Silent Reading : Chapitre 143 - Edmond Dantès XV

 

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— « Vous vivez dans le grand luxe, Directeur Zhang. À combien se négocie le mètre carré dans ce domaine ? J'ai entendu dire qu'il fallait justifier d'au moins cent millions de patrimoine pour avoir le droit de franchir le portail. »
— « Cette maison appartient à mon frère aîné. Mes fonctions ont changé cette année et mon nouveau lieu de travail est un peu plus éloigné. Mon frère avance en âge et souhaitait s'installer dans un endroit plus calme. Il m'a donc laissé occuper temporairement sa résidence en ville pour quelques années. De toute façon, je serai bientôt à la retraite. »
— « Vous semblez très proche de votre frère. »
— « Il a dix ans de plus que moi. C'est pratiquement lui qui m'a élevé. Dire qu'il a été comme un père pour moi ne serait pas exagéré. Nous sommes effectivement très liés. Il a commencé à travailler jeune, a monté ses affaires et bâti sa fortune par ses propres moyens... À ma grande honte, je n'ai pas suffisamment réfléchi aux implications que cela pouvait avoir. J'ai simplement privilégié la commodité. J'ai peut-être donné une mauvaise image, mais je peux vous garantir que les activités de mon frère n'ont jamais eu le moindre lien avec mes fonctions et que je n'ai jamais utilisé mon poste pour lui accorder le moindre avantage. Si l'organisation estime que ce mode de vie manque de retenue et contrevient à la discipline, je l'accepterai et retournerai vivre chez moi au plus vite. Pour le reste, cependant, j'ai la conscience parfaitement tranquille. »

L'inspecteur esquissa un léger sourire.

— « Très bien. Nous vérifierons cela. Quant au reste... j'imagine que vous savez pourquoi nous vous avons demandé de venir ? »
— « Je m'en doute. »
— « Dans ce cas, avez-vous quelque chose à nous dire ? »

Zhang Chunjiu était assis bien droit. Il avait conservé une silhouette élancée, mais cette minceur dégageait désormais une certaine austérité. Une profonde ride verticale fendait son front, comme si les années y avaient gravé leur marque au burin.

À première vue, il était difficile d'associer cet homme sévère au grand frère affable, généreux et toujours accessible dont le Directeur Lu et les autres se souvenaient encore.

En le regardant, une question s'imposait presque malgré soi : jusqu'à quel point un homme pouvait-il changer en vingt ans ?

Et qu'est-ce qui avait bien pu le transformer à ce point ?

— « Je n'ai pas réussi à joindre Lao-Lu ces derniers jours et j'ai tout de suite senti que quelque chose clochait. J'ai alors essayé d'appeler quelques autres anciens collègues, mais aucun n'a décroché. Même Lao-Pan, pourtant parti en formation, était injoignable. Je me suis donc dit que mon tour ne tarderait probablement pas à venir. »

Zhang Chunjiu porta sa tasse à ses lèvres et but une gorgée de thé sans que son expression ne varie d'un iota.

— « Je ne sais pas vraiment par où commencer. Pourquoi ne me poseriez-vous pas directement vos questions ? »
— « Très bien, allons droit au but. »

Le sourire de l'inspecteur avait la douceur de la soie et le tranchant d'une lame.

— « À vous entendre, on dirait que vous êtes resté en contact avec vos anciens collègues depuis votre mutation ? »
— « Normalement pas de façon régulière. Mais ces derniers temps, les circonstances étaient particulières. L'affaire Gu Zhao a été rouverte, la femme de Lao-Yang est hospitalisée… »
— « Ah oui... l'affaire Gu Zhao. »

L'inspecteur repoussa ses lunettes du bout du doigt, feignant d'ignorer le reste de ses explications.

— « Vous en gardez encore un souvenir précis ? Après tout, cela remonte à quatorze ans. »

Zhang Chunjiu s'enferma dans un lourd silence.

Son regard se perdit au loin, comme s'il revivait en pensée ces événements depuis longtemps enfouis.

— « Gu Zhao... » murmura-t-il enfin d'une voix grave. « L'affaire Gu Zhao est restée une blessure ouverte pour chacun d'entre nous. À l'époque, personne ne voulait y croire, mais les preuves étaient là. Nos convictions personnelles ne pouvaient pas se substituer aux faits. Pour être honnête, j'ai toujours refusé d'admettre que Gu Zhao ait pu commettre une telle chose. J'ai tenté à plusieurs reprises d'intervenir auprès de mes supérieurs, sans jamais oser en parler à mes hommes. Les équipes étaient démoralisées, la hiérarchie subissait des pressions de toutes parts... J'étais pris entre deux feux. »

À ces mots, une fatigue profonde sembla traverser ses traits, mêlée à une indignation difficilement contenue.

— « C'était une période terrible... Jamais je n'aurais imaginé que cette affaire ressurgirait un jour après tant d'années. Si Lao-Yang était encore là pour voir ça... »

L'enquêteur l'interrompit avec une fluidité parfaite :

— « Directeur Zhang, si nous partons du principe que Gu Zhao n'a jamais accepté de pots-de-vin ni commis le moindre meurtre, qui considérez-vous comme responsable du piège qui l'a détruit il y a quatorze ans ? »
— « Il ne m'appartient pas de juger mes anciens camarades en leur absence. Mais le fait que tous les indicateurs de Gu Zhao aient fourni de faux témoignages démontre une chose : la partie adverse connaissait chacun de ses mouvements. Quelqu'un, au sein même des services, faisait fuiter des informations confidentielles et l'a conduit droit dans un piège... »

La ride qui barrait son front se creusa davantage.

Après un nouveau silence, il poursuivit :

— « Je ne sais pas qui c'était, et je refuse de désigner qui que ce soit. Vous êtes libres de faire de moi votre principal suspect. Mais me demander de croire que l'un de mes frères d'armes ait pu être un traître revient à me demander de croire que Gu Zhao était réellement un policier corrompu et un meurtrier. Je n'en suis pas capable. »

L'enquêteur demeura parfaitement impassible devant cette démonstration de loyauté fraternelle. Sans s'attarder sur les sentiments, il posa sa carte maîtresse sur la table.

— « Directeur Zhang, vous souvenez-vous d'un informateur connu sous le nom de Vieilles Cendres, de son vrai nom Yin Chao ? »

Zhang Chunjiu acquiesça.

— « Bien sûr. N'est-ce pas lui qui a conduit Gu Zhao au Louvre ? Je m'en souviens parfaitement. Peu après les événements, il a disparu sans laisser de traces. J'ai toujours nourri des soupçons à son égard. Il y a quelques années, un jeune collègue à moi a été muté au Méridien. Sachant que la famille de Yin Chao vivait toujours là-bas, je lui ai demandé de garder un œil sur eux. Si Yin Chao revenait un jour voir ses proches, il devait être arrêté immédiatement. »

L'enquêteur se pencha légèrement en avant.

— « Comment s'appelle ce jeune collègue ? »
— « Kong Weichen. »
— « Lorsque Kong Weichen a accompagné plusieurs inspecteurs du Commissariat Central pour interroger Yin Ping, il a pris soin de vous appeler au préalable. De quoi avez-vous parlé ? »
— « Il m'a simplement informé que Yin Ping avait falsifié la signature de Yin Chao afin de toucher l'indemnisation liée à la démolition de leur logement. Il m'a dit qu'ils allaient procéder à quelques vérifications et que, s'ils obtenaient la moindre information concernant Yin Chao, il m'en tiendrait immédiatement informé. Mais après cela, je n'ai plus réussi à le joindre. »

Zhang Chunjiu sembla soudain prendre conscience de quelque chose.

— « Qu'y a-t-il ? Qu'est-il arrivé à Kong Weichen ? »
— « Nous avons de solides raisons de penser que le Vieilles Cendres qui s'est rendu au Louvre avec Gu Zhao était en réalité Yin Ping. Nous pensons également qu'il détenait des éléments de preuve relatifs à l'affaire Gu Zhao. Lorsque nos services ont tenté de le retrouver, Yin Ping a pris la fuite. Au cours de sa traque, la position exacte de la Brigade Criminelle a été divulguée, et deux camionnettes chargées d'explosifs ont foncé sur eux afin de le réduire au silence... »

— « Quoi ?! »

Cette fois, l'enquêteur abattit ses cartes.

Toute trace de cordialité disparut de son visage, remplacée par une froideur implacable.

— « La réaction du camp adverse a été plus rapide que celle des forces de l'ordre. Nous avons donc de sérieuses raisons de penser qu'ils ont obtenu l'information avant même que l'Adjoint Tao Ran n'ait pu la faire remonter à sa hiérarchie. Or, parmi toutes les personnes présentes sur place et informées de la situation, seul Kong Weichen a pris contact avec l'extérieur. Et la personne qu'il a appelée, c'est vous. Directeur Zhang, auriez-vous l'amabilité de nous expliquer cela ? »
— « Vous êtes en train de me soupçonner d'avoir... »

Zhang Chunjiu s'interrompit brusquement, réprimant visiblement la colère et l'incrédulité qui affleuraient sur ses traits.

Après un bref effort pour retrouver son calme, il reprit d'une voix aussi posée que possible :

— « Lorsque Kong Weichen m'a appelé, il s'est contenté de me dire qu'ils se rendaient au domicile de Yin Ping. Il ne m'a jamais parlé de... de Yin Ping... de... »

À force de répéter ce nom, il sembla perdre pied. Une expression de totale stupéfaction envahit son visage.

— « Comment Yin Ping pourrait-il être Vieilles Cendres ? Depuis quand usurpe-t-il son identité ? Personne ne s'en est aperçu à l'époque ? Qui vous a raconté cela ? Sur quoi repose cette théorie ? »

L'enquêteur soutint son regard pendant plusieurs secondes, scrutant attentivement la moindre de ses réactions.

— « Directeur Zhang, êtes-vous réellement étranger à toute cette affaire ? Connaissez-vous cet homme ? »

Tout en parlant, il sortit une photographie anthropométrique et la fit glisser devant lui.

Manifestement encore ébranlé par ce qu'il venait d'entendre, Zhang Chunjiu baissa aussitôt les yeux vers le cliché.

— « Non. »
— « Non ? Regardez mieux. »

L'enquêteur se pencha légèrement en avant.

— « Yin Ping a été victime d'un accident vasculaire cérébral après une collision. Il a été transporté d'urgence à l'hôpital et son pronostic vital reste engagé. Hier après-midi, cet homme s'est introduit dans sa chambre déguisé en aide-soignant afin de tenter une nouvelle fois de l'éliminer. Son attaque a échoué et nous l'avons arrêté. Lors de son interrogatoire, il vous a formellement désigné comme le commanditaire. »

Zhang Chunjiu demeura figé.

Pendant plusieurs longues secondes, il resta là, comme incapable de comprendre ce qu'il venait d'entendre. Puis, partagé entre le rire et la consternation, il leva lentement un doigt tremblant vers lui-même.

— « Moi ? »
— « Nous avons retrouvé cinq millions de yuans en liquide au domicile du tueur. C'était le prix de la tête de Yin Ping. »

Le regard de Zhang Chunjiu se fit soudain plus acéré.

— « Combien ? »
— « Cinq millions. »

Une expression indéchiffrable traversa fugitivement son visage.

Après un bref silence, il laissa échapper un rire amer avant de pousser un long soupir. Sa posture, jusqu'alors parfaitement droite, se relâcha d'un seul coup et il s'affaissa contre le dossier de sa chaise.

— « Les preuves matérielles découvertes sous le lit de Gu Zhao à l'époque représentaient exactement cinq millions en espèces... Treize ans ont passé. Quoi ? Le tarif n'a même pas augmenté ? »

L'enquêteur observa attentivement sa réaction.

— « Où étiez-vous dans l'après-midi du onze ? »
— « Je n'en suis plus tout à fait certain. » Zhang Chunjiu se frotta l'espace entre les sourcils, les yeux légèrement plissés, la fatigue semblant peser davantage sur ses traits. « Pourriez-vous me rafraîchir la mémoire ? »
— « Le onze, aux alentours de quatorze heures, vous avez été aperçu à bord d'un véhicule privé près de la résidence des Peupliers. Est-ce exact ? »
— « La résidence des Peupliers ? Cela ne me dit rien du tout. »

L'incompréhension paraissait sincère sur son visage.

— « Le onze... lundi dernier ? Ma voiture personnelle était soumise aux restrictions de circulation ce jour-là, j'ai donc emprunté un véhicule de ma famille. Je suis passé par le pont de Lu'an. Il y avait effectivement plusieurs quartiers résidentiels dans le secteur, mais je n'ai pas retenu leurs noms. »
— « Où vous rendiez-vous ? »
— « Je comptais d'abord passer à l’Hôpital numéro 2 pour rendre visite à la famille de Lao-Yang. En chemin, je me suis rendu compte que je n'avais rien acheté à apporter, ce qui ne se faisait pas vraiment. J'ai donc demandé au chauffeur de quitter l'autoroute au niveau du pont de Lu'an. Il y a un grand centre commercial dans les environs. »

Zhang Chunjiu poursuivit :

— « J'ai probablement jeté le ticket de caisse, mais il ne devrait pas être difficile pour vos services de vérifier les enregistrements des caméras de surveillance près des caisses. Une fois mes achats terminés, je me suis rendu à l'hôpital. La veuve de Lao-Yang, Fu Jiahui, ainsi que sa fille Yang Xin pourront vous le confirmer. Vous n'avez qu'à leur demander. »

Le coin de l'œil de l'enquêteur tressaillit imperceptiblement.

La résidence des Peupliers était effectivement le quartier où habitait le tueur de l'hôpital, non loin du pont de Lu'an. Mais il s'agissait d'un ensemble de vieux immeubles délabrés, si insignifiant que la plupart des passants ignoraient jusqu'à son nom. Les plaques des bâtiments étaient à moitié effacées et le lotissement n'était même pas clôturé.

L'enquêteur avait volontairement formulé sa question de cette manière. Quelqu'un qui ne faisait que traverser le secteur aurait difficilement pu retenir le nom d'une simple barre d'immeubles de six étages. Si Zhang Chunjiu avait immédiatement affirmé qu'il ne faisait qu'y passer, cela l'aurait rendu particulièrement suspect.

Mais... était-il simplement en train de jouer la comédie ?

Si tel était le cas, alors son sang-froid et la précision de ses calculs étaient proprement terrifiants.

L'enquête visant un ancien directeur général, le dossier n'avait naturellement pas été confié à la Brigade Criminelle. Tout se déroulait dans la plus stricte confidentialité. Seul Luo Wenzhou avait obtenu une autorisation exceptionnelle lui permettant d'assister aux interrogatoires en qualité d'observateur.

L'enquêteur revint plusieurs fois sur les mêmes points, reformulant ses questions sous différents angles et multipliant les pièges. L'entretien dura plus de trois heures.

À la fin, interrogateur et suspect étaient épuisés.

Même Luo Wenzhou, qui n'avait fait qu'assister à l'échange, ne put s'empêcher d'allumer une cigarette dès qu'il franchit la porte.

L'esprit encombré de doutes, il resta un long moment plongé dans ses réflexions au milieu de la fumée qui s'élevait lentement dans l'air froid.

Puis il traversa la rue.

De l'autre côté l'attendait un SUV aux dimensions imposantes.

Dès que Luo Wenzhou ouvrit la portière, Xiao Haiyang se pencha aussitôt vers l'avant depuis la banquette arrière, sans même lui laisser le temps de s'installer.

— « Capitaine Luo, je commence à penser que toute cette affaire est louche. Il est fort possible que le Directeur Zhang ait été piégé. »

Luo Wenzhou lui jeta un regard de côté, tendit ses mains engourdies vers la bouche d'aération qui soufflait de l'air chaud, puis répondit d'un ton placide :

— « Tout à l'heure, tu étais le premier à vouloir envoyer le Directeur Zhang à l'échafaud, et maintenant te voilà à crier à l'erreur judiciaire... C'est une chance que tu sois né à notre époque. Si tu avais vécu sous un régime féodal en tant que prince héritier, combien d'innocents auraient déjà perdu la tête par ta faute ? »

Xiao Haiyang ignora totalement la pique.

Il baissa la tête, sortit une chemise cartonnée de son sac et désigna deux photographies.

— « Regardez. Ici, ce sont les espèces retrouvées chez le tueur. Et là, les cinq millions découverts autrefois au domicile de l'Oncle Gu. J'ai retrouvé cette photo dans les archives des pièces à conviction de l'affaire. »

Il pointa les clichés du doigt.

— « En principe, les grosses sommes sont regroupées en paquets de dix mille yuans pour faciliter le comptage, puis scellées par la banque avec des bandes de papier. Or l'argent retrouvé chez l'agresseur de l'hôpital était simplement empilé en vrac. Exactement comme les cinq millions saisis il y a treize ans. »

À côté de lui, Lang Qiao prit la parole :

— « C'est vrai. J'ai interrogé le tueur à ce sujet. Il a affirmé que l'argent lui avait été remis tel quel et qu'il avait dû passer un temps fou à tout recompter pour vérifier le montant. »

Les sourcils de Luo Wenzhou se froncèrent tandis qu'il examinait les photographies.

Contre toute attente, Xiao Haiyang lâcha alors :

— « Capitaine Luo... je vous présente mes excuses. J'avais tort. »

Même Fei Du tourna la tête depuis le siège conducteur.

Les regards des trois autres occupants convergèrent aussitôt vers Xiao Haiyang, comme s'ils venaient d'assister à la floraison légendaire d'un arbre de fer.

Le jeune homme remonta nerveusement ses lunettes.

Les lèvres serrées en une ligne rigide, il semblait trembler légèrement de tout son corps, sous l'effet du malaise ou de la tension.

Puis il récita d'une traite :

— « J'ai eu tort. Je n'aurais pas dû me laisser influencer par des impressions subjectives ni tirer des conclusions hâtives à partir d'indices superficiels. Encore moins accuser aussi légèrement un héros de la nation. Et je n'aurais pas dû non plus... »

Luo Wenzhou le coupa net :

— « Tu as préparé ce discours à l'avance ? »
— « Hier soir », répondit machinalement Xiao Haiyang.

À peine les mots furent-ils sortis qu'il comprit sa bévue et se figea.

À côté de lui, Lang Qiao étouffa un rire.

Rouge de honte, Xiao Haiyang se mit à gratter frénétiquement la couture de son pantalon, comme s'il avait soudainement envie de disparaître sous terre.

— « Au sein de notre brigade, nous n’avons pas pour habitude de réciter nos autocritiques par cœur », l'interrompit Luo Wenzhou. « Quand toute cette histoire sera terminée, contente-toi d'inviter l'équipe au restaurant. »

Il marqua une pause, y réfléchit un instant, puis rectifia :

— « Enfin non. Tu passeras toi-même derrière les fourneaux. Nous jugerons de ta sincérité à la qualité de tes plats. »

Le visage de Xiao Haiyang devint aussitôt parfaitement inexpressif.

À voir sa mine défaite, on aurait dit qu'il était prêt à s'assaisonner lui-même avant de se jeter de son plein gré dans un panier vapeur.

— « J'ai écouté attentivement les déclarations du Directeur Zhang », reprit Luo Wenzhou, retrouvant soudain tout son sérieux. « Bien que les éléments à charge soient nombreux, ses explications restent globalement cohérentes. Deux possibilités se présentent : soit cet homme est un acteur d'un cynisme exceptionnel, soit il a été magistralement piégé. Quoi qu'il en soit, s'il était réellement le cerveau de cette organisation, il n'aurait jamais laissé derrière lui autant de failles lors des deux tentatives d'assassinat contre Yin Ping. »

Lang Qiao fronça les sourcils.

— « Tu penses donc que quelqu'un a délibérément cherché à l'enfoncer en utilisant la même méthode que celle qui a détruit Gu Zhao autrefois ? Mais dans quel but ? Qui le Directeur Zhang aurait-il bien pu offenser ? »

Pour toute réponse, Luo Wenzhou secoua la tête et fit signe à Fei Du de démarrer.

Le dossier Gu Zhao n'avait été déclassifié que récemment, à la faveur de la réouverture de l'enquête. Qui pouvait encore connaître avec autant de précision des détails aussi spécifiques que la disposition des liasses de billets ? D'autant plus qu'à présent que le Directeur Zhang se retrouvait à son tour dans le viseur des enquêteurs, le dernier protagoniste directement lié à cette affaire venait d'être placé sous surveillance. L'équipe d'inspection n'allait certainement pas divulguer l'avancée de ses investigations, ce qui rendait toute nouvelle intervention extérieure extrêmement difficile.

Cette vieille affaire, déjà inextricable, semblait désormais s'être engagée dans une impasse totale.

C'est alors que Fei Du prit brusquement la parole :

— « Le premier projet de l’Album Photos a vu le jour environ un an après la clôture de l'affaire Gu Zhao. Les membres qui y participaient disposaient des autorisations nécessaires pour consulter les archives criminelles. Cela incluait-il également le dossier Gu Zhao ? »

Luo Wenzhou se figea.

— « Tu es en train de suggérer que... »
— « Le mystérieux instigateur de ce projet », répondit calmement Fei Du. « Sommes-nous certains qu'il est réellement mort ? »

Luo Wenzhou lui lança un regard chargé de sens.

En raison de la présence de Lang Qiao et de Xiao Haiyang à l'arrière, il se contenta d'éluder la question :

— « Tout cela remonte à trop longtemps. Il faudra attendre le retour du Directeur Lu et des autres pour leur poser directement la question. »

Pourtant, un doute persistait dans son esprit.

En apparence, le projet de l’Album Photos n'avait aucun lien avec la tragédie qui avait coûté la vie à Gu Zhao. Alors pourquoi Fei Du revenait-il sans cesse sur ce sujet ? Pourquoi refusait-il obstinément de le laisser derrière lui, au point d'avoir presque délaissé la gestion de son immense empire familial pour se consacrer corps et âme à sa seconde version ?

 

 

 

 

 

 

On passe notre temps à se faire manipuler 😂😭

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

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