Silent Reading : Chapitre 141 - Edmond Dantès XIII

 

Retour au Sommaire     


 

 

 

 

Une demi-heure plus tôt, à l’Hôpital numéro 2…

L’Adjoint Tao Ran reposait sur le dos, enseveli sous un impressionnant arsenal d’attelles et de bandages qui le maintenait littéralement prisonnier de son lit. Une mèche rebelle continuait pourtant de se dresser fièrement au sommet de son crâne, ajoutant une touche presque comique à son état.

Lorsque Xiao Haiyang entra dans la chambre, il découvrit une scène étonnamment animée : Yang Xin, la fille cadette de Yang Zhengfeng, ainsi que Chang Ning se tenaient toutes deux à son chevet.

Hospitalisé depuis plusieurs jours déjà, Tao Ran était enfin capable d'aligner quelques phrases, mais chaque mot semblait lui coûter un effort considérable. Au début, son médecin traitant avait craint qu'un traumatisme crânien n'ait affecté ses facultés d'élocution et l'avait envoyé subir toute une batterie d'examens. Les résultats s'étaient toutefois révélés parfaitement rassurants : le problème ne venait pas de son cerveau, mais de la présence de Chang Ning. Dès qu'elle quittait la pièce, Tao Ran retrouvait miraculeusement une diction tout à fait normale.

Même Xiao Haiyang, pourtant peu versé dans les subtilités des relations humaines, comprit qu'il serait déplacé de s'attarder davantage. Il resta donc quelques minutes, juste le temps de s'assurer que son collègue était hors de danger, puis prit congé en compagnie de Yang Xin.

— « Xiao-dage », l'interpella doucement la jeune femme une fois dans le couloir.

En souvenir de son père, Yang Xin éprouvait une proximité instinctive avec tous ceux qui portaient l'uniforme ; à ses yeux, ils étaient tous des frères d'armes.

Peu habitué à tant de chaleur, Xiao Haiyang lui répondit d'un ton quelque peu maladroit.

Yang Xin agita alors son téléphone devant lui.

— « J'ai commandé quelques caisses de fruits et des boissons qui viennent d'être livrées à l'entrée. Tu pourrais m'aider à les transporter ? J'aimerais les distribuer aux différents postes d'infirmières, celui du service de Tao-dage et celui où est hospitalisée ma mère. »

Bien que Xiao Haiyang fût plutôt frêle et peu porté sur les travaux physiques, il lui était impossible de refuser la demande d'une jeune fille. Il lui emboîta donc le pas en silence, résigné à jouer les déménageurs.

Les caisses de fruits et les packs de boissons pesaient une tonne. Après seulement quelques dizaines de mètres entre l'entrée de l'hôpital et le bâtiment des hospitalisations, Xiao Haiyang eut l'impression que sa maigre musculature allait rendre les armes. Les veines de son cou saillirent sous l'effort tandis qu'il haletait bruyamment ; malgré le froid mordant de l'hiver, il était déjà couvert de sueur.

Yang Xin, prise de pitié devant ce spectacle, tenta de lui retirer une partie de sa charge.

— « Allez, on va tricher un peu et prendre un raccourci. Dis-moi, Xiao-dage, comment tu fais pour courir après les criminels avec une condition physique pareille ? »

Trop occupé à lutter pour retrouver son souffle, Xiao Haiyang fut incapable de lui répondre.

Parfaitement familière des lieux, Yang Xin le guida à travers plusieurs couloirs et passages. Lorsqu'elle l'entendit pousser un râle digne d'une vieille chaudière en fin de vie, elle lui désigna un renfoncement qui ne gênait pas la circulation.

— « Pose ça ici deux minutes. C'est juste devant. On passe cette porte, on tourne une fois et on y est. Quand tu déposeras les cartons à l'étage de ma mère, dis que ça vient des proches de Fu Jiahui. Et pour l'étage de Tao-dage, précise que c'est envoyé par la famille de Tao Ran. Les infirmières notent toujours ce genre d'attentions. Ensuite, elles prennent encore plus soin des patients. »

Elle eut un léger sourire.

— « Ce sont les anciens qui m'ont appris ça quand ma mère a été hospitalisée. »

Cette jeune fille venait à peine d'avoir vingt ans. Son père était mort depuis longtemps, sa mère n'avait plus beaucoup de temps devant elle, et toutes deux ne pouvaient compter que l'une sur l'autre.

Tout en poursuivant ses études, Yang Xin devait assurer les gardes à l'hôpital et apprendre à affronter seule les difficultés de la vie.

Xiao Haiyang connaissait bien la réputation de Yang Zhengfeng. En observant sa fille, une profonde tristesse l'envahit. Il chercha longtemps ses mots avant de déclarer d'une voix raide :

— « Je connais l'histoire de votre père. C'était un véritable héros. »

Yang Xin baissa les yeux et esquissa un sourire empreint d'amertume.

— « Héros ou pas, ça ne change plus grand-chose maintenant. De toute façon, il n'en sait plus rien. »

Elle marqua une pause.

— « Quand on y réfléchit, les héros et les criminels finissent souvent de la même manière. Ils meurent tous les deux, et sous terre, ils ne sont plus que des os qui se décomposent. À bien y regarder, les salauds ont parfois une vie plus facile : ils profitent de tout sans jamais se soucier des règles. »

Xiao Haiyang resta un instant sans voix.

Ces paroles avaient remué quelque chose en lui, sans qu'il soit capable de mettre un nom sur ce sentiment. Un silence pesant, teinté d'un certain embarras, s'installa alors entre eux.

Derrière, se trouvait la porte d'une cage d'escalier. Habituellement verrouillée, elle était rarement empruntée. Tout en assouplissant ses poignets engourdis, Xiao Haiyang laissa son regard errer à travers la vitre enchâssée dans le battant. Soudain, il aperçut une silhouette vêtue d'une tenue médicale traverser l'escalier à la hâte.

Les accès de cet étage étant normalement condamnés, il ne s'attendait absolument pas à voir quelqu'un surgir de là. Intrigué, il y jeta un regard plus attentif.

Et ce qu'il vit le fit aussitôt tiquer.

L'aide-soignant était un homme, et de grande taille qui plus est. Les hommes étaient déjà rares parmi le personnel infirmier ; lorsqu'on en croisait, il s'agissait généralement d'hommes d'âge mûr, rarement d'individus en pleine force de l'âge.

Celui-ci avait les épaules larges et une carrure solide. Sa démarche était rapide, presque pressée, comme s'il avait quelque chose à rattraper. À en juger par son allure, il ne devait pas avoir dépassé la quarantaine.

Il portait l'uniforme réglementaire de l’hôpital et un masque chirurgical qui dissimulait la majeure partie de son visage, ne laissant apparaître que ses yeux. Son regard croisa brièvement celui de Xiao Haiyang avant qu'il ne détourne aussitôt les yeux. Il esquissa un discret signe de tête et poursuivit son chemin sans ralentir.

Xiao Haiyang fronça légèrement les sourcils.

C'était peut-être une simple impression, mais cet homme lui avait semblé étrangement nerveux.

Avant qu'il n'ait le temps d'y réfléchir davantage, Yang Xin tira doucement sur sa manche.

Xiao Haiyang sursauta.

— « ... Oui ? Qu'est-ce que tu disais ? »
— « Je te demandais simplement », reprit Yang Xin en relevant le menton, « si le suspect qui a blessé Tao-ge et qui est hospitalisé ici allait bientôt sortir des soins intensifs. Combien de temps comptez-vous le garder à l'hôpital ? Les frais doivent être énormes. »

Durant une seconde, Xiao Haiyang la fixa avec une incrédulité manifeste.

— « Yin Ping va sortir des soins intensifs ? Qui t'a raconté ça ? »

Pourtant, Luo Wenzhou et les autres venaient à peine d'apprendre que son opération s'était mal déroulée et qu'il risquait même de conserver de lourdes séquelles neurologiques...

— « Je l'ai entendu à la cafétéria ce midi, quand je suis descendue commander le repas de ma mère... » Yang Xin s'interrompit brusquement, une expression inquiète traversant son visage. « Attends... Xiao-dage, ne me dis pas que c'est une information confidentielle ? »

Xiao Haiyang la dévisagea pendant deux longues secondes.

Puis, sans le moindre avertissement, il pivota sur ses talons et partit en courant.

Yang Xin bondit aussitôt sur ses pieds.

— « Xiao-dage ! »

Tout en s'éloignant à grandes enjambées, Xiao Haiyang tourna brièvement la tête.

— « Attends-moi ici ! Ne bouge surtout pas ! »

D'où venait cette rumeur prétendant que Yin Ping allait bientôt quitter les soins intensifs ?

Qui l'avait propagée ?

Et surtout, dans quel but ?

À l’extérieur de l’unité des soins intensifs, des policiers en civil effectuaient des rondes régulières, tandis que les hommes du Président Fei surveillaient discrètement les alentours un peu plus loin.

En raison du caractère hautement sensible de Yin Ping, la direction de l'hôpital avait exceptionnellement autorisé la présence permanente d'un inspecteur de la criminelle à l'intérieur même de la chambre, pourtant strictement interdite au personnel non médical en dehors des heures de visite. Revêtus de combinaisons stériles, les agents s'y relayaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Il restait encore une bonne demi-heure avant la relève.

Seul dans la chambre depuis déjà plus de trois heures, le policier de garde commençait inévitablement à ressentir les effets de la fatigue.

La mission était particulièrement ingrate. Impossible de discuter avec qui que ce soit, impossible de tuer le temps sur son téléphone. Enfermé dans sa combinaison de protection, le visage dissimulé derrière un masque chirurgical, il avait l'impression d'étouffer. Non seulement respirer lui demandait un effort constant, mais il devait également veiller à rester parfaitement silencieux afin de ne pas gêner le personnel médical. Lorsqu'il consulta sa montre pour la troisième fois, il se sentit cruellement en manque d'air. Même bâiller devenait pénible sous le masque. Ses paupières s'alourdissaient de minute en minute, comme si la gravité cherchait à les refermer de force.

C'est alors que quelqu'un entra dans la pièce.

L'agent releva aussitôt la tête, avant de la rebaisser avec déception.

Ce n'était pas son remplaçant.

Seulement un aide-soignant.

Les infirmières des soins intensifs passaient toutes les quinze minutes environ pour vérifier l'état du patient. L'une d'elles venait justement de quitter la chambre quelques instants plus tôt. L'aide-soignant avait sans doute raté son passage, car il se dirigea droit vers le policier.

À mesure qu'il approchait, l'agent constata qu'il s'agissait d'un homme.

Derrière son masque chirurgical, ses yeux étaient plissés en une expression qui ressemblait à un sourire exagérément affable.

L'inconnu s'arrêta près de lui et lui tapota familièrement l'épaule. Profitant de l'absence momentanée de l'infirmière, il fit mine d'avoir besoin d'aide et désigna quelque chose derrière lui.

Le policier tourna machinalement la tête.

À cet instant précis, une sensation glaciale lui traversa la nuque, là où sa combinaison laissait une mince bande de peau découverte.

Une seringue.

L'homme venait de lui planter une seringue dans le cou.

Pris de panique, il tenta de se débattre, mais son agresseur fut plus rapide.

L'aide-soignant possédait une force étonnante. D'une main, il lui plaqua fermement la bouche ; de l'autre, il immobilisa ses bras pour l'empêcher de résister. Le produit contenu dans la seringue se répandit aussitôt dans son organisme. Les mouvements désordonnés du policier s'affaiblirent à vue d'œil.

Quelques secondes plus tard, il s'affaissa mollement sur sa chaise, sans avoir pu émettre le moindre son.

L'aide-soignant le réinstalla calmement dans une position naturelle, comme s'il ne s'agissait que d'un homme assoupi. Puis il se tourna vers le lit de Yin Ping.

C'est à ce moment-là que l'infirmière fit son retour.

Absente seulement quelques minutes, elle s'immobilisa en découvrant la silhouette de cet homme penchée au-dessus du patient.

Son regard se chargea aussitôt de méfiance.

Les tournées du personnel d'entretien étaient planifiées à l'avance et coordonnées par les infirmières de garde. Ce n'était absolument pas l'heure de leur passage.

La jeune femme fronça légèrement les sourcils.

Élevant la voix par-dessus le bourdonnement continu des appareils médicaux, elle lança :

— « Hé, vous là-bas... »

L’aide-soignant ne réagit pas à l’interpellation.

Sans perdre une seconde, il plaqua une seconde seringue contre le cou de Yin Ping, toujours inconscient.

L’infirmière avait immédiatement senti que quelque chose n’allait pas. Elle se précipita vers lui, mais lorsqu’elle aperçut la seringue, son sang se glaça. Sans même avoir le temps d’appeler à l’aide, elle se jeta sur l’homme de toutes ses forces.

— « Qu’est-ce que vous faites ?! »

Au même moment, Xiao Haiyang, dont les jambes semblaient d’ordinaire uniquement destinées à le maintenir assis en équilibre, se surpassait complètement. Il traversait les couloirs à toute vitesse, fonçant vers les soins intensifs comme une bourrasque.

Sa course effrénée surprit même les policiers en civil chargés de la surveillance. Lorsqu’il atteignit enfin l’unité, sa vision se brouillait déjà sous l’effort.

Il dut s’appuyer contre le mur, plié en deux, les poumons en feu.

— « Est-ce que... est-ce qu’un inconnu est entré ? »
— « Il faut un badge pour passer cette porte. À part nous, seuls des membres du personnel sont entrés », répondit sèchement Lang Qiao, encore irritée par leur précédente discussion.

Puis quelque chose lui revint brusquement à l’esprit.

— « Attends... Si. Un aide-soignant vient justement de passer. »

Les pupilles de Xiao Haiyang se contractèrent aussitôt.

L’homme aperçu près de la cage d’escalier verrouillée.

Un médecin traversait justement le couloir. Sans réfléchir davantage, Xiao Haiyang lui arracha son badge des mains.

— « Hé ! Mais qu’est-ce que vous faites ? » protesta le praticien, abasourdi. « Vous ne pouvez pas entrer là-dedans ! Attendez ! »

Xiao Haiyang n’écouta même pas. Il passa le badge devant le lecteur et se rua à l’intérieur.

La porte heurta violemment le mur dans un fracas assourdissant.

Le bruit se mêla au cri aigu de l’infirmière.

Cette dernière s’était agrippée au bras de l’agresseur de tout son poids pour détourner la seringue, mais l’homme l’avait repoussée sans ménagement. Elle avait trébuché, tout en continuant à s’accrocher obstinément à sa manche.

En apercevant Xiao Haiyang, elle hurla de toutes ses forces :

— « À l’aide ! Il ne fait pas partie du personnel de l’hô— »

Elle n’eut pas le temps d’achever sa phrase.

L’homme la tira brutalement contre lui, verrouilla un bras autour de son cou et pressa la lame d’un petit couteau contre sa carotide.

— « Pas un geste ! »

Xiao Haiyang s’immobilisa aussitôt.

Les mains levées, il fixa l’homme sans bouger.

Un face-à-face mortel venait de s’engager, les deux hommes figés dans un équilibre aussi fragile que précaire.

Lorsqu’il reçut l’appel de Luo Wenzhou, Fei Du leva une main pour interrompre Zhou Huaijin.

Celui-ci le regarda avec une inquiétude grandissante à mesure que les traits du jeune homme se durcissaient.

— « Que se passe-t-il ? »
— « Une légère complication », répondit simplement Fei Du en abaissant son téléphone.

Zhou Huaijin esquissa un geste de la main.

— « Je vous ai déjà révélé l’essentiel. Si une urgence vous attend, allez-y. Nous pourrons nous revoir une autre fois... »
— « Zhou-ge », le coupa brusquement Fei Du, « seriez-vous prêt à témoigner officiellement ? »

Zhou Huaijin resta un instant interdit.

— « Je sais que le clan Zhou compte encore plusieurs actionnaires, sans parler du reste de votre famille », poursuivit Fei Du d’une voix calme. « Mener ces recherches en secret et accepter de partager ces informations avec moi représentait déjà un immense pas. Je comprends parfaitement que vous n’ayez aucune envie d’aller plus loin. »

Les lèvres de Zhou Huaijin tremblèrent légèrement.

Dans le calme feutré du petit salon privé, il soutint son regard avec une nervosité difficile à dissimuler.

— « Vous êtes innocent dans cette affaire. Huaixin l’était également », reprit Fei Du. « Mais vous portez le nom de Zhou. À partir du moment où Zhou Junmao et Zheng Kaifeng ont engagé un tueur à gages, à partir du moment où ils ont fait assassiner Zhou Yahou, vous avez été entraîné dans cette histoire malgré vous. »

Il marqua une pause.

— « Zhou-ge, à ce stade, il est devenu impossible de ne penser qu’à votre propre survie. »

Les paupières de Zhou Huaijin frémirent.

Après un long silence, il murmura :

— « Vous avez raison. Certaines choses étaient décidées depuis le début. »

Comme sa propre naissance.

Un événement entouré de tant d’ambiguïtés que même la femme qui l’avait mis au monde aurait été incapable d’affirmer avec certitude de quel homme il était réellement le fils.

— « J'ai l'intime conviction que la question entourant Yang Bo est d'une importance capitale », affirma Fei Du.

Zhou Huaijin inspira profondément. Ses doigts se crispèrent autour de sa tasse de thé au point d'en blanchir les jointures.

Sous couvert d'un simple voyage touristique, il s'était rendu seul aux Philippines en suivant la piste du code-barres laissé par Mme Zhou, avant de rentrer discrètement au pays. Il avait pris toutes les précautions possibles pour ne pas attirer l'attention.

Ce qu'il avait découvert était effroyable. Les racines profondes de toute une série de scandales liés au clan Zhou.

Pourtant, sa démarche n'avait jamais eu pour objectif que d'obtenir des réponses pour lui-même. D'un point de vue juridique, tout cela n'avait plus guère de valeur : tous les acteurs de cette tragédie, qu'ils aient mérité la compassion ou le mépris, étaient morts depuis longtemps.

S'il avait tenu à rencontrer Fei Du en privé, c'était avant tout pour se délester d'un poids devenu insupportable. Il avait même déjà acheté son billet de retour et projetait de se retirer dans le lieu isolé où Zhou Huaixin avait appris à peindre.

— « Vous avez désormais percé à jour les secrets de la génération précédente », poursuivit Fei Du. « Mais une question demeure, et personne n'y a encore apporté de réponse satisfaisante. »

Il marqua une pause.

— « Zheng Kaifeng a orchestré la mort de Zhou Junmao en manipulant Dong Qian. Alors pourquoi Dong Xiaoqing a-t-elle complètement ignoré Zheng Kaifeng, pourtant présent à l'hôtel, pour courir jusqu'à l'hôpital et tenter de vous poignarder, vous ? »

Zhou Huaijin le fixa, abasourdi.

— « N'avez-vous pas vous-même expliqué que Zheng Kaifeng avait usurpé mon identité pour l'engager ? »
— « Les tueurs auxquels Zheng Kaifeng faisait appel évoluaient dans un cercle extrêmement fermé. On ne pouvait pas simplement pousser la porte et passer commande. » Fei Du plongea son regard dans le sien. « Zhou-ge, faites-vous partie de ce genre de cercle ? »
— « Quoi ?! »

L'exclamation lui échappa aussitôt, étranglée par la stupeur.

— « Si la réponse est non, alors Zheng Kaifeng ne pouvait tout simplement pas utiliser votre nom. » Fei Du articula chaque mot avec calme. « D'autant plus que son plan initial consistait à faire disparaître Zhou Junmao dans ce qui aurait ressemblé à un banal accident de voiture, sans éveiller le moindre soupçon. Ce n'était pas sa première opération de ce genre, et il n'avait jamais commis d'erreur auparavant. Pourquoi aurait-il soudain pris les devants en préparant une couverture au cas où son complot viendrait à être découvert ? »

L'esprit de Zhou Huaijin sombra dans un désordre complet.

Il avait déjà l'impression que des mois entiers de recherches et de cavale avaient fait voler en éclats toutes les certitudes auxquelles il s'était raccroché. À présent, Fei Du venait une nouvelle fois de renverser tout l'édifice, le replongeant dans une confusion totale.

Fei Du lui jeta un long regard avant de se lever.

— « Attendez ! »

Deux minutes plus tard, Zhou Huaijin avait annulé son projet de retraite loin du monde et pris place à l'arrière d'une berline lancée à vive allure en direction de l’Hôpital numéro 2.

— « J'ai examiné en détail les circonstances de la mort du père de Yang Bo, il y a treize ans », expliqua Zhou Huaijin. « Le véhicule qu'il a percuté était un monospace d'affaires de sept places. À son bord se trouvait toute l'équipe technique d'une société qui se rendait à la séance d'ouverture des offres pour l'attribution d'un important marché foncier. En temps normal, ce contrat leur revenait déjà de droit. »
— « Et l'affaire a été classée comme un simple accident ? » demanda Luo Wenzhou en négociant un virage à vive allure. « Tuer d'un seul coup tous les occupants d'un véhicule n'a rien d'anodin, surtout à un moment aussi sensible. Personne n'a soupçonné un assassinat déguisé ? »
— « Non », répondit Zhou Huaijin. « En réalité, les personnes impliquées dans le dossier savaient parfaitement qu'il ne s'agissait pas d'un accident. Mais à cette époque, les médias n'avaient pas la puissance qu'ils ont aujourd'hui, et l'affaire a été étouffée sans difficulté. Je n'ai réussi à remonter la piste qu'en passant par d'anciens partenaires commerciaux. »

Le père de Yang Bo s'appelait Yang Zhi.

Au moment de la collision, il portait des vêtements couverts de slogans peints en rouge dénonçant les expulsions forcées. Or, le terrain concerné par l'appel d'offres faisait justement l'objet de soupçons d'expropriations abusives, et la famille Yang figurait parmi les victimes.

— « Avant l'incident, la société concurrente avait envoyé plusieurs véhicules de repérage dans le secteur. Pour un citoyen ordinaire, il est difficile de faire la différence entre les promoteurs immobiliers et les responsables des démolitions. Yang Zhi a probablement pris cette voiture pour celle de la personne directement responsable de son malheur. Par la suite, l'affaire a été réglée discrètement par des indemnisations privées, et la version officielle a retenu la thèse de l'accident. »

Les sourcils de Luo Wenzhou se froncèrent davantage.

— « Mais ce qui est intéressant », poursuivit Zhou Huaijin, « c'est qu'après la mort de Yang Zhi, sa veuve a touché une importante compensation financière et s'est installée à Yancheng. Elle a emménagé dans une résidence haut de gamme dont le loyer dépassait largement ses moyens réels. Plus tard, Yang Bo est même parti étudier à l'étranger grâce à une bourse intégralement financée par le clan Zhou. »
— « Pourtant, l'accident provoqué par Yang Zhi n'a jamais bénéficié au clan Zhou », objecta Luo Wenzhou. « Zhou Junmao et les siens n'avaient absolument aucune raison de lui verser la moindre compensation supplémentaire. Pourquoi auraient-ils fait ça ? »
— « Un otage », souffla Fei Du.
— « Pour faire pression sur qui ? »
— « Un jeune homme sans statut particulier ne peut généralement servir de levier que contre ses propres parents. » Fei Du gardait les yeux fixés sur le paysage qui défilait derrière la vitre. « Sa mère s'est installée à Yancheng... Dans quel but Zheng Kaifeng aurait-il pu vouloir la garder sous la main ? Treize ans plus tôt... »

Soudain, une pensée traversa l'esprit de Fei Du comme un éclair.

Ses yeux, habituellement à demi clos, s'ouvrirent brusquement.

Il venait de comprendre quelque chose.

 

 

 

 

 

 Les pièces du puzzle sont nombreuses 0_0

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Vous pouvez me retrouver sur : Instagram - TikTokWattpad  - AO3 -Tumbler

 

Retour au sommaire 

 

Commentaires

Populaires

Silent Reading : Chapitre 115 - Verhovensky XXVI

Top Edge : Chapitre 10 - Il faudra payer pour continuer à mater

Bienvenue sur Danmei Traduction FR