Silent Reading : Chapitre 138 - Edmond Dantès X
Pris de court par cette menace de licenciement, Xiao Haiyang resta un instant interdit.
N'ayant manifestement pas remarqué l'humeur massacrante de son supérieur, il réfléchit très sérieusement à la question.
— « Pourquoi ? J'ai encore enfreint le règlement ? »
Luo Wenzhou poussa un long soupir.
Cette réaction totalement inattendue eut le mérite de dissiper une bonne partie de sa colère. Il demeura silencieux quelques secondes avant de lâcher avec irritation :
— « Qu'est-ce que tu veux ? »
L'expression de Xiao Haiyang se fit aussitôt grave.
— « Capitaine Luo, vous êtes toujours à l'hôpital ? Ne bougez pas, j'arrive tout de suite. J'ai quelque chose d'important à vous dire en personne. »
Pour une fois, le Binoclard ne mentait pas lorsqu'il parlait d'urgence.
À peine cinq minutes plus tard, il faisait irruption dans l'hôpital, accompagné d'une bourrasque d'air glacé.
Le service d'hospitalisation était bondé et peu propice aux conversations confidentielles. Ils finirent donc par se réfugier dans le petit jardin situé derrière le bâtiment et s'installèrent autour d'une table de pierre.
Cet espace était habituellement réservé aux promenades des patients. Mais en plein hiver, alors que le froid mordait jusqu'aux os et que l'eau gelait presque instantanément, personne ne s'y aventurait. Pas même un corbeau.
Xiao Haiyang étala sur la table deux curriculum vitæ ainsi qu'un formulaire imprimé, puis renifla bruyamment.
—
« Vous m'avez demandé d'enquêter sur les deux personnes qui
accompagnaient l'Adjoint Tao aujourd'hui ainsi que sur le registre
d'utilisation du véhicule. J'ai tout apporté. Voici leurs dossiers.
Parmi les personnes présentes lors de la visite chez Yin Ping, il y
avait Wu-ge de notre brigade, ainsi que Kong Weichen, un policier du
Méridien. »
— « Je connais Xiao-Wu. Je l'ai vu grandir depuis sa
sortie de l'école. Si mon Shifu était encore en vie, il serait devenu
mon petit Shidi. » Luo Wenzhou balaya la remarque d'un geste. « Quant à
Kong Weichen, inutile de s'attarder sur lui pour l'instant. Le plus
important, c'est... »
— « Justement, il y a quelque chose d'important à propos de Kong Weichen », l'interrompit Xiao Haiyang.
Avec ses doigts raidis par le froid, il tira maladroitement le CV concerné.
— « Capitaine Luo, vous vous souvenez du programme municipal "Les entreprises publiques soutiennent l'éducation" ? »
Luo Wenzhou leva un sourcil.
— « Oui. Et alors ? »
Ce genre d'opération relevait davantage de la communication institutionnelle que d'une véritable aide. Chacun faisait un don symbolique, prenait quelques photos officielles, puis un article paraissait dans le journal local avant que tout le monde passe à autre chose.
D'ailleurs, le programme avait disparu depuis plusieurs années.
— « À l'époque, l'école Hongzhi du Méridien collaborait avec le Commissariat Central », expliqua Xiao Haiyang sous le regard résigné des trois autres. « Plusieurs cadres du Central étaient venus inspecter l'établissement. Chacun avait versé deux mille yuans afin de parrainer un élève méritant. Kong Weichen faisait partie des bénéficiaires. »
Un mauvais pressentiment traversa aussitôt Luo Wenzhou.
— « Où veux-tu en venir ? »
—
« J'ai consulté les archives de l'école. L'un des parrains de Kong
Weichen était Zhang Chunjiu. » Xiao Haiyang marqua une pause. « Oui,
l'ancien Directeur Zhang, muté il y a six mois. Et juste avant d'emmener
l'Adjoint Tao chez Yin Ping, Kong Weichen lui a passé un appel. »
Lang Qiao afficha immédiatement une expression perdue, submergée par l'avalanche d'informations.
À l'inverse, Fei Du fronça légèrement les sourcils.
Le visage de Luo Wenzhou s'assombrit instantanément.
— « Xiao Haiyang, tu réalises la gravité de ce que tu avances ? »
— « Parfaitement. »
Il sortit un relevé téléphonique imprimé.
— « J'ai les relevés d'appels. J'ai également vérifié l'information auprès de Wu-ge. Il m'a confirmé qu'avant leur départ, il avait vu Kong Weichen téléphoner. »
"Mon supérieur suit cette affaire de très près. Je lui fais un compte-rendu."
— « Wu-ge a simplement supposé qu'il s'agissait d'un responsable de son poste et n'y a pas prêté attention. » Xiao Haiyang releva les yeux. « J'ai également découvert que Kong Weichen avait été affecté à l'origine dans le district de Qingyuan. Sa mutation vers le Méridien, sa ville natale, n'a été possible que grâce à l'intervention personnelle du Directeur Zhang. »
Une épaisse masse nuageuse dériva devant le soleil, engloutissant la dernière source de chaleur.
L'instant d'après, le petit pavillon de pierre sembla sombrer dans une pénombre glaciale.
Un silence pesant s'abattit sur les lieux.
Lang Qiao prit soudain conscience que sa maigre chaleur corporelle n'avait jamais réussi à réchauffer le banc de pierre sous elle. Malgré le temps passé assise là, le froid continuait de remonter à travers ses vêtements pour s'infiltrer jusque dans ses os. Elle frissonna involontairement.
Après un long moment, elle retrouva enfin ses esprits.
Puis la colère explosa.
Une colère si violente qu'elle ressemblait à celle d'une croyante voyant quelqu'un profaner l'image de sa divinité.
Elle se leva d'un bond.
— « Xiao Haiyang, t'es malade ou quoi ? » lança-t-elle. « Une bourse scolaire, une mutation professionnelle... et toi tu vas fouiller jusque-là ? Tu te prends pour un agent du renseignement1 ? Pendant que tout le monde joue aux cartes et raconte des bêtises, toi tu mémorises chaque phrase pour y chercher des messages codés ? Quel gâchis que tu ne sois pas né sous la dynastie Qing. Avec ton caractère, tu aurais été un champion de l'inquisition littéraire ! »
Comme toujours, Xiao Haiyang ne prêta aucune attention à son expression.
Son ton demeura parfaitement neutre.
—
« Lorsque le Directeur Zhang était encore en fonction, les postes de
police des districts environnants relevaient de son autorité.
Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Le Méridien n'a plus aucun lien
hiérarchique avec lui. Alors pourquoi Kong Weichen l'a-t-il appelé à ce
moment-là ? Je sais qu'il est considéré comme un héros. Je sais aussi
que si les policiers du Méridien apprenaient ce que je viens de dire,
ils me passeraient probablement à tabac. Toi-même, tu as envie de me
frapper. Mais que cela vous plaise ou non, ce sont les conclusions de
mon enquête. Ce sont des faits. »
— « N'importe quoi ! » explosa Lang
Qiao. « Qui irait tendre un piège à quelqu'un pour ensuite lui sauver
la vie ? Et risquer la sienne au passage ? Le Directeur Zhang a déjà
quitté la première ligne depuis longtemps, et toi tu continues à salir
sa réputation ! »
Xiao Haiyang joignit les mains devant lui.
— « Évidemment que moi, je ne ferais pas ça. Mais les gens ne raisonnent pas tous de la même manière. Je ne peux pas savoir ce qu'ils ont dans la tête. »
Lang Qiao lui saisit brutalement le col.
Xiao Haiyang fut tiré vers l'avant. Ses côtes heurtèrent violemment le bord de la table de pierre tandis que ses lunettes glissaient de travers sur son visage.
— « Hé, doucement... » intervint Luo Wenzhou.
— « Attends. Laisse-moi parler. »
Fei Du posa doucement sa main sur le poignet de Lang Qiao.
Ses doigts, restés jusque-là au chaud dans la poche de son manteau, conservaient encore un peu de chaleur. Une légère couleur rosée teintait l'extrémité de ses phalanges, et le bord d'un pull crème dépassait de sa manche.
À côté de cette main-là, celle de Lang Qiao paraissait livide. Les veines et les os saillaient sous sa peau tendue.
Sans même s'en rendre compte, elle relâcha légèrement sa prise.
— « Premièrement », dit calmement Fei Du, « rien ne prouve qu'il existe un lien direct entre l'appel de l'Officier Kong au Directeur Zhang et la fuite d'informations. Du moins, pas tant que nous ne disposons pas du relevé complet de ses communications démontrant qu'il a effectivement transmis quelque chose au moment où Tao Ran est retourné chez Yin Ping. »
Il marqua une courte pause.
— « Deuxièmement, même si la fuite est passée par lui, cela ne signifie pas forcément qu'il l'a fait volontairement. »
Xiao Haiyang ouvrit la bouche.
Fei Du retira tranquillement la main de Lang Qiao du col de son collègue et se plaça entre eux.
— « Je vais prendre un exemple un peu délicat. Haiyang, ne le prenez pas mal. » Il le regarda droit dans les yeux. « Si l'Officier Gu était encore vivant, qu'il était votre supérieur direct et qu'il vous demandait de faire quelque chose pour les besoins d'une enquête confidentielle, quelque chose dont vous ne comprendriez pas tous les enjeux... lui obéiriez-vous sans poser de questions ? »
Pour une raison difficile à expliquer, les paroles de Fei Du étaient souvent les seules capables de franchir les défenses de Xiao Haiyang.
Celui-ci resta silencieux quelques secondes.
Puis il acquiesça.
— « Vous avez raison. »
— « Et l'autre policier ? Et la voiture ? » demanda Fei Du. « Vous avez trouvé quelque chose de ce côté-là ? »
—
« Oui. Aujourd'hui, le Commissariat Central est un véritable champ de
bataille. J'en ai profité pour récupérer le dossier personnel de Wu-ge.
C'est un enfant du pays, il n'est pas en service depuis très longtemps.
Son parcours et ses antécédents familiaux sont parfaitement ordinaires.
Pour le moment, je n'ai rien trouvé de suspect, mais je vais continuer à
vérifier », répondit Xiao Haiyang en remettant machinalement son col et
ses lunettes en place. « Quant à la voiture de service, elle est dans
un état catastrophique. L'épave est en cours d'expertise et les
résultats ne sont pas encore disponibles. Elle n'a subi aucune
maintenance récente, mais elle a énormément roulé ces derniers temps.
Depuis l'arrestation de Lu Guosheng et des autres, elle est pratiquement
utilisée sans interruption. En d'autres termes, presque tous les agents
de terrain l'ont conduite. Si le problème vient du véhicule, alors tous
les membres de notre brigade sont potentiellement concernés. »
Une fois encore, Xiao Haiyang venait de jeter un froid glacial sur l'assemblée.
Enquêter sur ses propres collègues était probablement la tâche la plus pénible qui soit. Seul quelqu'un comme lui, totalement étranger aux subtilités des relations humaines et aux considérations politiques, pouvait aborder une telle question avec autant de détachement.
Son regard passa d'un visage à l'autre. Voyant que personne ne réagissait, il poursuivit :
— « À mon avis, la priorité absolue désormais est... »
Luo Wenzhou sentit presque sa nuque se hérisser.
— « Je t'en supplie, ferme-la deux minutes et laisse-nous respirer », l'interrompit-il d'un ton presque implorant.
—
« Je n'ai pas terminé », répliqua Xiao Haiyang en remontant ses
lunettes. Que les autres aient envie de l'écouter ou non, sa bouche
continuait à débiter ses conclusions. « Je pense qu'il faut comprendre
au plus vite pourquoi le Directeur Zhang s'intéressait autant à cette
affaire et déterminer si ces deux pick-up ont un lien avec lui. »
Lang Qiao tenta d'intervenir :
— « Enfin... plus tôt cette année, le Directeur Zhang a... »
—
« Plus tôt cette année, le Directeur Zhang a été muté. C'est
précisément pour cette raison que l'équipe d'enquête ne s'est pas encore
intéressée à lui », coupa Xiao Haiyang en élevant légèrement la voix. «
Mais n'oublie pas que lorsque les caméras de la salle 203 ont été
réparées, c'était encore lui qui dirigeait le Commissariat Central.
Combien d'années a-t-il occupé ce poste ? Même après son départ, son
influence reste considérable. Sais-tu combien de personnes continuent à
lui rendre des comptes, consciemment ou non ? Sans parler du système
informatique que nous utilisons aujourd'hui sur le terrain, qui a été
déployé sous sa direction. Lors de l'arrestation de Zheng Kaifeng,
comment Yang Bo a-t-il pu obtenir un plan détaillé du dispositif
d'intervention alors que certains de nos propres agents ne le
maîtrisaient même pas complètement ? »
Lang Qiao resta un instant sans voix.
Elle n'était pas aussi redoutable que lui lorsqu'il s'agissait de débattre et devait mobiliser toute sa volonté pour ne pas lui sauter à la gorge une seconde fois.
— « Des preuves », trancha Luo Wenzhou pour couper court à l'escalade. « Xiao Haiyang, l'homme dont tu parles est l'ancien directeur du Commissariat Central. Si tu me rapportes des preuves solides, je les transmettrai moi-même à la hiérarchie. Mais tant que tu n'en as pas, nous considérerons que cette conversation n'a jamais eu lieu. »
Il marqua une pause avant d'ajouter :
— « Et je te préviens. Le jour des funérailles de l'Officier Kong, tu iras t'agenouiller trois fois devant son cercueil pour lui demander pardon. Sinon, Tao Ran ne te le pardonnera jamais. »
À l'évocation de Tao Ran, Xiao Haiyang se figea enfin.
Ses lèvres se pincèrent légèrement.
Luo Wenzhou lui fit un signe de la main, visiblement épuisé.
— « Allez. Oust. »
Pourtant, Xiao Haiyang ne bougea pas.
Il resta debout au même endroit, ses mains, rougies par le froid, le long de son corps. Ses doigts se crispaient puis se relâchaient nerveusement.
Il avait toujours été ainsi.
Qu'il se trouve au milieu d'une foule ou complètement seul, il donnait constamment l'impression d'être isolé du reste du monde. Son esprit semblait habité en permanence par le doute et la méfiance, comme s'il soupçonnait jusqu'à l'air qu'il respirait.
Il n'existait qu'une seule exception.
Tao Ran.
Tao Ran était quelqu'un de profondément bon. Patient. Bienveillant. À première vue, il pouvait sembler un peu désinvolte, comme quelqu'un qui avançait au jour le jour sans trop se soucier du lendemain. Pourtant, il prenait toujours soin de ceux qui l'entouraient.
Bien qu'ils n'aient ni le même caractère ni la même apparence, Xiao Haiyang retrouvait souvent en lui quelque chose de Gu Zhao.
Depuis leur première collaboration sur l'affaire He Zhongyi, alors qu'il travaillait encore au détachement du Marché aux Fleurs, il avait développé envers Tao Ran une forme de proximité presque fraternelle.
Les tentatives d'assassinat successives de ces derniers jours lui donnaient l'impression terrifiante que le temps remontait en arrière.
Comme si l'histoire se répétait.
Comme si lui aussi était sur le point de se recroqueviller derrière une forêt d'épines, incapable de répondre à la peur, à la colère et à l'injustice autrement que par une méfiance toujours plus grande.
— « Si tu as encore quelque chose à dire, dis-le franchement », lança Luo Wenzhou.
Après une brève hésitation, Xiao Haiyang demanda à voix basse :
— « Je… j’aimerais aller voir l’Adjoint Tao. Est-ce que c’est possible ? »
Son capitaine le fixa un long moment avant d’acquiescer d’un léger signe de tête.
Xiao Haiyang ne perdit pas une seconde de plus et s’éloigna d’un pas rapide.
Lorsqu’il eut disparu au bout de l’allée, la colère de Lang Qiao s’était déjà dissipée sous les assauts du vent glacial. Malgré elle, les paroles du jeune homme continuaient de résonner dans son esprit. Plus elle y réfléchissait, plus une sensation de vertige s’emparait d’elle.
Et ce qui l’effrayait le plus, c’était qu’elle commençait peu à peu à le trouver convaincant.
— « Capitaine Luo… » murmura-t-elle. « Quand le système de vidéosurveillance a été réparé l’année dernière… je crois bien que c’était effectivement… »
« Lao Zhang était un peu plus âgé que nous. Avant d’être muté au Commissariat Central, il avait déjà accompli des exploits remarquables. »
« C’était celui qui s’entendait le mieux avec tout le monde. Pour nous tous, c’était comme un grand frère. »
« La famille de Lao Zhang faisait des affaires… »
« Gu Zhao soupçonnait l’existence d’une taupe au sein du Commissariat Central. C’est pour cela qu’il avait choisi d’enquêter seul. Mais il connaissait aussi les procédures. Lorsqu’il a finalement localisé le Louvre, il a forcément dû choisir quelqu’un en qui il avait une confiance absolue pour recueillir les preuves avec lui. »
Une question revenait sans cesse.
Pourquoi une organisation dont les activités s’étendaient à l’international, capable de blanchir de l’argent et de commettre des crimes au-delà des frontières, avait-elle choisi Yancheng comme bastion principal ?
Après la mort de Gu Zhao, Yang Zhengfeng avait assumé la responsabilité de l’échec en tant que supérieur direct. Il avait écopé d’une sanction disciplinaire et abandonné la direction de la brigade criminelle à Zhang Chunjiu.
Tous deux possédaient des états de service comparables, mais Zhang Chunjiu passait pour quelqu’un de plus stable et plus mesuré.
Sous sa direction, la brigade criminelle avait accumulé les distinctions. L’ordre public de Yancheng était devenu d’un calme presque irréel. Pendant des années, on aurait dit que tous les criminels de la ville avaient disparu ou décidé de prendre leur retraite en même temps.
Les statistiques étaient éclatantes, le taux de criminalité chutait et le taux d’élucidation grimpait. Zhang Chunjiu avait ainsi franchi les échelons les uns après les autres jusqu’aux plus hautes fonctions.
Était-ce réellement le résultat d’une gestion exemplaire ?
Ou bien…
Lang Qiao n’avait pas complètement tort.
Presque tout avait commencé à s’effondrer après le départ du Directeur Zhang.
En une seule année, le Commissariat Central avait traité presque autant d’affaires majeures que durant la décennie précédente réunie.
Était-ce parce qu’une fois disparue la force stabilisatrice qu’incarnait Zhang Chunjiu, toutes les forces obscures s’étaient précipitées hors de leurs tanières pour semer le chaos ?
Ou fallait-il envisager l’inverse ?
Peut-être qu’une fois ce gigantesque parapluie protecteur retiré, les monstres tapis dans son ombre avaient tout simplement perdu l’endroit où se cacher.
— « Xiao-Lang », ordonna Luo Wenzhou, « reste à l'hôpital et ne quitte pas Yin Ping des yeux. Qu'il perde complètement la tête ou qu'il demeure à l'état végétatif, peu importe : il ne doit rien lui arriver. »
L’inspectrice acquiesça aussitôt.
— « Compris. »
— « Et n'y va pas les mains vides », ajouta Luo Wenzhou en abaissant légèrement la voix. « Va demander une arme de service. »
Une chair de poule glaciale remonta le long de la nuque de Lang Qiao.
Face à l'expression impassible de son capitaine, elle n'osa pas poser davantage de questions. Elle se leva d'un bond et partit en courant.
Luo Wenzhou poussa un long soupir.
Il attrapa le poignet de Fei Du et se mit à frotter machinalement l'os saillant de son articulation, encore et encore.
Si la taupe appartenait à la même génération que Gu Zhao, il s'agissait forcément d'un ancien dont la réputation et le statut étaient irréprochables. Luo Wenzhou l'avait compris depuis longtemps. Pourtant, maintenant que le masque menaçait enfin de tomber, son esprit demeurait désespérément vide.
C'était trop difficile.
Accepter cette possibilité, soupçonner et enquêter, employer contre l'un des leurs les méthodes qu'il réservait d'ordinaire aux criminels les plus retors et aux pires ordures...
C'était au-dessus de ses forces.
— « Nous n'avons aucune preuve », murmura Luo Wenzhou. « Que l'équipe d'intervention s'en prenne au Directeur Lu ou au Directeur Zhang ne change rien. Xiao Haiyang bâtit toute sa théorie sur son instinct et son imagination. Ce ne sont que des spéculations. Même Wei Zhanhong ignore l'identité exacte de la taupe. À moins que Yin Ping ne se réveille et ne désigne clairement le coupable... »
Il marqua une pause avant de reprendre :
— « Et même dans ce cas, vu le personnage qu'il est, sa parole seule ne vaudrait rien. Sans preuve matérielle pour l'étayer... »
- Agent du Juntong (軍統) : Le Juntong, ou Bureau d'enquête
et des statistiques militaires, est le principal service de
renseignement du gouvernement nationaliste de la République de Chine
(Kuomintang) durant la guerre sino-japonaise et la guerre civile
chinoise.
- Aperçu historique : Héritier des premiers
réseaux de renseignement mis en place par Tchang Kaï-chek, le Juntong
est officiellement structuré en 1938 sous la direction de Dai Li,
souvent surnommé le « maître-espion » du régime. Jusqu'à sa mort dans un
accident d'avion en 1946, Dai Li transforme l'organisation en un vaste
appareil de renseignement et de sécurité intérieure. Après sa
disparition, le service est progressivement démantelé et réorganisé, ses
différentes fonctions étant réparties entre plusieurs organismes du
gouvernement nationaliste.
- Rôle et missions : Le
Juntong est chargé du contre-espionnage, de l'infiltration, du
renseignement et des opérations clandestines. Ses agents opèrent
derrière les lignes ennemies pendant la guerre contre le Japon
(1937-1945), menant des missions de sabotage, de guérilla et de collecte
d'informations. L'organisation joue également un rôle central dans la
lutte contre les communistes chinois, à travers des opérations de
surveillance, d'infiltration et de répression.
- Culture et méthodes :
Sous l'impulsion de Dai Li, le Juntong développe une culture interne
exigeante mêlant nationalisme fervent, discipline militaire et influence
des sociétés secrètes traditionnelles chinoises. Les recrues sont
encouragées, et parfois contraintes, à sacrifier leur vie personnelle au
profit de leur mission. Redoutée à travers toute la Chine,
l'organisation acquiert la réputation d'une véritable police secrète,
recourant à la surveillance, aux arrestations arbitraires, à la torture
et aux assassinats politiques.
- Fin et héritage : Après la victoire communiste de 1949, les réseaux nationalistes restés sur le continent sont progressivement démantelés. De nombreux agents sont exécutés, emprisonnés ou contraints à la clandestinité. Les structures repliées à Taïwan servent toutefois de base aux futurs services de renseignement de la République de Chine, dont est issu l'actuel Military Intelligence Bureau.
- Aperçu historique : Héritier des premiers
réseaux de renseignement mis en place par Tchang Kaï-chek, le Juntong
est officiellement structuré en 1938 sous la direction de Dai Li,
souvent surnommé le « maître-espion » du régime. Jusqu'à sa mort dans un
accident d'avion en 1946, Dai Li transforme l'organisation en un vaste
appareil de renseignement et de sécurité intérieure. Après sa
disparition, le service est progressivement démantelé et réorganisé, ses
différentes fonctions étant réparties entre plusieurs organismes du
gouvernement nationaliste.
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