Silent Reading : Chapitre 129 - Edmond Dantès I
Luo Wenzhou le fixa un long moment, interdit.
— « Tu… tu es sérieux ? »
Fei Du tourna la tête et lui lança un regard en coin. Au bord de son œil, la courbe naturelle de son regard était teintée d'une légère rougeur, comme si le vent mordant de l'hiver y avait laissé son empreinte.
Tiré brusquement de sa torpeur, Luo Wenzhou soutint ce regard. Pourtant, il demeurait un peu hébété, comme sous l'effet d'un sortilège. Suivant docilement l'invitation de Fei Du, il sortit de la voiture et posa les mains sur ses épaules avec une précaution infinie, de la gauche vers la droite, comme s'il manipulait un engin explosif.
À travers l'épaisseur de la veste, il devinait vaguement la ligne de ses muscles et la saillie de ses os. N'osant pas s'appuyer davantage, il se contenta de passer légèrement un bras autour de son cou, dans une étreinte à moitié formée.
Ce ne fut qu'une demi-seconde plus tard qu'une pensée lui traversa l'esprit :
« Qu'est-ce qui me prend de jouer à ce petit jeu ? »
Un coup de vent glacial balaya alors le parking, et l'esprit de Luo Wenzhou s'éclaircit d'un coup. Il reprit ses esprits et se dit :
« C'est complètement absurde, pourquoi lui ai-je demandé de me porter ? »
Il lâcha un rire embarrassé et s'apprêtait à retirer gentiment son bras quand Fei Du lui saisit fermement le poignet pour le hisser hors de la voiture. Pris de panique, il s'agrippa en catastrophe au cou du jeune homme, d'autant plus que ce dernier avait manifestement sous-estimé son poids : ses jambes tremblèrent un peu sous l'effort et il trébucha au moment de se redresser.
Les mots se coincèrent instantanément derrière les dents de Luo Wenzhou.
— « A-Attends, attends une minute ! Pose, pose-moi par terre… J'ai, comment dit-on déjà, un léger vertige ! »
Fei Du retrouva son équilibre et laissa échapper un rire.
— « Verrouille la voiture. Les clés sont dans ma poche. »
Luo Wenzhou s'empressa d'y plonger les doigts pour les repêcher.
— « Chéri, s'il y a un problème, on peut en discuter, pas besoin de jouer les héros… Pose-moi… Hé, ne cours pas ! Tu démarres sans même me dire de m'accrocher ! Moins vite, moins vite ! »
Pourtant, il n'y avait que quelques pas entre la place de parking et l'entrée de l'immeuble, et Luo Wenzhou habitait au premier étage ; le trajet était dérisoire. Aussi mince que soit Fei Du, il n'était pas faible au point de s'écrouler sous son poids. Mais Luo Wenzhou excellait dans l'art de se faire peur tout seul.
Terrorisé du début à la fin, il avait l'impression d'avoir les jambes suspendues dans le vide et d'être assis sur un précieux vase antique. En temps normal, ce genre de trésor restait bien à l'abri derrière une vitrine, ce qui lui paraissait déjà insuffisamment sûr. Et voilà qu'il reposait maintenant de tout son poids dessus. Il était si nerveux qu'il n'osait même pas respirer trop fort, de peur qu'une inspiration un peu trop ample ne vienne érafler le vernis de cette pièce de collection.
Il sentait le souffle légèrement court de Fei Du, dont l'haleine se changeait en une buée tiède dans l'air glacé. Les pointes de ses cheveux disparaissaient sous son écharpe ; seule une mèche rebelle s'en échappait pour retomber doucement contre son col. L'ossature de Fei Du pressait contre sa poitrine, dure et saillante, éveillant en lui une tendresse inexplicable.
Emporté par cette douceur, Luo Wenzhou ne put s'empêcher de recommencer ses bêtises. Il se pencha légèrement, frotta le bout de son nez contre ses cheveux, inspira profondément le parfum accroché à son col, puis vint lui souffler à l'oreille :
— « J'ai trouvé une expression qui nous correspond. »
— « Ah oui ? » fit Fei Du.
—
« Un vieux chemin reculé », déclara Luo Wenzhou en libérant une main
pour désigner la cage d'escalier, avant de la porter près de son oreille
comme pour écouter le vent d'hiver venu de Sibérie. « Un vent
d'ouest... »
Puis il tapota l'épaule de son amant.
— « Et un cheval efflanqué... Hé, hé ! Ne fais pas ça ! Ne fais pas ça ! J'ai eu tort, d'accord ? Mes vieux os ne survivraient pas à une chute. Doucement ! »
Après un court silence, Luo Wenzhou reprit d'un ton bougon :
— « Même si c'est du cuir véritable, tu es quand même beaucoup trop maigre. Tu me rentres dans les côtes. Je parie que tu t'es nourri de cochonneries pendant toute mon absence. À partir de maintenant, tu feras du sport avec moi tous les jours. »
Un peu essoufflé, Fei Du laissa échapper un rire mêlé d'agacement.
— « Bien sûr. Veuillez pardonner mon manque de prévenance envers Son Altesse la princesse ; je n'ai pas pensé à empiler douze couches de matelas. »
Il marqua une pause avant d'ajouter :
— « Et que dirais-tu d'aller courir ensemble demain matin à six heures ? »
Touché en plein point faible, Luo Wenzhou passa aussitôt un bras autour de son cou.
— « Sale gosse. »
Tout en le retenant ainsi, ses doigts effleurèrent le menton de Fei Du. Incapable de s'en empêcher, il caressa doucement cette mâchoire aux lignes fines.
— « Dis-moi, la dernière fois qu'on a dîné chez Tao Ran, tu as refusé de monter ne serait-ce qu'une petite cafetière à l'étage. Comment se fait-il que tu sois si serviable aujourd'hui ? » Il marqua une pause. « Tu n'aurais pas fait une bêtise dans mon dos ces derniers jours, par hasard ? Hum ? »
Fei Du sembla y réfléchir sérieusement.
— « Si. Une. »
Luo Wenzhou se figea aussitôt.
Après un court silence, son amant posa le pied sur la première marche.
— « Je suis tombé amoureux de toi sans ton autorisation. Désolé. »
Luo Wenzhou en resta totalement interdit.
Les mots lui furent arrachés par cette confession aussi soudaine qu'inattendue. Son cœur se mit à battre furieusement, cognant contre ses côtes comme s'il cherchait à s'en échapper.
Il demeura silencieux un instant.
Puis, brusquement, il tendit le bras pour agripper la rampe d'escalier, forçant Fei Du à s'arrêter net. Sans dire un mot, il se dégagea de son étreinte et attrapa son écharpe.
Tiré sans ménagement par le policier, Fei Du gravit malgré lui les deux dernières marches.
Luo Wenzhou sortit ses clés à la hâte et ouvrit la porte presque à l'aveugle, guidé par le seul instinct. L'instant d'après, il poussa son amant à l'intérieur et le plaqua contre le battant à peine refermé.
Entendant la porte s'ouvrir, Luo Yiguo s'était avancé pour inspecter les lieux comme à son habitude. Par malheur, Luo Wenzhou, complètement aveuglé par l'instant, lui marcha droit sur la queue. Le Maître Chat poussa un hurlement strident et bondit, s'assommant au passage contre le portemanteau.
Le meuble, une pièce étroite et haute au design un peu trop artistique, manquait cruellement de stabilité. Il ne put résister à l'assaut soudain d'un chat obèse et bascula, s'effondrant de tout son long entre eux et séparant les deux amants tel le fleuve délimitant les territoires de Chu et de Han1. Dans sa chute, l'un des longs crochets incurvés racla l'applique murale de l'entrée. Tandis que le chat hurlait de plus belle, l'ampoule et l'abat-jour s'écrasèrent au sol.
Fei Du demeura parfaitement impassible, observant les débris d'un regard blasé. À côté de lui, Luo Wenzhou resta figé, sa clé toujours suspendue au bout des doigts.
Tous deux se regardèrent un instant, désemparés au milieu du champ de bataille.
Finalement, le capitaine serra les dents et articula laborieusement :
— « Aujourd'hui, c'est décidé. Ce bâtard à poils finit dans la marmite. »
À ces mots, la colère de Luo Yiguo atteignit son paroxysme.
Depuis le sommet du meuble à chaussures, il se jeta à l'attaque avec la détermination d'un assassin. Ses griffes s'abattirent sans la moindre pitié sur Luo Wenzhou, éventrant au passage la couture de sa manche.
Puis, après avoir traversé les débris dans un déluge de piétinements furieux, il bondit jusqu'au sommet de son arbre à chat et s'y percha, le corps tendu par l'indignation.
— « Luo Yiguo ! » rugit Luo Wenzhou. « Entre nous deux, ce soir, c'est un combat à mort ! »
Fei Du éclata de rire.
Luo Wenzhou lui lança un regard noir pendant un moment. Déplaçant son pied dont l'orteil venait d'encaisser de plein fouet la chute du portemanteau, il se découvrit incapable de nourrir la moindre colère.
Il se sentit soudain comme l'un de ces empereurs irresponsables des récits édifiants. Face à ce rire si rare sur le visage de ce démon de malheur, même la perte de son empire lui aurait semblé dérisoire ; alors que représentait une manche de veste déchirée ?
— « Te voilà bien content de voir le chat démolir la maison, hein ? » grommela-t-il d'un ton faussement agacé. « Pendant tout le trajet, tu n'as quasiment rien dit. Tu as acquiescé à tout ce que je racontais... Avec la fatigue, je finis par me demander si tu ne prépares pas encore quelque mauvais coup. »
Le sourire de Fei Du s'effaça peu à peu. Son regard resta fixé sur lui.
— « Je me disais que si tu me ressortais une absurdité du genre : "Nous ne sommes pas faits pour être ensemble, séparons-nous", je te tuerais. Tu n'aurais pas quitté ce lit de toute l'année prochaine. » Luo Wenzhou plongea la main dans les cheveux du jeune homme et les ébouriffa sans ménagement. « Pourquoi tu ne dis rien ? »
Son geste ralentit légèrement.
— « Est-ce... à cause de ce qui s'est passé l'autre jour au parc écologique ? »
Fei Du marqua un temps d'arrêt.
— « Je pensais que tu allais te dire... »
—
« Que tu étais quelqu'un de foncièrement mauvais ? » Luo Wenzhou poussa
un soupir. Enjambant le capharnaüm qui encombrait le sol, il attrapa
son amant par le col et effleura le bout de son nez de ses lèvres. « Tu
as été un peu effrayant ce jour-là, c'est vrai. Tu sais ce que je me
suis dit ? »
— « Quoi ? » demanda Fei Du.
— « Que j'avais de la
chance d'être là pour te garder à l'œil. » Il marqua une pause avant
d'ajouter : « Franchement, en tant qu'homme qui utilise sa beauté pour
sauver le monde, le comité Nobel devrait sérieusement envisager de me
remettre le prix de la paix. »
Fei Du resta un instant sans voix, puis un léger sourire teinté d'ironie apparut au coin de ses lèvres face à tant d'arrogance.
— « Je plaisante. » Luo Wenzhou le relâcha et se pencha pour ramasser le portemanteau gisant piteusement au milieu du champ de bataille. « Même si je n'avais pas été là, à ton âge, tu aurais su quoi faire, pas vrai ? »
Fei Du le regardait sans ciller.
Comme s'il voulait imprimer chaque trait de son visage au plus profond de sa mémoire, puis l'enfouir dans l'endroit le plus secret de son cœur, là où personne ne pourrait jamais l'atteindre.
— « Pourquoi tu me regardes comme ça ? »
Malgré tout son aplomb, Luo Wenzhou se sentit légèrement mal à l'aise sous ce regard insistant. Lui qui se croyait depuis longtemps immunisé contre ce genre de sentiment.
— « Tu ne lèves même pas le petit doigt pour ranger, tu restes là à me regarder travailler. Tu n'as vraiment aucun sens des réalités. » Il secoua la tête d'un air faussement désespéré. « Sérieusement, qui d'autre que moi voudrait bien de toi ? »
En cette dernière nuit de l'année, la première tâche qui attendait les deux hommes après leur retour fut de remettre un peu d'ordre dans l'entrée dévastée.
Luo Wenzhou se chargea de ramasser les éclats de verre de l'abat-jour et de l'ampoule, tandis que Fei Du s'attaquait au cadavre mutilé de l'applique qui pendait encore au mur.
Il remplaça l'ampoule, puis dénicha un morceau de fil de fer. À l'aide d'une pince à bec fin, il le plia et le tordit à plusieurs reprises jusqu'à façonner une petite armature autour de la lumière. Ensuite, il descendit à la cave et en remonta un vieux panier de vélo rouillé.
Lorsque Luo Wenzhou eut terminé de préparer les ingrédients et mis à mijoter le porc au caramel dans une petite marmite, il découvrit que Fei Du avait déjà ajusté le vieux panier et l'avait fixé sur la structure métallique.
Le panier s'était transformé en un abat-jour de fortune étonnamment réussi. Placé à côté du portemanteau étroit responsable du désastre, il s'accordait parfaitement avec lui, comme si les deux avaient toujours fait partie du même ensemble.
L'eau frémissait dans la marmite et une odeur alléchante commençait à envahir la pièce. Attiré par la viande, Luo Yiguo consentit enfin à pardonner à l'humble esclave chargé de sa litière. Il sauta de son perchoir et se mit à tournoyer autour des jambes de Luo Wenzhou.
Adossé au mur, celui-ci calculait distraitement le temps de cuisson tout en regardant Fei Du, qui lui tournait le dos pour ranger les outils et les morceaux de fil de fer restés sur place.
Pendant un instant, les suspects déments, les victimes hurlant jusqu'à l'épuisement, l'affaire ancienne et inextricable, l'ennemi tapi dans l'ombre... tout cela s'éloigna doucement de son esprit.
Ses pensées étaient paisibles, semblables à une soupe qui mijote à feu doux. Une légère vapeur s'en élevait lentement et, de temps à autre, une petite bulle remontait à la surface. Chacune prenait tout son temps avant d'éclater, comme si rien ne pressait, ne libérant son parfum qu'au moment où elle ne pouvait plus le contenir davantage.
C'était l'odeur d'un foyer.
Une odeur capable de combler un cœur jusqu'à le rendre parfaitement serein, au point de ne plus rien désirer d'autre. Comme si une vie entière pouvait se résumer à cela.
Luo Wenzhou croisa les bras sur sa poitrine, leva légèrement le menton et ferma à demi les yeux.
Cette fois, il eut le sentiment que le moment était enfin venu.
Les mots qu'il avait autrefois prononcés à la légère lui revinrent aux lèvres, polis et mûris par le temps.
— « Hé, Feishir. »
— « Qu'est-ce qu'il y a, grand-père ? »
Luo Wenzhou leva les yeux vers le plafond, puis les baissa vers le sol. Il se pencha, attrapa l'imposant Luo Yiguo et le souleva dans ses bras. En pressant doucement les pattes du chat, il demanda d'un ton qui se voulait détaché :
— « Quand comptes-tu officialiser notre relation ? »
Fei Du se figea.
Puis, sans prononcer un mot, il baissa les yeux et fouilla parmi les morceaux de fil de fer abandonnés plus tôt. Il en choisit un de la bonne longueur et, avec une dextérité stupéfiante, le tordit à l'aide de sa pince pour former un anneau à trois spirales.
Il souffla doucement sur la limaille métallique, porta l'anneau à ses lèvres pour y déposer un baiser, puis se retourna et posa un genou à terre.
Luo Wenzhou et Luo Yiguo furent si pris au dépourvu qu'ils reculèrent exactement au même moment.
Luo Yiguo heurta l'épaule de Luo Wenzhou.
Luo Wenzhou, lui, alla se cogner contre le mur.
Fei Du leva les yeux vers lui.
— « La taille devrait être parfaite. Tu veux bien l'essayer ? »
Ce jour-là, Luo Wenzhou démontra par la pratique que l'appellation de « grand-père » relevait de la diffamation pure et simple.
Quant au Président Fei, il s'avéra effectivement incapable de quitter le lit avant l'année suivante.
Luo Yiguo se retrouva une fois de plus relégué devant la porte de la chambre principale.
Toutefois, Sa Majesté Féline ayant reçu en tribut un bol de porc au caramel spécialement préparé sans assaisonnement, elle consentit avec une grande magnanimité à céder provisoirement cette portion de son territoire aux deux humains.
Quant aux activités suspectes qui se déroulaient derrière la porte close, elle décida, dans son infinie clémence, de ne pas pousser l'enquête plus loin pour le moment.
⸻
Une année s'achevait, une autre commençait.
Xiao Haiyang quitta la salle d'interrogatoire sous les hurlements de Lu Guosheng. Les malédictions hystériques du meurtrier semblaient dotées d'un étrange pouvoir : elles dégageaient une lumière et une chaleur capables de le protéger du vent et du froid, le rendant aussi léger qu'un oiseau.
Il s'élança dans les rues balayées par les bourrasques glaciales, croisant les groupes de jeunes venus célébrer le réveillon sur les places et dans les quartiers commerçants. Puis il monta dans un bus à destination de la banlieue.
Il y resta assis plus d'une heure, jusqu'au terminus. De là, il poursuivit sa route à pied pendant encore près d'une heure, sans jamais ralentir, jusqu'à atteindre un petit cimetière isolé.
Naturellement, le cimetière était déjà fermé. Xiao Haiyang fit alors preuve d'une « agilité » que l'on aurait plus volontiers attribuée à un ours noir qu'à un être humain pour escalader le mur d'enceinte. Une fois à l'intérieur, il suivit les allées jusqu'à une stèle de pierre simple et dépouillée.
La lumière oblique d'un réverbère voisin baignait la tombe d'une pâle clarté. Xiao Haiyang distinguait nettement le portrait en noir et blanc de Gu Zhao fixé sur la pierre.
Il apparaissait dans la fleur de l'âge, le visage figé dans une expression un peu raide. Gu Zhao détestait les appareils photo ; dès qu'un objectif se braquait sur lui, il devenait terriblement nerveux. Aucune photographie n'avait jamais vraiment réussi à lui rendre justice.
À cette vue, une vague de chagrin monta brusquement dans la poitrine de Xiao Haiyang.
C'était le même sentiment que lorsqu'il était enfant. Lorsqu'on le brimait ou qu'on le malmenait, il serrait les dents tout le chemin du retour, s'efforçant de garder la tête haute comme si de rien n'était. Puis il apercevait cet homme.
Et alors seulement, tout s'effondrait.
Toute l'injustice qu'il avait endurée lui revenait d'un seul coup, écrasante. Comme une digue qui cède. Il se jetait dans ses bras et pleurait jusqu'à ne plus avoir une seule larme à verser.
Ses lunettes s'embuèrent rapidement sous l'effet de la vapeur qui s'échappait de son nez, de sa bouche et même du coin de ses yeux. Des volutes blanchâtres s'élevaient autour de lui en nuages épais, comme s'il s'était changé en véritable cuiseur vapeur ambulant.
Ce « cuiseur vapeur » fit lentement quelques pas, puis se pencha pour enlacer la stèle glacée, cherchant instinctivement à déposer son fardeau, comme il l'avait fait tant de fois autrefois.
Soudain, une légère odeur parvint à ses narines engourdies par le froid.
Xiao Haiyang se figea.
Il lui fallut un instant pour comprendre que cette fraîcheur provenait de la pierre elle-même. Cela ressemblait à une odeur de produit nettoyant.
Essuyant précipitamment la buée qui brouillait ses lunettes et ses yeux, il alluma sa lampe torche.
La stèle avait été nettoyée avec un soin méticuleux.
Pas la moindre trace de poussière ne subsistait, pas même dans les recoins les plus difficiles d'accès. Au pied de la tombe reposait un bouquet de fleurs fraîches.
Les sourcils de Xiao Haiyang se froncèrent lentement.
— « Oncle Gu... » Sa voix résonna doucement dans le silence du cimetière. « Qui est passé te voir ? »
Parce que sa mort n'avait rien eu d'honorable, la mère malade de Gu Zhao était venue récupérer seule le corps de son fils. Cette vieille femme obstinée n'avait prévenu personne. Elle avait repoussé avec froideur l'aide discrètement proposée par les anciens collègues de Gu Zhao et, puisant silencieusement dans ses maigres économies, avait acheté une concession bon marché dans ce cimetière isolé pour lui offrir une dernière demeure.
Profitant sans vergogne de son statut d'enfant, Xiao Haiyang l'avait suivie.
Voyant qu'il refusait obstinément de partir, la vieille dame avait fini par le laisser faire à sa guise.
Xiao Haiyang s'en souvenait avec une précision absolue.
Gu Zhao n'avait pas eu de funérailles.
Aucun ami n'avait été averti. Aucun proche n'avait été informé.
Le jour de son enterrement, seuls sa mère et Xiao Haiyang étaient présents.
Alors qui avait nettoyé la stèle et déposé ces fleurs ?
Ce n'était ni l'anniversaire de sa mort, ni une période où les coutumes locales imposaient de venir balayer les tombes pour le début de l'année.
Ce mystérieux visiteur avait-il appris que l'affaire de Gu Zhao allait être rouverte ?
Pourtant, l'information n'avait pas encore été rendue publique.
Même au sein de la police, seuls les agents directement affectés au dossier de Lu Guosheng avaient été mis au courant.
Alors qui cela pouvait-il bien être ?
Fei Du a vraiment tué Wenzhou avec toutes ses déclarations là ! Et moi par la même occasion 🥺😻
Tu m'étonnes qu'il se soit fait dévorer pendant des heures après ...
- Les territoires de Chu et de Han (楚河汉界, Chǔ Hé Hàn Jiè) : Cette expression fait référence à la célèbre ligne de démarcation entre les deux royaumes rivaux lors de la période des Royaumes combattants, plus précisément durant la lutte pour la suprématie entre Liu Bang (fondateur de la dynastie Han) et Xiang Yu (seigneur de Chu) au IIIe siècle av. J.-C.
- Origine historique : Après des années de guerre civile, les deux camps convinrent d'une trêve symbolisée par le fleuve Jaune (ou, selon les récits, un canal ou fossé) servant de frontière naturelle. Les deux royaumes se partagèrent la Chine : Chu à l'ouest, Han à l'est. La démarcation était matérialisée par un fossé appelé « la frontière de Chu et de Han ». Elle est devenue synonyme d'une séparation claire et nette, que rien ne peut franchir.
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