Silent Reading : Chapitre 144 - Edmond Dantès XVI
— « Capitaine », l'interpella Lang Qiao, « maintenant que l'équipe d'inspection s'est saisie de l'affaire, qu'est-ce qu'on fait ? »
Luo Wenzhou était presque aussi désemparé qu'elle.
Mais il ne pouvait pas se permettre de le montrer devant ses jeunes subordonnés.
Il marmonna quelques mots indistincts, réfléchit à toute vitesse, puis déclara :
— « Cet abruti qui a tenté de tuer Yin Ping à l'hôpital est toujours entre nos mains. Continuez à le cuisiner. Il prétend que deux types lui ont livré l'argent ? Pour l'instant, on n'a pas retrouvé le moindre cheveu de ces prétendus complices. Qui nous dit qu'il ne les a pas inventés de toutes pièces ? »
Lang Qiao s'empressa de dégainer son petit carnet de notes.
C'était une mauvaise habitude héritée d'un système éducatif fondé sur le bachotage : dès qu'elle se sentait dépassée, elle se mettait à griffonner frénétiquement, comme si noircir des pages pouvait lui donner l'impression réconfortante d'avancer et faire surgir la vérité plus vite.
— « Ensuite, trouvez des hommes pour surveiller le chauffeur du Directeur Zhang et débrouillez-vous pour lui poser un micro », poursuivit Luo Wenzhou en ordonnant ses pensées. « Xiao Haiyang, reste attentif aux résultats des analyses techniques. Si Kong Weichen avait réellement divulgué notre position pendant que Tao Ran et les autres traquaient Yin Ping, il n'aurait jamais commis l'erreur grossière d'appeler le Directeur Zhang de façon aussi voyante. Ce sont des professionnels. Ils connaissent parfaitement nos méthodes d'enquête. Ils n'auraient jamais laissé derrière eux des indices aussi évidents. Il y a forcément autre chose derrière l'accident de Yin Ping. »
Cette fois, Xiao Haiyang ne formula aucune objection. Il acquiesça avec une vigueur inhabituelle.
— « Enfin, trouvez un moment pour retourner au centre de rééducation », ajouta Luo Wenzhou. « Si possible, essayez de faire parler Ma Xiaowei. »
Lang Qiao et Xiao Haiyang échangèrent un regard perplexe.
— « Plus j'y réfléchis, plus le moment où Ma Xiaowei est apparu et les informations qu'il nous a "accidentellement" fournies me semblent trop parfaits pour être le fruit du hasard », expliqua Luo Wenzhou. « Toutes ces affaires ont éclaté après la mutation du Directeur Zhang. Si quelqu'un prépare cette machination depuis longtemps, c'est probablement à ce moment-là que tout a commencé. Et Ma Xiaowei y est forcément mêlé d'une manière ou d'une autre. »
Toujours incapable de tenir en place, Xiao Haiyang se redressa aussitôt :
— « J'y vais immédiatement ! »
—
« Et pour aller où exactement ? » le coupa Luo Wenzhou. « Les heures de
visite sont terminées depuis longtemps. Tu iras demain. Et puis, as-tu
seulement réfléchi à la façon dont tu comptes l'interroger ? À quoi bon
te précipiter ? Tu ne connais pas le dicton ? Un bûcheron qui prend le
temps d'aiguiser sa hache ne perd jamais sa journée. »
Les inspecteurs de la brigade criminelle, qui s'étaient pourtant préparés à passer le Nouvel An chinois sur le pont, se retrouvèrent soudain désœuvrés et purent quitter le service à l'heure pour une fois.
Fei Du déposa Xiao Haiyang et Lang Qiao devant chez eux avant de passer à l'hôpital apporter un repas à Tao Ran, toujours en convalescence.
Il en profita pour lui transmettre quelques techniques de drague soigneusement sélectionnées, mais Luo Wenzhou, incapable de supporter plus longtemps de telles inepties, finit par l'interrompre et le traîna dehors sans autre forme de procès.
Ensuite, comme si de rien n'était, Fei Du reprit successivement ses fonctions de pousseur de chariot, porteur de sacs et portefeuille ambulant, accompagnant Luo Wenzhou au supermarché pour faire le plein de provisions et de nourriture pour chat.
Du début à la fin, son attitude demeura parfaitement naturelle.
Ce fut encore plus frappant à l'heure du coucher. Pour une fois, Luo Wenzhou n'eut besoin ni de négocier ni d'insister longuement : après deux rappels à peine, Fei Du éteignit docilement son ordinateur.
Pourtant, ses habitudes de vie étaient exécrables.
Il passait régulièrement des nuits blanches tout en s'obstinant à se lever aux aurores, citant à l'appui les emplois du temps de figures tout droit sorties des manuels de réussite personnelle comme Buffett, Jobs ou Kobe.
Lorsqu'il venait de quitter l'hôpital et manquait encore d'énergie, la situation restait relativement gérable ; après quelques protestations symboliques, il finissait par aller se coucher. Mais depuis que Luo Wenzhou l'avait remis sur pied à force d'attentions méticuleuses, on aurait dit qu'un second Luo Yiguo, débordant d'une énergie inépuisable, avait élu domicile chez eux. À moins que Luo Wenzhou ne se réveille en sursaut au milieu de la nuit, huit ou neuf fois sur dix, sa main ne rencontrait que le vide lorsqu'il cherchait son compagnon.
Heureusement, le Président Fei se montrait infiniment plus civilisé que le Président Guo : il savait quitter le lit sans bruit et évitait de transformer ses insomnies en nuisance publique.
Luo Wenzhou le dévisagea avec étonnement.
— « Qu'est-ce qui te prend aujourd'hui ? Tu ne te sens pas bien ? Tu couves quelque chose ? »
—
« Si je ne t'écoute pas, tu emploies la manière forte », répliqua Fei
Du en effleurant sa joue d'un air impuissant. « Et si je t'obéis, tu
t'imagines que je suis malade. Chère concubine, tu es décidément
difficile à satisfaire. »
Une ombre de sourire traversa le regard de Luo Wenzhou.
Puis il attrapa le poignet de Fei Du et lança d'un ton chargé de sous-entendus :
— « Est-ce moi qui suis difficile, ou bien Votre Seigneurie qui demeure impénétrable ? »
Fei Du marqua un temps d'arrêt.
Luo Wenzhou soutint son regard, l'expression soudain plus sérieuse.
— « Depuis deux jours, tu es d’humeur étrange. Qu'est-ce qu'il y a ? »
Avec un sourire qui n'en était pas vraiment un, Fei Du esquiva :
— « Je suis “toujours d’humeur” quand je te vois. »
Luo Wenzhou resta sans voix.
Voilà qu'un certain individu osait lui resservir mot pour mot les répliques qu'il venait d'enseigner à Tao Ran, sans même changer une virgule. Le pensait-il sourd ?
Voyant que son amant refusait encore de parler sérieusement, il ouvrit brusquement les bras, lui ceintura la taille et le souleva du sol.
— « Mes chaussons ! » protesta aussitôt Fei Du. « Attends, j’ai perdu mes chaussons ! »
Alerté par toute cette agitation, Luo Yiguo saisit immédiatement l'occasion.
D'un bond vif, le félin s'empara du chausson abandonné comme d'un trésor inestimable avant d'aller s'en donner à cœur joie, le lacérant et le mordillant avec un enthousiasme féroce.
Imperturbable, Luo Wenzhou repoussa la porte de la chambre du pied, la referma derrière eux et maintint Fei Du plaqué contre le battant.
— « Ton Shixiong n'est pas vieux au point de te laisser salir tes pieds par terre. Qu'as-tu besoin de chaussons ? »
Le passé sentimental du Président Fei ne lui avait jamais offert l'occasion de pratiquer ce genre de posture hautement acrobatique.
Pris au dépourvu, il se sentit légèrement déstabilisé.
Bien conscient qu'une chute ne le tuerait pas, il tendit néanmoins instinctivement la main vers la poignée pour se donner un point d'appui.
Avec un sourire forcé, il tenta de négocier :
— « Est-ce qu'on pourrait opter pour quelque chose d'un peu moins sportif ? J'ai peur que ce soit fatigant pour... »
Luo Wenzhou plissa les yeux et lui lança un regard lourd de sens.
Passé maître dans l'art de décrypter les expressions de son compagnon, Fei Du ravala aussitôt le mot “toi”. Sa pomme d'Adam tressaillit légèrement. Avec une remarquable capacité d'adaptation, il mit son amour-propre de côté et corrigea :
— « ...moi. »
Luo Wenzhou soutint son regard un instant avant de se rapprocher lentement, venant effleurer du bout du nez le sien avec une douceur infinie.
Il inclina aussitôt la tête pour l'embrasser, mais Luo Wenzhou esquiva le baiser d'un léger mouvement de recul.
— « Lâche cette poignée », ordonna-t-il sans appel. « Tes mains n'ont rien à faire ailleurs que sur moi. Qui t'a demandé de faire des tractions ? »
Fei Du resta sans voix.
— « Ou alors tu préfères que je sorte les menottes ? »
Le Président Fei se montrait extrêmement indulgent avec son capitaine, n'ayant aucune envie de gâcher son enthousiasme.
Choisissant le moindre mal, il ajusta donc sa position comme il put : ses bras vinrent entourer les épaules de son amant tandis que ses jambes se refermaient fermement autour de sa taille.
Du bout des dents, Luo Wenzhou écarta lentement le col du peignoir qui retombait librement sur sa poitrine.
— « Qu’est-ce que je représente pour toi au juste ? »
Fei Du prit un air faussement stupéfait.
—
« Serais-tu vexé parce que je ne t'ai jamais officiellement offert de
diamant ? Si tu veux, je peux te commander immédiatement un œuf de
pigeon.1 »
— « On ne remplit pas son
estomac avec un œuf de pigeon », répliqua Luo Wenzhou sans hésiter. « Ce
que je veux, ce sont de vrais œufs de poule. Deux. »
Décidément, cet homme était un pragmatique pur jus dont les plus grandes ambitions dans la vie consistaient à manger à sa faim et dormir tout son saoul.
— « Puisque je vaux deux œufs de poule... »
Le regard de Luo Wenzhou s'attarda sur sa poitrine.
Fei Du avait encore la jeunesse pour lui.
Avec le temps, les traces laissées par les décharges électriques s'étaient presque entièrement effacées. Libéré du tatouage temporaire qui les dissimulait autrefois, son torse paraissait fin, pâle, presque fragile, conservant encore quelque chose de cette jeunesse troublante qui ne l'avait pas tout à fait quitté.
Une silhouette si légère pour un cœur si lourd.
Après l'avoir observé un long moment, Luo Wenzhou acheva enfin sa phrase :
— « ...est-ce que tu peux enfin me faire confiance ? »
La question était un piège grossier.
Sans même réfléchir, Fei Du répondit aussitôt :
— « Comment pourrais-je ne pas... Tss ! »
Son amant avait anticipé cette réponse.
Comme pour le rappeler à l'ordre, il planta brusquement les dents dans sa peau.
— « Réfléchis bien. Je te laisse une seconde chance. »
Son bas-ventre ne parvenant jamais à brouiller ce qui se passait au-dessus de son cou, l'esprit de Fei Du demeurait d'une clarté imperturbable.
Il comprit aussitôt que Luo Wenzhou faisait délibérément allusion à autre chose, et ses pensées s'emballèrent.
Le dominant de toute sa hauteur, il libéra une main pour relever le menton de son capitaine.
— « Qu'y a-t-il ? Tu t'inquiètes parce que je suis un peu plus silencieux ces derniers temps, au lieu de te rebattre les oreilles avec mes théories ? »
Un léger tressaillement parcourut les sourcils de Luo Wenzhou.
— « J'ai surtout l'impression que tu me caches quelque chose. »
Ce genre de phrase annonçait généralement une crise conjugale de grande ampleur.
Fei Du fouilla honnêtement sa mémoire quelques instants.
— « Quand j'ai briefé Lu Jia et les autres ces derniers jours, je l'ai toujours fait sous tes yeux. Je n'ai fomenté aucun complot criminel, il ne m'est pas venu à l'idée de débrancher le respirateur de Fei Chengyu, je respecte scrupuleusement la loi, je n'ai pas touché une goutte d'alcool et, accessoirement, j'ai cédé à la moindre de tes exigences. Je ne vois vraiment pas ce que j'aurais pu te cacher. »
Luo Wenzhou le maintint solidement d'un bras tandis que l'autre main s'insinuait de façon fort peu convenable sous son peignoir. Ses doigts effleurèrent un point sensible qui le fit aussitôt se raidir de la tête aux pieds.
Suspendu sans véritable appui, le jeune homme sentit naître une tension mêlée d'impatience.
— « Shixiong... serais-tu en train de recourir à la torture pour m'arracher des aveux ? »
—
« Exactement », répondit calmement Luo Wenzhou. « Quand Zhou Huaijin a
évoqué les événements d'il y a treize ans, tu as immédiatement ramené la
conversation sur l'Album Photos. Aujourd'hui encore, dans la voiture,
alors que nous cherchions à comprendre si le Directeur Zhang avait été
piégé, tu l'as remis sur le tapis. Même lorsque tu t'es rapproché de moi
avec des arrière-pensées, ton prétexte officiel était ce fameux projet.
»
Fei Du laissa échapper un rire étouffé.
— « Lorsque je me suis rapproché de toi, ma seule motivation était ton physique avantageux. »
Pris de court, Luo Wenzhou resta un instant sans voix.
— « ...Tu me voles mes répliques, maintenant ? Tu prends vite les mauvaises habitudes. »
—
« L'Album Photos avait pour ambition d'établir le profil psychologique
des criminels. Même si le projet était porté par l'université, il suffit
d'examiner la liste des participants pour constater qu'ils étaient
presque tous des officiers ayant travaillé sur l'affaire Gu Zhao.
Autrement dit, ils figuraient tous sur la liste des suspects. »
Fei Du inspira profondément.
Sa résistance semblait atteindre ses limites.
Il attrapa la main baladeuse de son amant.
— « ...Mon cœur, si tu continues comme ça, je vais être incapable d'aller au bout de mon raisonnement. »
— « Sauf que tu n'es pas venu pour l'affaire Gu Zhao. »
— « Il me semble pourtant t'avoir expliqué... »
—
« Je m'en souviens parfaitement », le coupa Luo Wenzhou. « La première
fois, tu m'as raconté que ton intuition te soufflait que la mort de ta
mère était liée à Fei Chengyu et que tu voulais remonter le fil de tes
souvenirs d'enfance pour comprendre d'où venait cette intuition. La
deuxième fois, tu as affirmé savoir avec certitude que ta mère s'était
suicidée, que tu en connaissais les raisons et que tu soupçonnais Fei
Chengyu d'être mêlé à des affaires louches. La troisième fois, lorsque
nous poursuivions Lu Guosheng, tu m'as répété mot pour mot les menaces
que Fei Chengyu avait proférées dans le sous-sol de votre maison. »
Son regard se fit plus perçant.
— « Tes souvenirs d'il y a treize ans sont d'une précision remarquable. Tu n'as jamais eu besoin de reconstituer quoi que ce soit. »
Fei Du resta figé, le regard vide.
Il ne s'était absolument pas attendu à ce que Luo Wenzhou ait retenu avec une telle exactitude chacune des absurdités qu'il lui avait racontées au fil des ans.
Luo Wenzhou se dégagea de sa prise et vint refermer fermement sa main sur son sexe, exerçant une pression calculée.
Les dents légèrement serrées, il demanda :
— « Alors dis-moi, où se cache la vérité au milieu de toutes ces contradictions ? »
Fei Du s'enferma dans un long silence, son regard demeurant impénétrable.
Puis il attrapa soudain l'arrière de la tête de son amant, inclina le visage et l'embrassa.
Il semblait posséder un talent inné pour éveiller le désir ; son baiser n'avait rien de brutal, mais il donnait l'étrange impression d'être profondément aimé. C'était l'expression d'un sentiment parfait, précis et dénué de toute précipitation.
Pourtant, de même qu'une succession de coïncidences ne pouvait relever du hasard, une démonstration aussi impeccablement maîtrisée ne pouvait être entièrement spontanée.
Une brusque irritation envahit Luo Wenzhou.
Il arracha le peignoir qui drapait encore son corps, abolissant toute distance entre eux. Ce ne fut qu'au moment où il sentit son pouls s'emballer sous ses doigts qu'il eut enfin l'impression de le tenir véritablement dans ses bras.
Lorsqu'il le porta jusqu'au lit pour l'y allonger, Fei Du semblait presque sur le point de s'endormir.
Luo Wenzhou déposa un baiser au milieu de son front tandis que sa lucidité reprenait peu à peu le dessus.
— « Je n'ai toujours pas obtenu de réponse », songea-t-il avec amertume.
C'est alors que Fei Du rompit le silence d'une voix basse :
— « Rien de ce que je t'ai raconté ces trois fois n'était inventé. »
Son timbre légèrement rauque effleura doucement ses tympans.
Luo Wenzhou marqua un temps d'arrêt, répondit par un grognement approbateur et allongea ses jambes sur le petit fauteuil placé près du lit.
— « Si je m'intéresse autant à l'Album Photos, c'est réellement pour retrouver des fragments de mon enfance. Je ne me souviens pas de tout ce qui s'est passé dans ce sous-sol, et mon intuition me dit que ce qu'il me manque est essentiel. »
Luo Wenzhou arqua un sourcil.
— « J'avais pourtant l'impression que ta mémoire rivalisait avec celle de Xiao Haiyang. »
—
« Je n'ai pas de mémoire eidétique », admit Fei Du avec un léger
sourire. « En réalité, je me suis introduit dans le sous-sol de Fei
Chengyu à deux reprises. La première fois, c'était un pur hasard.
J'avais fait tomber quelque chose et je voulais le récupérer. Il avait
oublié de verrouiller la porte. C'est ce jour-là que je suis tombé sur
la liste des membres du projet de l'Album Photos. Pendant que je la
feuilletais, Fei Chengyu est rentré. Je me suis précipité dans le petit
placard dissimulé sous la bibliothèque et, par chance, il ne m'a pas
découvert. »
Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, ces paroles éveillèrent un léger malaise chez Luo Wenzhou.
Mais avant qu'il n'ait le temps d'analyser ce pressentiment, Fei Du poursuivit :
— « Les garçons de cet âge sont naturellement curieux, téméraires et attirés par les sensations fortes. Après y être entré une fois, j'ai voulu recommencer. J'ai donc employé tous les moyens possibles pour percer le code d'accès du sous-sol. »
Il esquissa un sourire.
— « Ça n'a pas été simple. Fei Chengyu était d'une prudence paranoïaque. Il m'a fallu près de six mois pour réussir à m'y introduire une seconde fois. C'est alors que j'ai découvert, posé sur son bureau, le mémoire consacré à l'étude des criminels violents. »
Luo Wenzhou intervint :
— « Le mémoire de Fan Siyuan, le responsable de la première version de l'Album Photo ? »
— « Exactement », confirma Fei Du.
Luo Wenzhou fronça les sourcils.
La première version de l’Album Photo avait échoué en plein vol peu après l'affaire Gu Zhao. À l'époque, le Commissariat Central ne pouvait absolument pas se permettre d'essuyer un second scandale d'envergure. Dès que les premières anomalies avaient été découvertes, la direction avait mis un terme au projet dans l'urgence, et l'ensemble du personnel impliqué avait fait l'objet d'une enquête interne.
Tout avait été réglé à huis clos, avec une rapidité presque déconcertante.
—
« Il me semble qu'il s'est écoulé moins de six mois entre le lancement
du premier projet et son abandon définitif », fit-il remarquer. «
Pourquoi Fei Chengyu a-t-il continué à s'y intéresser aussi longtemps ? »
—
« J’ai allumé son ordinateur. Le mot de passe était identique au code
d'accès de la porte. Sur le bureau, j'ai aperçu un dossier intitulé Album Photos, mais il m'a été impossible de l'ouvrir : le code de la pièce ne fonctionnait pas pour ce fichier. »
— « Tu es en train de dire que le projet avait un lien direct avec Fei Chengyu ? » demanda Luo Wenzhou. « Et ensuite ? »
— « Ensuite, mes souvenirs deviennent très flous, mais… »
La gorge de Fei Du se serra brusquement.
Il détourna la tête et toussa à deux reprises.
— « Mais… kof... »
Dans un premier temps, Luo Wenzhou crut qu'il avait simplement avalé de travers en parlant.
Mais il comprit très vite que quelque chose n'allait pas. Fei Du était pris d'une quinte de toux qu'il semblait incapable de réprimer.
Il se précipita pour le redresser et lui tapota le dos.
— « Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu as pris froid ? Je te l'avais pourtant dit ! »
Fei Du toussait à s'en déchirer la poitrine, incapable de reprendre son souffle.
Les veines de ses tempes saillaient sous l'effort. Il lui fallut un long moment avant de retrouver un semblant de calme.
Luo Wenzhou lui apporta un verre d'eau tiède.
—
« Bois un peu. Ne te jette pas tout de suite sur des médicaments contre
le rhume. Attendons de voir si ça passe. On avisera si ça empire. »
—
« Je me souviens seulement, dans les grandes lignes, que Fei Chengyu
est rentré à l'improviste pour une raison que j'ignore et qu'il m'a
surpris dans son sous-sol. Je crois qu'il est entré dans une colère
noire. Après une scène épouvantable, il a entièrement vidé la pièce »,
expliqua Fei Du avec un effort visible. « Pourtant… quand j'y repense,
j'ai l'impression que c'est précisément à partir de ce jour-là que j'ai
commencé à comprendre la véritable nature de ses activités. J'ai
forcément aperçu quelque chose d'essentiel dans ce sous-sol. »
Je pense que Wenzhou mérite tous les œufs de poule du monde ET un énorme un œuf de pigeon 😏
- Œuf de pigeon : Un « œuf de pigeon » désigne en joaillerie un diamant brut
: une pierre non taillée, de forme ovoïde, qui ressemble à un petit
œuf.
Offrir un diamant est traditionnellement une déclaration d'amour ou une demande en mariage.
En proposant un « œuf de pigeon », Fei Du feint de croire que Luo Wenzhou lui réclame un diamant, mais ce dernier refuse la plaisanterie et exige quelque chose de bien plus terre-à-terre : de vrais œufs de poule pour manger.
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