Silent Reading : Chapitre 150 - Edmond Dantès XXII

 

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Fei Du héla rapidement un taxi à la sortie. Une oreillette glissée dans l’oreille, il adressa un sourire au chauffeur et lui indiqua l’adresse.

Le conducteur l’observa à plusieurs reprises dans son rétroviseur intérieur avant de croiser son regard par mégarde. Il se figea un instant, puis afficha un sourire mielleux.

— « Ce ne sont que des riches qui habitent là-bas. Je vais devoir vous déposer à l’entrée, je ne peux pas pénétrer dans l’enceinte. »

Fei Du détacha un instant les yeux de son téléphone et hocha légèrement la tête.

— « Très bien. »

Les fêtes de fin d’année approchaient. La majeure partie de la population de Yancheng s’était envolée comme une nuée d’oiseaux migrateurs, laissant les rues soudainement désertes et les chauffeurs de taxi désœuvrés. Celui-ci devait tourner depuis des heures sans grand succès. Ne remarquant pas que son passager n’était guère disposé à bavarder, il poursuivit :

— « Vous habitez là-bas ou vous allez rendre visite à de la famille ? À des amis ? »

Au même moment, une voix résonna dans l’oreillette de Fei Du :

— « Président Fei, une voiture vous suit. Nous nous sommes lancés à sa poursuite, mais ils semblent s’en être aperçus. Ils tentent de nous semer. »

— « Suivez celle qui s’est présentée à notre porte », répondit calmement Fei Du.

Puis il releva les yeux vers le rétroviseur central.

Le chauffeur croisa de nouveau son regard et sentit, sans comprendre pourquoi, un frisson lui remonter le long de l’échine, comme une grenouille surprise sous l’œil d’un serpent.

Fei Du le regarda avec un sourire ambigu.

— « Navré, je n’ai pas très bien entendu. Que disiez-vous ? »

Le conducteur n’osa plus insister.

Il resta muet comme une carpe jusqu’à destination, se contentant de quelques regards furtifs dans son rétroviseur avant de déposer Fei Du près de son ancienne demeure.

Il appuya sur le compteur.

— « Nous y sommes. Désirez-vous un reçu ? »

Fei Du demeura immobile.

Le chauffeur se retourna vers lui. Le chauffage était peut-être trop fort ; quelques gouttes de sueur perlaient déjà à ses tempes.

— « Monsieur, je ne peux vraiment pas aller plus loin. Les véhicules extérieurs ne sont pas autorisés à circuler librement dans le domaine où vous habitez. »
— « Le domaine dans lequel j’habite ? Ai-je dit que je vivais ici ? »

Toujours jambes croisées, le coude appuyé contre la portière, Fei Du paraissait parfaitement détendu. Seule la lueur de ses yeux avait quelque chose de dangereux.

— « Pratiquez-vous la physiognomonie, Monsieur ? »

Le regard du chauffeur vacilla.

— « À votre façon de vous habiller, vous ressemblez à ce genre de personnes... »

Fei Du laissa échapper un rire silencieux.

Son regard glissa vers l’extérieur.

Le chauffeur suivit machinalement cette direction et aperçut un SUV qui arrivait en sens inverse. Le véhicule ralentit progressivement avant de se garer sur le bas-côté.

Tous les muscles de son corps se tendirent d’un seul coup.

Sa main descendit instinctivement vers sa taille.

— « J’ai toujours pensé qu’ils seraient les premiers à venir me trouver », dit tranquillement Fei Du. « Je ne les imaginais pas aussi patients, ni aussi prudents. Jusqu’au bout, ils n’ont emprunté que des chemins détournés. Ils ont refusé de m’affronter directement avant que Wei Zhanhong ne soit découvert et que mes intentions à leur égard deviennent impossibles à ignorer. »

Marquant une légère pause, il reprit, toujours aussi tranquillement :

— « Maintenant que la tempête fait rage, j’imaginais qu’ils préféreraient s’enterrer sous terre plutôt que de réapparaître. Je pensais qu’il serait devenu impossible de les pousser à me contacter d’eux-mêmes. Je ne m’attendais vraiment pas à ce que ce soit vous qui vous présentiez le premier. »

La tête appuyée contre sa longue main fine, Fei Du tapotait sa tempe à intervalles réguliers.

Étrangement, ce rythme semblait épouser la respiration nerveuse du chauffeur. Chaque inspiration un peu trop bruyante était suivie d'un nouveau tapotement, comme si Fei Du en contrôlait la cadence.

Le conducteur sentit aussitôt sa poitrine se serrer.

— « Je me suis longtemps posé une question : quel est mon point commun avec vous ? » Fei Du pencha légèrement la tête. « Je n’en vois aucun. Ou bien votre supérieur a-t-il soudainement eu une illumination à mon sujet ? Au fait... comment l’appelez-vous ? »
— « Nous l’appelons Professeur », répondit le chauffeur.

Toute trace de bonhomie avait disparu de son visage. Derrière la tension, on distinguait désormais une détermination sombre.

— « Puisque vous vous êtes mêlé de cette affaire, vous ne pouvez pas prétendre n’avoir aucun lien avec nous », siffla-t-il, presque mauvais. « Et puis, Président Fei, je ne suis qu’un exécutant. Un pion remplaçable. Même si vous m’arrêtez, vous n’obtiendrez rien de moi. »

Il eut un rictus.

— « En revanche, votre situation est différente. Vous êtes seul dans ma voiture. Vos hommes oseront-ils vraiment intervenir s’ils risquent de vous mettre en danger ? »

Le doigt de Fei Du quitta sa tempe pour venir se poser contre ses lèvres.

Sans ciller, il laissa apparaître au coin des yeux une expression vaguement amusée, comme s’il retenait un éclat de rire. Comme si cette menace n’était qu’une enfantine tentative d’intimidation.

Ce demi-sourire déstabilisa inexplicablement le chauffeur. Pendant une fraction de seconde, il se demanda s’il n’avait pas commis une erreur et sa main se crispa sur l’arme dissimulée à sa ceinture.

Les veines de son cou saillirent sous l’effet de la tension.

Pendant ce temps, à l’hôpital, Luo Wenzhou repassait méthodiquement en revue tout ce que le Directeur Lu venait de lui révéler.

Une question revenait sans cesse : pourquoi Binhai ?

C’était à Binhai que les membres de la famille Su avaient enterré les corps des fillettes enlevées. C’était aussi à Binhai que Fan Siyuan avait choisi de disparaître dans l’océan. Sans compter que ce terrain appartenait au mystérieux Fonds Guangyao.

Le Commissariat Central avait déjà enquêté sur cette structure et prévu d’interroger son représentant officiel, mais comme l’avait souligné Fei Du, il ne s’agissait probablement que d’une coquille vide, d'une simple branche sacrifiable destinée à brouiller les pistes.

Rongé par l’inquiétude, Luo Wenzhou sortit son téléphone pour vérifier l’heure. C’est alors qu’il remarqua une notification clignotante signalant un appel manqué ou un message non lu.

En ouvrant l’application, il découvrit enfin le message que Fei Du lui avait envoyé plus tôt.

Il arrivait régulièrement à ce dernier de repasser par son bureau et, avant les vacances d’hiver, il se rendait encore presque tous les jours à l’université. Même s’il avait abandonné les virées nocturnes avec ses compagnons de débauche, il conservait son lot d’obligations sociales.

Il n’était pas homme à rester enfermé chez lui.

En revanche, il faisait toujours preuve d’une prévenance irréprochable. Où qu’il aille, il prévenait systématiquement Luo Wenzhou au départ comme au retour. Et une fois un horaire annoncé, il s’y tenait avec une ponctualité presque obsessionnelle.

Je repasse chez moi pour récupérer une affaire.

Ce message n’avait absolument rien d’inquiétant. Il aurait dû le lire et passer à autre chose.

Pourtant, peut-être à cause de l’atmosphère pesante de l’hôpital, une brusque pointe d’anxiété lui serra la poitrine.

Avant même d’avoir réfléchi à ce qu’il faisait, il était déjà en train de rappeler.

Tout en portant le téléphone à son oreille, il se dit qu’il devenait franchement collant et chercha mentalement une excuse convenable pour justifier cet appel lorsque la voix synthétique d’une opératrice retentit :

— « Le numéro que vous demandez est actuellement occupé… »

Luo Wenzhou s’interrompit.

Il raccrocha, attendit deux minutes par automatisme, puis recomposa le numéro.

La ligne était toujours occupée.

Fei Du n’était pourtant pas du genre à passer des heures au téléphone.

Il connaissait parfaitement ses habitudes : deux ou trois formules de politesse, puis il allait droit au but. Si une explication nécessitait plus d'une minute, il préférait organiser une rencontre. Les longues conversations téléphoniques étaient presque inexistantes chez lui.

Luo Wenzhou se leva brusquement.

Au même instant, une infirmière arriva en hâte.

— « Où sont les proches de Fu Jiahui ? Qui peut signer l’autorisation ? Son état est extrêmement critique. »

Le visage de Tao Ran se décomposa aussitôt.

Lu Youliang se leva d’un bond.

Au même moment, le téléphone de Luo Wenzhou vibra.

Pensant qu’il s’agissait enfin de Fei Du, il décrocha sans même regarder l’écran.

Mais c’est la voix d’un collègue qui retentit :

— « Capitaine Luo, nous avons retrouvé l’un des véhicules de fuite, mais l’individu à bord a réussi à disparaître ! »

Luo Wenzhou inspira profondément.

À côté de lui, l’infirmière insistait :

— « Je suis désolée, Monsieur, mais la réglementation est formelle. Il nous faut obligatoirement la signature d’un membre de la famille... »

À l’autre bout du fil, son subordonné poursuivait :

— « Capitaine Luo, quelles sont les consignes ? Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »

Le regard de Luo Wenzhou se tourna vers le Directeur Lu, qui s’entretenait à la hâte avec l’infirmière, puis dépassa le groupe pour se poser sur la porte opaque du bloc opératoire.

Il ignorait si Lao-Yang les observait encore depuis l’au-delà, ni ce qu’il penserait d’un tel spectacle.

Luo Wenzhou reprit le téléphone d’une voix ferme :

— « Demande des renforts. Passe au peigne fin toutes les caméras du secteur. Contacte la régie publicitaire, les centres commerciaux et le métro. Diffuse un avis de recherche. Localise Yang Xin et dis-lui... »
— « Lui dire quoi ? »
— « Dis-lui que sa mère est en train de crever et qu’elle ramène son cul immédiatement à l’hôpital pour signer les papiers ! »

À peine eut-il prononcé ces mots qu’il raccrocha.

Puis il posa doucement une main sur l’épaule la moins amochée de Tao Ran.

— « Vas-y si tu as une urgence à régler », murmura ce dernier. « Ça ne sert à rien de rester planté là. Je me dis que si elle reprend connaissance, nous sommes probablement les deux dernières personnes qu’elle voudra voir en ouvrant les yeux... File. »

Sans ajouter un mot, Luo Wenzhou pivota sur ses talons et s’éloigna à grands pas.

Dans l’oreillette de Fei Du, le signal d’un double appel retentit pour la troisième fois.

Il l’ignora.

Comme s’il cherchait à amuser un enfant, il lança au chauffeur, sans une once de sincérité :

— « Très bien, votre menace est redoutable. Je suis terrifié. Ça vous convient ? Maintenant, ne pensez-vous pas qu’il serait temps de m’expliquer ce que vous me voulez ? »
— « Quelqu’un m’a chargé de vous transmettre un message, Président Fei », récita le chauffeur, les muscles tendus. « Il m’a dit que vous l’aviez déjà rencontré et qu’il regrettait de ne pas pouvoir venir lui-même cette fois-ci... »

Fei Du fronça légèrement les sourcils.

— « Déjà rencontré ? »

Le chauffeur ne répondit pas.

Il se contenta de poursuivre son texte avec application :

— « Certaines choses paraissent confuses, mais uniquement parce que cet individu est trop retors. Cependant, si les mailles du filet céleste sont larges, elles ne laissent rien passer. Il n’existe aucun mur que l’air ne puisse traverser, et des mains couvertes de sang ne redeviendront jamais propres. À l’heure qu’il est, il est probablement acculé. Mais il existe un indice capital que vous devez connaître. »

Face à ce message sibyllin, les sourcils de Fei Du se froncèrent davantage.

— « Qu’est-ce que je suis censé savoir ? »
— « Ça, je l’ignore. Il a aussi ajouté qu’il espérait voir cette affaire résolue au grand jour, dans le strict respect des règles, sans la moindre zone d’ombre, afin que le rapport final soit irréprochable. »

Le chauffeur marqua une pause avant de demander lentement :

— « Président Fei, est-ce que je peux partir ? »

Le regard de Fei Du glissa sur ses épaules raides.

— « Un couteau ? Un narcotique ? Un taser ? Ou... une arme à feu ? C’est la première fois que je vois quelqu’un armé me demander l’autorisation de partir. »

Puis, sans attendre de réponse, il laissa échapper un rire, sortit un billet de cent yuans de son portefeuille et le jeta sur le siège passager avant d’ouvrir la portière.

— « Gardez la monnaie. Pas besoin de reçu. »

Les mains dans les poches, il traversa la chaussée en direction du domaine résidentiel sans accorder un seul regard en arrière.

Le dos du chauffeur était trempé de sueur froide.

En tournant la tête, il aperçut une jeune femme furieuse qui venait de descendre du SUV garé en face. Brandissant son sac à main, elle gesticulait devant le rétroviseur en hurlant des insultes. Un jeune homme s’extirpa aussitôt du siège conducteur et lui emboîta le pas, tentant maladroitement de se confondre en explications.

Le chauffeur poussa un long soupir de soulagement.

Il était loin de se douter que ce véhicule qui l’avait plongé dans une telle terreur n’abritait en réalité que de simples passants : un jeune couple arrêté sur le bas-côté pour se disputer.

Ce fuerdai s’était payé sa tête.

Lorsqu’il balaya de nouveau les environs du regard, la silhouette de Fei Du avait déjà disparu.

Réalisant qu’il s’était fait mener en bateau, le conducteur frappa violemment le volant, passa une vitesse d’un geste rageur, écrasa l’accélérateur et démarra en trombe.

Dans sa colère, il ne remarqua pas qu’une voiture de sport discrète quittait à son tour le domaine, conservant une distance prudente pour le suivre.

 

 

 

 

 

 

 

L'instinct de Wenzhou est vraiment effrayant 😮

Presque autant que l’absence d'instinct de survie de son chaton qui va me faire avoir une crise cardiaque  😭

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

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