Silent Reading : Chapitre 120 - Verhovensky XXXI
La Buick noire s’était arrêtée pile dans l’angle mort de la caméra. Un rien de plus, quelques centimètres à peine, et l’objectif aurait capturé la plaque avant. Lu Guosheng l’avait immédiatement remarqué et avait aussitôt averti son complice.
Rien ne lui avait échappé. Il avait pensé à tout.
À une seule exception près.
Un miroir convexe installé à l’angle de la rue.
Ce genre de miroir est généralement placé aux intersections ou dans les virages difficiles afin de permettre aux conducteurs de voir les véhicules et les piétons arrivant d’autres directions. Celui-ci faisait directement face au carrefour ; autrement dit, il regardait dans la même direction que la caméra de surveillance. En théorie, la vidéo n’aurait donc jamais dû enregistrer ce qui se reflétait dans le miroir, raison pour laquelle Lu Guosheng l’avait ignoré.
Malheureusement pour lui, malgré toutes ses précautions, un détail lui avait échappé : une fenêtre restée ouverte renvoyait le reflet d’une moitié du miroir. Et surtout, le système de surveillance du Centre Longyun utilisait les caméras haute définition les plus performantes du marché.
Après avoir agrandi l’image, ils parvinrent finalement à distinguer vaguement les trois derniers chiffres de la plaque d’immatriculation.
Xiao Haiyang remonta ses lunettes, brûlant d’envie de se jeter sur l’écran.
—
« 3… 3, 6… Je n’arrive pas à distinguer ce qu’il y a devant. Ça
pourrait être un 3… ou peut-être un 8. Attendez, je vais reprendre
l’enregistrement image par image. »
— « Pas la peine de t’acharner. Une piste suffit. »
Luo Wenzhou fixa un instant la capture d’écran où apparaissait Lu Guosheng, puis se leva et sortit son téléphone pour appeler un certain Lao-Qiu.
— « Oui, c’est moi. J’ai un petit service à te demander… Il y a quelque temps, un enfoiré a rayé la voiture de mon partenaire avant de se barrer… Non, personne n’a été blessé, la voiture était vide à ce moment-là. Sinon, on saurait déjà qui c’est. Ce n’est pas tellement le problème, mais la peinture coûte une fortune à refaire. Ça représente six mois de salaire… Mm, d’accord, regarde ça pour moi, s’il te plaît. Et garde ça pour toi, je préfère éviter que cette histoire privée s’ébruite. Ça contourne un peu le règlement, après tout… Une Buick noire, bien entretenue. Le 6 novembre vers midi, près du Centre Longyun à Beiyuan. Une caméra a capté le reflet de la fin de la plaque : 336. Je pense que c’est un véhicule local… Parfait, merci. Désolé de te déranger. Je te revaudrai ça avec quelques cartouches de bonnes cigarettes. »
Xiao Haiyang le regardait fixement, au point que ses lunettes avaient encore glissé le long de son nez.
— « Qu’est-ce que tu fixes comme ça ? Tu crois que foncer tête baissée tout seul au lieu de demander de l’aide, c’est héroïque ? Arrête de te croire invincible, idiot. »
Luo Wenzhou lui poussa la tête d’une main.
— « Quand il fera jour, retourne au Central avec Tao Ran et occupez-vous de ce que vous avez à faire. Attendez mes instructions. »
Puis il se tourna vers son amant.
—
« Toi aussi, attends mes ordres. Ne fais rien de dangereux… Et ça
suffit avec tes lunettes. À force de les essuyer, tu vas finir par polir
le verre jusqu’à le percer. »
— « Je réfléchis à quelque chose »,
répliqua soudain Fei Du d'une voix basse. « Lu Guosheng a passé toutes
ces années en cavale. Il y a peu d'informations sur lui, et personne n'a
fait son profil à l'époque. Nous nous sommes donc basés sur des
a priori pour conclure qu'il est cruel, impitoyable et extrêmement
audacieux. »
— « Qu'est-ce qu'il serait d'autre ? » demanda Tao Ran.
—
« Il y a quatorze ans, Lu Guosheng est apparu une fois dans le
collimateur de la police, même si cela n'a rien donné par la suite.
Cette fois, cependant, après avoir tué Feng Bin, il a laissé repartir
Xia Xiaonan et a osé se montrer ouvertement dans un lieu public. » Fei
Du replaça ses lunettes impeccables sur son nez. « Globalement, cet
homme me donne l'impression d'être négligent, arrogant et méprisant. Il
est probable qu'il souffre d'épisodes dissociatifs et maniaques. Une
part de lui se “défoule” quand il commet ses crimes. Il est
indiscipliné, très instable. J'ai toujours pensé qu'il était resté en
liberté si longtemps parce que quelqu'un le protégeait. Lu Guosheng ne
devrait pas agir comme ça. Il ne devrait pas être aussi prudent, ni
savoir se protéger de la surveillance policière. »
Le Centre Longyun était le territoire de Wei Zhanhong, mais il n’était pas impossible qu'au départ, il ait ignoré ce que tramait son cher fils. Aussi abject soit-il, l’homme restait un criminel « raisonnable » : ses objectifs étaient clairs, ses méthodes discrètes, et il savait mesurer les risques. Or, faire assassiner un camarade de classe pour une simple « lutte de pouvoir » entre lycéens… c’était d’une stupidité presque enfantine. Trop impulsif, trop voyant, et surtout bien trop inconsidéré face aux conséquences que cela pouvait entraîner. Un adulte n'aurait pas commis une bévue aussi ridicule. Wei Wenchuan avait tout simplement précipité son père dans un gouffre avec cette affaire.
Lu Guosheng devait l'avoir parfaitement compris, c'est pourquoi il n'avait manifestement pas traité le Centre Longyun comme son propre territoire. Il s'était méfié de tout le monde, y compris de son stupide jeune employeur.
Mais la contradiction résidait là : puisqu'il était si inquiet, pourquoi s'était-il montré personnellement le six novembre ?
Qu’il ait voulu surveiller la cible ou observer son commanditaire, Lu Guosheng n’avait aucune raison de se déplacer en personne. Il aurait très bien pu demander à Wei Wenchuan de lui fournir un enregistrement, voire directement les images de surveillance du salon privé du restaurant.
—
« Qu'est-ce que vous voulez dire ? » demanda rapidement Xiao Haiyang. «
Vous suggérez que ce n'est peut-être pas Lu Guosheng ? Non, non
seulement son langage corporel est identique, mais on pouvait aussi voir
ses yeux vairons quand il a levé la tête vers la caméra. »
— «
Non... je veux dire que j'ai peut-être fait une erreur tout à l'heure.
Il n'est peut-être pas allé voir Feng Bin ce jour-là. Qui d'autre se
trouvait dans ce salon privé ? J'ai besoin d'une liste de noms. » Fei Du
marqua une pause. « Surtout les filles. »
— « Pourquoi les filles ? »
— « Je veux savoir s'il a épargné Xia Xiaonan à cause d'un transfert émotionnel. »
—
« Tao Ran trouvera un moyen détourné de récupérer cette liste une fois
de retour au Central », trancha Luo Wenzhou. « Mais pour l’instant,
notre priorité absolue, c’est de retrouver sa planque. Tant qu’on le
capture vivant, on pourra l’observer ou l’interroger autant qu’on
voudra. »
Il marqua une courte pause avant de reprendre d’un ton plus grave :
— « Après tout ce temps, toutes les pistes commencent enfin à converger. On doit frapper vite. Écoutez-moi bien. Premièrement : rapidité. Deuxièmement : discrétion absolue. Troisièmement : veillez à votre sécurité. Quatrièmement : méfiez-vous de vos appareils de communication. Si vous n’êtes pas certains de ne pas être sur écoute, surveillez ce que vous dites. » Son regard glissa vers Xiao Haiyang. « Camarade, essaie de contrôler un peu ton “mode mitraillette”. Évite de balancer tout ce qui te passe par la tête. »
Xiao Haiyang ne se rendit pas compte qu'il se moquait de son penchant pour les longs discours. En entendant cela, il expliqua calmement :
— « Capitaine Luo, bien que j'aie tout juste réussi mes tests d'endurance physique, je ne suis pas un déficient mental. »
Luo Wenzhou expira faiblement et agita une main.
— « Ouais, c’est moi le déficient mental. Allez, circulez ! »
Quelle que soit la taille d’une pièce, il suffisait de quatre hommes adultes qui s’y agitent en même temps pour qu’elle paraisse soudain étroite. Pourtant, en un instant, ils se dispersèrent tous, et l’appartement retrouva aussitôt son calme.
Depuis son réveil, Fei Du était resté tendu de bout en bout. Ils n’avaient pas eu une seconde de répit. Dehors, l’aube n’avait même pas encore commencé à poindre. La pièce était sans dessus dessous ; le plat de fondue de la veille trempait encore dans l’évier au milieu d’une pile d’assiettes et de bols, faute d’avoir été récuré.
Fei Du ouvrit une fenêtre pour laisser entrer un peu d’air frais. Il voulut remettre un peu d’ordre, mais après un regard circulaire, il ne sut même pas par où commencer. Finalement, il eut recours à sa méthode habituelle : appeler quelqu’un.
À un moment pareil, impossible de faire entrer un inconnu. Fei Du contacta donc l’une de ses propres connaissances.
Il s’agissait d’une vieille dame au visage doux nommée Sang. Rien, dans ses traits paisibles, ne trahissait les drames qu’elle avait traversés. Originaire de la ville D, elle avait perdu son mari très jeune et s’était saignée aux quatre veines pour élever seule son fils. Elle l’avait vu grandir, se marier, puis devenir père à son tour. La lignée se prolongeait enfin. Elle venait tout juste d’emménager avec bonheur dans une nouvelle maison et se voyait déjà profiter tranquillement de ses vieux jours en berçant son petit-fils.
Mais le bonheur des gens ordinaires est souvent aussi fragile qu’une feuille de papier.
Par malheur, elle vivait dans l’immeuble appartenant au concurrent de Wei Zhanhong. Le jour de l’attaque, Madame Sang promenait son petit-fils dans son landau. L’enfant, qui n’avait même pas un an, avait été arraché à ses bras par le tueur avant d’être violemment jeté au sol, tué sur le coup.
Sa belle-fille, incapable de trouver un autre responsable à sa douleur, avait déversé toute sa haine sur elle. Cette rancœur avait fini par détruire leur famille et conduit au divorce. Quant à son fils, il n’avait pas survécu au choc. Ivre au volant, il avait percuté une barrière de sécurité et y avait laissé la vie à son tour.
La maison neuve, autrefois symbole de bonheur, avait vu sa valeur chuter de moitié. Mais les mensualités du prêt, elles, n’avaient jamais diminué. L’écrasante dette était entièrement retombée sur les épaules de cette femme aux cheveux blancs, désormais seule au monde. Craignant qu’elle ne meure avant d’avoir fini de rembourser, la banque avait même exigé un raccourcissement de la durée du prêt.
—
« Rien ne presse ici. Il y a juste un peu de ménage à faire. Si vous
avez autre chose de prévu, finissez d'abord et prévenez-moi quand vous
aurez terminé. Prenez un taxi pour venir, je couvrirai les frais de
transport. Pas besoin de vous entasser dans les transports en commun. »
—
« Vous faites rarement appel à moi, Président Fei », répondit une voix
de femme chaleureuse. Puis Madame Sang hésita un instant avant de
reprendre, un peu maladroitement : « Ce matin, Weiwei avait quelque
chose à vous remettre… et c’est passé entre mes mains. Je sais que je ne
devrais ni poser de questions ni me mêler de ça, mais… Est-ce qu’on va
bientôt attraper ces monstres ? »
Face à la fenêtre ouverte, Fei Du contemplait l’horizon au loin. L’air frais du dehors s’engouffrait lentement dans ses poumons.
— « Oui », répondit-il doucement. « Cette fois… nous en sommes peut-être très proches. »
Madame Sang fut aussitôt submergée par l’émotion.
—
« Bien… c’est bien… » Sa voix tremblait légèrement. « Président Fei, si
vous avez besoin de quoi que ce soit, faites-le-moi savoir. Vous n’avez
pas besoin de venir en personne, pour éviter d’être impliqué. Moi… à
mon âge, je n’ai plus peur de rien. Même si je devais m’attacher une
bombe sur le corps pour mourir avec eux… »
— « Cela n’arrivera pas. » Fei Du baissa légèrement les yeux. « Nous n’en sommes pas là. »
Nous n'en arriverons peut-être... jamais là, désormais.
À cet instant, la porte d’entrée s’ouvrit brusquement. Luo Wenzhou venait manifestement de se souvenir de quelque chose et revenait à toute vitesse, encore enveloppé par le froid de l’extérieur. Sans perdre une seconde, il fila droit dans la cuisine pour verrouiller le buffet à alcool.
Quand on élève un chat, il faut penser à ranger les restes au réfrigérateur. Et quand on « élève » un Président Fei, il faut penser à mettre la réserve d’alcool sous clé au bon moment.
« Pas mal. Vraiment pas mal », songea le président en question.
Luo Wenzhou glissa ses clés dans sa poche, le regarda, puis s’approcha soudain sans un mot pour le serrer brutalement contre lui. En retrouvant sur sa peau l’odeur de son propre gel douche, quelque chose au fond de son être sembla enfin retourner à sa place. Il laissa échapper un long soupir de soulagement.
Fei Du resta figé un instant. Après une brève hésitation, il leva lentement les bras pour les poser dans son dos.
— « Je… »
Luo Wenzhou leva une main pour le faire taire.
— « Tu es à moi. Que quelqu’un ose seulement te toucher, et il m’entendra. Retiens bien ça. »
Sans voix, le jeune homme ne réagit pas et son amant le fixa encore une seconde d’un regard appuyé, puis repartit aussitôt, rapide comme une rafale de vent.
⸻
Une heure plus tard, un nouveau bras de fer éclatait au Commissariat Central.
Les parents des étudiants impliqués, accompagnés de leurs avocats, parlaient tous en même temps, chacun défendant sa propre version des faits tout en remettant en cause les méthodes de collecte de preuves de la police. Ils semblaient n’avoir qu’une obsession : transformer le mot « calomnie » en un clou acéré pour le leur enfoncer de force dans la gorge. À les voir, il ne leur manquait presque plus qu’une banderole déployée devant le commissariat proclamant : « Abus de pouvoir, injustice sans précédent ! »
L’un des parents avait même réussi, grâce à ses relations, à obtenir indirectement le numéro du Directeur Lu et s’était empressé de l’appeler pour déposer plainte.
Évidemment, le Directeur Lu n’était pas censé passer son week-end à faire des heures supplémentaires au bureau. Tiré de force dans cette affaire, il finit, exaspéré, par appeler Luo Wenzhou.
Celui-ci sortit son téléphone, jeta un bref regard à l’écran, puis coupa tranquillement la sonnerie ainsi que le vibreur, ignorant avec un calme souverain l’appel de son supérieur.
— « C’est un modèle assez courant, mais en croisant la localisation, les derniers chiffres de la plaque, le fait qu’il s’agisse d’un véhicule immatriculé localement et correctement entretenu, il ne reste plus qu’une seule possibilité. »
Lao-Qiu, des services de la circulation, lui montra une capture d’écran tirée du réseau de surveillance.
— « Regarde. C’est bien celle-là ? »
Luo Wenzhou se pencha. Sur le siège passager, on distinguait vaguement un homme coiffé d’une casquette rabattue bas et portant un masque. Un frisson lui parcourut involontairement l’échine.
— « Ouais, c’est bien elle. Où est-ce qu’elle est allée ensuite ? »
Lao-Qiu ouvrit une carte, puis traça un cercle autour d’une zone précise.
— « Dans les environs de ce district. »
⸻
— « Ce ne serait pas ici. »
Arrivé à l’endroit indiqué, Fei Du rendit son verdict sans même descendre de voiture, se contentant de passer la tête par la fenêtre.
Il était déjà presque midi. Luo Wenzhou était passé le prendre, et ils s’étaient rendus ensemble à l’adresse trouvée par Lao-Qiu. Le bâtiment était quasiment un emblème local. Son architecture extérieure, composée de formes géométriques très particulières, évoquait vue du ciel un immense nid d’abeilles ; c’était d’ailleurs pour cette raison qu’on l’avait surnommé « La Ruche ».
La Ruche se vantait d’être un haut lieu de « consommation de luxe ». On y trouvait toutes sortes d’installations de divertissement, des boutiques de grandes marques ainsi qu’un vaste espace de restauration. Derrière le complexe s’étendait un terrain de golf entouré d’une haute clôture, où flottait au vent un drapeau frappé d’une balle de golf.
—
« C’est trop tape-à-l’œil », dit Fei Du en secouant la tête. « Tous les
établissements de luxe ont subi des contrôles drastiques ces dernières
années. Le secteur entier a pris un coup. Cacher un criminel recherché
dans un endroit aussi exposé reviendrait à chercher la mort. »
— « À
moins que ce soit justement l’idée. Se cacher à la vue de tous »,
répliqua Luo Wenzhou en baissant sa vitre. Il désigna l’entrée du golf,
où plusieurs Buick noires étaient alignées. « Le club propose un service
de navette. Et les voitures qu’ils utilisent sont exactement du même
modèle que celle qui a récupéré Lu Guosheng. »
Tout en parlant, il sortit une petite paire de jumelles et compara les véhicules avec la capture d’écran fournie par Lao-Qiu.
— « Celle dont la plaque se termine par 336 devrait être ici. » Il tendit les jumelles à Fei Du. « Celle garée dans le coin. Trouve un moyen d’entrer en contact avec les chauffeurs des navettes. »
Le téléphone de Luo Wenzhou sonna de nouveau.
Tao Ran.
Il jeta un coup d’œil à l’écran puis l’éteignit sans décrocher.
— « Pourquoi tu ne réponds pas ? » demanda Fei Du.
—
« Je lui ai dit d’attendre mes instructions, il ne me contacterait pas
sans raison valable. J’ai déjà une douzaine d’appels manqués de Lao-Lu.
Comme il n’arrive pas à me joindre, il s’est probablement rabattu sur
lui. »
Fei Du garda le silence un instant.
— « Tu soupçonnes le Directeur Lu ? »
Luo Wenzhou marqua une légère pause sans répondre directement.
— « Le Directeur Lu a passé plus d’années au Central que toi sur terre. Lui et mon shifu ont traversé ensemble des situations où ils jouaient leur vie. Il porte sur lui un nombre incalculable de cicatrices. Je ne sais même pas combien de détenus condamnés à perpétuité ou en attente d’exécution rêvent encore de lui régler son compte. Quand je venais d’intégrer le commissariat, j’ai participé moi-même à une arrestation : un braqueur tout juste sorti de prison s’était introduit chez lui au beau milieu de la nuit pour se venger. Heureusement qu’un indic nous avait prévenus à temps… »
Il se tut un instant avant de reprendre avec un sourire amer.
— « En parlant d’indics… parmi ceux qu’on utilise, une minorité agit pour des raisons personnelles. La plupart le font pour l’argent. Ceux qui entrent là-dedans par idéalisme ou par émotion ne tiennent généralement pas longtemps. Ceux qui survivent sont presque toujours ceux qui le font pour le fric. Il y a des joueurs compulsifs, des alcooliques, des drogués, des types écrasés par des prêts usuraires… Des gens misérables. Mais même comme ça, il faut parfois continuer à se méfier d’eux. »
Son regard se perdit un instant.
— « Quand Gu Zhao est mort au Louvre, je soupçonne que ce sont probablement ses propres informateurs qui l’ont vendu… L’argent est quelque chose de vulgaire, mais il s’infiltre partout. Petit à petit, il finit par détruire toute confiance qu’on peut avoir envers les autres, jusqu’à ce qu’il n’en reste presque plus rien. »
Fei Du ne commenta pas.
Puis, en moins de cinq minutes, il lui donna une démonstration éclatante du pouvoir du capital.
Le terrain de golf de la Ruche reçut soudain une demande de navette urgente. Apparemment, un nouveau riche fraîchement débarqué de province voulait exhiber sa fortune en invitant plusieurs convives. Le client se montrait odieux et déraisonnable, exigeant qu’un chauffeur aille chercher ses invités immédiatement.
Par un miracle que personne ne s’expliquait vraiment, ce parvenu avait réussi à mettre la main sur une carte Platinum de la Ruche. Impossible, dès lors, d’offenser un client super-VIP. Toute la flotte de berlines noires stationnées devant le golf fut mobilisée sur-le-champ.
Luo Wenzhou en resta sans voix.
— « Allez, on va d’abord manger quelque chose. »
Un léger sourire au coin des lèvres, Fei Du appuya sur l’accélérateur et prit la direction du centre de divertissement de la Ruche.
— « Depuis le temps, je ne t’ai toujours pas invité à un vrai bon repas. »
Wenzhou est tellement (à juste titre) inquiet pour son chaton ! 😭
Vous pouvez me retrouver sur : Instagram - TikTok - Wattpad - AO3 -Tumbler



Commentaires
Enregistrer un commentaire