Silent Reading : Chapitre 149 - Edmond Dantès XXI

 

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Fei Du s’avança lentement vers un coin du salon où était installé un petit tableau blanc particulièrement élégant. C’était lui-même qui l’avait acheté, sans se douter qu’après seulement deux ou trois utilisations, l’objet deviendrait l’instrument de torture d'un certain individu nommé Luo.

Autrefois, Luo Wenzhou se contentait d’être interminablement bavard ; désormais, au beau milieu de ses jacassements, il éprouvait en plus le besoin de consigner par écrit la moindre de ses analyses sur ce tableau. Il veillait ainsi à ce que ses sermons s'imposent à Fei Du aussi bien par les yeux que par les oreilles. C’était proprement dément.

Fei Du hésita un instant. Par égard pour le travail que son compagnon s’était donné, il ne se résolut pas à effacer ses notes. Il fit pivoter le tableau pour utiliser le verso, saisit un feutre et y traça un repère orthonormé, attribuant l’axe des abscisses au temps et celui des ordonnées aux sources de stress.

Comparés aux souvenirs plus anciens, les événements récents étaient bien moins susceptibles d’être altérés ; avec le temps, le cerveau avait en effet une fâcheuse tendance à réécrire les souvenirs à sa convenance.

De la même manière, contrairement aux futilités du quotidien, plus une source de stress marquait profondément un individu, plus elle générait un sentiment de malaise durable. Dès lors, il devenait d’autant plus probable que l’inconscient la déforme au cours d’un rêve.

Le fait de ne pas avoir ouvert la boîte de pâtée pour le chat n’était qu’un incident mineur survenu le jour même. Le souvenir était encore très superficiel. Fei Du estima que, plutôt que d’en avoir réellement rêvé, il s’en était simplement souvenu dans un état de demi-sommeil. Il traça un premier trait oblique à l’origine du repère.

Venait ensuite l’épisode où Luo Wenzhou s’était montré d’humeur massacrante sans qu’il ne parvienne à l’apaiser.

Le Capitaine Luo s’était effectivement montré un peu grognon ce soir-là, Fei Du l’avait parfaitement senti, mais cela n’avait rien d’une véritable colère. Au bout du compte, il n’avait jamais vraiment su s’il était parvenu ou non à lui faire passer cette humeur. C’était sans doute pour cette raison que son esprit continuait d’y revenir pendant son sommeil ; pour une raison obscure, son rêve avait grossi l’affaire, transformant une légère contrariété en quelque chose de bien plus important.

Fei Du resta dubitatif. Il se dit qu’ayant moins de sujets d’inquiétude ces derniers temps, la moindre broutille en profitait désormais pour occuper tout l’espace disponible. Après un instant de réflexion, la tête légèrement penchée, il ajouta une deuxième marque plus bas sur l’axe des sources de stress.

L’élément suivant concernait les blessures de Tao Ran et cette sensation de suffocation, deux événements pourtant distincts qui s’étaient retrouvés mêlés au sein d’une même scène.

Arrivé à ce point, Fei Du reposa le feutre et fronça profondément les sourcils. Il fit plusieurs allers-retours devant le tableau blanc, incapable de pousser son analyse plus loin.

La conscience et la mémoire humaines recèlent des mécanismes d’une complexité infinie et des distorsions d’une subtilité extrême. La logique consciente et la logique inconsciente semblaient parler deux langues totalement différentes. Bien que le Président Fei se considérât comme un livre ouvert à ses propres yeux, il lui était difficile d’interpréter objectivement cette série de songes qui lui restait en travers de la gorge comme une arête de poisson.

D’une manière générale, un rêve capable de faire sursauter quelqu’un dans son sommeil révélait forcément une anxiété ou une peur profondément enfouie.

Pourtant, Fei Du avait beau s’examiner sous toutes les coutures, il demeurait convaincu de ne nourrir aucune anxiété. Quant à la peur, il n’en était même pas question. Pour lui, ce concept s’apparentait à ces célébrités qui passent à la télévision : il savait qu’elles existaient, il apercevait leur silhouette chaque jour sur les écrans, mais quant à savoir à quoi elles ressemblaient réellement, quel était leur caractère ou leur tempérament… il en était bien incapable.

Il n'avait pas eu le sentiment de perdre son calme le moins du monde en apprenant que Tao Ran venait d'être transporté d’urgence à l'hôpital. L'accident de voiture avait déjà eu lieu, et seuls les médecins pouvaient désormais y remédier ; cela ne relevait en rien de sa responsabilité. Fei Du se souvenait parfaitement avoir passé tout le trajet à analyser méthodiquement le déroulement des événements.

Se pouvait-il que les blessures de Tao Ran aient malgré tout constitué pour lui une source de stress suffisamment importante pour s'ancrer profondément dans son esprit et réveiller un souvenir bien plus ancien et violent ?

Dans son rêve, Tao Ran, pourtant victime d'un accident de la route, portait les stigmates caractéristiques de l'asphyxie. En suivant cette logique, ce visage déformé par l'étouffement appartenait nécessairement à un autre fragment de sa mémoire... Mais où avait-il bien pu voir cela ?

Après plusieurs tentatives infructueuses pour forcer ce maudit placard, Luo Yiguo dut se résoudre à abandonner. Il trottina jusqu'à Fei Du, la queue dressée en point d'interrogation, pour solliciter sa clémence. L'animal frotta affectueusement sa tête ronde contre le bas de son pantalon, puis lui tapota le mollet de ses pattes avant.

Fei Du se pencha et souleva le félin à hauteur des yeux, le tenant par les pattes. Luo Yiguo se montrait toujours d'une docilité exemplaire lorsqu'il quémandait de la nourriture. Sa queue oscillait de gauche à droite tandis qu'il s'efforçait d'arborer une expression aussi innocente qu'attachante malgré ses traits naturellement un peu sévères. Il poussa un miaulement grêle et pitoyable.

Fei Du l'observa un instant. Il acquit alors la certitude qu'il n'aurait jamais pu superposer le visage d'un de ces petits animaux agonisant par asphyxie à celui d'un être humain ; leur structure faciale était beaucoup trop différente.

Persuadé qu'il s'agissait d'un jeu, Luo Yiguo redoubla de vocalises élaborées.

— « C'est non », trancha froidement Fei Du en le reposant sur le sol. « Luo Wenzhou est déjà le seul animal que je sois incapable de soulever, et cela me suffit amplement. »

Décidément, ces bipèdes ne valaient pas un clou.

Après mûre réflexion, Fei Du effaça les graphiques du tableau blanc d'un revers de manche. Il saisit son téléphone pour envoyer un message à Luo Wenzhou :

Je repasse chez moi récupérer quelque chose.

Puis il enfila sa veste et quitta l'appartement.

Il avait décidé de retourner dans sa demeure d'enfance pour inspecter le sous-sol. C'était dans ce lieu qu'il avait passé ses jeunes années privées de lumière, subi d'innombrables séances de rééducation à coups d'électrochocs et de traitements médicamenteux, et même assisté au suicide de sa mère. Il ne parvenait vraiment pas à comprendre comment sa mémoire avait pu occulter ou altérer le moindre détail de l'époque où il s'y introduisait en secret.

Pendant ce temps, Luo Wenzhou n'avait pas une seconde à accorder à son téléphone. Il était bien trop occupé à poursuivre la silhouette de Yang Xin, aperçue fugitivement au bout du couloir.

Arrivé devant la cage d'escalier, il se retrouva bloqué par une foule compacte. C'était visiblement la famille élargie d'un patient qui s'était déplacée en nombre, avec plusieurs personnes âgées avançant péniblement à l'aide de leurs cannes. Ils formaient un véritable rempart entre lui et Yang Xin.

Jetant un regard à ces vieux qui tremblaient sur leurs jambes, il songea qu’il ne se voyait vraiment pas bousculer une bande de grands-parents ; mais le temps qu'il hésite, Yang Xin avait déjà disparu.

Poussé par l'urgence, il baissa la tête, ouvrit l'une des fenêtres du couloir et, sous les cris de stupeur d'une aide-soignante de passage, enjamba le rebord. Prenant appui sur l'embrasure légèrement saillante du deuxième étage pour amortir sa chute, il sauta directement sur la pelouse artificielle en contrebas. Après une roulade, il se remit aussitôt à courir, avant même que les passants n'aient le temps de sortir leur téléphone.

Le hall principal était noir de monde, bien que l'ordre y régnât encore.

Luo Wenzhou y fit une entrée si fracassante qu'il fit sursauter tout le personnel médical de garde. Un agent de sécurité s'interposa immédiatement pour lui demander des explications.

Il lui plaqua négligemment sa carte professionnelle sous les yeux :

— « Police. Vous avez vu passer une jeune femme d'une vingtaine d'années qui descendait l'escalier ? »

Avant même que le vigile n'ait pu répondre, il aperçut Yang Xin du coin de l'œil. Elle débouchait de la cage d'escalier à l'autre extrémité du couloir.

Prise de court, la jeune fille croisa son regard.

Une expression d'une rare complexité traversa son visage d'ordinaire si sage, comme si elle luttait de toutes ses forces pour contenir une vague de douleur et de rage. Puis elle tourna les talons et s'élança vers la sortie arrière.

Luo Wenzhou sentit la colère lui embraser les poumons.

— « Arrête-toi immédiatement ! »

La porte arrière du bâtiment des hospitalisations donnait sur une petite voie de service desservant le vaste parking de l'établissement.

L'écart entre eux se réduisait à vue d'œil lorsqu'une berline surgit soudain du parking et fonça droit sur lui.

Luo Wenzhou aperçut le conducteur.

C'était le faux agent de sécurité que Fei Du et lui avaient croisé près de la Tour du Tambour.

Par réflexe, il bondit sur le capot et roula sur le côté pour éviter l'impact. Par chance, le chauffeur n'avait pas l'intention de l'écraser. La vitre était entrouverte et un vague sourire semblait flotter sur ses lèvres. Il adressa même un léger signe de tête au Capitaine Luo avant d'écraser l'accélérateur et de disparaître presque aussitôt dans un crissement de pneus.

Pendant ce temps, Yang Xin s'était engouffrée dans un autre véhicule, qui démarra en trombe et s'évanouit à son tour.

Le choc avait laissé de douloureuses brûlures sur les cuisses de Luo Wenzhou. Il ne put s'empêcher de lâcher un juron :

— « Bordel de merde ! »

Fu Jiahui avait été transférée en urgence en salle de déchocage.

Faisant preuve d'une grande délicatesse, Chang Ning s'était éclipsée sous prétexte d'aller chercher des boissons. Lu Youliang et Tao Ran attendaient dans le couloir de l'hôpital, plongés dans un silence pesant.

Ils levèrent la tête en même temps lorsque Luo Wenzhou réapparut, le visage sombre de colère et les vêtements couverts de terre.

Le Capitaine Luo s'écarta dans un coin pour épousseter sa veste.

— « Elle a filé. Ils avaient deux véhicules : une Volkswagen Bora et un utilitaire Jinbei. J'ai relevé les plaques et lancé un avis de recherche immédiatement. »

Lu Youliang ne répondit pas. Il se contenta de renverser la tête contre le mur blanc derrière lui.

Après un long silence, Tao Ran prit la parole :

— « À l'époque où nous enquêtions sur la mort de Feng Bin, Shiniang m'avait fait venir chez elle pour me remettre le testament de Shifu... Et pendant que j'avais l'esprit ailleurs, elle a glissé un mouchard dans mon sac. Exactement le même modèle que ceux retrouvés chez le Directeur Lu et Xiao-Wu. Quand Xiao-Wu m'a raconté ça aujourd'hui, je... En réalité, je... »

Tao Ran s'interrompit, incapable de continuer.

Il fixa Luo Wenzhou pendant de longues secondes avant de reprendre avec difficulté :

— « Quand j'ai terminé la lecture du testament de Shifu, j'ai ressenti une forme de soulagement. Je m'étais dit que la froideur que Shiniang nous avait toujours montrée ne venait pas d'elle. Qu'elle ne nous détestait pas, qu'elle ne nous méprisait pas... Que c'était simplement Shifu qui lui avait demandé de garder ses distances avec nous pour nous protéger. »

Mais à y réfléchir à présent, s’il ne s’était agi que de la distance pudique dictée par des tourments inavoués, des inspecteurs de la criminelle, dont le métier reposait précisément sur un sens aigu de l’observation, n’auraient-ils vraiment rien remarqué ? Si ce n’avait pas été de la haine, une haine authentique, aurait-elle pu tenir Luo Wenzhou éloigné de sa porte pendant trois longues années ?

— « Xiao-Wu ? Tu es en train de me dire que l'attaque contre Yin Ping faisait aussi partie de leur plan ? »

Le cerveau de Luo Wenzhou, qui bouillait de colère l'instant d'avant, retrouva peu à peu sa lucidité. Il se laissa tomber sur le siège voisin de celui de Lu Youliang.

— « Était-ce aussi destiné à piéger Lao-Zhang ? » demanda Lu Youliang.
— « Oui. Je pense que Shiniang a été manipulée », répondit Tao Ran d'une voix rauque. « Celui qui tire les ficelles dans l'ombre est le même homme qui a piégé Gu Zhao et assassiné Shifu. Si Vieilles Cendres était bien Yin Ping sous une fausse identité, alors il détenait probablement une piste capitale. Ils ont voulu le faire taire. Comme il a survécu, ils ont retourné la situation pour s'en servir contre le Directeur Zhang. Il leur a suffi d'un mensonge pour convaincre Shiniang et les autres. Ils ont sans doute prétendu que Yin Ping ne possédait aucune preuve tangible et que, même s'il se réveillait pour témoigner, personne ne le croirait. Dès lors, autant l'utiliser comme un simple pion. »

Luo Wenzhou posa les coudes sur ses genoux et joignit les mains sous son menton.

— « Oncle Lu, si je suis venu aujourd'hui, c'est en réalité pour vous poser une question sur quelqu'un. »
— « Tu veux me parler de Fan Siyuan ? » le devança son supérieur.

Luo Wenzhou se figea.

— « Comment avez-vous deviné ? »

Lu Youliang resta silencieux un moment avant de répondre :

— « Une intuition... Son ton, le choix de ses mots... Tout chez elle m'a rappelé cet homme. »

Les deux autres tournèrent aussitôt les yeux vers lui.

— « Fan Siyuan a aussi été mon professeur... et celui de Lao-Yang, forcément. » Lu Youliang prit quelques instants pour rassembler ses souvenirs avant de poursuivre. « Il était encore jeune à l'époque, à peine plus âgé que nous, mais il possédait un charisme extraordinaire. Parfois, on avait l'impression qu'il lui suffisait d'un regard pour lire dans les pensées des gens. »

Il était brillant, cultivé, doté d'une mémoire exceptionnelle, avait publié une quantité impressionnante d'articles, et ses cours étaient remarquables. Le système d'évaluation des enseignants n'existait pas encore, mais s'il avait existé, il aurait probablement été le professeur le mieux noté de toute l'université.

— « Dès que l'administration ou les chargés d'éducation politique se heurtaient à un étudiant difficile, ils faisaient appel à lui, et le résultat était presque toujours le même. Je me souviens d'un garçon de notre dortoir qui avait passé une heure en entretien avec lui. Je ne saurai jamais ce qu'ils se sont dit, mais lorsqu'il est revenu, il pleurait à chaudes larmes et ne parlait plus que de repartir sur de bonnes bases et de devenir quelqu'un de bien. »
— « Et Gu Zhao était également très proche de lui, n'est-ce pas ? » intervint Luo Wenzhou. « J'ai consulté son dossier. Lorsqu'il a repris ses études de master, c'était sous sa direction. »
— « C'est exact. » Lu Youliang hocha la tête. « Gu Zhao était quelqu'un de profondément intègre. S'il est retourné à l'université, ce n'était pas pour obtenir une promotion, mais parce qu'il aimait sincèrement apprendre. Il y consacrait tout son temps. Il prenait des notes sur chacun de ses ouvrages, passait ses week-ends à étudier et, lorsqu'il ne comprenait pas quelque chose, il s'acharnait jusqu'à le maîtriser parfaitement. »

Pendant une longue période, il n'avait plus eu que "Professeur Fan" à la bouche.

— « Lorsqu'il a obtenu son diplôme, il a organisé une petite réception à laquelle nous avons tous assisté. Fan Siyuan était présent. »
— « Ils étaient donc très proches. »
— « Très proches... » Lu Youliang hésita. « Oui, on peut dire ça. En réalité, Gu Zhao n'était pas quelqu'un de particulièrement démonstratif. Il distinguait très clairement ses véritables amis du reste du monde. On sentait qu'il appréciait sincèrement Fan Siyuan. »

Il marqua une pause.

— « Mais qui peut prétendre savoir ce qui se passait réellement dans la tête de cet homme ? »
— « C'est lui qui a lancé la première version de l’Album Photos ? » demanda Luo Wenzhou. « Que s'est-il réellement passé à l'époque ? Et surtout... Fan Siyuan est-il vraiment mort ? »

Un médecin passa à toute allure devant eux.

Lu Youliang tourna un regard anxieux vers l'extrémité du couloir, redoutant visiblement de voir surgir une mauvaise nouvelle de la salle de déchocage.

— « Avec le recul, certains des articles qu'il publiait à l'époque portaient déjà les germes d'une forme d'extrémisme », reprit Lu Youliang. « Mais personne n'y prêtait attention. Le profilage psychologique commençait tout juste à se développer dans le pays. Fan Siyuan avait pris l'initiative de lancer ce projet de "registre des profils psychologiques criminels". Son idée était de réexaminer d'anciennes affaires non résolues à la lumière de nouvelles méthodes d'analyse. Il avait réuni plusieurs enquêteurs de la criminelle du Commissariat Central. Ce projet relevait d'une affectation politique1, en parallèle de notre travail habituel. »

Officiellement, la participation était volontaire, mais ils avaient tous accepté.

L'affaire de la Route Nationale 327, dont le principal responsable n'avait jamais été traduit en justice, figurait parmi les dossiers étudiés.

— « À l'époque, moins d'un an s'était écoulé depuis la mort de Gu Zhao, aucun de nous n'était réellement passé à autre chose. Je savais que beaucoup de nos collègues continuaient encore à enquêter discrètement de leur côté. »
— « Mais le profilage psychologique ne constitue pas une preuve recevable devant un tribunal », fit remarquer Luo Wenzhou. « Tous les dossiers répertoriés dans l’Album Photos concernaient justement des suspects contre lesquels nous n'avions aucune preuve tangible. À moins de leur arracher des aveux sous la torture... »
— « C'était impossible. » Lu Youliang eut un sourire amer. « L'un des chefs d'accusation retenus contre Gu Zhao concernait précisément l'abus de pouvoir policier. »

L’inspection les surveillait de très près. Ils marchaient tous sur des œufs.

— « Je me souviens avoir accompagné Fan Siyuan lors d'un entretien lié à l'un de ces dossiers. Au retour, il m'a dit quelque chose qui m'a marqué. »

"Parfois, je me demande vraiment qui la loi est censée protéger. Ceux qui sont contraints et limités sont toujours ceux qui respectent les règles. C'est profondément injuste."

À cet instant, il avait senti que quelque chose n'allait pas chez lui.

— « Mais je n'y ai pas accordé davantage d'importance... Puis tout a commencé à dérailler. »
— « Tu parles des suspects qui ont commencé à mourir les uns après les autres dans des circonstances étranges ? » demanda Luo Wenzhou.
— « Oui. Les meurtres reproduisaient presque point par point ceux des victimes des affaires concernées. Le responsable disposait également de nombreux détails logistiques qui n'avaient jamais été rendus publics. L’Album Photos a donc été suspendu immédiatement, et tous les participants ont été mis à pied puis soumis à une enquête interne. »

Au moment où les inspecteurs avaient voulu interroger Fan Siyuan, il avait disparu.

— « Les soupçons étaient immenses, mais nous n'avions aucune preuve concrète. Le bureau s'est longtemps disputé pour savoir s'il fallait le considérer comme disparu ou comme fugitif. »

Finalement, afin d'éviter un scandale, il avait simplement été déclaré "disparu".

— « Quant aux dossiers de l’Album Photos, ils ont été classés ou placés sous scellés. Les recherches ont continué, mais uniquement en interne et dans la plus grande discrétion. » Lu Youliang poussa un soupir. « Trois mois plus tard, l'un de ses proches a reçu ses dernières volontés par courrier. Presque au même moment, nous avons reçu un signalement indiquant qu'il avait été aperçu dans le district de Binhai. »

À l'époque, la région était encore plus isolée qu'aujourd'hui.

— « Nous avons lancé une opération sur place et nous avons failli lui mettre la main dessus. »
— « Failli ? »
— « Fan Siyuan s'est jeté à la mer au cours de la poursuite », répondit Lu Youliang. « Nous avons retrouvé du sang sur un récif, mais jamais son corps. Officiellement, il est donc resté porté disparu. »

Pourtant, à partir de ce jour-là, il avait semblé disparaître de la surface de la terre.

Plus aucune affaire similaire n'avait jamais été recensée.

— « Et tu sais aussi bien que moi qu'un tueur en série s'arrête rarement de son propre chef. »

Petit à petit, tout le monde avait fini par se convaincre qu'il était réellement mort.

— « Quelques années plus tard, sa famille s'est retrouvée confrontée à un litige d'expropriation. Pour régler les questions d'héritage et de propriété, ses proches ont demandé une déclaration officielle de décès. Depuis lors, sur le plan administratif, Fan Siyuan est officiellement mort. »

 

 

 

 

 

 

 

Il n’y a que moi qui trouve toujours ça stressant quand un personnage en appelle un autre ou lui laisse un message avant d’aller faire un truc et qu’on nous précise que cet autre n’a pas eu le temps de regarder son téléphone ? J’imagine toujours le pire dans ces moments. 😭

 

 

 

 

  

  1. Affectation politique (政治任务, zhèngzhì rènwu) : Dans le système chinois, ce terme désigne une mission qui, bien que déconnectée des tâches professionnelles quotidiennes d'une institution, est imposée par l'autorité politique à des fins d'obéissance hiérarchique ou de maintien de la « stabilité sociale » (wéiwěn). 

    • Caractéristiques : Ce n'est pas une mission opérationnelle classique (comme résoudre un crime), mais une injonction venue d'en haut. Bien que la participation soit formellement présentée comme une question de « bonne volonté », le refus est quasi inexistant : il serait interprété comme un manque de loyauté ou une absence de « conscience politique » (zhèngzhì yìshi).  

    • Dans le récit : Lorsque la brigade criminelle est sollicitée pour un projet de recherche universitaire, il ne s'agit pas d'une simple collaboration, mais d'une zhèngzhì rènwu. La participation de tous les membres, bien que présentée comme volontaire, illustre la pression implicite du système : dans cet environnement institutionnel, la frontière entre le choix personnel et l'obligation politique est souvent floue, et l'engagement du service devient une démonstration d'allégeance au Parti. 

     

     

     

     

     

     


     

     

     

     

     

     

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