Silent Reading : Chapitre 99 - Verhovensky X

 

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Fei Du arrêta la voiture sur le côté de la route. Ils empruntèrent tous deux le chemin que Feng Bin et Xia Xiaonan avaient suivi en marchant vers la porte Est de la Tour du Tambour.

Aux alentours du solstice d'hiver, les jours étaient à leur plus court et les nuits à leur plus long. La nuit tombait déjà. Une lune froide, à mi-chemin entre le croissant et le demi-disque, était suspendue haut dans un coin lointain de la tour, voilée d'une légère brume transparente ; un écho de la lumière que renvoyait la neige sur les tuiles du toit.

— « Donc ils se sont enfuis car leurs études étaient trop stressantes et qu'ils voulaient fêter Noël ? » Fei Du resserra son écharpe et dit pensivement : « Tu y crois, toi ? »
— « Qui n'a pas été jeune un jour ? Ces petits chenapans sont capables de tout. Ça ne suit pas forcément la logique des adultes. » Luo Wenzhou, d'un geste machinal, lui fit un rempart contre le vent tout en examinant attentivement les environs.

Il n'avait pas eu cette impression en venant ici de jour, mais maintenant que la nuit était tombée, tout le site touristique de la Tour du Tambour s'était mué en un immense labyrinthe. Les réverbères se ressemblaient à l'identique, alignés en longues rangées comme une sorte d'enchantement secret tiré d'un roman de wuxia1. Hormis le repère que constituait la tour elle-même, toutes les petites ruelles semblaient interchangeables. Même les vieilles boutiques au style antique avaient leurs portes closes à peu près aux mêmes endroits. Des carrefours en T surgissaient à chaque coin. On tombait parfois sur un panneau de rue ou deux, comme on décroche le gros lot, mais leurs indications manquaient de clarté. À se promener ici, il était facile de perdre tout repère.

Tous deux avaient un bon sens de l'orientation, Luo Wenzhou plus encore que quiconque. Après de longues années passées sur le terrain, il avait développé une sensibilité particulière aux configurations géographiques et aux traits des visages humains. Malgré cela, il se sentait tout de même quelque peu désorienté à longer ces ruelles.

— « Non, pas par là. » Il alluma la lampe torche de son téléphone et considéra longuement un rare panneau, rappelant Fei Du, qui s'était engagé dans la mauvaise direction. « Ces deux gamins n'avaient vraiment rien de mieux à faire ? Qu'est-ce qu'ils venaient faire ici en pleine nuit ? »
— « Ils devaient vouloir voir le Miroir des Amants. »

Luo Wenzhou, qui se tenait sur le petit rebord près du panneau, fut pris de court, il manqua une marche et bégaya :

— « Le… quoi ? »
— « Le Miroir des Amants, c'est l'un des dix plus beaux sites de rendez-vous amoureux de la ville. Il se trouve dans le périmètre touristique de la Tour du Tambour. » Fei Du parut surpris. « Tu n'en avais jamais entendu parler ? »

Luo Wenzhou avait tendance à mesurer les autres à son aune, estimant que ce qu'il ignorait, personne ne le savait. Il avait voulu entraîner son amant ici subrepticement sous prétexte d'enquêter sur les détails de l'affaire et obtenir ainsi la bénédiction du Vénérable Roi de Jade, mais il n'avait absolument pas prévu que Fei Du, au mépris de ses obligations sérieuses, irait jusqu'à se documenter sur les sites romantiques de la ville à ses heures perdues.
— « Pourquoi j'aurais entendu parler d'un truc aussi stupide ? » dit-il d'un ton bougon. « Je vois que ta spécialité, c'est de courtiser les filles et les petits naïfs. À passer ses journées à réfléchir à des futilités pareilles sans que ton entreprise ne coule, tes ressources doivent vraiment être inépuisables. »

Fei Du se sentait profondément lésé, car cela relevait précisément de son domaine de prédilection. L'attraction phare de la Tour du Tambour pour les couples était d'une conception des plus simples et rudimentaires, mais donnait des résultats extraordinaires ; tous les patrons qui envisageaient de se diversifier dans ce secteur avaient longuement étudié la question, parmi d'autres, et restaient perplexes. Il savait non seulement qu'il y avait un Miroir des Amoureux à la Tour du Tambour, mais il connaissait même par cœur le chiffre d'affaires annuel du petit studio photo situé juste à côté.

Après un bref instant de flottement, il perçut avec acuité la contrariété affolée qui perçait dans les mots de Luo Wenzhou et son cœur tressaillit légèrement tandis qu’il comprenait.

Il s'efforça de toutes ses forces de ne pas sourire, feignant d'ignorer que l'enquête n'était qu'un prétexte.

Luo Wenzhou, de son côté, avait l'impression d'avoir commis la plus monumentale des sottises et se jura de ne surtout pas laisser Fei Du s'en apercevoir, se donnant des airs de policier respectable dont la présence ici, pour raison professionnelle, n'était pas une excuse.

Chacun tenant fermement sa part du « prétexte », ils se regardèrent avec des expressions respectivement « innocente » et « exemplaire », puis détournèrent les yeux, abritant leurs pensées.

Fei Du dit avec tout le sérieux requis :

— « Un billet plein tarif pour le site touristique de la Tour du Tambour coûte vingt ou trente yuans. Puisque la famille de Feng Bin est aisée, une telle somme ne devrait pas lui poser problème. S'il a choisi de venir la nuit, c'est probablement parce qu'il ne voulait pas que sa relation avec cette fille soit connue. »

Luo Wenzhou hocha la tête avec une gravité appuyée.

— « Pertinent. Et encore ? »

Fei Du demeura sans voix un instant. Jamais cet homme d'expérience n'avait vécu ce genre de rendez-vous où l’on « prétend ne pas être en rendez-vous ». Il lui fallut un moment pour se ressaisir.

— « Il y a deux possibilités », reprit-il. « Soit il considérait la relation comme indigne de lui, soit il cherchait à la protéger. Puisqu’il a fait tant d'efforts pour l’emmener voir le Miroir des Amants, je penche pour la seconde hypothèse. »
— « Ah, donc… » Après un hochement de tête en apparence distrait, Luo Wenzhou changea brusquement de sujet. « Avant, tu ne te souciais guère d'une petite amende pour stationnement irrégulier et tu paradais toujours devant les portes du Commissariat Central. Mais depuis quelque temps, quand tu viens avec ma voiture, tu respectes le règlement et tu te gares au parking. C'est la première ou la deuxième hypothèse ? »

Fei Du marqua une pause.

Luo Wenzhou leva les paupières et le regarda, pointant ses propres oreilles du doigt.

— « Profite de l'occasion pour avouer. J'écoute. »
— « Ni l'une ni l'autre. » Fei Du se ressaisit et sourit avec une ambiguïté calculée, posant sa main sur la taille de son amant en baissant la voix. « C'est un commissariat, non ? J'ai peur de me faire arrêter … Monsieur le Policier, quand est-ce que tu m'emmènes recevoir notre certification au Miroir des Amants ? »

Luo Wenzhou resta sans voix.

Ce petit con savait depuis le début et faisait l'innocent !

Fei Du était aussi agaçant que possible, absolument pas charmant. À cet instant précis, il n'avait pas un seul trait adorable, de la racine de ses cheveux à ses talons. Pourquoi avait-il passé ces derniers mois à penser constamment à lui ? Ce type n'était bon qu'à être traîné chez soi, déshabillé et jeté sur le lit.

Entre les branches des vieux arbres dépouillés de leurs feuilles, on apercevait la vieille cloche au sommet de la Tour du Tambour. La nuit était limpide et ils avaient enfin déchiré ce prétexte sérieusement endommagé, oubliant un instant cette affaire de meurtre dont le coupable était pourtant évident.

— « Quand j'avais quinze ou seize ans, moi aussi j'ai comploté pour fuguer avec un groupe ; mais la raison n'était pas aussi faible qu’une fête occidentale. KFC ou une entreprise dans ce genre organisait un tournoi de basketball inter-collèges, et le prix était un ballon signé par un joueur NBA que j'admirais. Alors j'ai rassemblé un groupe, obtenu un certificat médical grâce à la cousine infirmière d'un camarade, dit à mes parents que l'école organisait un stage sportif compétitif, et on a couru jouer au basketball pendant quinze jours. »

Fei Du demeura silencieux. Ce souvenir était d'une telle médiocrité qu'il forçait vraiment l'admiration.

— « On a eu le prix, et j'ai menti à ma mère en disant qu'un camarade de classe l'avait rapporté de l'étranger. » Marchant à côté de lui dans la ruelle paisible, Luo Wenzhou prit sa main, la trouva froide, et lui donna le sachet de marrons encore chaud à tenir, surveillant du coin de l'œil qu'il n'en chipait pas. « Plus tard, il y a eu une réunion parents-professeurs. Dès que la prof a parlé à ma mère, toute l'histoire a éclaté. Quand mon père est rentré et l'a appris, il m'a foutu une sacrée raclée. »

Fei Du songea qu'un tel cas de cancre en phase terminale ne pouvait pas être maîtrisé par la seule force.

— « Mon père, il a l'air sévère, mais en réalité il est très juste et raisonnable », l’éclaira Luo Wenzhou. « Quand il a retrouvé son calme, il m'a dit : "Un melon cueilli de force ne sera pas sucré2. Si tu n'aimes pas aller à l'école, alors oublie ça. Fais ce qui te plaît.

Ses absurdes petites anecdotes domestiques exerçaient sur Fei Du une force d'attraction inexplicable. Chaque fois qu'il en glissait quelques mots, il avait l'impression de tomber sur un œuf de Pâques caché. En le voyant s'arrêter soudainement, il ne put résister à relancer :

— « Et ensuite ? »
— « Au début, j'étais assez content, pensant que le vieux avait eu son illumination et changé d'attitude. Je ne m'attendais pas à ce qu'il "équitablement et raisonnablement" suspende mes frais de scolarité et mon argent de poche dès la deuxième année de lycée », poursuivit Luo Wenzhou. « Même si je séchais parfois les cours, je n'étais pas vraiment prêt à décrocher, alors j'ai dû aller gagner de quoi payer mes études pendant les vacances. Le vieux schnock était homme de parole. Il ne m'a pas donné un seul centime. J'ai porté des bidons d'eau pour les gens pendant quelques mois à cause de ce fichu ballon… Ne ris pas. »

Si Fei Du avait pu conserver ce récit comme un spécimen, il aurait eu de quoi s'en délecter pendant la moitié de sa vie.

— « Tu me laisses toujours prendre les devants pour raconter ce genre d'histoires embarrassantes. » Luo Wenzhou lui donna un coup de coude. « À ton tour. »

Le silence de Fei Du s'éternisa.

Il n'avait rien de réjouissant à tirer de toute son enfance, mais il ne pouvait se résoudre à gâcher l'ambiance ; il dut donc chercher longuement dans ses souvenirs avant de parvenir à en extraire quelque chose qui fît l'affaire.

— « D'accord, je vais te révéler un secret. »

Luo Wenzhou signifia qu'il était tout ouïe.

— « Une année, autour du Nouvel An, je suis allé rendre visite à un ami. » Fei Du marqua une pause, puis reprit : « J'ai vu un vélo en bas de chez lui. Un vélo de course avec un dérailleur, une peinture particulièrement tape-à-l'œil et un motif de serpent venimeux. Il semblait m'appeler. »

Luo Wenzhou eut l'étrange sentiment que ce vélo lui paraissait familier.

Fei Du se lécha les lèvres et choisit ses mots avec un soin extrême.

— « Alors je lui ai laissé un cadeau de Nouvel An… en collant sa roue arrière avec du chewing-gum. »

Les pas de Luo Wenzhou s'arrêtèrent net ; il s'en souvenait. Tao Ran n'avait pas pu rentrer dans sa ville natale à cause de son planning de garde, et il était venu en vélo avec des cadeaux, apporter un peu de réconfort à son camarade policier. Avant de partir, pensant à un certain petit garnement qui n'avait personne, il avait glissé une console de jeu en édition limitée pour que Tao Ran la lui transmette.

Au bout de vingt minutes passées chez son ami, quelqu'un s'était amusé avec son vélo laissé en bas ; un enfant misérable lui avait collé quelques petits pétards sur la roue arrière avec du chewing-gum. Luo Wenzhou ne l'avait pas remarqué en montant sur le vélo et en tendant le pied pour pédaler…

Il avait failli être propulsé en orbite par les explosions !

Conservant son sourire, le coupable recula d'un petit pas.

— « Fei Du ! »

Le Président Fei récolta les fruits de sa vilenie. Pour divertir une beauté, il s'était livré de lui-même aux autorités tel un homme ensorcelé ; il était trop tard pour les regrets. Il n'obtint aucune « clémence » pour ses aveux et se retrouva plaqué contre un mur, poussé par derrière.

— « Attends… attends une seconde. »
— « Attendre quoi ? » Luo Wenzhou rit de façon menaçante en lui tenant le menton. « Les représailles n'attendent pas le feu vert. »
— « Il y a du sang sur ce mur… »

Le capitaine se figea, puis lâcha aussitôt Fei Du qui recula, ses pas légèrement désordonnés, en détournant le regard, son visage prenant une teinte plus pâle. Fort heureusement, le sang sur le mur était déjà sec ; il ne vomit pas sur-le-champ.

Il y avait sur le mur une traînée d'éclaboussures très facile à ne pas remarquer sur la surface rouge sombre. Sans son extrême sensibilité à l'odeur du sang, ils seraient probablement passés devant sans rien voir.

— « Les caméras de surveillance n'ont capté que Feng Bin et Xia Xiaonan qui sortaient en courant d'une ruelle, poursuivis par le meurtrier. » Luo Wenzhou toucha les taches sur le mur, puis se mit à arpenter les lieux, découvrant dans un recoin caché des fragments d'une bouteille en verre. « Feng Bin a dû être complètement pris par surprise lors de l'attaque. Il a tenté de riposter en lançant les snacks et les boissons qu'il avait achetés ; les éboueurs n'ont sans doute pas remarqué et ont tout nettoyé. »

Fei Du frotta légèrement l'espace entre ses sourcils.

— « Feng Bin avait déjà été blessé quand il s'est enfui ? »
— « Oui. » Luo Wenzhou hocha la tête. « La blessure était dans le dos. »

Cela signifiait que Feng Bin, au moment de l'attaque, tenait probablement Xia Xiaonan dans ses bras… Peut-être même qu'il l'embrassait. Peut-être qu'il s'y était mentalement préparé tout au long du chemin et que c'est seulement là qu'il avait trouvé le courage de toucher enfin la fille qu'il chérissait.

C'était un chemin dont chaque recoin se prêtait au baiser. Le clair de lune tourbillonnait, la neige fraîche était nette et pure, les réverbères dessinaient fréquemment les ombres de deux personnes entrelacées, inséparables.

Mais cette scène de rêve avait soudainement été brisée par une lame.

— « Le meurtrier les a suivis depuis le carrefour », commenta lentement Fei Du. « Sur le chemin que nous venons de parcourir, il y avait au moins trois ou quatre endroits qui auraient été plus propices à l'action. Mais le meurtrier a choisi d'agir ici. Pourquoi ? »

La première fois que le couple avait croisé Lu Guosheng, même si Feng Bin avait été blessé et qu'ils avaient été acculés, ils s'en étaient tout de même tirés ; parce que, comme Fei Du l'avait dit, les conditions géographiques ici n'étaient pas « idéales » pour un meurtrier. L'autre extrémité de la petite ruelle était dégagée et ouverte, avec de nombreuses ramifications. Si les deux enfants avaient couru assez vite, ils auraient probablement réussi à semer Lu Guosheng.

Oui, s'ils ne s'étaient pas égarés jusqu'à se retrouver au point de départ, ils auraient peut-être réussi à s'échapper.

S'ils n'étaient pas revenus d'eux-mêmes…

Luo Wenzhou et Fei Du se turent en même temps. Ce doux chemin menant au Miroir des Amants, où les êtres célestes accordent leur bénédiction, était soudainement devenu glacial jusqu'aux os.

Tout garçon qui venait d'embrasser pour la première fois la personne aimée peut, en un instant, trouver en lui le plus grand courage de sa vie. Feng Bin n'avait pas eu le temps de réfléchir ; il avait certainement mobilisé toutes ses forces pour protéger Xia Xiaonan.

Mais la fille dont il avait tenu la main si fermement, qu'avait-elle pensé, elle, à ce moment-là ?

De quel regard avait-elle contemplé leurs mains jointes ?

À cet instant, un bruit extrêmement ténu de pas à semelles souples parvint de l'autre extrémité de la petite ruelle, foulant le sol presque sans bruit, n'effleurant à peine la conscience que dans ce silence quasi étouffant. Des ondes sinistres se propagèrent aussitôt dans la nuit. Luo Wenzhou sentit un frisson d'effroi et tira Fei Du derrière lui.

— « Qui est là ? Sortez ! »

En réponse, quelqu'un apparut avec appréhension. C'était l'un des agents de sécurité du site touristique.

L'agent était peut-être un peu nerveux. La lampe torche qu'il tenait oscillait de haut en bas.

— « Que… qu'est-ce que vous faites là ? On est fermé. »

La fausse alerte passée, Luo Wenzhou sortit impassiblement sa carte professionnelle et la présenta.

— « Police. Je suis venu jeter un œil. »

L'agent poussa un long soupir de soulagement et se frappa la poitrine, esquissant un sourire poli.

— « Ah, ah, d'accord, je vois que vous êtes occupé. »

Sur ce, il fit une légère courbette, s'apprêtant à partir.

— « Une seconde », l'interpella Luo Wenzhou. « Puis-je vous demander votre numéro de badge ? »

L'agent se figea, puis obtempéra docilement, retirant son badge et le tendant à deux mains.

— « Tout ce que vous souhaitez, officier. »

Luo Wenzhou examina calmement le numéro et la photographie, puis rendit le badge.

— « Vous n'avez pas peur de patrouiller seul dans un endroit où un meurtre vient d'être commis ? »

L'attitude de l'agent était irréprochable. Il sourit franchement.

— « Le meurtre n'a pas eu lieu dans cette rue. Cette rue-là est bouclée. J'aurais beau vouloir y aller, je ne pourrais pas. »

Le regard de Luo Wenzhou balaya l'agent comme un fil de lame. Quand il l'eut suffisamment mis mal à l'aise par ce regard, il finit par agiter la main, lui signifiant qu'il pouvait partir.

Une fois ce bref intermède passé, Fei Du reprit le fil de la conversation précédente.

— « On ne peut pas exclure la possibilité que ce soit une coïncidence. Après tout, moi-même j'ai failli me tromper de chemin tout à l'heure. »

Mais Luo Wenzhou ne répondit pas. Son esprit repassait ce fragment d'images de vidéosurveillance ; la première fois que Feng Bin et Xia Xiaonan s'étaient échappés du rayon d'action de Lu Guosheng, celui-ci n'avait pas gaspillé son énergie à les poursuivre. Son allure en traversant le carrefour avait été presque nonchalante, comme s'il était certain que sa cible ne pouvait s'échapper.

— « J'ai trouvé que la lettre de Feng Bin était très étrange, mais je n’ai pas pu identifier concrètement ce qui clochait, alors je te l'ai envoyée. Tu as une conclusion maintenant ? »
— « Bien que la lettre s'ouvre sur chers papa et maman, l'ensemble ne sonne pas comme si elle avait été écrite pour ses parents », expliqua Fei Du. « "Nous sommes tous très anxieux, il n'y a personne de vraiment insouciant et serein autour de nous." "Ce que nous voulions avant, nous ne le voulons plus du tout." Et cette ligne au début : "Je me torture à chercher pourquoi je suis né." Un grand nombre de ces passages sont paraphrasés d'un livre intitulé Tout sur Lily Chou-Chou3, traduit du japonais. C'est une histoire de meurtre liée au harcèlement scolaire. Je ne sais pas s'il cherchait à faire allusion à quelque chose. »

Luo Wenzhou marmonna un moment dans sa barbe.

— « Allez, allons à l'hôpital. Je veux voir Xia Xiaonan. »

Dans le même temps, il envoya à Tao Ran, qui était de permanence ce soir-là, le numéro de badge qu'il venait de noter.

« Contacte le responsable de la Tour du Tambour et renseigne-toi sur l'agent avec ce numéro. »

 

 

 

 

 


Capitaine Luo, ce n'est pas professionnel tout ça... Mais bon, en punition tu as été interrompu alors que tu pensais pouvoir donner vie à ton dark kink d'agresseur qui coince sa pauvre victime dans un coin désert en pleine nuit.  

Sinon, le mec de la sécurité, il est bizarre ou il est bizarre ? On est d'accord qu'on le sent pas ? 

 

 

 

  1. Wuxia (武侠) (Chevaliers errants et arts martiaux héroïques) : Le wuxia (littéralement « héros martial ») est l’un des genres les plus emblématiques de la littérature et du cinéma chinois. Le terme se compose de deux caractères : 

    • Wu (武) : les arts martiaux, la force physique, la technique de combat
    • Xia (侠) : le chevalier errant, le justicier qui vit selon un code d’honneur personnel, souvent en marge de la loi. 

    Ensemble, ils désignent des récits d’aventures mettant en scène des maîtres d’arts martiaux évoluant dans une Chine ancienne idéalisée, où l’on combat à l’épée, on rivalise de loyauté, et on poursuit la justice par ses propres moyens. 

    Le monde du wuxia repose sur des concepts clés :

    • Le Jianghu (江湖) : littéralement « rivières et lacs », c’est le monde souterrain des arts martiaux, une société parallèle avec ses propres règles, ses alliances et ses rivalités. 
    • Le Wulin (武林) : la « forêt des arts martiaux », désigne la communauté des pratiquants
    • Le Qi (气) : l’énergie interne que les maîtres cultivent pour réaliser des prouesses surhumaines (voler dans les airs, briser des rochers d’un simple souffle). 

    De nombreux romans danmei populaires appartiennent au wuxia. 

    • Thousand Autumns (Qian Qiu) : de Meng Xishi, un wuxia mettant en scène un maître taoïste vertueux et un enfoiré manipulateur (aka l'un des meilleurs personnages au monde)
    • Peerless (Wushuang) : de Meng Xishi : enquêtes et rivalités dans le Jianghu. 
    • Coins of Destiny de Priest : un wuxia sur le thème de la « famille de cœur » et de l’entraînement martial

  2. « Un melon cueilli de force ne sera pas sucré » (强扭的瓜不甜, qiáng niǔ de guā bù tián) : Cette phrase est un proverbe chinois extrêmement courant, utilisé dans la vie quotidienne pour exprimer une sagesse simple mais profonde. On ne peut pas forcer une relation, un mariage, ou une situation sentimentale sans en subir les conséquences. Si les sentiments ne sont pas naturels et réciproques, le résultat ne sera jamais bon. On l'emploie pour dissuader quelqu'un de poursuivre une relation à sens unique mais aussi dans des contextes non sentimentaux : une carrière imposée, une décision subie, une amitié forcée ; tout ce qui manque de consentement sincère. L'expression est attestée dès l'époque de la dynastie des Song du Sud (1127-1279), où l'on disait déjà : « Le mariage forcé ne donne pas de bons fruits. » Elle s'est fixée sous sa forme actuelle dans la littérature des dynasties Ming et Qing.

  3. All About Lily Chou-Chou (リリイ・シュシュのすべて) : C’est avant tout une expérience littéraire pionnière conçue par le réalisateur et écrivain japonais Shunji Iwai (岩井俊二). Avant d'être un film, l'œuvre est née sous la forme d'un « roman internet » (net novel) interactif, dont l'écriture a débuté sur le site web personnel de l'auteur. Le roman (publié ensuite en volume chez Kadokawa Shoten) raconte l'adolescence tourmentée de Yūichi Hasumi et Shūsuke Hoshino, deux collégiens japonais. Leur amitié bascule après un voyage à Okinawa où Hoshino frôle la mort, le transformant en tyran violent et manipulateur. Seule échappatoire pour Yūichi : la musique de Lily Chou-Chou et le refuge du site « Lilyphilia » qu'il administre, où il communique anonymement avec d'autres fans via le concept d'« Ether », une substance spirituelle et sonore propre à la musique de l'idole. 

    Une grande partie de la narration du roman et du film repose sur l'écran d'ordinateur. Les échanges sur le forum, où les pseudos (comme « Philia » ou « Blue Cat ») cachent les véritables identités des personnages, sont aussi importants que l'intrigue réelle. Le roman explore ainsi des thèmes majeurs : la violence scolaire, l'anomie des jeunes, le fandom comme religion, et la porosité entre la réalité et le virtuel. 

    Bien que le roman ait été publié sur CD-ROM au Japon (en japonais uniquement), c'est son adaptation cinématographique de 2001, du même nom, qui a rencontré un succès culte mondial.

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

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