Silent Reading : Chapitre 124 - Verhovensky XXXV

 

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Tao Ran excellait dans l’exécution et possédait un tempérament profondément conciliant. Il s’entendait bien avec ses collègues comme avec ses amis, préférant toujours encaisser lui-même les difficultés pour épargner les autres. Il pouvait travailler jusqu’à l’épuisement, courir partout sans relâche, voire risquer sa vie si nécessaire.

Mais dès que les responsabilités dépassaient ce qu’il estimait pouvoir porter seul, dès qu’une décision risquait d’avoir des conséquences sur un grand nombre de personnes, il devenait étrangement hésitant, incapable de trouver l’équilibre entre tous les paramètres.

Il savait agir seul, mais il ne savait pas vraiment diriger. Dans les moments critiques, son premier réflexe restait toujours de chercher l’avis de quelqu’un d’autre.

Lu Youliang connaissait parfaitement ce subordonné qu’il avait vu grandir au fil des années. Ce qu’il n’avait pas prévu, en revanche, c’était qu’après avoir passé autant de temps aux côtés de Luo Wenzhou, Tao Ran n’ait toujours pas progressé sur ce point. En l’absence de Luo Wenzhou, son regard se tournait instinctivement vers le Directeur Lu.

Lu Youliang contacta immédiatement le sous-bureau de la sécurité publique de la zone du parc scientifique afin qu’ils interviennent sur place. Puis il raccrocha et leva les yeux vers Tao Ran.

— « Où est Luo Wenzhou ? Qu’est-ce qu’il a fabriqué aujourd’hui ? Et qu’est-ce qui se passe maintenant ? »

Tao Ran resta figé comme un piquet, le regardant avec une impuissance presque désarmante.

Puis, comme s’il se réveillait brusquement d’un rêve, il sortit son téléphone.

— « Ah… Attendez une seconde, s’il vous plaît. Je vais lui demander. »

D’ordinaire, Lu Youliang faisait preuve d’une grande indulgence envers les plus jeunes. Mais cette fois, il était tellement furieux qu’il semblait presque fumer des oreilles.

— « Tao Ran ! C’est quoi cette attitude aujourd’hui ? Luo Wenzhou disparaît sans prévenir, et toi tu restes là complètement perdu ! Vous tenez encore à vos postes, tous les deux ?! »

Depuis le matin, depuis que cette nuée de parents braillards semblable à une basse-cour en furie avait forcé le Directeur Lu à intervenir personnellement, Tao Ran n’avait cessé d’essuyer des reproches.

Peut-être était-il désormais totalement anesthésié.

Il baissa simplement la tête, avec cette résignation placide d’un cochon mort qui ne craint plus l’eau bouillante, puis demanda d’un ton parfaitement sérieux :

— « Directeur Lu… À qui suis-je censé faire mon rapport maintenant ? »

En temps normal, ce genre d’intervention n’aurait jamais dû reposer personnellement sur les épaules du Directeur Lu. Mais Luo Wenzhou était introuvable, c’était le week-end, la situation était urgente, les autres responsables étaient trop loin pour intervenir rapidement… et Tao Ran, dans son état actuel, était totalement inutilisable.

Lu Youliang regarda autour de lui, constata qu’il n’avait personne d’autre sous la main, puis attrapa sa veste d’un geste brusque avant de faire signe à Tao Ran.

— « Viens avec moi. »

Au moment précis où Lu Youliang lui tourna le dos, toute la confusion vide qui flottait sur le visage de Tao Ran se retira comme une marée silencieuse.

Il ferma brièvement les yeux.

Puis, sans protester, il suivit le Directeur Lu.

Au Centre Longyun, tout le monde observait l’homme venu enquêter avec une peur glacée.

Son visage s’était déformé sous l’effet de la colère ; pourtant, l’instant d’après, il avait déjà retrouvé son calme habituel. Il adressa simplement un regard aux hommes à l’allure de gardes du corps postés derrière lui.

Ses subordonnés comprirent immédiatement.

Sans un mot, ils évacuèrent le directeur ainsi que les agents de sécurité hors de la salle de vidéosurveillance.

Le mystérieux enquêteur, officiellement présenté dans l’entreprise de Wei Zhanhong comme un simple « consultant spécial », resta seul au milieu des écrans.

Le visage fermé, il sortit son téléphone et composa un numéro.

Les tonalités d’attente s’étirèrent interminablement, pareilles à une lente torture de lingchi1.

Après la troisième sonnerie complète, quelqu’un décrocha enfin.

Peut-être n’était-ce qu’une impression, mais la voix à l’autre bout de la ligne semblait anormalement basse et rauque.

— « Gestion du Parc Écologique Scientifique. Qui demandez-vous ? »
— « Le Borgne. »

L’enquêteur expira lentement avant de répondre d’une voix calme :

— « La Ruche a été “emportée par le vent”. Le temps va bientôt changer chez vous. Nettoyez toutes les “ordures” et trouvez immédiatement un nouvel endroit où vous cacher. »

Le Borgne inspira discrètement, manifestement secoué par cette annonce soudaine.

Après un silence, il demanda à voix basse :

— « Et… qu’est-ce que je dois faire des ordures ? »
— « Quand je dis nettoyer, ça veut dire nettoyer. Coupe, hache, brûle…Débrouille-toi comme tu veux. »

Le Borgne se tut deux secondes.

— « Et nous ? »

L’enquêteur marqua une très brève hésitation avant de répondre rapidement :

— « Quelqu’un a déjà été envoyé pour vous récupérer. Une fois le travail terminé, contactez le “chien de berger”. Il s’occupera du reste. Et ne paniquez pas. Ne commencez pas à courir partout. »

L’homme au téléphone acquiesça avant de raccrocher.

À peine l’appel terminé, l’enquêteur composa immédiatement un autre numéro.

Avant même que son interlocuteur ait le temps de parler, il lança d’un ton sec :

— « La Base 13 est compromise. Détruisez-la dès réception du signal. »

À quatorze heures précises, une explosion assourdissante déchira soudain le silence à l’ouest du parc scientifique.

Dans le parc écologique abandonné, toute la rangée de dortoirs soigneusement construits ainsi que leurs petites cours furent soufflées dans les airs en un instant.

La déflagration fut si violente qu’elle alarma jusqu’aux habitants du village situé à plus de trois kilomètres de là.

Ce n’est qu’après cela que retentirent enfin les sirènes stridentes de la police.

La première vague d’agents du sous-bureau arrivait à peine sur place.

Le chef de la brigade criminelle locale avait personnellement pris la tête de l’intervention après avoir reçu l’ordre d’agir, poussant sa voiture de police à une vitesse presque absurde. Mais même transformés en fusée, même lancés à pleine puissance vers la vitesse de libération, ils n’auraient jamais pu dépasser un signal électrique transmis par téléphone.

Même si le sous-bureau avait été situé juste à côté du parc écologique, cela n’aurait rien changé.

Au moment même où ils avaient reçu l’ordre d’intervenir, il était déjà trop tard.

Des flammes gigantesques montaient vers le ciel.

Les policiers arrivés sur place restèrent un instant pétrifiés devant le spectacle. Le chef sentit une amertume brûlante lui remonter dans la gorge. Il se retourna brusquement et rugit :

— « Qu’est-ce que vous attendez ?! Trouvez-moi quelqu’un pour éteindre ça ! »

À moins d’un kilomètre de là, du côté de la petite station-service servant de point de relais, un homme vêtu comme un simple ouvrier rangea calmement une paire de jumelles miniatures.

Il ne chercha même pas à s’approcher.

Il enfila tranquillement une doudoune ordinaire par-dessus son uniforme puis quitta la station d’un pas naturel, se mêlant sans difficulté aux villageois accourus après avoir entendu l’explosion. Il échangea quelques paroles inquiètes avec eux, comme n’importe quel curieux du voisinage, avant de repartir discrètement.

Chaque « base » servant à cacher des criminels recherchés possédait son propre « chien de berger ». En temps normal, ces hommes s’occupaient du ravitaillement, de la surveillance et du maintien de l’ordre parmi les fugitifs. Mais dès qu’un problème survenait, ils devenaient des chiens capables d’abattre eux-mêmes la brebis malade.

Quelques secondes plus tard, un message quitta le bout de ses doigts :

« Nettoyage terminé. »

Les mots traversèrent tristement la fumée et la poussière de l’explosion, puis se dispersèrent à travers l’immense toile invisible qui avait failli être exposée à la lumière du jour avant de retomber dans l’ombre.

Et bientôt, tous ceux qui devaient l’entendre reçurent le message.

Dans la salle de vidéosurveillance du Centre Longyun, l’enquêteur reçut le message, posa lentement son téléphone puis laissa échapper un léger soupir.

Son regard glissa vers ses hommes occupés à examiner les enregistrements.

— « Qu’est-ce que vous avez trouvé sur les autres caméras ? »
— « Regardez, monsieur. Caméra numéro 26. Elle couvre la sortie arrière du couloir réservé au personnel. »

L’enquêteur s’approcha.

Sur l’écran, on voyait Lu Guosheng appeler la berline noire venue le récupérer, puis lui faire faire marche arrière afin de la sortir du champ de la caméra. Le véhicule appartenait clairement à la flotte destinée aux clients de la Ruche.

L’homme fronça profondément les sourcils.

— « Lu Guosheng… Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il faisait ici ? »

Un criminel recherché ayant disparu pendant quinze ans réapparaissait soudain à l’anniversaire d’un adolescent et laissait derrière lui des images de vidéosurveillance ?

Même un singe doté d’une intelligence normale aurait agi avec plus de prudence.

Le front de l’enquêteur se plissa un instant davantage. Puis un sourire froid, presque sanguinaire, étira lentement ses lèvres.

Alors c’était donc ça. Les policiers avaient effectivement été suffisamment compétents pour remonter jusqu’à la Ruche.

Mais heureusement pour eux, l’information était arrivée assez vite. Ils avaient eu le temps de se préparer.

Tant que les séquences supprimées n’étaient pas restaurées, personne ne pouvait déterminer précisément ce qu’elles contenaient. Et même si elles montraient Lu Guosheng collé joue contre joue avec ce petit idiot de Wei Wenchuan… Et alors ?

Lu Guosheng était mort à présent.

Mort sans laisser la moindre preuve derrière lui.

Et même si ce gamin avait effectivement été en contact avec lui pour une raison quelconque, comment aurait-il pu savoir qu’il s’agissait d’un criminel recherché ? Wei Wenchuan n’était probablement même pas né lorsque Lu Guosheng avait commis ses crimes.

L’enquêteur leva légèrement la main.

Ses hommes récupérèrent immédiatement les disques contenant les séquences en attente de restauration, puis le suivirent calmement hors de la salle.

Mais à peine atteignirent-ils le hall qu’ils furent stoppés net par une vague de policiers faisant irruption à l’intérieur.

— « Nous avons reçu plusieurs signalements indiquant que le Centre Longyun est impliqué dans des activités de prostitution et de trafic de stupéfiants. Aucun membre du personnel concerné n’est autorisé à quitter les lieux avant la fin de l’enquête. Fouillez tout ! »

Au même moment, le « chien de berger » de la station-service avançait sur une route déserte et mal entretenue depuis près d’un kilomètre.

Puis il aperçut enfin, comme prévu, la voiture du complice venu le récupérer.

Il ouvrit la portière côté passager et monta à bord.

— « On y va. »

Mais le conducteur ne bougea pas.

Il restait assis parfaitement immobile, raide comme un cadavre. Son regard était fixe, et ses dents semblaient claquer légèrement.

Le « chien de berger » se figea instantanément.

Tous ses instincts se mirent en alerte ; les poils de sa nuque se hérissèrent.

Il tenta immédiatement de rouvrir la portière.

Verrouillée.

Puis le canon froid d’une arme de poing vint lentement se poser contre sa tempe.

Une voix paresseuse, presque traînante, résonna derrière lui :

— « Où est-ce que tu crois aller ? »

Le « chien de berger » leva lentement les yeux vers le rétroviseur.

Sur la banquette arrière se trouvait un homme à la barbe naissante de quelques jours. Il faisait distraitement tinter une paire de menottes dans une main.

Puis il siffla doucement.

— « Salut, berger. Moi, je suis un chien policier. On est tous les deux des chiens de travail, au fond. Si tu restes sage, je ne mords pas. » Les menottes tintèrent de nouveau. « Alors… ça te dit de venir faire un petit tour au Commissariat Central, dans la paix et l’harmonie ? »

Une demi-heure plus tôt

Tandis que toutes les vidéos de surveillance du Centre Longyun datant du 6 novembre défilaient en accéléré sur les écrans, Fei Du contourna discrètement la station-service au dernier moment afin d’approcher le parc écologique par l’arrière.

Au même instant, Luo Wenzhou envoya à quelqu’un une capture d’écran montrant le visage du Borgne avant de déclarer d’un ton parfaitement calme :

— « C’est lui. Je les ai vus préparer des explosifs, et je soupçonne qu’on utilise ce parc écologique abandonné pour des activités terroristes. »

Lu Jia resta un instant abasourdi avant de récupérer le téléphone que Luo Wenzhou venait de lui rendre.

— « Des explosifs ? Des activités terroristes ? »
— « Les explosifs sont plausibles », répondit Fei Du. « Quand ces gens sont découverts, soit ils prennent la fuite s’ils le peuvent, soit ils doivent disposer d’un moyen rapide de gérer l’urgence. Comparé à d’autres méthodes, un explosif peut être déclenché à distance et reste relativement contrôlable. C’est une solution efficace. »
— « Vraiment ? » Luo Wenzhou éclata d’un rire sans honte. « Merci pour tes bénédictions. J’espère sincèrement que tu as raison, parce que je viens de passer par mon père pour “arnaquer” la police armée et les faire débarquer ici. S’il n’y a finalement que quelques rats dans ce trou, le vieux va littéralement m’écorcher vivant. »

Puis son expression redevint brusquement sérieuse.

— « Ils sont déjà arrivés au Centre Longyun. Dès qu’ils verront les traces laissées par Lu Guosheng, ils risquent de le supprimer immédiatement pour éviter qu’il parle. Je n’attends plus les renforts. J’y vais. »
— « J’y vais aussi », lança immédiatement Lu Jia.

Cette fois, Luo Wenzhou ne lui demanda pas de rester à l’écart au nom des procédures policières.

Il le regarda simplement droit dans les yeux.

— « Si Lu Guosheng est encore vivant, il pourra comparaître devant un tribunal. C’est la seule manière pour que l’injustice subie par ton frère ait une chance d’être réparée. Sinon, tu deviendras juste un détenu de plus, et ça ne servira à rien. Tu comprends ? »

En voyant son identité révélée aussi soudainement, Lu Jia se figea.

Luo Wenzhou le fixa un instant encore avant de reprendre :

— « On entre dans le village discrètement. Pas d’armes. » Puis il tourna la tête vers Fei Du. « Président Fei, je peux te demander de rester à l’extérieur pour assurer le soutien ? »
— « Mes honoraires sont très élevés. » Il leur tendit à chacun un petit dispositif de communication sans fil spécial avant de tapoter légèrement le volant avec un sourire indiquant qu’il ne plaisantait qu’à moitié. « Si un jour il n'y a plus personne pour les payer, je n'aurai pas d'autre choix que d'aller faire le “sale boulot” moi-même. »

Luo Wenzhou claqua la langue avec mécontentement, visiblement peu satisfait de ces détours à peine voilés. Sans le moindre égard pour la présence de Lu Jia, il se pencha par-dessus le siège avant, effleura le menton de Fei Du puis lui pinça doucement le lobe de l’oreille.

— « Compris. Tu m’aimes. Je serai prudent. »

Le Borgne descendit au sous-sol avec une boîte-repas à la main.

Dans la petite pièce sombre et humide, un homme était enchaîné dans un coin. En quelques jours à peine, Lu Guosheng avait tellement maigri qu’il ressemblait presque à un squelette vivant.

— « Mange. »

Le Borgne lui jeta la boîte comme on lancerait des restes à un chien errant. Le couvercle s’ouvrit en heurtant le sol, répandant quelques feuilles de légumes graisseuses et peu appétissantes.

Son unique œil se posa sur Lu Guosheng avec une ironie méprisante.

— « Tu ressembles vraiment à un chien abandonné. Dépêche-toi de manger. Ce sera peut-être ton dernier repas. »

Lu Guosheng leva vers lui un regard sombre sans bouger.

— « La nourriture n’est pas empoisonnée », poursuivit le Borgne. « J’ai entendu dire que le dernier idiot est mort empoisonné. Si tu crèves pareil, ça ferait un peu trop de coïncidences. J’imagine qu’ils ont prévu quelque chose de plus… créatif pour toi. Enfin, je n’ai pas encore reçu les ordres, alors pour l’instant, tu peux respirer tranquille. »

Lu Guosheng hésita un instant.

Puis, convaincu par cette logique tordue, il se déplaça lentement dans un cliquetis de chaînes pour ramasser la nourriture tombée au sol.

— « Franchement », continua le Borgne d’un ton sarcastique, « si tu n’avais vraiment rien de mieux à foutre… encore, se retrouver mêlé à une grosse affaire, ça peut arriver. Mais traîner tout ce temps pour une histoire aussi ridicule… »

Il ricana.

— « Combien ce petit morveux t’a payé pour que tu bosses pour lui ? Même moi, je trouve ça humiliant pour toi. C’est juste… »

Il n’eut pas le temps de finir. Les lumières du sous-sol vacillèrent brusquement avant de s’éteindre d’un coup.

Le Borgne se figea.

Puis, pour la première fois depuis des jours, la voix de Lu Guosheng s’éleva dans l’obscurité :

— « Ils ont coupé le courant. »

Depuis que l’organisation avait appris, par des canaux secrets, que l’enquête sur la mort de Feng Bin risquait de remonter jusqu’à lui, Lu Guosheng était enfermé ici comme une bête malade. Il n’avait pas vu la lumière du jour depuis plusieurs jours. Sa voix était devenue rauque, grinçante, pareille à du verre frotté contre du métal rouillé. Elle donnait la chair de poule.

Le Borgne sursauta violemment.

— « Ferme-la ! »

Il sortit précipitamment son téléphone de sa poche : un vieux portable basique, un modèle disparu du marché depuis des années.

Aucun signal.

Pas une seule barre de réseau.

Alors Lu Guosheng se mit à rire doucement dans le noir.

Ce rire glaça tellement le Borgne qu’il sentit presque sa vessie se relâcher de peur. Il se précipita vers le son et donna un violent coup de pied à Lu Guosheng avant de remonter à toute vitesse hors du sous-sol, inspectant nerveusement les alentours.

Dans sa précipitation, la porte heurta un petit caillou roulé sur le seuil et resta entrouverte.

Avec la coupure simultanée du courant et du réseau dans tout le parc écologique, l’agitation commença aussitôt à se propager parmi les maisons jusque-là tranquilles.

De nombreuses personnes sortirent pour voir ce qui se passait.

Il y en avait plus de vingt.

En observant les alentours, Lu Jia sentit la sueur lui couler dans le dos lorsqu’il vit Luo Wenzhou profiter de l’entrebâillement pour se glisser directement dans la petite bâtisse avec l’assurance suicidaire d’un professionnel.

Quelques secondes plus tard, sa voix résonna dans l’oreillette spéciale, épargnée par le brouillage :

— « J’ai trouvé Lu Guosheng. Ce fumier est encore vivant ! »

Lu Jia n’eut même pas le temps de se réjouir.

Des bruits de pas approchaient déjà.

Le Borgne avait réagi.

Dans le sous-sol plongé dans une faible pénombre, Luo Wenzhou démontra toute l’expérience accumulée au fil de plus de dix ans à crocheter serrures et entraves. En quelques gestes rapides, il ouvrit habilement les chaînes aux poignets et aux chevilles de Lu Guosheng.

Puis il assomma le prisonnier avant de le charger sur son épaule.

Au même instant, le Borgne, revenu sur ses pas, remarqua immédiatement que la porte du sous-sol n’était pas complètement fermée.

Tout son corps se tendit.

Silencieusement, il se rapprocha de l’entrée tout en tirant le couteau à cran d’arrêt accroché à sa ceinture.

L’instant suivant, un bruit de pas extrêmement léger monta du sous-sol.

Le visage du Borgne se déforma férocement.

Au moment précis où les pas atteignaient la porte, il leva son couteau…

 

 

 

 

 

 

 


Si tu fais du mal à mon fils, tu vas perdre plus que ton autre œil, je te préviens ! 😡

La déclaration de mon chaton est si chou 🥺

Wenzhou qui comprend immédiatement ce qu’il lui dit ! ​🥹​​🥰​​

 

 

 

 

  1. Lingchi (凌迟, châtiment de la mort par mille morceaux) : Le lingchi est une méthode d'exécution capitale pratiquée dans la Chine impériale, souvent appelée en Occident « mort par mille morceaux » ou « supplice du petit couteau ». Officiellement abolie en 1905, elle est devenue un symbole de l'extrême cruauté des châtiments d'ancien régime.  

    • Déroulement : Le condamné était ligoté sur un poteau ou une grille en bois. Le bourreau lui infligeait une succession de dizaines ou centaines d'incisions superficielles, pratiquées à des endroits non mortels (membres, torse). La légende veut qu'on coupait de très fines lamelles de chair une par une, d'où l'idée des « mille morceaux ». La mort survenait en réalité beaucoup plus tôt, souvent par perte de sang ou choc traumatique. L'objectif n'était pas une mort rapide mais l'humiliation absolue ; le corps du supplicié était détruit morceau par morceau, l'empêchant de se présenter intact dans l'au-delà.

    • Contexte social : Ce châtiment était réservé aux crimes les plus graves (trahison, parricide, rébellion). Sa seule évocation suffisait à terroriser. Dans la littérature et l'imaginaire chinois, le lingchi est devenu la métaphore de la souffrance prolongée, inéluctable, infligée méthodiquement. Une torture à la fois physique et psychologique où l'attente est aussi insoutenable que le geste lui-même. 

     

     

     

     

     

     

     

     


     

 

 

 

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