Silent Reading : Chapitre 118 - Verhovensky XXIX

 

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Le visage de Xiao Haiyang était empreint d'un sérieux si sincère que Fei Du dut ravaler ses paroles en même temps qu'une gorgée de vin, sans laisser paraître d'expression.

Il s'approcha lentement et s'assit à l'autre bout du canapé, étendant avec souplesse ses longues jambes.

— « Il y a des caméras de surveillance tout autour des zones touristiques. Lu Guosheng n'a pas beaucoup changé ces dernières années. Il savait avant d'agir qu'il serait filmé, alors porter des gants ou non ne faisait pas grande différence. Je pense qu'après s'être caché pendant quinze ans, un homme aspire à la liberté. Normalement, il doit porter des gants, être prudent, mais le jour où il a commis ce meurtre, c'était différent. Il savait qu'il y aurait quelqu'un pour venir à sa rescousse. Il pouvait savourer le meurtre, puis s'éclipser. »

Pour un fugitif comme Lu Guosheng, qui portait déjà le poids de nombreuses vies sur ses épaules, en ajouter une de plus n’avait aucune importance, tant que la police ne l'attrapait pas.

— « Un criminel avec une telle réputation et une identité claire apparaissant sur les caméras de surveillance est sans aucun doute un excellent bouclier pour l'employeur derrière lui. »

Face aux questions sérieuses, le cerveau de Xiao Haiyang fonctionnait assez rapidement.

Il acquiesça aussitôt.

— « Je comprends cela... Mais il y a un autre point contradictoire. Il a tué le garçon et a trouvé le téléphone de la fille, mais il l'a laissée en vie. Pourquoi ? Est-il possible qu'il n'ait pas su que la police interrogerait Xia Xiaonan ? Dès que cela arriverait, l'employeur qu'il s'était donné tant de mal à protéger ne risquait-il pas d'être révélé ? »

Fei Du ne répondit pas immédiatement. Pendant qu'il restait silencieux, Luo Yiguo se blottit contre lui et posa sa tête sur ses genoux. Ayant trouvé une source de chaleur, le chat s'endormit bientôt sur lui.

Il y avait de nombreuses raisons possibles au fait que Lu Guosheng ait épargné Xia Xiaonan. Cela pouvait être à la demande de son employeur. Peut-être que l’adolescente, ayant trahi Feng Bin, avait été considérée par le tueur comme l'une des leurs ; peut-être que, parce qu'elle était jolie, il avait voulu la préserver comme un « butin de guerre » ; peut-être que le commanditaire, jeune et frivole, avait naïvement pensé que s'il la menaçait suffisamment, l’adolescente garderait le silence et que la police ne tirerait rien d'elle.

Cela pouvait aussi être une raison propre à Lu Guosheng. Après tout, malgré sa lourde dette de sang, il n’avait jamais tué de femme.

Certains psychopathes sont difficiles à évaluer selon une logique normale. Au milieu de leur cruauté, en raison d'un motif psychologique profondément ancré, ils peuvent se montrer indulgents envers des personnes possédant certaines caractéristiques.

Tant qu'ils n'auraient pas capturé Lu Guosheng vivant, tout ne serait que des hypothèses.

La seule chose dont ils pouvaient être sûrs, c'était que si Xia Xiaonan était morte dans cette benne à ordures, les corps auraient été retrouvés ensemble, avec le téléphone, et personne n'aurait su que l'une des victimes avait aussi été complice. Tout au plus, la police, incapable d'attraper le fugitif, aurait subi une vague de condamnations publiques et on aurait simplement considéré tout cela comme un “grand malheur”. Mais voilà, de nombreuses coïncidences avaient transformé cet assassinat, qui aurait dû être sans faille, en une performance bâclée... Peu de temps après l'affaire du clan Zhou.

Si ces gens-là avaient vraiment commis si facilement des erreurs de ce genre, ils auraient tous été cueillis depuis longtemps ; ils n'auraient pas pu survivre jusqu'ici.

Luo Wenzhou ne rentra qu'au crépuscule, accompagné de Tao Ran.

Ils étaient venus en taxi, chargés d'ingrédients pour hotpot1, comme s'ils prévoyaient de faire la fête entre deux sessions d'heures supplémentaires.

En voyant son capitaine sortir ses clés, ouvrir la porte, puis retirer ses chaussures d'un geste familier pour les pousser vers le meuble, Xiao Haiyang fut enfin, avec un temps de retard, plongé dans la confusion.

« Mais au fait, c'est chez qui ici ? »

Tao Ran, rayonnant, tendit à Fei Du un sac en tissu opaque.

— « Je vois que Xiao-Xiao est aussi venu gratter un repas. »

Le jeune homme se sentit injustement accusé. Il avait voulu partir plusieurs fois cet après-midi-là, Fei Du l’avait retenu.

Mais ce qu’il avait attendu avec impatience, c’était qu’on organise une investigation secrète. Pas une fondue !

Il balbutia :

— « Eh bien... je suis venu pour... »

Fei Du ouvrit le sac en tissu que Tao Ran lui avait donné et regarda le petit instrument noir à l'intérieur.

Un appareil de contre-espionnage !

— « Il est venu rendre son autocritique », lança-t-il, d'un ton entendu, coupant court aux paroles de Xiao Haiyang. « Et présenter ses excuses, car il n'aurait pas dû contredire son supérieur en public hier. Il a acheté deux sacs de croquettes importées pour se faire pardonner. N'est-ce pas, camarade ? »

C'était Fei Du qui avait acheté les croquettes, Xiao Haiyang était donc totalement à la dérive. Mais en raison de la foi aveugle qu'il avait développée envers le jeune fuerdai au cours de la journée, il ne dit rien.

— « Importées ? » Luo Wenzhou regarda son subordonné. « C’est un chat de gouttière bien chinois. Il ne mange pas de nourriture importée. Fais attention à ce qu'il ne renverse pas son bol... »

Levant les yeux, il vit Yiguo, le derrière en l'air, agitant la queue tout en mâchant, tête baissée. À en juger par son langage corporel, il était de bonne humeur et n'avait aucune intention de casser la vaisselle.

« Petite bête ingrate ! »

Les ingrédients de la fondue étaient tous déjà prêts et ne demandaient aucun effort de préparation. Même un novice comme Fei Du pouvait s'en occuper.

Pendant que Tao Ran et Xiao Haiyang mettaient la base à bouillir en s'installant pour discuter tout en gardant Yiguo à distance, Fei Du rejoignit la cuisine pour aider à laver les légumes.

Dès qu'il posa un pied dans la pièce, Luo Wenzhou renifla discrètement.

— « Tu as bu ? »

Fei Du fut pris au dépourvu par la question ; il n'aurait pas cru qu'un homme passant son temps en compagnie d'un désodorisant solide et trop fort puisse avoir un odorat aussi sensible.

Il nia immédiatement.

— « Non, c'était du jus de raisin. »

Luo Wenzhou vérifia d’un coup d'œil les positions des invités dans la salle à manger, puis, sans prévenir, il le pressa dans un coin hors de leur vue et goûta personnellement sa bouche.

La porte de la cuisine était à moitié ouverte ; s'ils avaient seulement passé la tête, les deux autres auraient vu la scène. Fei Du pouvait même entendre leurs voix basses.

L'attaque surprise, ce baiser, était d'une turbulence inhabituelle, presque fébrile, en total décalage avec l'atmosphère « détendue et joyeuse » de cette soirée fondue.

Il est probable que n'importe qui, face à un couteau pointé dans le dos, aurait eu du mal à maintenir un calme véritable.

L'air hivernal était sec et les lèvres fragiles. Fei Du émit un sifflement de douleur et détourna précipitamment la tête, saisissant la main de son amant pour lui murmurer à l'oreille, presque inaudible :

— « Chéri, si tu me mords jusqu'au sang, tu devras me sortir d'ici sur ton dos. »

Luo Wenzhou, ayant déjà les résultats de son analyse, le frappa d'un air indigné.

— « Je te jetterai sur mon épaule, oui ! "Pas bu", tu dis ? Est-ce qu'il t'arrive de dire la vérité ? »

Fei Du tourna la tête pour dissimuler un sourire loin d'être repentant et lui lécha doucement le lobe de l'oreille. Profitant de son tressaillement, il se saisit fermement des champignons lavés et s'éclipsa avec légèreté.

L'odeur puissante et envahissante de la fondue bouillonnait hors de la marmite. Toutes sortes de viandes, de légumes et de fruits de mer étaient disposés sur la grande table, offrant un aspect des plus somptueux. Attiré par l'odeur, Luo Yiguo suivait le mouvement en miaulant avec insistance, tournant en rond sous la table. Les quatre convives affichaient pourtant des expressions graves.

— « Qui dit que tu n'es pas sociable ? Manger une fondue avec nous après le boulot, n'est-ce pas être sociable ? Xiao-Xiao, ne résiste pas. Pour que les gens se connaissent, il suffit de partager quelques repas. Demain, il faut retourner au travail. Mangeons bien aujourd'hui, et trinquons au thé à défaut de vin. Santé ! »

La voix de Tao Ran semblait porter un sourire, mais son visage n'en montrait aucun signe. Il accepta solennellement l'appareil de contre-espionnage et fit un signe de la main à son capitaine pour indiquer qu'il était prêt. Xiao Haiyang leva deux tasses sans expression et les fit s'entrechoquer. Des bulles remontaient de la fondue. Un voyant clignota faiblement, émettant un signal de balayage invisible.

— « Xiao Haiyang, il existe toutes sortes de patrons. À l'avenir, fais attention à la façon dont tu parles quand tu es dehors. Tout le monde ne te supportera pas comme je le fais. » Luo Wenzhou prit le détecteur et se leva. « Je vais voir si les nouilles ont ramolli. »

Ce faisant, il fit le tour de la pièce avec le détecteur, sondant même avec soin les paires de chaussures près du meuble à l'entrée.

— « Fei Du, arrête de jouer avec ton téléphone, d'accord ? Combien d'argent as-tu besoin de gagner pour ne même pas prendre le temps de manger correctement ? »

Tao Ran, comprenant l'allusion, enchaîna immédiatement :

— « Que tout le monde éteigne son téléphone. On va suivre le conseil d'Internet et les mettre tous ensemble. Personne n'a le droit d'y toucher. Celui qui craque paiera le repas d'aujourd'hui. »

Fei Du sortit un sac en papier bloquant les signaux, récupéra les téléphones de chacun et les y jeta. Alors que Luo Wenzhou s'approchait du hall d'entrée, le voyant rouge s'alluma soudainement. Son expression changea instantanément.

Aussitôt, Tao Ran monta le son de la télévision.

Ils fixèrent tous l'indicateur de l'appareil qui clignotait de façon irrégulière au rythme des mouvements de Luo Wenzhou. Ce dernier finit par décrocher la vieille mallette usée de son adjoint du porte-manteau. Sous le couvert de la musique assourdissante de la télé, il fouilla le sac ; un micro était dissimulé dans une poche intérieure.

Tous les quatre regardaient l'objet en silence. Seule l'attention de Yiguo restait portée sur la nourriture. Voyant que personne ne s'occupait de lui, il hurla de mécontentement. Le regard de son humain bougea alors. Ce dernier s'approcha, sac en main, et l’attrapa d'une main. Le chat, les pattes ballantes, ne comprit pas ce qui arrivait à son serviteur habituel et poussa un petit cri. Profitant du miaulement de l'animal, Luo Wenzhou prit une tasse d'eau bouillante et la versa sur le micro. Un crépitement retentit, et le vieux cuir de la mallette dégagea une odeur étrange.

Le voyant rouge du détecteur se calma.

Personne ne parla pendant un long moment. Luo Wenzhou relâcha le « chevalier bouc émissaire » Luo Yiguo et rompit le silence.

— « Taotao, ça fait dix ans que tu trimbales ce sac pourri. Il y a deux trous à la fermeture éclair. Il est temps d'en changer. J'en ai des neufs ici, tu pourras choisir celui que tu veux tout à l'heure. »

Son ami se força à sourire.

— « D'accord. Donne-moi le plus cher. »
— « Qui ? » demanda Xiao Haiyang.

Tao Ran, remis de son choc initial, but une gorgée de tisane.

— « Ça pourrait être n'importe qui. Il n'y a rien de valeur dedans. Je n'y fais pas attention d'habitude, je le pose n'importe où », expliqua-t-il. « Le métro bondé, les lieux où on dépose son sac pour un contrôle… Toutes les connaissances croisées récemment, les informateurs, les témoins, les victimes... N'importe qui aurait pu avoir l'opportunité. Ce n'est pas forcément l'un des nôtres. »
— « C'est vrai », ajouta Fei Du en mettant calmement quelques morceaux de viande dans la marmite. « Si c'était moi, j'en aurais mis un sur Lao-Luo. Au moins un pour chacun de vous deux. »

Le bureau de Luo Wenzhou était pratiquement un espace public, et ses affaires traînaient négligemment partout au Commissariat Central. N'importe quel collègue à court d'argent pour des cigarettes pouvait, simplement après avoir crié qu’il se servait, piocher directement dans son sac. Si le coupable venait de la brigade criminelle, la difficulté de piéger l'un ou l'autre était la même. À savoir, nulle.

Luo Wenzhou poussa un long soupir, sa voix si basse qu'elle se perdait presque dans la vapeur.

— « Le testament du Vieux Yang mentionnait l'affaire 327 et Gu Zhao, donc cette personne doit être de leur génération... Ou même plus âgée. Probablement un ancien dirigeant respecté et bien établi. C'est peut-être pour cette raison qu'ils ont installé leur quartier général ici. »

Xiao Haiyang les regardait tour à tour, l'air hébété.

— « De quel Vieux Yang parlez-vous ? On discute de quoi, là, au juste ? »

Tao Ran jeta un regard interrogateur à Luo Wenzhou. Celui-ci tapota l'épaule de Xiao Haiyang.

— « Cet abruti a été élevé par Gu Zhao. Il est considéré comme le proche d'un aîné et comme une victime », expliqua-t-il brièvement.

Fei Du haussa les épaules.

— « Et moi, je suis le proche d'un criminel qui a trahi l'organisation et une victime. »
— « Tao Ran et moi enquêtons sur la vérité derrière la mort du Vieux Yang il y a trois ans. Récemment, sa veuve nous a remis son testament », poursuivit Luo Wenzhou. « Comme nous avons tous des informations différentes, mettons-nous à jour en mangeant. »

Ils formaient un groupe de personnes tâtonnant dans l'obscurité qui, par motif personnel ou devoir public, s'étaient retrouvées sur le chemin menant au même abîme, avançant les yeux fermés depuis longtemps. Désormais, toutes leurs routes, aux lieux de départ et d'arrivée différents, se rejoignaient enfin au même point.

Une flamme fragmentaire vacillait dans la brume, révélant vaguement la forme du gouffre.

— « On peut retenir temporairement Wei Wenchuan et son père, mais pas longtemps. On n’a pas de preuves et le gamin est mineur. Ils le savent et se sentent en sécurité », déclara Luo Wenzhou. « Le temps presse. Quelle est la prochaine étape ? »

Sans attendre de réponse, il poursuivit :

— « Pas facile d'enquêter sur votre Centre Longyun. Il appartient à Wei Zhanhong. On pourrait obtenir les enregistrements des caméras de surveillance aux alentours, mais il faut une demande officielle et des motifs valables. » Il soupira. « Il y a trop de regards tournés vers l'équipe. Même si le micro dans le sac de Tao Ran ne vient pas de l'un des nôtres, il sera difficile de garder le secret. Tant qu'on ne peut pas frapper un grand coup définitif, on ne peut pas divulguer cette information. »
— « Et les indics’ ? » proposa son adjoint.
— « Peut-on leur faire confiance ? » interrogea Xiao Haiyang. « Ils viennent de partout, on ne sait pas qui ils fréquentent ni de qui ils reçoivent des faveurs. J'ai toujours soupçonné que ce qui est arrivé à l'Oncle Gu était lié à une taupe parmi ses informateurs. »

C'est alors que Fei Du, resté silencieux jusque-là, déclara soudain :

— « On peut utiliser mes hommes. »

 

 

 

 

 

 

Domestique ZhouDu, même au milieu d'une situation sérieuse et Yiguo qui dort contre mon bébé 🥰​🥺

 

 

 

  1. Hotpot (火锅, huǒguō) : Le hotpot (littéralement « marmite de feu ») est l'un des plats les plus emblématiques et conviviaux de la cuisine chinoise. Il ne s'agit pas d'un plat préparé en cuisine, mais d'une expérience culinaire interactive partagée à table. Une grande marmite de bouillon bouillant est placée au centre de la table. Chaque convive plonge ses propres ingrédients crus (fines tranches de viande, légumes, tofu, champignons, nouilles, etc.) dans le bouillon pour les cuire sur place, quelques secondes ou minutes selon l'ingrédient. Chacun trempe ensuite sa bouchée dans une sauce d'accompagnement personnalisée (sésame, ail, sauce soja, piment, coriandre, etc.). 

    Le hotpot est par excellence un plat de partage et de convivialité. On n'en mange pas seul, et le rythme lent de la cuisson invite à la conversation. C'est une activité de groupe plutôt qu'un simple repas. En Chine, un dîner autour d'un hotpot peut durer des heures. Le choix du bouillon, des ingrédients et des sauces est souvent l'objet de discussions animées. 

    Il existe d'innombrables variétés. Les plus célèbres sont : 

    • Le hotpot du Sichuan : très épicé, avec des bouillons rouges au piment et poivre du Sichuan. 
    • Le hotpet de Chongqing : une version du Sichuan, encore plus grasse et piquante. 
    • Le hotpot de Pékin (shuàn yángròu) : au bouillon clair, spécialisé dans l'agneau. 
    • Le hotpot de Canton : bouillon plus doux, aux ingrédients très fins (fruits de mer, poulet).

     

     

     

     

     


     

     

     

     

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