiens ? » reprit doucement le Capitaine Luo. « Est-ce pour cette raison que tu as occulté cette partie de tes souvenirs ? »

Fei Du ne voulait pas lui mentir, mais il n’avait pas davantage le cœur à s’étendre sur le sujet. Il choisit donc de garder le silence.

Détournant délibérément la conversation, il poursuivit :

— « L’homme que Fei Chengyu avait ramené à la maison était très grand. Mon père mesurait plus d’un mètre quatre-vingts, et cet homme le dépassait d’environ une demi-tête. Il devait avoir entre trente et quarante ans, portait des lunettes et avait une tache de naissance en forme de larme au coin de l’œil. Je ne l’ai vu qu’une seule fois. »

Un millier de questions se bousculaient dans l’esprit de Luo Wenzhou, mais à l’écoute de ces détails, il fut contraint de les faire patienter.

— « Il portait des lunettes et avait une tache de naissance au coin de l’œil ? Tu en es absolument certain ? »

Tout en parlant, il s’empressa de sortir son téléphone.

Sans prêter la moindre attention à la pile d’appels manqués qui s’afficha à l’écran, il ouvrit un fichier qu’il avait photographié et agrandit le cliché flou d’une pièce d’identité.

— « Est-ce que c’était lui ? »

Fei Du posa les yeux sur les caractères distinctement inscrits sur le curriculum vitæ à côté de la photographie :

Fan Siyuan.

— « En épluchant les dossiers, je suis tombé sur l’un d’eux qui contenait une photographie, alors je l’ai prise en photo en cachette. » Luo Wenzhou marqua une pause. « Attends une minute... Tu as eu accès au registre complet ainsi qu’aux fiches détaillées de tous les participants au Projet Album Photos. Tu savais même dans quel établissement était scolarisée la fille du Vieux Yang. Tu n’as pas vu la photo de Fan Siyuan ? »
— « Non », répondit Fei Du en secouant lentement la tête, tandis qu’innombrables pièces du puzzle s’assemblaient à toute vitesse dans son esprit. « Non... Les documents contenaient des informations capitales sur le frère aîné du Directeur Zhang, sur le lieu de travail de la fiancée du Directeur Lu, et même sur l’adresse des parents de Monsieur Pan... Mais il n’y avait absolument rien sur Fan Siyuan. Il me semble que son nom n’apparaissait que dans la présentation du responsable du Projet Album Photos. »

Autrement dit, la taupe qui avait fourni ces dossiers à Fei Chengyu s’était montrée d’une discrétion absolue dès qu’il était question de Fan Siyuan.

— « Tu as parlé de l’hiver », reprit Luo Wenzhou. « Tu es certain de la période ? »
— « Absolument. J’étais en vacances d’hiver. » Fei Du leva les yeux vers lui. « À quelle date exacte Fan Siyuan est-il censé s’être “jeté à la mer” ? »
— « Tout à la fin de l’année civile », répondit Luo Wenzhou en se laissant tomber à même le sol. « Ce qui signifie que Fan Siyuan n’est jamais mort et qu’il était de mèche avec Fei Chengyu ! »

Cette organisation avait recruté une quantité impressionnante de criminels endurcis en cavale du calibre de Lu Guosheng.

Or, à cette époque-là, Fan Siyuan lui-même était un suspect activement recherché.

— « De quoi ont-ils parlé dans ce sous-sol ? »

Fei Du ferma les yeux.

— « Si vous aspirez à exercer une emprise absolue sur eux, cela n’a rien de compliqué », expliquait l’homme d’un ton détaché. « Savez-vous comment on dresse un faucon ? Pour l’asservir, il faut d’abord briser sa volonté. La bienveillance n’a pas sa place ici. Il est indispensable de lui imposer une diète appropriée. »
— « Une diète ? » s’étonna Fei Chengyu.
— « Si vous le gâtez trop, Président Fei, il finira par devenir insatiable. Lorsqu’un outil refuse d’obéir, il faut le passer à la meule. Quel rémouleur digne de ce nom craint d’ébrécher sa lame ? »

Le rire de l’homme résonna, glacial.

— « Vous savez que je dispose de quelques bras, mais mes effectifs restent limités. Si vous attendez de moi que je vous assiste dans cette entreprise, il faudra m’accorder un soutien bien plus conséquent. »

Fei Chengyu éclata de rire.

— « Vos effectifs... Comment devrais-je les appeler ? Les brebis égarées que vous avez “sauvées” au nom de votre sainte justice ? »
— « Vous vous moquez de moi, Président Fei », répondit l’homme avec un sourire. « Mais vous n’avez pas tort. Ils sont d’une utilité redoutable, et ils savent rester à leur place. La rancœur et le traumatisme sont des leviers d’une efficacité remarquable. Ils habituent les gens à reconnaître une dette pour mieux la rembourser ensuite. Vous pourrez en faire tout ce que vous voudrez. »

— « Fei Chengyu avait probablement découvert que l’organisation bénéficiait du soutien d’autres mécènes, et cela lui déplaisait. Il voulait en avoir le contrôle exclusif », murmura Fei Du. « Fan Siyuan était son “consultant” personnel. »

Les rouages du cerveau de Luo Wenzhou tournaient à toute vitesse.

— « Ils ont recruté des criminels en cavale qui n’avaient plus nulle part où aller, y compris Fan Siyuan, un tueur en série méthodique qui connaissait la police sur le bout des doigts. Mais en réalité, Fan Siyuan avait noué des liens avec Fei Chengyu bien avant cela. Il se préparait à agir pour son compte, à infiltrer différentes affaires, à placer ses pions aux quatre coins de l’échiquier... »

Fei Du acheva sa pensée :

— « ... À fonder le Récitant, cette ligue de justiciers vindicatifs, afin de s’en servir pour piéger l’ensemble des bailleurs de fonds autres que Fei Chengyu. De cette manière, ils portaient un coup fatal à l’organisation, l’acculaient dans ses derniers retranchements, puis la faisaient tomber sous le contrôle exclusif de Fei Chengyu. »

Aucune des idées de Fei Du, pas plus que certaines de ses propres initiatives, n’étaient nées du néant. Les germes de ces réflexions étaient profondément enfouis dans son inconscient.

Il y avait également la question de l'argent : mener à bien un tel plan exigeait des quantités astronomiques de capitaux et d'énergie, et ils venaient enfin d'en identifier la source. Seulement, ce financement n’était pas apparu récemment ; il avait été injecté plus de dix ans auparavant. Ce projet s’étendait sur une période bien plus longue qu’ils ne l’avaient imaginé, et Le Récitant, cette force tierce et indépendante, rongeait les entrailles de l’organisation depuis plus d’une décennie.

Le cimetière de Binhai, le clan Zhou, Wei Zhanhong, la Ruche... Tout comme Fei Chengyu l’avait ardemment souhaité, chacun de ces repaires et chacune de ces sources de revenus avaient été débusqués puis neutralisés les uns après les autres.

S’il avait encore été conscient, ses vœux les plus chers auraient été exaucés.

— « Attends une minute », l’interrompit Luo Wenzhou en levant une main. « Attends. Ne m’as-tu pas affirmé que Fei Chengyu était plongé dans un état végétatif depuis trois ans ? Tu es en train de me dire qu’un légume orchestrerait tout cela dans l’ombre ? »

Fei Du l’observa en silence.

Luo Wenzhou pressentit immédiatement ce qu’il s’apprêtait à dire. Il se leva d’un bond.

Pesant chacun de ses mots, Fei Du déclara :

— « Fei Chengyu est un légume, mais moi, je suis bel et bien vivant. »

Luo Wenzhou explosa :

— « Ferme-la ! »
— « Qui t’a assuré que Fei Chengyu était dans un état végétatif ? » Fei Du l’ignora complètement, indifférent au thé qui imbibait le bas de sa veste. « Moi. »
— « Fei Du ! » tonna Luo Wenzhou.
— « Je collabore étroitement avec la police et j’ai remué ciel et terre pour intégrer la seconde version du Projet Album Photos. Je suis capable de suivre l’avancement de chaque affaire en temps réel et de vous orienter afin qu’elles aboutissent toutes à une conclusion “idéale” », énuméra Fei Du. « De plus, je dispose de mes propres hommes. Mon mode de pensée s’est révélé rigoureusement identique à celui de Fan Siyuan... Peut-être que Fei Chengyu simule sa maladie et que je suis son complice. Ou peut-être me suis-je simplement rendu coupable de parricide afin de devenir son unique héritier... »

Luo Wenzhou l’arracha brusquement du sol.

— « Je t’ai déjà dit que je détestais quand tu... »
— « Shixiong », soupira Fei Du en tapotant le dos de sa main. « Je ne fais qu’énoncer l’hypothèse la plus rationnelle à l’heure actuelle. Je n’ai jamais dit que j’avais réellement agi ainsi. Soutirer de l’argent sans abuser des sentiments est le principe d’intégrité le plus élémentaire de tout méchant qui se respecte. Si mon rapprochement avec toi avait obéi à un sombre dessein, je n’aurais jamais laissé les choses évoluer jusque-là entre nous. »

Luo Wenzhou fut pris au dépourvu.

— « Ce serait bien trop méprisable, et surtout dépourvu du moindre sens esthétique. »

Fei Du dégagea son col de la poigne de son compagnon, lissa les plis de sa veste, puis ramassa son téléphone.

L’appel manqué provenait de la Maison de santé de Binhai.

Fei Du lança un regard à Luo Wenzhou, activa le haut-parleur sous ses yeux et rappela le numéro.

Dès que la liaison fut établie, l’interlocuteur décrocha à toute vitesse.

— « Président Fei ! Je vous ai appelé trois fois de suite sans que vous ne décrochiez ! J’étais mort d'inquiétude… Votre père a disparu ! »
— « Qu'entendez-vous par "disparu" ? » s'enquit Fei Du d'un ton parfaitement serein.
— « Je… Je n'en ai aucune idée. Les caméras de surveillance ont été neutralisées. Tout était pourtant en ordre lors de notre dernière ronde dans sa chambre hier soir, mais ce matin, aux premières lueurs du jour, il s'était volatilisé ! »

Fei Du raccrocha aussitôt.

— « Il semblerait que le scénario qu'ils aient retenu soit relativement clément. Ils tiennent visiblement à m'épargner le rôle du fils parricide. »

Pendant ce temps, à l'hôpital, Lu Youliang vit quelqu'un approcher et se leva d'un bond.

En raison de ses blessures, Tao Ran peinait à se mouvoir et ne put se retourner immédiatement. Il perçut seulement l'écho d'une série de pas précipités convergeant vers eux.

— « Messieurs, que… » commença Lu Youliang.
— « Directeur Lu », l'interrompit l’un des nouveaux arrivants. « Nous venons d'être informés que la brigade de répression du banditisme est actuellement aux trousses de deux véhicules suspects. L'un d'eux transporterait une dénommée Yang Xin, dont la mère, Fu Jiahui, est fortement soupçonnée d’avoir pris part à des opérations d'espionnage illégal et de violation du secret professionnel. Nous avons de bonnes raisons de penser qu'elle est impliquée dans le meurtre de Yin Ping. »

S'appuyant sur le seul bras dont il pouvait encore faire usage, Tao Ran parvint enfin à faire pivoter son fauteuil roulant. Il découvrit alors une escouade d'inspecteurs qui venait d'investir les lieux. Xiao-Wu leur emboîtait le pas d'un air affolé, la tête basse comme s'il avait commis une faute irréparable.

— « Capitaine adjoint Tao… » murmura-t-il d'une voix tremblante. « Ils… Ces hauts gradés m'ont cuisiné à l'improviste, et je… je n'ai pas osé leur cacher la vérité… »

Au même moment, Lang Qiao, toujours incapable de joindre Luo Wenzhou, venait tout juste de regagner le Commissariat Central. Elle tomba nez à nez avec deux enquêteurs qui escortaient le Directeur Ceng vers la sortie.

— « Monsieur le Directeur ? » Les yeux de l’inspectrice s'écarquillèrent de stupeur. « Qu'est-ce que cela signifie ? »

Ceng Guangling se contenta de lui adresser un hochement de tête empreint d'une grande gravité.

— « Il va simplement coopérer à l'enquête », déclara l'un des inspecteurs en gratifiant Lang Qiao d'un signe de tête courtois. « Camarade, nous vous demandons de consigner l'état d'avancement de vos investigations en cours dans un rapport écrit et de nous le faire parvenir dans les plus brefs délais. Merci pour votre précieuse collaboration. »
— « Attendez… » tenta de protester Lang Qiao.

Un collègue la tira par la manche pour la retenir.

Une fois le Directeur Ceng et son escorte hors de vue, il murmura à l'oreille de la jeune femme :

— « Je suppose que tu étais au courant que certaines de nos caméras de sécurité avaient été piégées avec des mouchards ? »

Lang Qiao le dévisagea, totalement déroutée.

— « Eh bien, à cause de cette affaire, même le vieux Directeur Zhang, qui s'était pourtant mis en retrait pour occuper un poste de conseiller, a été emmené pour être interrogé. Mais comme les frais d'installation et de maintenance de l'atelier de réparation étaient relativement modestes, les règlements de l'époque stipulaient que la validation finale ne nécessitait pas l'aval de la hiérarchie. C'était le Directeur Ceng qui était aux commandes des services administratifs à ce moment-là. Il semblerait qu'il y ait eu de sombres combines au sein de cet atelier. »

Dans le salon de la villa, Fei Du venait à peine de couper la communication avec la maison de santé de Binhai que son téléphone se remit à sonner.

C'était son assistant, Miao, dont la voix trahissait un début de panique :

— « Président Fei… Serait-il possible que vous reveniez au bureau de toute urgence ? »

Sans manifester la moindre surprise, Fei Du demanda :

— « Que se passe-t-il ? »
— « Plusieurs individus affirmant appartenir aux forces de l'ordre viennent de débarquer. Ils exigent de passer au peigne fin l'un de nos anciens investissements financiers... »

 

 

 

 

 

 

 


Mais vous vous rendez compte de l'horreur que son déchet de géniteur leur a fait subir à sa mère et à lui ? 

Tu m'étonnes que Fei Du ait voulu oublier ce moment horrible !

Sinon, apparemment, Le Récitant passe à l'offensive à nouveau, englobant toute l'équipe et Fei Du... 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

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