Silent Reading : Chapitre 109 - Verhovensky XX

 

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Fei Du marqua une pause dont l’ambiguïté ne passa pas inaperçue.

— « Wei ? »

Xia Xiaonan, étouffée par les sanglots, acquiesça.

Peut-être était-ce une impression de Lang Qiao, mais il lui sembla qu’à l’instant où Fei Du avait levé les yeux, une lueur glaciale y avait brillé. Elle ravala donc le rappel à l’ordre qu’elle s’apprêtait à lui faire : « couvrir une caméra de surveillance est contraire au règlement ». De toute façon, la salle en comptait plusieurs ; en occulter une n’entravait en rien la procédure.

Fei Du retroussa légèrement ses manches et s’assit.

— « Quel genre de personne est ce Wei Wenchuan ? »

D’une voix sourde, Xia Xiaonan répondit doucement :

— « C’est notre délégué de classe. »

Lang Qiao, qui prenait des notes, sentit la pointe de son stylo s’arrêter net.

— « Combien de délégués y a-t-il dans votre classe ? »
— « Un seul… C’est lui. »

Ce Wei Wenchuan était déjà venu au commissariat.

Le jour du meurtre de Feng Bin, lorsque le Central avait pris l’affaire en main et envoyé des agents rechercher les élèves en fuite, ils avaient convoqué Ge Ni, la professeure principale de Feng Bin. À ses côtés se tenait un adolescent singulièrement remarquable, qui s’était présenté comme le délégué de classe. En temps normal, lorsqu’un incident touche un élève, la sécurité publique convoque les enseignants et l’administration, mais jamais un mineur sans en informer ses parents. En d’autres termes, Wei Wenchuan était venu de sa propre initiative !

Si cette affaire était réellement liée à lui, qu’avait-il ressenti en voyant l’agitation du commissariat, les parents dévastés par le chagrin et ce groupe d’élèves tremblants ? Avait-il eu peur ? Était-il anxieux ? Craignait-il que le harcèlement scolaire ne soit découvert et qu’il ne soit impliqué ?

Non… Lang Qiao fouilla dans ses souvenirs. Elle se rappelait que l’allure du garçon était très sereine, de cette aisance propre à celui qui observe de loin un événement qui ne le concerne en rien. Il s’était montré posé et poli, esquissant un léger sourire dès qu’il croisait quelqu’un. S’il avait été troublé, ils l’auraient forcément remarqué.

Il semblait plutôt être venu inspecter le résultat de ses plans.

Pas étonnant que les quatre élèves ramenés au poste n’aient pas osé souffler mot dans l’enceinte du commissariat !

Un frisson parcourut l’échine de Lang Qiao.

À côté d’elle, d’une voix au timbre hypnotique, Fei Du s’adressa à Xia Xiaonan :

— « Pourrais-tu me raconter concrètement ce qu’il s’est passé ? »

Xia Xiaonan gardait la tête basse, ses larmes tombant les unes après les autres, détrempant rapidement la carte de visite que Fei Du lui avait remise. Elle la serrait fort, comme si ce petit morceau de papier était son ultime espoir.

— « Début décembre, je ne me sentais pas bien. J’ai demandé une dispense pour ne pas aller en sport. J’étais seule en classe à lire. Soudain, Feng Bin est revenu et m’a dit que cette année, j’étais… j’étais… »
— « La biche », termina-t-il pour elle. « J’ai cru comprendre que tu n’avais été transférée à Yufen qu’en première. Il semble que tu sais déjà ce que ça signifie, n’est-ce pas ? »

Les épaules de Xia Xiaonan se contractèrent.

— « … J’ai vu ce qu’ils ont fait à Wang Xiao. »

Fei Du adopta une posture d’écoute très douce et attentive.

— « Ils… Les filles du dortoir de Wang Xiao et celles du dortoir d’à côté, un jour, sans raison, elles ont jeté sa literie par la fenêtre. Elles l’ont poussée, frappée, insultée avec des mots horribles. Je passais juste devant le bâtiment des dortoirs à ce moment-là, et la chute de la couette m’a fait sursauter. Je ne savais pas ce qui arrivait. Une fille à côté de moi m’a dit que Wang Xiao était “la biche”, que chaque année, tout le monde choisissait la personne la plus détestable. Elle disait qu’elle était sale, une traînée, et que quiconque partageait son dortoir n’avait pas de chance. Ensuite, un élève est venu du dortoir des garçons d’en face. »

Il avait ri : "C’est mon esclave, pourquoi vous la frappez encore ?"

— Et il a donné quelques centaines de yuans aux filles qui la battaient. »

L’espace d’un instant, le silence s'installa. Lang Qiao se rappela qu’à l’époque du collège, elle devait économiser un semestre entier pour se payer une place de concert. Elle avait l’impression d’écouter un récit fantastique.

— « Quelques centaines ? »
— « Ça devait être cinq cents », répondit Xia Xiaonan, pensant qu’elle demandait un montant précis. « Parce que je me souviens que la fille qui a pris l’argent les a comptés, peu satisfaite. »

"Pourquoi c’est cent de moins ? Sa valeur baisse chaque jour."

— « Wang Xiao n’a pas émis un son. Elle a ramassé ses affaires toute seule. Les filles ne voulaient pas la laisser entrer dans le dortoir, disant de suivre l’acheteur. Alors le garçon lui a fait signe, et elle… elle… est allée dans le dortoir des garçons… »
— « Quoi ? » En entendant cela, Lang Qiao manqua de bondir de sa chaise. Elle resta stupéfaite un long moment avant de bafouiller : « C’est tout simplement… C’est épouvantable. N’y a-t-il pas de surveillants dans vos dortoirs ? Ils n’ont rien fait ? »
— « Il y a des professeurs », dit doucement Xia Xiaonan. « Mais ils ne font rien… Ils n’osent pas. »

Fei Du versa deux verres d’eau et en posa un devant Lang Qiao et l’autre devant Xia Xiaonan.

— « Tu avais donc très peur de subir le même traitement. »

Xia Xiaonan laissa échapper quelques mots, presque inaudibles.

— « J’étais là, ce jour-là, à la regarder ramasser ses affaires. Elle essayait de les prendre mais elle n’y arrivait pas. Elle en ramassait une et en faisait tomber une autre. J’ai… j’ai vraiment voulu l’aider… mais… »

Il faut sans doute avoir soi-même sombré sans que personne ne nous tende la main pour regretter amèrement de ne pas avoir aidé autrui dès le départ.

Fei Du esquissa un léger sourire sans relever ses propos. Il demanda seulement :

— « Feng Bin t’a dit qu’il avait une solution, n’est-ce pas ? T’a-t-il expliqué en détail ce qu’il comptait faire après s’être enfui de l’école ? » — « Il a dit qu’il avait un ami à l’extérieur qui avait beaucoup de relations. Il l’avait déjà contacté et allait tout révéler. Il n’en pouvait plus de cette école. »
— « Qui était cet ami ? »
— « Je ne connais pas son vrai nom, seulement son pseudonyme ou son pseudo en ligne… Je crois que c’était "go ask shatov". Il nous a promis qu’il rendrait publiques toutes les choses hideuses de l’école. »

Fei Du tourna silencieusement les yeux vers un angle de la pièce. Une autre caméra, plus discrète, s’y trouvait ; il sembla échanger un regard avec la personne qui observait derrière l’écran.

— « As-tu déjà vu cet ami ? »

Xia Xiaonan secoua la tête d’un air éteint.

— « Non, Feng Bin a dit que cette personne était hors de la ville pour un moment, mais qu’il avait prévu de revenir pour Noël. On devait rester à l’hôtel et l’attendre quelques jours… Mais… mais nous n’avons pas eu le temps. »
— « Puisque tu avais déjà décidé de partir avec Feng Bin, pourquoi as-tu changé d’avis ? »
— « Parce que la veille de notre départ, Wei Wenchuan est venu me voir. Il a dit qu’il savait tout, comment et quand on comptait partir, où on allait, qui y allait… Il m’a dit de bien réfléchir, parce que personne ne se soucierait de ces broutilles scolaires, qu’au mieux quelques élèves présenteraient des excuses, et qu’après, ce serait encore pire… Ils ont tous des relations haut placées. La société, à l’extérieur, est identique à celle de l’école, divisée par rang social, avec les mêmes qui ont le dernier mot. »

Il avait les moyens de connaître leurs plans à l’avance, de faire en sorte qu’ils ne puissent plus jamais remettre les pieds dans une école.

— « Si je ne le croyais pas, j’étais libre d’essayer. »

Fei Du soupira. Il savait que ces paroles n’étaient pas de simples menaces ; c’était la vérité crue.

— « Alors tu t’es rendue. »
— « Je… Wei Wenchuan m’a dit qu’en fait, c’était l’idée de Liang Youjing de me choisir comme biche, parce que je l’avais surpassée aux examens et que je lui avais fait perdre la face devant ses parents », expliqua l’adolescente. « Sa mère est l’un des administrateurs de l’école. Même si elle tuait quelqu’un, l’affaire pourrait être étouffée. Personne n’ose l’offenser. Il est le seul à pouvoir personnellement lui parler … »
— « Qu’est-ce qu’il voulait que tu fasses ? »
— « Il m’a donné un téléphone avec des fonctions de localisation et d’écoute… Et il m’a promis qu’une fois cette affaire terminée, je pourrais finir ma scolarité et obtenir mon diplôme tranquillement. Personne ne m’ennuierait. »
— « Savais-tu ce qu’il comptait faire, à ce moment-là ? »
— « Je ne savais pas. » Xia Xiaonan secoua désespérément la tête. « Je ne savais vraiment pas… Quand nous sommes allés à la Tour du Tambour et que soudain nous sommes tombés sur… sur cette personne, j’étais morte de peur. Quand Feng Bin m’a poussée en me criant de courir, je n’ai même pas réalisé ce qui se passait. Il faisait si noir, j’ai cru que quelqu’un l’avait juste frappé par-derrière… Je ne savais pas que cette personne… cette personne… »

Elle ne savait pas que cette personne tenait un couteau. Elle ne savait pas que lorsque Feng Bin, la voix pleine de terreur, lui avait dit de fuir, son dos avait été tailladé. L’obscurité était trop dense ; l’attaque soudaine ne lui avait laissé aucun temps de réaction.

Il a seulement dû être frappé ? Wei Wenchuan a sûrement trouvé une bande de délinquants pour donner une leçon à Feng Bin ?

Elle s’était bercée de cette illusion, et ses sens s’étaient obligés à collaborer pour la tromper, elle et son esprit.

— « Donc, jusqu’au bout, tu n’as pas jeté le téléphone ? » finit par lâcher Lang Qiao, incapable de se retenir.

Le visage de Xia Xiaonan se vida de tout son sang.

Pas étonnant que le tueur n’ait pas été pressé et ait su exactement quoi faire.

— « Finalement, tu t’es retrouvée par accident dans une impasse… » dit Fei Du. « Calme-toi un peu, d'accord ? Plus les informations que tu nous donneras seront détaillées, mieux nous pourrons attraper celui qui a tué Feng Bin. »

Xia Xiaonan se mit en boule, le fixant avec des yeux de faon paniqué. Il adoucit encore sa voix pour la guider avec lenteur.

— « La situation était critique. Feng Bin a vu l’impasse devant vous, mais il était trop tard pour faire demi-tour, alors il t’a fait te cacher dans la benne à ordures. Il était très tard. La benne, haute comme un homme, dégageait une odeur âcre et rance. Il y avait un couvercle au-dessus de ta tête. Tout était noir autour de toi. Tu ne voyais rien. Tu ne pouvais qu’entendre les bruits venant de l’extérieur… Qu’as-tu entendu ? »
— « … Des appels à l’aide », murmura Xia Xiaonan après un long silence. « Au début, il appelait à l’aide, mais personne ne répondait. Ensuite, il s’est mis à bafouiller, il essayait de parler au tueur, lui demandant qui il était, lui promettant de lui donner tout son argent. Le tueur… ne disait rien. Peu après, j’ai entendu des pas précipités, du bruit… et un cri… puis… puis plus rien. »

Elle marqua une pause avant de reprendre :

— « Après un moment, j’ai entendu un rire, et aussi… aussi le bruit d’objets lourds qui tombaient au sol, les uns après les autres… »

Ce n’étaient pas des objets lourds ; c’était le bruit sourd des membres de Feng Bin percutant le sol à mesure que Lu Guosheng les tranchait.

— « Puis cette personne s’est dirigée vers moi. Il… il savait où je me cachais. J’étais terrifiée. Il chantait une chanson… » Xia Xiaonan se souvint de quelques paroles. « "Petit lapin soit bien sage, ouvre-moi donc le passage…" »

La chair de poule envahit instantanément les bras de Lang Qiao.

— « Puis il m’a tirée de la benne à ordures ! J’étais morte de peur. J’en ai même oublié de respirer. Et lui… il a tendu la main vers moi, a pris mon sac à dos, a trouvé mon téléphone et mon portefeuille… J’ai cru que j’étais perdue, mais… mais il s’est contenté de me sourire, a agité mon téléphone devant moi et est parti sans dire un mot. J’ai… j’ai fini par voir Feng Bin… Feng Bin… »

Xia Xiaonan semblait replongée en plein cauchemar. Ses yeux perdirent leur éclat et elle lutta pour reprendre son souffle. Fei Du se pencha en avant et lui prit la main. La chaleur de sa paume brûla la main glacée de la jeune fille, la ramenant instantanément au présent. Elle s'y agrippa comme à une bouée de sauvetage.

— « Je suis désolée, j’avais peur… »

Bien qu’une vie humaine puisse contenir des centaines de milliers de regrets en tout genre, la plupart se résument à ces quelques mots.

Je suis désolée, j’avais peur.

Luo Wenzhou, qui observait ce dialogue depuis la salle d’observation, détourna le regard, le visage grave.

Il appela Tao Ran.

— « As-tu contacté les élèves impliqués dans l’affaire et leurs parents ? Qu’est-ce qu’ils disent ? »

L’endroit où se trouvait son adjoint était extrêmement bruyant.

— « L’école me mène en bateau et ces cinq dernières minutes, sept ou huit avocats m’ont contacté ! Foutus gosses de riches… »
— « Ramène-les tous ici, y compris les surveillants des dortoirs et la direction de l’école », ordonna froidement Luo Wenzhou. « Les élèves du collège Yufen sont soupçonnés de maltraitance et d’agressions sexuelles en groupe. »
— « Quoi ? » Tao Ran resta d'abord interdit. Après un silence, il répondit aussitôt : « Je m’en occupe ! »

Luo Wenzhou raccrocha et resta un instant devant la porte de la salle d’observation, laissant échapper un long soupir. Puis, se souvenant de quelque chose, il ouvrit l’application de livres audio qu’il avait récemment téléchargée.

Cette semaine, le sujet soumis par Le Récitant était : « Les démons arpentent la nuit vide – Les Démons, de Dostoïevski. »

Shatov était un personnage du livre assassiné pour avoir été un « lanceur d’alerte », ce qui coïncidait avec l’expérience de Feng Bin de façon troublante.

Et la personne qui avait contacté le jeune homme en lui promettant de révéler les événements sordides du collège Yufen… Pourquoi avait-elle choisi, par une telle coïncidence, le pseudonyme « go ask shatov » ?

Une certaine personne, ou une certaine puissance, connaissant à l’avance la décision de Feng Bin d’emmener Xia Xiaonan, avait-elle prédit cet incident sanglant ? En avaient-ils été les instigateurs ou avaient-ils donné l'impulsion décisive ?

Pourquoi s’étaient-ils manifestés si impudemment cette fois-ci ?

Luo Wenzhou resta dans le long couloir étroit et fuma deux cigarettes de suite.

Levant les yeux vers le ciel sombre par la fenêtre, il se souvint du mystérieux agent de sécurité que Fei Du et lui avaient croisé à la Tour du Tambour, avec l’impression d’avoir plongé la main dans une eau calme pour n’y sentir que les courants sous-jacents bouillonnants.

L’intervention musclée du Commissariat Central agissait comme un levier tranchant, forçant l’ouverture des recoins abritant le mal.

Cet après-midi-là, tous les cours du collège Yufen furent suspendus. La police réquisitionna purement et simplement les bureaux de l’école pour interroger chaque élève séparément, et ramena tous les enseignants et membres du personnel impliqués au Commissariat Central. Les élèves, maintenus jusque-là sous une pression extrême et voyant enfin la lumière du jour, finirent par craquer. Ils révélèrent la réalité des faits, et la situation devint irréversible.

Le soir même, le petit Zhang Yifan, à l’image du super-héros au poing levé sur ses vêtements, fut le premier à se lever et à utiliser son vrai nom pour écrire un long article maladroit qu’il publia en ligne. Après un bref silence, les agneaux silencieux cessèrent enfin leur marche hébétée et laissèrent échapper de faibles cris qui se transformèrent peu à peu en un rugissement.

Les parents, sous le choc, affluèrent en masse, manquant d’en venir aux mains aux portes du Commissariat Central.

Le travail chaotique d’enquête et de collecte de preuves se poursuivit jusqu’à dix heures du soir avant d’être interrompu par égard pour la santé et le bien-être mental des mineurs. La « bouche maudite » du malheureux Tao Ran avait dit vrai : ils allaient effectivement devoir faire des heures supplémentaires ce week-end.

Sur le chemin du retour, Fei Du ne dit presque pas un mot.

Luo Wenzhou tourna la tête pour le découvrir bien droit sur le siège passager, mais endormi. Il poussa le chauffage au maximum et conduisit jusqu’à la maison aussi calmement que possible. Ce n’est qu’en entrant dans la résidence qu’il prit sa main et la secoua doucement.

— « Réveille-toi, c’est l’heure de descendre. Ne prends pas froid. »

Le dos un peu rigide à force de rester assis, Fei Du acquiesça à contrecœur sans être tout à fait réveillé. Il fixa le vide devant lui jusqu’à ce que Luo Wenzhou gare la voiture.

— « Qu’est-ce que tu regardes ? »

Luo Wenzhou lui toucha la tête, puis sentit la chaleur de son cou et resserra son écharpe.

— « On est presque arrivés. »
— « Pourquoi… » La voix de Fei Du était un peu enrouée. Il pointa du doigt la fenêtre. « Pourquoi les lumières sont-elles allumées chez toi ? »

 

 

 

 

 

 

 


Ce qui est flippant dans cette école de malade, c'est le nombre d'histoires réelles basées sur ce genre de mécanique… 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

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