Silent Reading : Chapitre 121 - Verhovensky XXXII

 

Retour au sommaire     


 

 

 

 

L’homme affalé sur la banquette arrière devait frôler les cent kilos à lui seul. Il occupait presque toute la rangée et parlait au téléphone dans un mélange improbable de dialectes venus d’on ne savait où, braillant si fort qu’on avait l’impression qu’il se disputait avec la moitié du pays.

Certaines personnes parlent calmement en temps normal mais, dès qu’elles ont un téléphone à la main, se mettent à hurler comme si le signal risquait de ne pas transporter leur voix assez vite. Ce gros homme-là possédait manifestement un souffle inépuisable ; sa voix puissante et sonore faisait presque vibrer le toit de la voiture. Lorsqu’il finit enfin par raccrocher, les oreilles du chauffeur bourdonnaient encore.

Celui-ci jeta discrètement un coup d’œil dans le rétroviseur et croisa son regard. Il afficha aussitôt son sourire professionnel.

— « Dans quel secteur travaillez-vous, monsieur ? »
— « Avant, j’avais une mine, dans mon coin de pays. Mais les affaires se sont écroulées ces deux dernières années, alors on a dû fermer. Des amis m’ont fait venir ici pour tenter autre chose. »

Le gros homme remua lourdement sur son siège, visiblement mal installé. Son mandarin était teinté d’un léger défaut de prononciation.

— « Votre voiture n’est pas terrible. Vous ne pourriez pas conduire un modèle plus grand la prochaine fois ? La dernière fois qu’on a voyagé… c’était où déjà ? Un pays où tout le monde porte des grosses barbes… leur hôtel nous avait envoyé une Rolls-Royce. Ici, j’ai même pas la place d’étendre les jambes. »

Le chauffeur fit mine de ne pas entendre la critique et répondit avec un sourire humble :

— « Toutes les voitures sont les mêmes, monsieur. C’est le standard de la compagnie. »
— « Ah, une voiture de fonction. » L’homme fit une moue dédaigneuse. « Pas comme chez nous. Dans notre branche, chacun utilise son propre véhicule pour la boîte. On fait les courses de l’entreprise, mais on peut aussi prendre des contrats privés et gérer son propre argent. On paie l’assurance nous-mêmes, et s’il y a un accrochage, on assume. »

Le chauffeur conserva son sourire sans répondre. Mais son passager semblait incapable de comprendre les expressions faciales les plus élémentaires. Il continua à le harceler, se penchant même vers l’avant.

— « Si vous rayez la voiture de quelqu’un pendant le boulot, qui paie ? C’est pour votre poche ? »
— « C’est la compagnie qui prend en charge », répondit brièvement le chauffeur.

Le provincial fortuné se tapa aussitôt la cuisse avant de se laisser retomber lourdement contre le dossier. Le siège gémit sous son poids.

— « Alors ils jouent carrément avec leur argent ! Si c’était moi, dès qu’il y aurait une route défoncée, je foncerais droit dedans au lieu de contourner. Et alors si je crève un pneu ? D’habitude, je profiterais du trajet pour prendre une course au noir, puis je déclarerais qu’un client avait réservé. Je pourrais même me faire rembourser l’essence. Bénéfice net ! »

À ces mots, le chauffeur ressentit malgré lui une certaine fascination pour la logique toute particulière de ces nouveaux riches provinciaux et finit par sourire sincèrement.

— « La compagnie a un système de gestion très strict. Chaque chauffeur a son véhicule attitré, et toutes les réparations passent par des contrôles centralisés à dates fixes. Si les dépenses en carburant ou en entretien sont trop élevées, ça se remarque tout de suite. On nous demanderait des explications. »

L’homme de l’arrière lâcha un vague « oh », manifestement peu intéressé par le fonctionnement des voitures de location. Il se lança aussitôt dans un autre sujet, critiquant avec aplomb l’urbanisme de Yancheng comme s’il présidait lui-même le comité d’aménagement de la ville.

Il était en pleine envolée quand son expression changea soudain. Il posa une main sur son ventre.

— « Merde… Chauffeur, c’est encore loin, ce terrain de golf ? »
— « Environ quinze minutes. »

Le client inspira brusquement en se tortillant dans tous les sens. On aurait dit qu’il portait dans le ventre une grenouille géante prête à éclore ; son abdomen émit une série de gargouillis dignes d’un marécage, aussitôt suivis d’un pet à l’odeur indescriptible.

Le gros homme poussa un cri misérable :

— « Aïe ! »

Tout en jetant des regards affolés autour de lui, il se tortilla davantage.

— « Ça va pas du tout… Je vais exploser. Mais qu’est-ce que j’ai bouffé… Arrêtez-moi la voiture tout de suite sur le côté ! »

Le passager ignorait ce qu’il avait mangé, mais le chauffeur, lui, avait déjà l’impression d’en sentir les effets remonter directement de ses intestins. Ses tempes se mirent à battre furieusement. En retenant sa respiration, il réussit à articuler :

— « Monsieur… nous sommes sur un autopont. »

Mais l’autre lui hurla dessus avec la même voix de stentor qu’il utilisait au téléphone :

— « Je sais très bien qu’on est sur un pont ! Démerdez-vous pour me laisser sortir ! »

À peine avait-il fini sa phrase que son ventre gargouilla de nouveau avec fracas, comme pour appuyer ses propos. Le chauffeur bloqua aussitôt sa respiration par réflexe. Incapable d’endurer cette odeur une seconde de plus, il força le passage pour quitter l’autopont au plus vite.

La voiture venait à peine de s’arrêter sur le bas-côté que le gros homme jaillit dehors comme une arme biologique sur le point de détoner.

L’air frais s’engouffra aussitôt par la portière ouverte. Le chauffeur eut presque l’impression que ses poumons allaient revivre. Il descendit à son tour du véhicule et alla allumer une cigarette sur le bord de la route, laissant toutes les vitres ouvertes pour chasser l’odeur qui imprégnait l’habitacle.

Même après avoir terminé sa cigarette, le pauvre client n’était toujours pas revenu. Le chauffeur commençait à grelotter et s’apprêtait à remonter dans la voiture lorsqu’il sentit soudain quelqu’un lui tapoter l’épaule par derrière.

Il n’eut même pas le temps de se retourner.

Un coup brutal s’abattit sur sa nuque.

Sa vision se troubla instantanément.

Puis tout devint noir.

Lorsqu’il reprit connaissance, il découvrit qu’on lui avait bandé les yeux. Avant même d’émerger complètement du brouillard, un hurlement absolument misérable déchira l’air, lui perçant presque les tympans. Le chauffeur sursauta violemment et réalisa aussitôt que ses membres étaient solidement ligotés et qu’un ruban adhésif lui scellait la bouche. Pris de panique, il commença instinctivement à se débattre.

Quelqu’un posa aussitôt un pied dans son dos.

— « Arrête de gigoter. »

Le chauffeur inspira brusquement. Celui qui le maintenait savait clairement ce qu’il faisait ; son pied appuyait précisément dans le creux des reins, à un endroit si sensible qu’une douleur fulgurante lui engourdit la moitié du corps. Sa joue écrasée contre le sol glacé, il ignorait totalement où il se trouvait. Pourtant, une chose était impossible à manquer : cette odeur métallique de sang qui flottait dans l’air.

Une sueur froide lui coula le long de l’échine.

Mais après la première vague de terreur, il réussit peu à peu à se calmer. Il se recroquevilla légèrement, forçant sa respiration à ralentir. Il savait qu’il portait des traceurs GPS. C’était un « ancien » de la compagnie ; cela faisait déjà deux ou trois ans qu’il travaillait pour eux. Ils ne pouvaient pas simplement l’abandonner. Il transportait des gens tous les jours. Il savait trop de choses.

À ce moment-là, une autre voix s’éleva.

C’était une voix agréable à écouter, teintée d’une nonchalance presque souriante.

— « Celui-là n’est qu’un subalterne. Le battre à mort ne servira à rien. Vérifiez plutôt s’il porte d’autres dispositifs. »
— « Il y en avait un dans la poche de son uniforme, un sous la semelle gauche, un sur son téléphone, un sur son talkie-walkie et un sur la boucle de sa ceinture. Même si on a utilisé un brouilleur pendant le trajet, on les a retirés par précaution. »

Cette voix-là lui était familière.

C’était celle du gros homme qui s’était fait passer pour un client.

Sauf qu’à présent, il ne restait plus la moindre trace d’accent provincial. C’était le parler parfaitement pur d’un natif de Yancheng.

En comprenant que tous ses dispositifs de localisation avaient été découverts, le cœur du chauffeur sombra brusquement.

Quelqu’un arracha alors le ruban adhésif collé sur sa bouche.

Le faux client demanda :

— « Le 6 novembre, la voiture que tu conduisais aujourd’hui est allée chercher quelqu’un à Beiyuan. Puisque chaque chauffeur est responsable de son propre véhicule, c’était forcément toi au volant ce jour-là. »
— « Le… le 6 novembre ? » balbutia le chauffeur avant de reprendre d’une voix obséquieuse : « Ça remonte à presque deux mois… Qui pourrait encore se souvenir de ça ? Dage, vous ne pensez pas qu’il y a erreur sur la personne ? »

Une main agile arracha la plaque nominative accrochée à sa chemise. La voix plaisante lut calmement :

— « Sun Xin. »
— « Ouais… c’est moi… » Le chauffeur s’efforça de lever la tête en direction de cette voix et afficha un sourire servile. « Dites-moi ce que vous voulez, je coopérerai. Je ferai tout ce que vous demanderez. »
— « Nous savons que votre femme travaille comme caddie au golf de la Ruche. C’est une jolie femme. Nous n’avons rien contre elle et aucune intention de faire du mal à une jeune dame. Mais vous, en revanche, vous allez devoir coopérer. »
— « Je coopérerai, je vous jure que je coopérerai à tout ! »
— « Le 6 novembre, vers midi, vous avez conduit cette voiture jusqu’au Centre Longyun de Beiyuan pour récupérer quelqu’un. Un homme d’une quarantaine d’années. Il dissimulait son visage, portait des gants… et il louchait. »
— « Euh… eh bien… » Les pensées se bousculaient dans l’esprit du chauffeur, mais il prit délibérément un air lent et hésitant. « Je… je réfléchis… un homme qui louchait… »

Mais l’autre ne semblait pas disposé à jouer ce petit jeu.

La voix agréable reprit tranquillement :

— « Je vois qu’il a besoin d’une petite leçon de savoir-vivre. Déboîtez-lui l’épaule. »
— « Attendez… »

Le chauffeur n’avait eu le temps de prononcer qu’un mot avant que sa voix ne se transforme en un hurlement déchirant.

Son épaule venait d’être déboîtée avec une précision terrifiante. La douleur fut si brutale qu’il crut perdre connaissance sur-le-champ. Puis quelqu’un attrapa son autre bras.

— « Att… attendez une minute… »
— « Une minute ? » reprit tranquillement la personne dont les paroles venaient tout juste de se révéler mortellement sérieuses. « Lao-Lu, qui t’a dit de vraiment lui déboîter l’épaule ? »

Le corps du chauffeur était trempé de sueur froide. Étendu sur le sol, il tremblait incontrôlablement, haletant comme un animal traqué, au bord de perdre le contrôle de sa vessie.

Puis il entendit cette même voix reprendre avec une désinvolture presque paresseuse :

— « Une épaule déboîtée, ça se remet en place. C’est juste embêtant. Écoute… coupe-lui plutôt l’autre bras. Ça lui apprendra ce que signifie avoir peur. »
— « C’était un employé de la compagnie ! » cria le chauffeur, incapable d’endurer davantage.

Le silence retomba aussitôt.

Même les gémissements cessèrent.

— « Il… il travaille dans notre compagnie… Il avait dit qu’il avait quelque chose à faire au Centre Longyun et il m’a demandé… demandé si je pouvais l’y conduire… »

Le chauffeur déglutit péniblement. Sous son bandeau, ses yeux roulaient sans cesse dans tous les sens.

La main du faux client reposait toujours sur son épaule, tandis que la pointe glacée d’un couteau maintenait son menton relevé.

— « Un employé de votre compagnie ? Quel est son nom ? Et quel poste occupe-t-il ? »
— « Il s’appelle Lu Lin… » répondit le chauffeur d’une voix tremblante. « C’est… c’est un électricien… Pourquoi vous le cherchez ? Est-ce qu’il… est-ce qu’il vous a offensés ? »

Leur manière d’agir était beaucoup trop brutale. Ils ne ressemblaient pas à des policiers.

Et tant qu’ils n’étaient pas la police, alors il pouvait parler.

Son épaule déboîtée lui faisait souffrir le martyre, mais malgré cela, le chauffeur sentit sa panique diminuer légèrement.

Il savait parfaitement qu’il fréquentait des individus dangereux. Dans ce milieu, avoir des ennemis était presque normal. Il suffisait d’un instant d’inattention pour qu’un ancien rival retrouve votre trace. D’ordinaire, la direction exigeait que chacun garde le silence dans ce genre de situation. Mais si leur vie était réellement menacée et qu’ils ne pouvaient plus couvrir l’affaire, ils étaient autorisés à livrer celui dont les problèmes avaient attiré le danger… tant qu’ils n’en révélaient pas trop.

La personne qui avait parlé de lui couper le bras sembla se pencher légèrement vers lui. D’une voix basse, presque murmurée, elle demanda :

— « Lu Lin… Vous saviez que son véritable nom est Lu Guosheng ? Il a déjà tué. Plus d’une fois. Et vous fréquentez ce genre de personne ? »
— « Je… je ne savais pas ! » bredouilla aussitôt le chauffeur. « Mes frères… non, patrons… Peu importe ce qu’il a fait avant, ça n’a rien à voir avec moi ! On est juste collègues, de simples collègues ! Je ne sais même pas d’où il vient à l’origine, alors comment j’aurais pu savoir ce qu’il avait fait autrefois ? »

La lame glissa lentement le long de son cou avant d’effleurer son visage. Son nez le démangea brusquement ; il comprit que le couteau était si tranchant qu’il venait probablement de lui arracher un peu de peau avec quelques poils de sourcil.

Il n’osa plus bouger d’un millimètre.

— « J’ai… j’ai son numéro de téléphone. Et si… si je vous aidais à organiser une rencontre avec lui ? Ne… ne me tuez pas… »
— « Vous ne connaissez pas sa véritable identité », intervint alors une autre voix. C’était apparemment celle de l’homme qui lui avait donné un coup de pied au début. « Mais lui, est-ce qu’il connaît la vôtre ? »

Le chauffeur resta d’abord interdit.

Puis son corps se figea brutalement.

— « Vos papiers indiquent que vous vous appelez Sun Xin. Mais ce nom est faux, tout comme vos papiers. Votre véritable nom est Sun Jiaxing, originaire de la province G. Vous avez déjà été condamné pour fraude. Vous avez une vieille mère au pays, ainsi qu’une femme et un enfant. Toute votre famille croit que vous êtes venu à Yancheng pour travailler honnêtement et gagner votre vie. Ils ignorent complètement dans quel genre d’affaires vous trempez… Et ils ignorent aussi que vous entretenez ici une gamine d’à peine vingt ans en la faisant passer pour votre épouse. Pas vrai ? »

Cette fois, le visage du chauffeur pâlit pour de bon. Ses lèvres blafardes tremblaient sans arrêt.

Quelqu’un claqua des doigts près de son oreille. Puis un téléphone glacé fut plaqué contre lui. Une petite voix hésitante s’éleva aussitôt :

— « Papa ? »

À cet instant, le chauffeur se débattit comme un fou. Mais une main enveloppée d’un mouchoir lui couvrit brutalement la bouche.

La respiration légère de l’enfant continuait de résonner dans le haut-parleur. En arrière-plan, on entendait aussi la voix d’une femme à l’accent provincial appeler doucement :

— « Jiaxing… »

Puis l’enfant reprit d’une voix timide :

— « Pourquoi papa ne parle pas ? Papa me manque… »

Le téléphone fut brusquement retiré.

La personne dont la voix était restée jusque-là basse et presque aimable donna calmement un ordre :

— « Les jeunes enfants ont la peau fragile. Essaie de lui faire saigner un peu les doigts. »

Face à cet abîme soudain ouvert sous ses pieds, le chauffeur éclata enfin en sanglots. Les larmes traversèrent le bandeau qui lui couvrait les yeux. À un moment, la main qui le maintenait se relâcha légèrement. Il se mit alors à ramper désespérément vers la source de cette voix, tel un ver rampant dans la boue.

Le sommet de son crâne heurta quelque chose au passage, mais il ne sembla même pas le sentir. Suivant la direction de cette voix, il se frotta contre la jambe de pantalon de celui qui donnait les ordres et se mit à cogner sa tête contre le sol.

— « Ne faites pas ça… Je vous en supplie… ne faites pas ça… »

Une chaussure de cuir souple repoussa doucement sa tête avant d’écraser son visage contre le sol.

— « Ne pas faire quoi, Monsieur Sun ? » La voix gardait cette douceur tranquille qui glaçait le sang. « J’ai entendu dire que votre fils n’était pas en très bonne santé. Une cardiopathie congénitale, c’est bien ça ? Quel malheur pour des parents… Écoutez-moi : cet enfant n’atteindra pas l’âge adulte. Vous devriez abandonner dès maintenant. Le laisser partir avant vous pour se réincarner, c’est aussi une forme de mérite. »

Sun Jiaxing resta étendu au sol, complètement anéanti.

S’il avait accepté de s’engager sur cette voie dès le départ, c’était uniquement pour gagner suffisamment d’argent afin de payer l’opération de son enfant. Malheureusement, la chance ne lui avait jamais souri. Avant même qu’il ne puisse réunir la somme nécessaire, leur repaire avait été démantelé par la police.

Ce fut un coup fatal.

Même avec une peine légère, il savait qu’après sa sortie de prison, il lui serait presque impossible de retrouver un emploi honnête. Pendant ce temps, son fils avait besoin d’une opération immédiate, et peu importe ce qu’il essayait, il ne parvenait jamais à réunir assez d’argent pour lui sauver la vie.

Puis quelqu’un avait contacté son avocat.

On lui avait dit que l’argent avait déjà été envoyé à sa famille. En échange, une fois libéré, il lui suffirait de travailler pour eux sur quelques missions nécessitant la plus grande discrétion. Ils lui fourniraient une nouvelle identité, et plus personne ne découvrirait jamais son passé judiciaire.

Il savait parfaitement que ce genre de chance ne tombait jamais du ciel. Ces gens avaient forcément de mauvaises intentions. Mais toute la sécurité de sa famille reposait entre leurs mains ; il n’avait jamais osé les trahir.

Depuis le début, il savait qu’un jour il risquait d’être entraîné dans une affaire dangereuse. Pour protéger sa véritable famille, il s’était même trouvé une « fausse épouse » afin de détourner l’attention. Si quelque chose tournait mal, les ennuis ne remonteraient pas jusqu’à sa femme et son enfant.

On lui avait pourtant juré que sa fausse identité était irréprochable. À moins qu’une enquête policière approfondie ne soit ouverte, personne n’aurait jamais dû découvrir la moindre faille.

Alors pourquoi… Pourquoi ces gens…

— « Je vais parler… je vais tout vous dire. » La voix de Sun Jiaxing tremblait violemment. « Lu Lin… Lu Guosheng avait réservé ma voiture un jour à l’avance. Il avait dit qu’il devait se rendre au Centre Longyun pour voir un client. Quand ces gens-là veulent aller quelque part, ils doivent normalement passer par la compagnie afin qu’on organise officiellement leur transport aller-retour. Mais lui… il n’est pas passé par les supérieurs. Il m’a contacté directement en privé. »
— « Il utilisait votre voiture discrètement ? »
— « Oui. Officiellement, il est “électricien” dans la compagnie. Il possède une carte d’employé, c’est comme ça qu’on le présente aux gens de l’extérieur. Chaque fois qu’il sort, il doit d’abord passer par la Ruche. Quand il veut une voiture, il doit faire une demande, puis repasser par la Ruche au retour… Comme ça, si quelqu’un le remarque dehors ou lui colle aux basques après un incident, la piste s’arrêtera au pire à la Ruche. Personne ne pourra remonter jusqu’à son véritable lieu de vie… »

Il reprit difficilement son souffle avant de continuer :

— « Il fait souvent des allers-retours, alors on a fini par devenir assez proches. Il me demandait régulièrement de le conduire discrètement à certains endroits… pour, enfin… prendre l’air ou ce genre de choses. »

Autrement dit, la Ruche servait de pare-feu.

Le Louvre avait probablement autrefois été l’un des repaires utilisés pour cacher des criminels recherchés, mais une fuite avait failli permettre à Gu Zhao de les débusquer. Ils avaient dû retenir la leçon ; plus tard, ils avaient utilisé la Ruche, un lieu presque identique au Louvre, comme nouvelle façade. Ainsi, même si quelqu’un enquêtait, il ne pourrait découvrir que cette couche superficielle. Et au moindre signe de danger, ils auraient largement le temps de disparaître ailleurs.

— « Où habite Lu Guosheng ? »
— « Je… je ne sais pas. »

Le chauffeur sentit aussitôt que cette réponse ne satisfaisait pas son interlocuteur. Voyant l’homme se redresser comme pour partir, il se jeta désespérément en avant pour lui barrer le passage.

— « Je vous jure que je ne sais pas ! C’est un secret, personne n’ose poser de questions sur ce genre de choses ! Je vous en supplie… Ne faites rien à ma femme ni à mon enfant… »

Dans le sous-sol sombre et glacé, Luo Wenzhou et Fei Du échangèrent un regard silencieux.

Puis Fei Du tapota l’épaule du faux client, et tous deux sortirent l’un après l’autre.

— « Heureusement qu’on n’a pas foncé tête baissée dans la Ruche. »

Luo Wenzhou laissa échapper un long soupir.

Le lieu de l’interrogatoire n’était autre que l’inquiétant sous-sol de Fei Du. Même l’air y semblait lourd et oppressant. Après un silence, il reprit :

— « Cette fois, j’ai enfreint plus d’un règlement. Si on ne les attrape pas, ça ne se réglera pas avec une ou deux lettres d’excuses. Si je perds vraiment mon poste, il ne me restera peut-être plus qu’à vendre mon corps pour survivre. Alors, qu’en pense mon seigneur ? Est-ce que j’ai au moins le physique pour réussir ? »

Très coopératif, Fei Du le détailla lentement de haut en bas.

Son regard avait quelque chose d’un grand félin passant la langue sur sa proie ; il semblait presque lui arracher ses vêtements couche après couche. Luo Wenzhou finit par ne plus trop supporter cette inspection et leva une main pour lui cacher les yeux.

— « Hé, je ne suis pas encore à vendre. Tiens-toi un peu. »

Fei Du éclata de rire et allait répondre lorsque son téléphone sonna soudainement.

Il décrocha. Après seulement deux phrases, son expression changea aussitôt.

— « Président Fei, la surveillance interne de la Ruche est beaucoup trop stricte. Ils suivent constamment la position de leurs chauffeurs. Ils semblent avoir remarqué que les dispositifs de localisation de l’homme qu’on a capturé ont soudainement cessé d’émettre. »

Le regard de Fei Du se durcit.

— « Compris. Soyez prudents. Quittez immédiatement les lieux. »

 

Dans l’après-midi, le Commissariat Central était devenu plus bruyant qu’un marché aux légumes aux heures de pointe. Les quelques cheveux survivants du Directeur Lu semblaient prêts à rendre l’âme eux aussi.

Il fit appeler Tao Ran dans son bureau et frappa violemment sur son bureau.

— « Aucun de vous ne respecte la moindre organisation ni la moindre discipline ! Tao Ran, dis-moi franchement… Qu’est-ce que ce clown de Luo Wenzhou est encore en train de fabriquer ? Pourquoi est-ce qu’il ne répond plus à son téléphone ? »

À force de se retourner toute la nuit sur le petit lit de camp du bureau, les cheveux de Tao Ran étaient complètement en bataille. Son visage affichait une incompréhension parfaitement sincère.

— « Je ne sais pas. Il ne répond pas non plus à mes appels. »
— « Mettre un tel bazar puis disparaître dans la nature… »

Avant même que le Directeur Lu ait fini sa phrase, des protestations aiguës éclatèrent dans le couloir.

— « Pourquoi retenez-vous mon fils ? Qui vous en a donné le droit ? Je vais vous dénoncer pour atteinte aux libertés individuelles ! »
— « Qu’est-ce que ma fille a fait exactement ? Vous avez des preuves au moins ? Et puis même si quelque chose est arrivé à cette fille, c’est forcément un garçon qui est impliqué, non ? Quel rapport avec nous ? »
— « Où est votre supérieur ? Je veux parler à votre supérieur ! Vous vous prenez pour qui ? Savez-vous seulement qui je suis… »

Le Directeur Lu inspira profondément avant de lancer à Tao Ran un regard meurtrier.

Puis il sortit à grands pas et ouvrit d’un coup de pied la porte de la petite salle de réunion temporairement réquisitionnée pour contenir les parents en pleine crise. Il frappa brutalement contre la porte.

— « Ici, c’est le Bureau de la sécurité publique ! Vous avez été convoqués pour une enquête. Pourquoi est-ce que vous hurlez comme ça ?! »

La salle entière se figea aussitôt.

L’homme qui criait le plus fort jusque-là changea immédiatement d’attitude. En observant la posture et l’expression du Directeur Lu, il comprit rapidement à qui il avait affaire et adopta aussitôt un ton beaucoup plus poli.

— « Et vous êtes… ? »

Le Directeur Lu le fixa froidement. Il avait parfaitement entendu que c’était ce type qui venait de lancer : « Vous vous prenez pour qui ? »

Il l’ignora superbement.

Puis il attrapa Tao Ran par l’épaule et le propulsa au milieu des parents furieux comme on jetterait un poussin au centre d’une meute de tigres.

— « Voici le capitaine adjoint de notre brigade criminelle. C’est lui le responsable. Si vous avez un problème, adressez-vous à lui. Et que celui qui recommence à faire un scandale soit poursuivi pour trouble à l’ordre public ! »

À cet instant précis, la vieille caméra de surveillance poussiéreuse installée dans un coin de la salle, probablement inutilisée depuis des siècles, pivota soudain légèrement.

Son objectif balaya lentement la pièce pleine de parents bavards avant de s’arrêter sur Wei Zhanhong, assis à l’écart.

Le téléphone dans sa poche vibra.

Sans changer d’expression, l’homme le sortit discrètement, jeta un œil à l’écran, puis son visage changea imperceptiblement tandis qu’il répondait rapidement au message.

 

 

 

 

 

  

Ne t’en fais pas Wenzhou, si tu perds ton job, je suis sûre que ton chaton sera ravi de t’avoir comme gigolo 😂​

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Vous pouvez me retrouver sur : Instagram - TikTokWattpad  - AO3 -Tumbler

 

Retour au sommaire 

 

Commentaires

Populaires

Silent Reading : Chapitre 115 - Verhovensky XXVI

Top Edge : Chapitre 10 - Il faudra payer pour continuer à mater

Bienvenue sur Danmei Traduction FR