Silent Reading : Chapitre 151 - Edmond Dantès XXIII

 

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Le chauffage de la villa était individuel, réglé selon les préférences de ses occupants.

Depuis le début de l’hiver, Fei Du n’était revenu ici qu’une seule fois, le jour où ils avaient interrogé dans le sous-sol le chauffeur de la Ruche pendant la traque de Lu Guosheng. Le système n’avait donc jamais été remis en marche.

Il faisait froid dehors, et tout aussi froid dedans. Mais tandis que l’extérieur subissait les assauts d’un vent hivernal mordant, l’intérieur dégageait un froid silencieux, une atmosphère lugubre qui semblait s’insinuer jusque dans les os.

La porte d’entrée poussa un grincement sinistre lorsqu’il pénétra dans la maison. Pareils à des pièces de musée brusquement dérangées, les meubles soulevèrent une fine pellicule de poussière. Fei Du essuya machinalement la saleté laissée par la poignée sur sa paume. Son regard détaché balaya les fleurs artificielles « fanées » qui ornaient le vestibule.

L’homme resté en communication avec lui prit alors la parole dans son oreillette :

— « Président Fei, je garde un œil sur le taxi de tout à l’heure, ne vous inquiétez pas. Au fait, votre voiture est un véritable bijou. »
— « Quand vous aurez terminé, vous pourrez repartir avec. »

Après un bref « soyez prudent », Fei Du coupa enfin la communication.

Chaque retour dans cette maison lui laissait un goût amer. Il avait toujours l’impression que, malgré leur immobilité, les objets qui l’entouraient exhalaient une odeur particulière.

Une véritable demeure portait le parfum discret s’échappant de la chambre d’une maîtresse de maison raffinée, ou la senteur lumineuse du soleil baignant le bureau d’un homme absorbé par son travail. L’appartement de Luo Wenzhou, lui, dégageait l’arôme d’un grand cru classé. Pourtant, sa cave à vin, verrouillée depuis des lustres, n’abritait rien de tel. C’était simplement le genre d’endroit qui donnait envie de s’enivrer dès le seuil franchi.

Ici, en revanche, flottait une odeur rance, semblable à celle de ces seigneurs de l’Europe médiévale qui ne se lavaient jamais. Des tonnes de parfum n’auraient jamais réussi à masquer cette senteur de pourriture.

Fei Du expira silencieusement. Son souffle se condensa aussitôt en une buée visible dans l’air glacé.

En repensant aux doubles appels qui avaient tenté de forcer sa ligne un peu plus tôt, il jeta un regard distrait à l’écran de son téléphone.

Fei Du resta silencieux.

Le même Président Fei qui, quelques minutes auparavant, avait tellement intimidé son interlocuteur que celui-ci avait presque dégainé son arme, sentit les coins de ses lèvres tressaillir. Son premier réflexe fut de ranger prestement son téléphone dans sa poche, comme s’il n’avait rien vu.

Mais à l’autre bout de la ville, Luo Wenzhou semblait doté d’un instinct capable de franchir des milliers de li. À peine le téléphone avait-il disparu que l’appel recommença.

La main de Fei Du trembla légèrement.

Dans la fraîcheur du salon, une fine pellicule de sueur lui couvrit le dos.

Il inspira profondément avant de décrocher :

— « Allô... »

Un bref silence lui répondit.

Puis la voix lourde de Luo Wenzhou s’éleva :

— « Tu viens de passer au moins vingt-cinq minutes au téléphone. »
— « Je... »
— « J’imagine que tu étais en ligne avec la sonde lunaire ? »

Fei Du garda le silence.

Même sans obtenir la moindre réponse, Luo Wenzhou sembla comprendre exactement ce qui se passait.

— « Où es-tu ? »
— « ... À la villa », finit par reconnaître Fei Du.
— « Qu’est-ce que tu fiches là-bas tout seul ? »

Un rapprochement s’opéra aussitôt dans son esprit, et le ton de sa voix changea instantanément.

— « Ne bouge pas. J’arrive. »

Avant que son amant n’ait le temps de répondre, il raccrocha avec humeur.

Fei Du se frotta le bout du nez, refroidi par l’air ambiant. Il eut soudain l’impression que la puanteur persistante de la maison venait d’être balayée par le vacarme de Luo Wenzhou. Après tout, la villa était simplement restée fermée trop longtemps ; ce sentiment d’oppression n’était peut-être que le résultat d’un manque d’aération.

Il mit en route le chauffage et le purificateur d’air.

Lorsque la température devint un peu plus supportable, il prit directement la direction du sous-sol.

Le motif de dragons enroulés sculpté de part et d’autre de l’escalier différait subtilement de la vision d’épouvante qui hantait ses cauchemars. Sans doute avait-il simplement grandi, et son regard avec lui. À y regarder de plus près, ces dragons avaient des yeux bridés dépourvus de double paupière, des joues rebondies porte-bonheur, de longues moustaches flottantes semblables à des barbillons de carpe et de petites cornes dressées sur la tête. Ils dégageaient même une certaine bonhomie.

Fei Du contempla un instant ces dragons à l’air étonnamment inoffensif avant de descendre d’un pas familier vers le sous-sol et d’en ouvrir la porte.

Le code d’accès était désormais le sien, preuve que son univers avait été entièrement renversé. La moitié de la pièce était occupée par la chaise à électrochocs et l’équipement de home cinéma que Luo Wenzhou avait recouverts de grands draps. L’endroit n’avait plus grand-chose à voir avec le sous-sol de Fei Chengyu.

Fei Du en fit trois fois le tour, l’esprit errant, sans que le moindre souvenir supplémentaire ne remonte à la surface. N’ayant rien obtenu, il retourna s’asseoir dans le salon. Tout en se massant distraitement l’arête du nez, il se dit qu’il lui faudrait peut-être faire appel à un hypnotiseur pour éclaircir cette histoire.

Malheureusement, les hypnotiseurs n’étaient pas tout-puissants. Certaines personnes résistaient naturellement à l’hypnose, et Fei Du doutait fortement d’être capable de baisser sa garde devant qui que ce soit... à moins que le praticien ne soit encore plus séduisant que Luo Wenzhou.

À cet instant, une violente bourrasque s’engouffra de on ne sait où. Le haut d’une fenêtre se mit à vibrer tandis qu’au-dehors, un arbre desséché pliait sous les assauts du vent du nord-ouest. Ses branches nues et ses feuilles mortes fouettaient les vitres du premier étage avec un vacarme infernal. On aurait dit une ronde de démons en pleine nuit.

Tiré de sa torpeur, Fei Du leva brusquement la tête. Une idée venait de lui traverser l’esprit.

Il se leva d’un bond, saisit une boule de cristal décorative posée sur une table, puis attrapa une cravate pour se bander les yeux avant de revenir se placer en haut de l’escalier du sous-sol.

Lorsqu’une nouvelle rafale secoua la maison, il ouvrit les doigts et laissa la boule dévaler les marches. Le grondement sourd de l’objet roulant dans l’escalier se mêla aux claquements des branches contre les vitres. La sphère vint finalement heurter la porte du sous-sol dans un bruit sec.

Les yeux toujours couverts, Fei Du inspira profondément à plusieurs reprises avant de poser la paume contre la paroi glacée de la cage d’escalier.

Il s’en souvenait.

La première fois qu’il s’était introduit en secret dans le sous-sol de Fei Chengyu, le temps était exactement le même. Le roulement d’une bille de marbre se mêlait aux hurlements du vent du nord, et l’air était chargé d’une odeur...

Une odeur de quoi déjà ?

Ah oui.

De produit nettoyant.

D’ordinaire, cela signifiait que Fei Chengyu était à la maison. Voilà pourquoi un geste aussi banal que récupérer un objet tombé dans l’escalier l’avait alors terrifié à ce point. Mais ce jour-là, pour une raison inconnue, son père était absent.

Fei Du était resté figé un long moment dans la cage d’escalier, partagé entre prudence et curiosité, avant de céder à l’impulsion de descendre.

Lorsqu’il posa le pied sur la première marche, une sensation étrange le traversa de part en part, fulgurante comme un éclair.

Fei Du s'immobilisa.

Instinctivement, il tourna la tête vers un point précis de l'étage, avec l'impression tenace que quelqu'un l'observait depuis là-haut.

Puis il lui sembla entendre le bruit d'une porte qui s'ouvre.

Il arracha brusquement la cravate qui lui bandait les yeux et découvrit que son regard était fixé sur une chambre du premier étage.

La chambre de sa mère.

Un pli apparut entre ses sourcils.

Est-ce qu’elle m’observait depuis cette pièce ?

Mais la porte demeurait close et silencieuse.

C'est alors que Fei Du prit soudain conscience d'une chose : en dehors du trou noir laissé par son amnésie, chacune des zones d'ombre de sa mémoire semblait, d'une manière ou d'une autre, liée à sa mère.

Il reprit sa descente, ramassa la boule de cristal, se rebanda les yeux et poussa la porte entrouverte à tâtons.

Le cristal glacé roulait lentement dans sa paume.

Il se souvenait être resté longtemps devant cette « zone interdite ». Puis, incapable de résister davantage à la tentation du secret de Barbe-Bleue, il avait fini par franchir le seuil.

À l'époque où le sous-sol appartenait encore à Fei Chengyu, il était bien plus richement meublé. L'odeur du produit nettoyant imprégnait chaque recoin. Un tapis épais recouvrait le sol. Deux canapés circulaires lui faisaient face. Le mur qui servait aujourd'hui d'écran de projection était alors occupé par une rangée de bibliothèques, tandis qu'un coffre-fort capable de résister à un séisme de magnitude huit était dissimulé derrière un tableau, dans un coin de la pièce.

Au centre se trouvait un grand bureau en bois de rose.

Guidé par ses souvenirs, Fei Du s'avança jusqu'à l'emplacement de ce bureau désormais disparu et tendit les mains dans le vide.

C'était là qu'il avait découvert, des années plus tôt, les documents relatifs au Projet Album Photos.

Zhang Chunjiu, capitaine par intérim, frère cadet de l'actionnaire majoritaire du groupe Chunlai ; Lu Youliang, son adjoint, dont la fiancée travaillait dans le second cycle du Neuvième Collège ; Pan Yunteng, dont les parents vivaient dans le quartier d'une certaine entreprise ; Yang Zhengfeng, dont la fille était scolarisée en primaire, en classe de...

Privé de la vue, son esprit semblait plus affûté que jamais. Chaque détail lu ce jour-là lui revenait avec une netteté saisissante.

Soudain, quelque chose s'emboîta.

Oui. La liste des participants au Projet Album Photos était beaucoup trop détaillée. On y trouvait non seulement leurs fonctions, mais aussi des informations précises sur leurs proches.

Seule une personne infiltrée au Commissariat Central pouvait avoir accès à de telles données.

Mais dans ce cas, une chose ne collait pas.

Si cette taupe collaborait directement avec Fei Chengyu, pourquoi aurait-elle inclus ses propres informations dans ces documents ?

La liste recensait pratiquement tous les policiers de terrain du Central à cette époque. Si l'informateur n'y figurait pas, cela signifiait qu'il était trop éloigné de l'affaire pour être considéré comme une véritable taupe.

Cela n'avait aucun sens.

Fei Du releva brusquement la tête.

Une seule possibilité demeurait.

La taupe responsable de la mort de Gu Zhao figurait bel et bien sur cette liste, mais Fei Chengyu lui-même ignorait laquelle.

C’est alors que des pas précipités retentirent soudain à l’extérieur.

Les yeux toujours bandés, il était encore trop absorbé pour revenir immédiatement à la réalité. Ces bruits de pas se superposèrent pourtant avec une précision troublante à ses souvenirs d’enfance.

Il tressaillit.

À l’époque déjà, il s’était interrompu au milieu de sa lecture, perplexe, avant d’entendre les pas de Fei Chengyu se rapprocher du sous-sol.

Exactement comme maintenant.

Son père parlait au téléphone tout en marchant, d’une voix froide et tranchante.

Treize ans plus tard, le corps de Fei Du réagit avec la même précision implacable. Son pouls s’emballa, sa tension grimpa en flèche. Sa peau se glaça, ses membres semblèrent s’alourdir de plomb et une fine sueur recouvrit ses paumes. Sa respiration s’accéléra malgré lui.

Le sous-sol ne possédait qu’une seule porte.

Une seule issue.

S’il avait tenté de s’enfuir à l’époque, Fei Chengyu l’aurait surpris en flagrant délit.

Fei Du se souvint qu’il n’avait même pas eu le temps de se cacher correctement. Pris de court, il s’était contenté de remettre les dossiers à leur place exacte, de mémoire, avant de se glisser dans un petit meuble bas sous le bureau, profitant de sa taille d’enfant.

Les pas se rapprochaient toujours davantage.

Ils semblaient déjà atteindre le seuil.

Aveuglé par la cravate, Fei Du recula instinctivement de quelques pas vers l’emplacement des bibliothèques de son enfance.

Mais il n’y avait plus de bibliothèques.

Il heurta de plein fouet le petit meuble placé près de l’écran du home cinéma.

Le meuble bascula.

Les flacons d’émétiques et de tranquillisants se répandirent au sol dans un fracas assourdissant.

Au même instant, quelqu’un poussa brutalement la porte qu’il avait laissée entrouverte.

Une corde sensible vibra alors dans l’esprit de Fei Du.

La douleur éclata contre ses tempes comme une déflagration.

Un fragment de mémoire traversa son crâne telle une balle de revolver : le bruit du meuble renversé coïncidait exactement avec un son enfoui dans ses souvenirs.

Luo Wenzhou, qui venait de surgir dans la pièce, aperçut les flacons roulant à ses pieds.

Son esprit fit immédiatement le rapprochement avec certaines mauvaises habitudes passées de Fei Du.

Son cœur manqua un battement.

Il se précipita vers lui et l’agrippa par les épaules.

— « Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as encore touché à ces saloperies ? Fei Du ? Fei Du, réponds-moi ! »

Cette entrée fracassante rompit net le fil de ses réminiscences.

Fei Du demeura un instant hébété. Ses lèvres exsangues tremblaient légèrement.

Puis Luo Wenzhou arracha la cravate qui lui couvrait les yeux.

Comme s’il craignait de le voir s’effondrer d’un instant à l’autre, il le serra contre lui avec une force presque douloureuse.

Il le souleva presque pour le faire sortir du sous-sol avant de l’installer sur le canapé du salon, à l’endroit le plus ensoleillé de la pièce.

Fei Du leva une main pour se protéger de la lumière.

Son visage semblait avoir été entièrement vidé de son sang par l’atmosphère démoniaque de la cave.

Luo Wenzhou écarta doucement son poignet puis lui saisit le menton pour l’obliger à le regarder.

Le regard sombre, il gronda :

— « Ne t’avais-je pas dit de ne pas courir partout ? »

Fei Du le fixa en silence pendant quelques secondes.

Puis, sans prévenir, il attrapa son col, le tira vers lui, le plaqua contre le dossier du canapé et pencha la tête pour l’embrasser.

Luo Wenzhou ne comprit pas immédiatement ce qui lui valait une telle faveur. Pris de court, il réagit néanmoins sans attendre et passa les bras autour de lui. Toute l’angoisse inexprimable qui oppressait son amant semblait se déverser contre lui au milieu des coussins.

Il glissa une main dans sa nuque et la caressa doucement avant de détourner légèrement la tête, à bout de souffle.

— « Je... je n’arrive plus à respirer, trésor. »

Fei Du ralentit enfin.

Il déposa alors un léger baiser sur son lobe d’oreille.

Luo Wenzhou poussa un soupir, sentant ses forces l’abandonner peu à peu, levant une main pour retenir Fei Du qui amorçait déjà un mouvement de recul.

— « Tu comptais juste grignoter ? »
— « Qu’est-ce que tu veux ? » demanda son amant.

Luo Wenzhou plongea son regard dans le sien et passa lentement sa langue sur ses lèvres.

— « Sers-toi », répondit Fei Du avec une immense générosité. « Le corps et le cœur. Un acheté, un offert. Pas besoin de rendre la monnaie. »

Luo Wenzhou resta un instant sans voix, pesant soigneusement le sens de ces paroles.

Contre toute attente, le rouge lui monta jusqu’aux oreilles.

Toutes les bouteilles d’eau de la villa étaient périmées.

Ils finirent par retrouver une bouilloire pour faire chauffer de l’eau. Fei Du dénicha une brique de thé Pu’er, en détacha quelques morceaux à l’aide d’un poinçon et lança l’infusion.

— « La première fois que je me suis introduit dans le sous-sol de Fei Chengyu, il est revenu au beau milieu de mon exploration. Je me suis caché dans un petit meuble au pied de la bibliothèque, mais il n’est finalement jamais entré dans la pièce. Au moment où il arrivait devant la porte, ma mère a fait une crise à l’étage et a renversé quelque chose. Fei Chengyu a juré avant de rebrousser chemin. »

Avec des gestes familiers, Fei Du rinça les feuilles et jeta la première eau.

Un riche parfum de thé se répandit rapidement dans la pièce.

Il filtra ensuite l’infusion avant de remplir deux tasses.

— « Et moi, j’en ai profité pour m’enfuir. »
— « Et ta mère ? » demanda Luo Wenzhou.

Fei Du resta silencieux un instant, les doigts refermés autour de la tasse brûlante.

— « Je n’en sais rien. Je me suis caché dans ma chambre et je n’ai pas osé aller voir. »

Puis il releva les yeux.

— « Au fait, tu n’étais pas parti chercher le Directeur Lu ? Qu’est-ce que ça a donné ? »

À l’évocation de ce sujet, Luo Wenzhou sentit immédiatement que l’explication risquait d’être longue. Il laissa sa tête retomber contre le dossier du canapé.

Après un long silence, il entreprit de lui raconter cette journée qui avait fait voler en éclats une bonne partie de leurs certitudes.

— « Pour l’instant, tout reste assez confus. S’il y a du nouveau, Tao Ran nous préviendra. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. »
— « Le Récitant... »

Fei Du fit tourner la tasse entre ses doigts.

— « Dans ce cas, la personne qui m’a abordé tout à l’heure faisait forcément partie des leurs. »

Luo Wenzhou faillit bondir du canapé.

— « Quoi ? »

Trop absorbé par le fil de ses réflexions, Fei Du ne remarqua même pas l’expression de son compagnon.

— « En sortant, je suis tombé sur un chauffeur de taxi qui semblait m’attendre... »
— « Tu quoi ?! »

Luo Wenzhou l’attrapa aussitôt par le col et l’examina de la tête aux pieds.

Lorsqu’il eut acquis la certitude qu’il était parfaitement indemne, un immense soulagement le traversa... aussitôt remplacé par une colère noire.

— « Je t’avais dit de ne pas bouger, et toi, tu y as accordé autant d’importance qu’au bruit du vent ! Fei Du, je te préviens, s’il t’arrive quelque chose... s’il t’arrive vraiment... »

La rage l’empêchait presque de parler. Les mots se bousculaient sans parvenir à sortir correctement.

Fei Du cligna des yeux, un peu surpris.

Puis il attrapa entre ses deux mains celle de Luo Wenzhou, dont les veines saillaient encore sous l’effet de la tension. Il entrelaça doucement leurs doigts et releva vers lui ses yeux de phénix pleins d’une malice désarmante.

— « Shixiong, je t’aime. »

Luo Wenzhou perdit ses mots qui se bousculaient il y a encore une seconde.

Toujours la même technique.

Il ne faisait même plus l’effort de varier son répertoire.

Puis Fei Du reprit d’un ton plus sérieux :

— « Mes hommes me couvraient. En revanche, ce chauffeur m’a affirmé que j’avais déjà croisé la route de son "Professeur". »
— « J’ai appris quelque chose d’intéressant pendant que je venais te rejoindre », répondit Luo Wenzhou. « Le Directeur Zhang a formellement déclaré qu’il n’était pas à l’origine de la seconde version du Projet Album Photos. À l’heure qu’il est, l’équipe d’inspection a réorienté son enquête vers l’Université de Sécurité de Yancheng et, plus précisément... »
— « Vers mon désagréable directeur de mémoire ? » acheva Fei Du.
— « Tu te souviens de ce que je t’ai dit au sujet du rapport de Chen Zhen ? » reprit son amant. « Pour qu’il arrive directement jusqu’au sommet de la hiérarchie, quelqu’un devait forcément disposer d’un accès privilégié. Monsieur Pan a commencé dans la criminelle avant de devenir une référence dans son domaine. Son carnet d’adresses est impressionnant. Il a le réseau nécessaire. Et puis, il a toujours montré un intérêt inhabituel pour certains travaux laissés par Fan Siyuan, au point de rédiger lui-même des manuels pédagogiques sur le sujet... »

Luo Wenzhou s’interrompit un instant avant de secouer la tête.

— « Tu penses que cet homme que tu as rencontré autrefois pourrait être lui ? »
— « Non, je ne pense pas. »

Fei Du réfléchit quelques secondes, puis releva les yeux vers lui.

— « Lao-Luo, je vais peut-être avoir besoin de ton aide pour quelque chose. »

 

 

 

 

 

 

 J'imagine même pas l'état de Wenzhou s'il arrivait vraiment quelque chose à mon son chaton 😭

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

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