Silent Reading : Chapitre 136 - Edmond Dantès VIII

 

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Un courant d'air glacé s'engouffra soudain par l'étroite ouverture de la fenêtre restée entrouverte. Le battant se mit à vibrer bruyamment. Sur le rebord, un pot à crayons vacilla avant de tomber au sol dans un fracas métallique.

Pris au dépourvu, Fei Du releva brusquement la tête.

Au même instant, la sonnerie du téléphone retentit, brutale comme un coup de tonnerre.

Luo Wenzhou venait à peine de franchir la porte du bureau. Sans même prendre le temps de reprendre son souffle, il se précipita sur le téléphone fixe.

— « Allô ? »

Sans qu'il sache pourquoi, le cœur de Fei Du se serra.

Puis il vit le visage de Luo Wenzhou changer brusquement.

— « Quoi ? Qu'est-ce que tu viens de dire ?! »
— « ... Les deux pick-up impliqués dans l'accident transportaient des produits inflammables et explosifs. L'incendie s'est déclaré au moment de l'impact avec le véhicule de l'Adjoint Tao. L'un des conducteurs est mort sur le coup. Le second est décédé de ses brûlures pendant son transfert à l'hôpital. Capitaine, ce n'était pas un accident. C'était intentionnel... »

Toutes les pensées soigneusement ordonnées dans l'esprit de Luo Wenzhou se brisèrent net.

Un bourdonnement assourdissant envahit ses oreilles.

— « O-où ? Dans quel hôpital ? »

Cinq minutes plus tard, l'ensemble du Commissariat Central était passé en état d'alerte.

Tous les effectifs de la brigade criminelle et de la brigade de répression du banditisme, qu'ils soient au bureau ou en intervention sur le terrain, abandonnèrent immédiatement leurs tâches pour converger vers l'Hôpital Numéro Deux de Yancheng.

Dans l'habitacle de la voiture, le chauffage soufflait à pleine puissance.

L'air chaud et sec balayait continuellement leurs visages, mais aucun d'eux ne semblait capable d'en ressentir la moindre chaleur.

À mi-chemin, Luo Wenzhou tendit soudain la main vers Fei Du.

Sa main était glacée.

Une froideur presque irréelle, comme si elle venait d'être sortie d'un congélateur. Depuis qu'ils avaient appris la nouvelle, le jeune homme n'avait plus prononcé un mot. Il restait assis sans bouger, le corps figé. Seuls les battements occasionnels de ses paupières trahissaient encore sa présence. Lorsque Luo Wenzhou serra sa main, Fei Du sembla émerger de sa torpeur. Il referma discrètement ses doigts autour des siens.

Comme pour se soutenir mutuellement.

Luo Wenzhou lui lança un regard inquiet. Habituellement, ce sont les extravagances de Fei Du qui lui donnaient des maux de tête. Aujourd'hui, c'était son silence qui lui faisait peur.

Sans relâcher sa main, il força son esprit à se remettre en marche et composa un numéro.

— « C'est moi. J'arrive dans cinq minutes. Où êtes-vous exactement ? Quelle est la situation ? »

À l'autre bout du fil, l'inspecteur de la criminelle qui avait accompagné Tao Ran au Méridien avait la voix complètement cassée. Il semblait lutter de toutes ses forces contre ses sanglots.

Après leur avoir indiqué le service concerné, il finit par craquer.

— « Nous devions rentrer aujourd'hui... Mais l'Adjoint Tao a trouvé quelque chose d'anormal concernant Yin Ping. Quand nous sommes revenus pour l'arrêter, il s'était déjà enfui sur son scooter électrique. Il avait provoqué un accident avant de prendre la fuite. Comme la victime avait signalé les faits, nous avons pu déterminer sa position. Je ne sais pas pourquoi l'Adjoint Tao était aussi pressé. Il a refusé d'attendre les renforts... »

Le regard de Fei Du se fixa sur l'écran du téléphone dont le haut-parleur était activé.

Son esprit se mit immédiatement à tourner à toute vitesse.

Dès l'instant où Yin Ping avait pris la fuite, les procédures imposaient l'émission d'un avis officiel et la mobilisation du système de surveillance urbain. Une telle opération impliquait forcément un grand nombre d'intervenants. Autrement dit, dès que l'alerte concernant le « scooter électrique rouge » avait été diffusée, quelqu'un avait nécessairement entendu l'information.

Tao Ran avait parfaitement conscience de l'existence d'une fuite au sein des services. Il avait donc choisi de prendre les devants. En fonçant seul, il espérait probablement mettre la main sur Yin Ping avant que leurs adversaires ne réagissent. Car si Yin Ping était réellement l'indicateur qui avait attiré Gu Zhao dans le piège du Louvre sous une fausse identité, alors il constituait le dernier témoin vivant de toute cette affaire.

Sa valeur personnelle importait peu. Sa survie, en revanche, était capitale.

La décision de Tao Ran était irréprochable.

Mais une question demeurait.

Comment l'autre camp avait-il pu réagir aussi vite ?

Une telle synchronisation relevait presque du miracle.

Cela n'aurait jamais dû être possible.

— « Nous avons finalement localisé Yin Ping dans un quartier en cours de démolition au nord du Méridien », poursuivit le policier. « Les rues y sont trop étroites pour circuler normalement. Un collègue du poste local ouvrait la route à moto lorsqu'il s'est engagé dans une intersection. C'est là que les deux pick-up sont apparus. L'Adjoint Tao l'a percuté pour le forcer à se rabattre et s'est interposé lui-même... »

Le poing libre de Fei Du se contracta brutalement. Ses jointures blanchirent.

— « La rue était trop étroite. Après l'impact, le carrefour a été complètement bloqué et nous sommes restés coincés derrière eux. Heureusement, le collègue à moto a vu les pick-up prendre feu immédiatement. Il a compris qu'il s'agissait d'un piège. Il s'est précipité vers le véhicule et a réussi à arracher l'Adjoint Tao de l'habitacle. Quelques secondes plus tard, tout a explosé. Sans lui... »

Sans lui, ils ne seraient pas en route vers un hôpital, mais vers une morgue.

Le silence régna un instant.

Puis Fei Du prit enfin la parole :

— « Et Yin Ping ? Est-il toujours vivant ? »

L'inspecteur, trop bouleversé pour remarquer qui venait de poser la question, répondit néanmoins par réflexe professionnel :

— « L'Adjoint Tao l'a projeté hors de la zone d'impact avant la collision. Sa chute a été très violente. Sa jambe a été brisée par son propre scooter, et l'explosion l'a également touché. Il est tombé inconscient sur place et n'a toujours pas repris connaissance. Lui aussi a été transporté à l'Hôpital Numéro Deux. »

Fei Du conservait un calme presque inquiétant. Son visage demeurait impassible, aussi inerte que la main que son amant tenait toujours dans la sienne. En relevant les yeux, il aperçut déjà les bâtiments de l'hôpital qui se profilaient au loin. Luo Wenzhou franchit les ralentisseurs du parking sans ralentir, faisant violemment tanguer la voiture. Fei Du agrippa la poignée de la portière. Malgré les secousses, sa voix demeura parfaitement stable.

— « Trouve des hommes de confiance pour surveiller Yin Ping. Peu importe qu'il soit en soins intensifs ou aux urgences. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sans interruption. »
— « Compris. »
— « Puisqu'il a survécu, ceux qui veulent sa mort reviendront forcément terminer le travail. »
— « Compris. »

Luo Wenzhou voulut ajouter quelque chose, puis se ravisa.

Tout ce qui devait être dit l'avait déjà été.

Il raccrocha et immobilisa brusquement le véhicule.

— « Un chien acculé finit toujours par sauter le mur1 », poursuivit Fei Du avec sang-froid. « Si les soupçons de Tao Ran concernant l'identité de Yin Ping sont exacts, alors ce faux Vieilles Cendres a très probablement été en contact direct avec le véritable cerveau de toute cette organisation. »

Il marqua une pause.

— « Lorsque Wei Wenchuan et Wei Zhanhong ont été arrêtés, l'autre camp n'a pas réagi de manière aussi désespérée. Cela signifie que Wei Zhanhong disait probablement la vérité. La Ruche ne lui appartenait pas réellement. Il n'en contrôlait qu'une partie. Pendant toutes ces années, il s'est simplement servi des ressources mises à sa disposition sans jamais connaître l'identité de celui qui tirait véritablement les ficelles dans l'ombre. »

Luo Wenzhou ne répondit pas, baissant simplement les yeux.

Son regard se posa sur la main de Fei Du qu’il n’avait toujours pas relâchée.

Sous sa paume, le pouls du jeune homme galopait à une vitesse alarmante. Les battements étaient si rapides qu'ils en devenaient presque irréguliers. Tout son sang semblait s'être précipité vers son cœur, abandonnant ses extrémités à une froideur cadavérique. Une fine couche de sueur froide recouvrait sa peau. S'il ne l'avait pas senti de ses propres mains, Luo Wenzhou aurait presque pu croire que Tao Ran n'était pour Fei Du qu'une personne parmi d'autres.

Un simple élément du dossier.
Un détail supplémentaire dans une affaire complexe.

Quelqu'un dont le sort ne méritait pas qu'on y consacre davantage d'émotions ou d'énergie mentale.

Car son raisonnement demeurait limpide.

Ordonné.
Rigoureux.

Aucun signe de panique n'affleurait dans ses paroles.

Et pourtant...

Le corps ne mentait jamais.

Le corps de Fei Du, ses émotions, ses pensées et les mots qu'il prononçait semblaient appartenir à plusieurs personnes différentes. Comme une machine de précision d'une sophistication extraordinaire qui aurait été démontée puis remontée trop de fois. Les pièces fonctionnaient encore, à première vue, tout paraissait normal. Mais certains engrenages ne s'emboîtaient plus parfaitement. À la moindre surcharge, un léger décalage apparaissait.

Une dissonance presque imperceptible.

Et lorsqu'elle se manifestait, toute la machine semblait vaciller silencieusement.

Quelques voitures de police arrivèrent à leur tour en trombe dans le parking. Leurs occupants bondirent hors des véhicules avant même qu'ils ne soient complètement immobilisés. Ils se précipitèrent vers l'entrée avec une telle urgence qu'aucun d'eux ne remarqua la présence de leur capitaine et de Fei Du.

Luo Wenzhou rompit brusquement le silence :

— « Tu n'es pas pressé d'aller voir comment va Tao Ran ? »
— « Même si j'entrais, je ne pourrais pas le voir », répondit le jeune homme d'une voix parfaitement neutre, sans qu'aucune émotion n'affleure sur son visage. « On n'entre pas librement dans un service d'urgence. Et même si j'obtenais une autorisation, cela ne changerait rien. Je ne suis pas médecin. Attendre sur un banc dans l'hôpital ou dans cette voiture revient exactement au même. »

Luo Wenzhou resta silencieux un instant, incapable de réfuter une logique aussi implacable.

— « À l'époque, ceux qui ont tendu un piège à Gu Zhao ignoraient eux aussi la vérité », poursuivit Fei Du. « Ils ne savaient pas que Vieilles Cendres avait été remplacé par un vieil homme lâche portant le même visage que lui mais doté d'un tempérament totalement différent. Sinon, éliminer Yin Ping aurait été d'une simplicité enfantine. Ils n'auraient jamais attendu quatorze ans pour le faire. »

Il détacha calmement sa ceinture de sécurité.

— « Même en admettant qu'ils n'aient découvert la supercherie qu'au moment où Tao Ran a lancé l'avis de recherche, comment auraient-ils pu mobiliser aussi vite deux pick-up chargés d'explosifs ? »
— « À moins d'avoir eu par miracle deux camionnettes bourrées d'explosifs stationnées dans le Méridien, un trou perdu où même les oiseaux ne font pas halte, ils n'auraient jamais pu arriver avant la police », répondit Luo Wenzhou. « Encore moins avant Tao Ran, qui avait déjà une longueur d'avance sur tout le monde. »
— « Ce qui signifie qu'ils ont été informés avant le début de la traque », conclut Fei Du. « Lorsque Tao Ran s'est rendu sur place, il était accompagné d'un collègue du Commissariat Central et d'un policier municipal du Méridien. Sans compter que... »
— « Sans compter qu'il m'a téléphoné », acheva Luo Wenzhou d'une voix sombre. « Depuis la découverte du micro dans son sac, nous faisons extrêmement attention. Cet appel a été passé sur ma ligne privée. Je peux garantir sur ma carrière entière que mon téléphone n'est pas compromis. »
— « Dans ce cas, la fuite ne peut venir que de l'un de ces deux agents... ou du véhicule lui-même », reprit Fei Du. « La voiture utilisée était un véhicule de service. Ses déplacements sont forcément consignés quelque part. »

Il marqua une légère pause.

— « Finalement, le cercle des suspects ne vient-il pas de se réduire considérablement ? »

Les mâchoires de Luo Wenzhou se crispèrent si fort qu'on aurait cru qu'il allait s'en briser les dents.

Il saisit brusquement son téléphone et composa le numéro de Xiao Haiyang.

Celui-ci décrocha avant même que la première sonnerie ne s'achève.

Sa voix était rauque, hachée, comme s'il venait tout juste de retenir ses larmes.

— « J'arrive tout de suite à l'hôpital, Capitaine Luo, je... »
— « Ne viens pas ici pour l'instant », l'interrompit sèchement Luo Wenzhou. « Il y a déjà assez de monde pour monter la garde. J'ai besoin que tu vérifies les derniers déplacements de deux personnes. Je vais t'envoyer leurs noms et leurs matricules. Je veux aussi le registre complet d'utilisation du véhicule de service que Tao Ran conduisait aujourd'hui. Où cette voiture est-elle allée ? Qui l'a utilisée ? Qui l'a entretenue ? Qui l'a nettoyée ? Qui s'est occupé de sa maintenance mécanique ou informatique ? Je veux tous les noms. Absolument tous. »

Fei Du prit alors la parole :

— « Si quelqu'un te bloque ou si certaines informations sont impossibles à obtenir par les voies habituelles, je demanderai à Lu Jia de mettre une équipe à ta disposition. »

Xiao Haiyang demeura silencieux une seconde.

On l'entendit renifler discrètement. Puis la communication fut coupée sans même qu'il ne confirme avoir reçu les instructions.

Le silence retomba dans l'habitacle.

Le moteur était éteint.

Après avoir donné tous les ordres nécessaires, Luo Wenzhou laissa tomber sa tête contre l'appuie-tête et ferma les yeux.

Jusqu'à présent, il s'était interdit de penser à Tao Ran. Il n'avait pas osé imaginer son état, pas osé se demander si l'opération se déroulait bien. Toute son énergie avait été mobilisée pour réprimer la colère et l'angoisse qui menaçaient de l'engloutir, afin de se concentrer exclusivement sur les mesures urgentes à prendre.

Après une brève hésitation, Fei Du passa un bras autour de ses épaules et l'attira doucement contre lui.

Ses lèvres effleurèrent ses cheveux.

— « Tu sais », murmura-t-il, « tu as le droit d'avoir peur. Tu as même le droit de craquer. De toute façon, il n'y a personne d'autre que moi ici. »

Luo Wenzhou demeura silencieux un long moment avant de reprendre d'une voix presque inaudible :

— « À l'école de police... Une fille de notre promotion avait enfin trouvé le courage de lui proposer un rendez-vous. » Un rire amer lui échappa. « Il l'a regardée droit dans les yeux et lui a répondu : "Tu as de sacrées cernes. Tu devrais dormir davantage. Et puis ce film est nul, il n'a même pas cinquante pour cent de bonnes critiques." »

Les lèvres de Luo Wenzhou tremblèrent légèrement.

— « Voilà le genre de type qu'il est. Pendant un moment, j'ai cru qu'il était gay, comme moi. Puis je l'ai vu essayer de sortir avec des filles et j'ai compris qu'il n'était pas homosexuel. Juste incroyablement idiot. »

Sa voix se fit plus basse.

— « Le niveau zéro de la séduction. » Il esquissa un sourire douloureux. « Au début, cette fille le trouvait attendrissant. Puis, à l'approche du diplôme, elle a fini par comprendre qu'un homme ne pouvait pas vivre éternellement en étant simplement gentil. Quand elle l'a quitté, il a déprimé pendant plus de deux semaines. Malgré ça, il est encore allé l'aider à faire ses cartons et à charger son camion de déménagement. »

Luo Wenzhou inspira profondément.

— « Après ça, il m'a traîné dans un bar et m'a raconté toute l'histoire autour de quelques bières. Je lui ai dit : "Allez, une de perdue, dix de retrouvées. Tu finiras par épouser quelqu'un de cent fois mieux. Et ce jour-là, je serai ton témoin." »

Il ferma les yeux.

— « Cet abruti m'a répondu que dans sa famille, le témoin devait être un célibataire respectable, et que quelqu'un comme moi risquait de faire jaser les invités. Alors je lui ai fait mon coming out sur-le-champ. Je lui ai dit : "Parfait, je ne me marierai jamais. La loi ne me le permet même pas." »

Sa gorge se noua.

— « Le problème, c'est que son système nerveux mesure dix mille kilomètres de long. Il n'a absolument rien compris. »

Un rire étranglé lui échappa.

— « Deux semaines plus tard seulement, les connexions se sont enfin faites dans sa tête. Il a débarqué chez moi complètement paniqué, persuadé que mon père allait me battre à mort. »

Ses yeux étaient désormais rouges.

— « Si Tao Ran... » Les mots se brisèrent dans sa gorge. « Si jamais... »

Fei Du resserra aussitôt son étreinte.

Cette hypothèse traversa brièvement son esprit.

Si Tao Ran...

Mais il la repoussa immédiatement.

Comme il avait repoussé tant d'autres choses avant elle.

Par exemple, ce jour lointain où il était rentré chez lui en suivant une mélodie familière pour découvrir le corps de sa mère suspendu derrière une porte.

Fei Chengyu lui avait appris une seule chose : demeurer indifférent. Et lorsque cette indifférence menaçait de se fissurer, il fallait redoubler d'efforts pour la maintenir. Encore et encore. Jusqu'à ce qu'elle devienne un réflexe gravé dans la chair.

Au fil des années, ce mécanisme s'était enraciné en lui. Chaque fois qu'une réalité devenait insupportable, son esprit coupait automatiquement les émotions superflues afin de préserver sa capacité à réfléchir.

— « Je sais », murmura-t-il.

Sa voix possédait exactement la chaleur nécessaire.

Ni plus. Ni moins.

Tout en lui caressant lentement le dos, il poursuivit :

— « Je sais. »

Puis il releva légèrement la tête.

— « Allez. Entrons. »

Tao Ran était apprécié de tous.

Les bancs de la salle d'attente ne suffisaient plus à accueillir la foule rassemblée devant le bloc opératoire. Beaucoup avaient fini par s'asseoir à même le sol. Même Yang Xin, qui passait habituellement ses journées à veiller sur Shiniang à l'hôpital, s'était précipitée dès qu'elle avait appris la nouvelle.

À l'instant où Luo Wenzhou et Fei Du apparurent, toutes les personnes présentes se levèrent instinctivement.

Le temps de traverser la porte, le capitaine avait déjà repris le contrôle de lui-même. Il leur adressa un bref geste de la main pour les inviter à se rasseoir et allait parler lorsqu'une porte latérale s'ouvrit brusquement.

Une infirmière en sortit.

Son masque chirurgical avait été abaissé et l'expression de son visage était grave. Ce n'était manifestement pas l'une de ces sorties routinières où l'on demandait à la famille de déplacer un lit ou de remplir des formalités administratives.

Son regard parcourut lentement l'assistance.

— « Vous êtes tous de la sécurité publique ? »

Personne ne répondit.

Tous la regardaient.

— « Je suis désolée... Nos médecins ont vraiment fait tout ce qu'ils ont pu. »

Le cerveau de Luo Wenzhou se vida instantanément.

Un vertige brutal le frappa.

Fei Du passa aussitôt un bras autour de ses épaules pour le soutenir.

L'infirmière inspira profondément avant de poursuivre :

— « Le patient Kong Weichen a été transpercé au niveau du cou par un éclat métallique lors de l'explosion. La perte de sang avant son admission était beaucoup trop importante... »

Kong Weichen.

Le policier municipal du Méridien qui accompagnait Tao Ran, dont Luo Wenzhou venait tout juste d'envoyer le nom et le matricule à Xiao Haiyang.

Le même qui figurait désormais sur la liste des suspects.

Un lourd silence s'abattit sur la salle.

Puis quelqu'un demanda d'une voix tremblante :

— « Et... et l'autre ? »
— « Le second patient souffre principalement de fractures multiples ainsi que d'importantes lésions internes dues au choc. Il a été protégé du souffle de l'explosion par le corps de son collègue. »

L'infirmière consulta rapidement son dossier.

— « Il va passer la nuit en soins intensifs sous surveillance rapprochée. Si ses constantes se stabilisent d'ici demain, ses jours ne devraient plus être en danger. »

Personne ne parla.

La salle entière demeura figée.

Lorsque Tao Ran avait compris que les deux pick-up leur fonçaient dessus avec des intentions meurtrières, son premier réflexe avait été de percuter la moto afin d'écarter son collègue de la trajectoire. Et ce même collègue, comprenant qu'une explosion était imminente, avait ensuite risqué sa propre vie pour l'arracher aux débris de la voiture.

Quelques secondes plus tard, un policier du poste du Méridien éclata en sanglots.

Le soulagement que chacun s'apprêtait à ressentir resta coincé dans sa gorge.

À la place, une vague de tristesse se propagea dans toute la pièce.

— « Capitaine Luo ? »

— « Occupez-vous de... khm... »

La voix de Luo Wenzhou se brisa.

Il se racla péniblement la gorge.

— « Les proches de ce collègue ont-ils été prévenus ? Allez... »

Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase.

Un autre membre du personnel médical arriva en courant.

— « Yin Ping ! »

Tous se tournèrent vers lui.

— « C'est bien vous qui l'avez escorté ici ? »

Luo Wenzhou pivota immédiatement.

— « Cet homme n'a probablement pas effectué un examen médical complet depuis des décennies. Sa tension est catastrophique. Il l'ignorait ? Sa pression diastolique atteint presque cent trente. Le choc de l'accident a déclenché un AVC massif. »

Le médecin consulta rapidement le dossier.

— « Nous devons l'opérer immédiatement. Y a-t-il quelqu'un ici pour signer l'autorisation ? »

Luo Wenzhou resta un instant sans voix.

Les anciens disaient souvent que le ciel voyait tout. Que chacun finissait tôt ou tard par payer ses dettes. Mais la punition de Yin Ping tombait avec une synchronisation bien trop parfaite.

À cet instant précis, son téléphone vibra.

Au milieu des pleurs, des murmures et du chaos ambiant, il baissa les yeux vers l'écran.

Le message provenait de l'« Empereur Retraité ».

Comme toujours, Luo Cheng rédigeait ses SMS à la manière d'un télégramme militaire, sans la moindre ponctuation :

« groupe d intervention sur l affaire gu zhao officiellement constitue axe sur enquete anciens cadres ton lao lu a ete convoque reste sur tes gardes2 »

Les yeux de Luo Wenzhou se plissèrent légèrement.

Puis son regard s'assombrit.

 

 

 

 

 

 

 J'aime tellement Fei Du 🥺 Et Wenzhou bien évidemment. Mais à chaque fois que je vois le mal que son enfoiré de géniteur a fait à mon bébé et comment, malgré ça et malgré ce qu'il pense, il n'est pas du tout devenu un "monstre", ça me 😭

 

 

 

 

  1. « Un chien acculé finit toujours par sauter le mur » (狗急跳墙, gǒu jí tiào qiáng) : Ce passage est un chéngyǔ (idiome chinois quadrisyllabique) très courant, utilisé pour décrire un comportement humain dans des situations extrêmes. 

    • Sens figuré : L'expression décrit une personne poussée à bout, qui se trouve dans une situation désespérée. Face à une menace imminente ou une pression insoutenable, elle est capable de faire n'importe quoi, y compris des choses extrêmes, dangereuses ou irréfléchies, qu'elle n'aurait jamais osé faire dans des circonstances normales.  

    • Connotation : L'idiome est souvent utilisé avec une nuance négative ou méfiante. Il met en garde contre le fait d'acculer un adversaire : plus on le serre de près, plus il devient dangereux et imprévisible. Il peut réagir de manière violente, désespérée, ou transgresser toutes les règles pour se sortir du piège.

  2. « Groupe d’intervention sur l’affaire Gu Zhao officiellement constitué. L’enquête est axée sur les anciens cadres. Ton Lao Lu a été convoqué reste sur tes gardes »

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

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